Les dédales de la Crète

Les vacances de l’année 1982 ont été synonymes de voyage dans les îles à « dos de vélo ». Pas n’importe quelles îles, tout d’abord la Corse au mois de mai, et ensuite la Crète au mois d’octobre.  Sur cette dernière, j’ai déroulé un fil d’Ariane long de 1120 km dans la patrie du Minotaure, parcourant des pistes les plus improbables, parfois épuisantes et des routes pas toujours de tout repos.

La bicyclette :  un excellent moyen de locomotion simple favorisant les rencontres
(Photo : André Laurenti)

Un relief montagneux

La Crète, ce morceau de terre rocailleuse équivalent à la Corse, demeure à première vue, hostile à toute escapade à vélo. Les trois principaux massifs, les Lefka Ori ou montagnes Blanches (alt. 2 452 m) à l’Ouest, le mont Idi (alt. 2 456 m) au centre, et les monts Dikti (alt. 2 148 m) à l’Est, pointent majestueusement leurs cimes, tant d’obstacles qu’il faudra apprendre à franchir.
Il faut donc venir en Crète sans illusions, les routes plates sont rarissimes et les lacets grimpent parfois sévèrement, pour redescendre ensuite en longs zigzags, jusqu’au niveau de la mer.

Chacun sa monture, deux moyens de locomotion idéals pour découvrir la Crète
(Photo : André Laurenti)

Cependant, la Crète représente encore un pays rêvé pour tenter une échappée à vélo. On y trouve tout, une mer chaude et rafraîchissante, des vallées verdoyantes, un relief montagneux et des habitants à la fois simples et très accueillants. L’île est, surtout en octobre, extrêmement  aride. Sa végétation composé d’oliviers, de pins, de cyprès, de caroubiers et de figuiers, colore par petites touches de vert les paysages, tranchant avec les herbes jaunies d’une fin d’été. Il en ressort tout de même, un charme particulier non déplaisant.
Sur les collines, la moindre parcelle de terrain est entretenue, évoquant un peu, la Provence de jadis.
Le manque d’implantation industrielle a permis de préserver la nature et de créer un climat propre, un air pur que seuls les vents arrivent à troubler.

Au hasard des routes crétoises
(Photo : André Laurenti)

Depuis l’enfance, la Crète résonne à notre esprit, comme étant le berceau de notre civilisation. On pense alors à Minos, Dédale, le Minotaure, Ariane et bien d’autres noms archivés dans notre mémoire par les années d’école.
Mais vivre les vacances crétoises comme une réminiscence scolaire, on risque de sacrifier la rencontre d’un pêcheur d’éponges arrivant au vieux port, ou d’une fileuse de coton, toute enveloppée de nuit.
C’est donc la Crète actuelle que j’ai choisi de vous faire découvrir. Une Crète perdue au milieu d’un bleu intense, entre ciel et eau. Avec une Méditerranée creusant inlassablement les falaises de grottes mystérieuses, bâtissant aussi de fabuleuses plages de rêve, creusant d’adorables criques où viennent se blottir de petits ports.
Je vous invite sans plus tarder à « prendre ma roue »!

Itinéraire à vélo et à pied
(Carte : André Laurenti)

Départ du port du Pirée à Athènes

La sirène retentit à bord, chassant des cabines les visiteurs. L’air s’emplit de pathétiques paroles d’adieu, de serments, de baisers prolongés, de recommandations hâtives et haletantes, comme s’ils se quittaient pour toujours, la mère se précipite sur son fils, le mari sur sa femme, l’ami sur son amie, comme si cette petite séparation leur rappelait l’autre, la grande.

Départ du port du Pirée à Athènes
(Photo : André Laurenti)

Je quitte enfin le Pirée, crasseux et parfumé comme un port d’Orient, et après avoir dormi sur la terrasse supérieure du bateau, louvoyé toute la nuit dans la constellation insulaire de l’Egée, je touche enfin le but. Devant l’étrave, la lumière du jour livre à mes yeux encore ensommeillés, une épure de lignes et de volutes, un relief solide de chaîne montagneuse barrant l’horizon. Elle s’impose et s’étend devant moi, fière et sauvage. Tout en haut de ce massif, le petit matin pose ses lueurs roses, une lumière douce descendant peu à peu jusqu’au littoral. La traversée paisible n’a en rien troublé mon estomac et tous les passagers se retrouvent sur le pont glissant d’humidité.
Voyageur anonyme parmi ce peuple hellénique, j’écoute sans comprendre une langue étrangère. Je ne sais alors à quel point l’île livrera peu à peu, bride par bride, ses visages, ses manières d’être, ses horizons et chaque fois qu’elle se dévoilera, ce sera pour me donner le goût de pénétrer un peu plus son intimité, de trouver de nouvelles raisons de m’y attacher.

Au petit matin, le navire approche le port d’Héraklion
(Photo : André Laurenti)

Dans le fracas métallique de chaînes et de treuils, le Candia accoste, la terre de Crète est là. Je débarque sur mon vélo, après avoir flâné quelques heures dans les rues pittoresques d’Héraklion, je me dirige vers Knossos.

Rencontre avec la Crète ancienne

Je franchi le portail du palais royal et me laisse soudain emporté par la foule de touristes. Chaque groupe suit respectivement son guide. Je m’en écarte le plus possible, malgré tout, je n’ai souvent pas le temps d’ajuster l’objectif de mon appareil, c’est de nouveau l’envahissement. Je commence à réaliser que ce voyage ne doit surtout pas se transformer en quête éperdue de vieilles pierres. Alors, je reprends ma route en direction du village d’Archanes. Le soleil est de plomb, de vastes étendues de vignes aménagées en tonnelles, dominent ce paysage de coteaux. En songeant à la visite du palais de Knossos, j’ai du mal à imaginer la Crète ancienne, tant elle me parait engloutie dans une autre époque. Comment trouver le moindre lien à trente siècles d’écart, entre ce monde de palais, ces porteuses de vases, ces femmes aux seins nus et les vieilles paysannes rencontrées au hasard de la route, toutes emmitouflées, maigres et fragiles comme des squelettes.

Le site archéologique de Knossos
(Photo : André Laurenti)
Le corridor des magasins sur le site de Knossos
(Photo : André Laurenti)

Tout cet univers de fresques, de poteries, de dauphins, d’oiseaux de lys, tous ces dessins, ces hymnes de lignes et de formes, trahissent une telle présence féminine qu’on ne peut s’empêcher de pressentir leur influence, leur regard.
Au fil des kilomètres, de charmants villages, aux ruelles secrètes, livrent peu à peu leur histoire. Dans ces lieux éloignés du littoral, on vit encore au ralenti, rien de comparable avec les villes côtières, seuls les cris des animaux arrivent à troubler le silence divin. En arrivant à Archanès, le macadam s’estompe pour laisser place à une piste de pierres et de terre battue.

L’original de la fresque des dauphins est exposé au musée archéologique d’Héraklion
(Photo : André Laurenti)

Une hospitalité spontanée

Je décide de passer ma première nuit dans le sympathique village d’Al Marina. J’interroge un jeune crétois, assis à la terrasse d’un café, afin de savoir s’il est possible de camper à proximité du village. Il me dit que oui et m’offre un café que j’accepte bien volontiers. Malgré les barrières linguistiques, on arrive à se comprendre dans un anglais décousu et c’est merveilleux. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper. L’hospitalité pratiquée si spontanément par les crétois, ne signifie pas qu’ils sont dupes. Avec ce sens particulier des êtres de vieille tradition, ils savent discerner, au premier regard, le voyageur avide de contacts humains, de celui  cherchant avant tout le vivre et le couvert facile.
Il me propose la maison en construction de son oncle,  j’y entrepose sans hésiter mes affaires. Depuis mon arrivée, un attroupement s’est constitué autour de ma monture, dans ce village agréablement délaissé des touristes.

Tzermiadon est réputé pour son artisanat, avec des travaux d’aiguilles, de tissage que les femmes sont heureuses d’exposer et soucieuses de vendre
(Photo : André Laurenti)

Puis Georgious, mon accompagnateur, m’invite à le suivre dans sa demeure où vivent ses parents. Ici, le monde moderne n’a pas encore imposé son empreinte. Ce sont, je pense, les Grecs qui ont inventé cet admirable adages « rien de trop ». Cette indifférence au luxe, à l’ornement, explique l’élégance sans âge de leurs maisons blanchies à la chaux.
La mère de Georgious toute souriante, m’accueille dans sa modeste demeure. je finis par deviner que je suis le bienvenu. Elle m’apporte aussitôt du poisson, une omelette et du vin. Je savoure ces mets délicieux avec un appétit de cycliste. Peu après, Georgious me conduit vers la salle d’une taverne. Des chaises de paille sont disposées face à un grand drap blanc parfaitement tendu au fond de la pièce. Beaucoup de monde et beaucoup d’enfants pour cette soirée cinéma, l’événement exceptionnel de la soirée. Les lumières s’éteignent et aussitôt, une machine infernale, enfermée dans une volumineuse boite en bois, bâillonnée de chiffons, projette sur l’écran de fortune, un western américain, sous-titré en grec. Les images sont suffisamment parlantes et se dispensent éventuellement de dialogue ou de sous-titrage.

Paysage crétois
(Photo : André Laurenti)

Le temps de vivre

Après cette projection hors du commun, Georgious m’accompagne à mon abri, nous nous séparons sur une amicale poignée de mains.
Légèrement à l’écart du village, la pleine lune me fait découvrir une campagne baignant dans une atmosphère mystérieuse amplifiée par le hurlement des chats-huants. La tête levée, je contemple un long moment la voûte céleste, tapissée d’une myriade d’étoiles. Un petit air chaud me caresse les joues, un souffle léger comme la respiration d’une femme que l’on étreint. Puis le sommeil m’envahit, je me glisse dans le duvet et ne tarde pas à tomber dans les bras de Morphée.
Vers 6h30 je range mes affaires et parcours les ruelles du village dans l’espoir de saluer mes hôtes, mais en vain, il est trop tôt et je décide de poursuivre mon chemin dans la fraîcheur matinale. Des agaves se dressent majestueusement au bord d’une petite route de campagne. Ces plantes restent pendant plusieurs dizaines d’années à l’état végétatif pour fleurir une seule fois en donnant une inflorescence de dix mètres de haut.
Je traverse le village de Thrapsano et un peu plus loin, Kastelli dans lequel une halte déjeuner s’impose.
La Crète n’est pas faite pour les personnes pressées. Ici il faut prendre le temps de boire, de manger et surtout de vivre. Combien de fois les autochtones m’ont invité à partager l’Ouzo, le sempiternel café grec ou bien carrément le repas. Je me suis vu offrir le couvert un jour, sous prétexte que j’étais français et donc socialiste. Cela semblait tellement évident puisque François Mitterrand était au commande de la France depuis 1981.

Au grès des ports
(Photo : André Laurenti)

Dans les bars, avant que l’on ait eu le temps d’envisager de payer la première, on a remis une tournée et on vous invite à boire. A l’heure où le soleil pense à se coucher, tout le monde est là, à l’ombre des eucalyptus ou d’une treille, ceux qui sont installés aux terrasses de cafés regardent ceux qui vont et viennent et ceux qui déambulent dévisagent ceux qui sont assis sans hâte, entre deux saluts. De temps en temps, les uns remplacent les autres, et la vie continue. Le grand théâtre des rues et des places crétoises ne fait jamais relâche, il y a spectacle tous les soirs.

Comme dans la plupart des pays méditerranéens, l’âne est resté en Crète, l’indispensable auxiliaire de l’homme pour le transport des vivres et des produits artisanaux
(Photo : André Laurenti)

L’aventure recommence chaque jour. Je roule au jugé, sur la foi de renseignements glanés de-ci de-là, car les cartes ne sont pas toujours fidèles. Pour cette femme, je vais trouver derrière cette colline, la route asphaltée qui me mènera au plateau de Lassithi. Cette autre, m’arrête pour m’offrir des fruits. Au détour d’un chemin, je contemple avidement deux enfants riant aux éclats, essayant en vain de manœuvrer un âne qui refuse obstinément d’aller là où ils veulent. Inoubliable aussi à l’occasion d’une crevaison, cette adorable petite grand mère, toute flétrie,  descendue spécialement de sa mule pour m’apporter deux énormes grappes de raisin.

Quelques carcasses de moulins à vent au plateau de Lassithi, à l’Est du massif de l’Ida
(Photos : André Laurenti)
Les moulins de mon col
(Photo : André Laurenti)

Au sommet d’un col, sur l’arête se détachent des carcasses de moulins à vent, des vestiges de l’époque vénitienne. L’un d’eux fonctionne encore et se visite. Le meunier vit du tourisme plus que de sa farine. Ce col domine à l’Est le plateau de Lassithi. Les paysans cultivent selon des méthodes traditionnelles. Ils pompent l’eau des nappes phréatiques avec l’aide d’ éoliennes aux petites voiles blanches, il y a quelques années, elles se comptaient par millier. L’eau se situe à environ 4 à 5 m de profondeur, celle-ci permet d’irriguer une mosaïque de parcelles de terre fertile.

Une vie simple et saine des romans de Pagnol
(Photo : André Laurenti)

Au fil des jours, je trouve le bon rythme, midi et soir je mange dans les tavernes, c’est d’ailleurs un excellent moyen d’y rencontrer des gens. De plus, l’eau est rare sur l’île en cette saison, il est difficile de laver sa gamelle et puis les tavernes sont tellement sympathiques et accessibles à toutes les bourses, qu’on se laisse séduire.
Cela permet aussi de se reposer et d’être attentif aux autres. C’est ainsi que j’ai pu croiser au coin d’une rue, le crétois type. Un personnage décroché d’un tableau, coiffé du mandili, un foulard de soie noire sur le front, rappelant un peu le chèche des touaregs. Chaussé de bottes de cuir montant jusqu’au genoux, tenant une houlette de chêne kermès obtenue en tordant le bois de façon à lui donner cette forme arrondi comme une cane. Il faut 2 à 3 ans pour confectionner une telle houlette servant à tout, même à porter des fardeaux. Tout en marchant, il passe sont temps à égrener un chapelet, qui n’est toutefois pas un objet religieux, mais seulement un comboloï, un simple passe temps.

A droite la fileuse d’Anogia, emmitouflée, maigre et fragile comme un squelette enveloppée de nuit; à gauche, le crétois type, coiffé du mandili
(Photos : André Laurenti)

Je n’oublierai jamais le passage à Sitia, avec ces habitations blanches qui s’étagent de la colline à la mer et son arrière pays sec et aride. Une ville du Nord-Est qui rappelle déjà le Moyen-Orient.

Un pays de légendes

A l’extrême Est de l’île, Vaï résonne dans l’esprit de beaucoup, comme une des merveilles de Crète. Vaï l’exotique appelé aussi Phinicodassos ce qui signifie palmeraie, est unique de toute la Grèce, elle a attiré bien de romantiques et hippies. C’est un endroit reposant, une vieille légende crétoise raconte qu’un bateau égyptien, chargé de dattes, aurait sombré dans les parages. Les dattes entraînées par les vagues jusqu’au rivage auraient alors germé.
La mer cristalline revoie la lumière sur les flancs des collines avares de végétation. j’en profite pour me baigner. Je nage avec volupté dans cette eau si translucide que je ne sais plus si je me baigne dans la mer ou dans le ciel.

La plage de Vaï, un endroit appelé « Phinicodassos » ce qui signifie la palmeraie, est unique en Grèce, il y a plus de dix mille palmiers
(Photo : André Laurenti)

Plus loin, vers le Sud, dans le village de Zakro, la voix d’une femme parle de la vallée des Morts. Dans des gorges impressionnantes, des tombes pré-minoennes ont été découvertes.

Pêcheur d’éponges au port d’Aghios Nikolaos
(Photo : André Laurenti)

A environ une dizaine de kilomètres au Sud de Zakros, j’arrive à Xérokampos, un hameau d’agriculteurs. Cette localité est accessible par une piste difficile à vélo. J’ose m’aventurer au delà des limites proposées par les dépliants touristiques, c’est en quelque sorte mon école buissonnière et c’est souvent là qu’on y trouve les meilleures surprises. Faut dire que l’inattendu crétois est rarement décevant.

Maison traditionnelle à toit plat permettant de faire sécher les récoltes
(Photo : André Laurenti)

Un agriculteur s’exprimant très bien en français, me propose l’aide de son camarade pour me conduire le lendemain, à bord de son triporteur, au village suivant et  retrouver la route. La piste est en effet longue et fastidieuse, jonchée de gros cailloux de profondes ornières s’élevant sur mille mètres de dénivellation, le tout au centre d’un véritable désert.
Le lendemain, personne au rendez-vous, sans doute une erreur de traduction m’a fait rater mon chauffeur. Je dois me résigner et parcourir les 14 km de piste défoncée, par une température dépassant les 40°, sans pouvoir m’abriter.

De la piste oui, mais pas toujours d’un grand confort
(Photo : André Laurenti)

A quoi bon s’inquiéter de la durée du trajet, 10 km à pied, 4 à vélo qu’importe, il faut oublier l’heure et suivre le soleil. N’est-ce pas ces durs moments qui font les meilleurs souvenirs ? La Crète se mérite et les notions d’exactitude sont déplacées.

Et avec des pentes parfois sévères
(Photo : André Laurenti)

Sur la côte Sud, je fais étape à Matala, un très jolie port de pêche. La crique avec sa pittoresque plage de sable bien protégée et ses falaises truffées de grottes, voit progressivement l’installation d’équipements hôteliers.
Dans la roche, les abris naturels furent occupés à maintes occasions et dernièrement par des communautés de hippies, mais les séjours y sont désormais interdit.
Le soir les tavernes s’animent, mais ce lieu encore modeste est destiné à se développer depuis que les touristes lui ont reconnu des atouts.

La plage de Matala
(Photo : André Laurenti)

A Chora Sfakion la route se termine en cul de sac, j’embarque le vélo sur le bateau pour un saut de puce plus à l’Ouest, jusque sur la plage d’Agia Roumeli, à l’entrée des gorges de Samaria.
Treize kilomètres de sentier séparent cette plage du plateau d’Omalos. Au petit matin, je prépare le sac à dos en vu de bivouaquer au sommet des gorges. J’abandonne mon vélo sur le sable, le temps d’un aller retour. La balade est agréable et ombragée, des sources d’eau potable ponctuent la marche. Tout en montant, les parois de la gorge, hautes de 300 m, forment une véritable entaille dans le massif des Lefka Ori. Elles se resserrent jusqu’à laisser un passage de trois mètres. J’arrive enfin à Omalos vers midi, plus tôt que prévu, je suis donc en mesure de faire le retour dans l’après midi et retrouver ma fidèle monture.

Chapelle au départ des gorges de Samaria
(Photo : André Laurenti)
Véritable entaille dans le massif des Lefka Ori
(Photos : André Laurenti)

Le lendemain, j’envisageais d’atteindre Paléohora en bateau afin de reprendre la route. Au moment du départ, il m’est impossible de charger le vélo à bord, la mer est démontée, l’embarcation bondit au dessus du quai, les passagers sont obligés de sauter.  Sans solution alternative, je me contente d’un retour à la case départ, à Chora Sfakion à bord d’un bateau plus gros.
Depuis la route, le point culminant de la Crète, le Psiloritis, souvent dans les nuages, se dévoile enfin. A quatre jours du départ, une dernière folie taquine mon esprit, celle de passer une nuit au sommet pour y admirer le coucher et le lever de soleil. Je mets alors le cap vers le village d’Anogia situé à 800 m d’altitude.

Travail de vannerie proche d’Anogia
(Photo : André Laurenti)

Ce bourg important reste un pôle d’attraction originale, réputé pour son artisanat.
Laissant le vélo chez l’habitant, par une belle matinée ensoleillée, j’entame la marche d’approche. Du village part un chemin long de 18 km, il me conduit au plateau de Nida, situé à 1370 m d’altitude. De là, pas à pas, sous un ciel toujours pur, je poursuis l’ascension vers le Psiloritis. La végétation, brûlée par le soleil estival, se compose en majeure partie de buissons aux épines redoutables. Gare aux fesses, les chutes sont à éviter.

Sur le chemin du Psiloritis, une borie sert d’abri aux bergers
(Photo : André Laurenti)
La caverne de Zeus selon certains auteurs
(Photo : André Laurenti)

Il m’a fallu plus de quatre heures de marche pour parcourir les 18 km d’approche, puis l’ascension au sommet, soit plus de 1000 m de dénivellation sous une température élevée.
Sur le toit de l’île, comme un navire de haute mer, la Crète prend possession de son espace marin dans sa superbe solitude. Plus bas, dans les vallées, à flanc de montagne, des villages se tapissent l’un après l’autre, dans l’ombre de la nuit qui tombe. A mes pieds, les nuages se déchirent pour laisser apparaître le couchant sur les Lefka Ori.

Une borie aménagée d’un côté en abri et de l’autre en chapelle, abritera mon sommeil
(Photo : André Laurenti)

Une aventure personnelle de plus s’achève, mon « giro de Crète » s’achève en apothéose dans un festival de couleurs. Perché tout en haut de ce point culminant, j’ai l’impression d’être au commande d’un puissant navire fendant les flots. Le ciel  pur s’assombrit, en cette fin de journée, je vais bientôt avoir la tête dans les étoiles.

L’Est de l’île depuis le sommet du Psiloritis à 2 456 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)
Puis vision vers l’Ouest
(Photo : André Laurenti)
Une belle soirée à la fraîche se prépare
(Photo : André Laurenti)

Une brise du Nord caresse le sommet, il fait frais et je me sens bien, la vue extraordinaire sur les Lefka Oris à l’Ouest, me laisse en extase. Dans mes bagages j’avais amené un pull de laine, il est vrai que dans ce type de voyage, on évite de transporter des affaires inutiles et encombrantes. Jusqu’à aujourd’hui, il m’avait servi seulement d’oreiller durant les nuits sous tente, je n’avais pas encore eu l’occasion de le porter et de justifier son utilité. C’est enfin chose faite, pas de regret à avoir il a bien été précieux pour passer la nuit à plus de 2 400 m.
Après une nuit fraîche, au petit matin, le soleil apparaît lentement à l’Est, sur les monts Dikki. L’atmosphère se réchauffe très vite, il est temps de redescendre retrouver ma monture.

L’heure de la descente
(Photo : André Laurenti)

Je quitte ce lieu satisfait d’avoir accompli une visite approfondie de cette terre d’accueil si riche en contacts humains, d’en avoir dompté son relief au grès des pistes et des chemins. Désormais, j’ai comme un sentiment d’appartenir à cette Crète. Les différents paysages traversés sont, grâce au vallonnement, un perpétuel renouvellement de paysages. La bicyclette, une fois de plus, permet d’apprécier d’une manière optimale, les parfums de l’île, le bruissement des oliviers, les figuiers dont la saveur embaume des secteurs entiers. Bref, on savoure l’odeur de cette terre qui connaît l’homme depuis des millénaires.
Malgré quelques journées difficiles, on revient d’une telle aventure encore plus fort, avec une forme physique éblouissante.
Adieu amis crétois, ou plutôt au revoir, un jour ou l’autre, je reviendrais encore respirer un peu cette terre aride, cette terre si accueillante.

Adieu amis crétois, ou plutôt au revoir
(Photo : André Laurenti)

Ravissante folie d’une fin de voyage

Abord du bateau, fendant la mer en direction du port d’Athènes, je m’installe à une table pour un dernier souper en territoire hellénique. Mais, cette aventure ne veut pas s’achever sans une dernière fantaisie du moment, sans un nouveau témoin de voyage. Je suis attentivement des yeux le regard d’une jeune femme, elle aussi cherche une place, un sourire l’attire, elle finit par s’asseoir à ma table. Elle s’appelle Saskia, elle est autrichienne et a passé une grande partie de la saison estivale à Agio Nikolaos, comme professeur de wind surf. La couleur de la mer crétoise a renforcé le bleu de ses yeux. Ces cheveux blonds débordent à peine de ses épaules dénudées. Le teint de sa peau cuivrée par le soleil de l’été, reflète la douceur. Saskia est rayonnante de bonheur, nous effeuillons un à un les points forts de notre aventure crétoise, cela autour d’une bouteille de vin blanc sacrément méritée et je crois même bien une deuxième.
Puis, nous sortons sur le pont du navire, nous sommes accueillis par un généreux clair de lune. Quoi de plus romantique que cette divine traversée ! Une légère brise du large fait onduler mèche par mèche sa chevelure angélique. Un recoin du navire un peu à l’abri de l’humidité du soir et des regards indiscrets, nous rassemblent tous deux. De cette ravissante folie, j’espère une nuit sans aurore, sans matin.
Mais, au levé du jour le voyage prend fin. Au débarquement à Athènes, chacun s’affaire à ces tâches personnelles, chacun part dans une direction différente. Nous nous évanouissons parmi la foule du Pirée et de la capitale. Cette traversée fut ainsi sublimée par une rencontre sans lendemain. Il me reste l’image d’un regard non cicatrisé d’une compagne de voyage trop vite envolée. Mais tout cela fait partie de la délicieuse panoplie du voyageur, un tourbillon merveilleux qui fait exister et s’évaporer des êtres.

Santorin : faut-il y chercher l’Atlantide ?

En juin 1994, un peu plus d’une décennie après le tour de Crète à dos de vélo en octobre 1982, je me rends cette fois-ci en compagnie de Ghislaine, sur l’île mythique de Santorin. Cette petite perle appelée aussi Thera en souvenir d’un héros grec, « Theras », colonisateur de l’île vers 1000 avant J.C., se nomme aussi Kallisté, signifiant la très belle. D’une superficie de 76 km2, Santorin fait partie de l’archipel Grec des Cyclades comprenant 34 îles dont 25 sont habitées et d’innombrables petits îlots rocheux.
Ce joyaux en forme de croissant ouvert vers l’Ouest, comprend cinq îles : l’antique Thera la plus grande, le minuscule îlot d’Aspronisi, et Thirasia décrivent un anneau discontinu autour de la caldeira envahie par la mer et au centre duquel se trouvent Palea et Nea Kameni (la vieille et la Nouvelle Brûlée) formant le nouveau volcan émergé culminant à 134 m d’altitude au dessus du niveau de la mer.
Les bords internes de ce croissant sont escarpés et s’élèvent de près de deux cent mètres en falaises colorées au dessus de la rade. C’est dans ce cadre grandiose que se sont établies les localités de Phira ou Fira (le chef lieu), Oia et Imerovigli, bâtis sur les couches de roches et de cendres volcaniques.

Phira un balcon dominant la caldeira où sommeille le volcan
(Photo : André Laurenti)

Vers le Nord et l’Est le relief s’abaisse en pente douce vers la mer Egée. Cette configuration est le résultat d’une activité volcanique quasiment ininterrompue depuis 650 000 ans, au cours de laquelle plusieurs volcans se sont formés et ont été partiellement démantelés par les puissances colossales.

Le volcanisme de l’arc égéen

Santorin fait partie de l’arc égéen comportant neuf ensembles volcaniques, s’étirant du Nord-Ouest au Sud-Est : Crommyonia, Aegena, Methana, Poros, Milos, Santorin, Kos, Yali et Nisyros.
Pour certains, ce volcanisme a débuté dès le Pliocène (3.9 Ma), mais la majorité serait du quaternaire. Trois de ces volcans ont connu des éruptions historiques et sont donc considérés comme potentiellement actifs : Methana ( IIIe siècle avant J.-C. d’après les écrits de Pausanias), Santorin (plusieurs éruptions dont la dernière en 1950), Nisyros possède une activité fumerolienne et a connu des éruptions phréatiques à la fin du XIXe siècle (2).
Non loin de Santorin, il existe en mer une vingtaine de petits « seamounts » (volcan sous-marin), dont le plus important est le « seamount Colombus », un volcan actif dont la dernière éruption remonte à 1650. Il se situe à 7 km au Nord-Est de Santorin et à une profondeur de 18 mètres seulement (2).
Après une première tentative avortée, le verra-t-on un jour sortir définitivement de l’eau ?
Parmi tous ces volcans, Santorin reste en haut du « heat parade » grâce à l’éruption cataclysmale survenue vers 1650 avant Jésus-Christ, devenue la plus célèbre et à laquelle on lui  attribut le déclin de toute une civilisation.

Le volcan Nea Kameni né en 1707
(Photo : André Laurenti)

L’histoire volcanique de Santorin

Depuis environ 650 000 ans, Santorin a connu une bonne douzaine de périodes éruptives. Au moins quatre d’entre elles ont provoqué l’effondrement du volcan avec la formation d’une caldeira. La première remonterait à 180 000 ans environ, la seconde a donné naissance à la caldeira de Skaros entre 67 000 et 55 000 ans, la troisième a créé la caldeira du Cap Riva avec l’effondrement du volcan de Skaros, il y a 18 000 ans. Et enfin, la dernière et la plus célèbre, l’éruption dite minoenne avec l’effondrement de l’île centrale en 1 650 ans av. J.C.
Cette dernière éruption majeure de l’histoire de Santorin et sans doute la mieux étudiée. Cependant, son âge demeure encore imprécis.  La datation des végétaux retrouvés sur place, donne 1 650 ans av. J.C. Par ailleurs, un pic d’acide sulfurique a été relevé dans les glaces du Groenland, il révèle un âge d’environ 1645 ans av. J.C.
Il existe plusieurs propositions sur la configuration de l’île avant l’éruption. Certains optent pour une île qui avait presque la même forme qu’aujourd’hui, un peu moins morcelée, avec une caldeira en partie ennoyée et une île centrale.

Situation de l’île avant l’éruption minoenne
(Création : Androulakakis – Vougioukalakis (I.G.M.E.) )

L’éruption minoenne se serait décomposée selon les quatre phases suivantes :
– La première aurait débuté avec une éruption plinienne projetant un panache de 36 km de hauteur, recouvrant toutes les îles de ponces d’une hauteur maximale de 6 mètres (2).
– La seconde phase se distingue par de violentes explosions phréatomagmatiques provoquées par l’accès de l’eau de mer dans la bouche éruptive. Cette activité est à l’origine de déferlantes basales générant des dépôts de 12 mètres d’épaisseur (2).
– la phase trois correspond à la mise en place d’un tuf massif dont l’épaisseur atteint 55 mètres au bord de la caldeira. Cette phase est interprétée en termes de coulées de débris et de coulées pyroclastiques (2).
– Enfin la phase 4, la plus violente, correspond à des coulées pyroclastiques de nature ignimbritique sur 40 à 60 mètres d’épaisseur (2).

Les impressionnants dépôts de ponce
(Photo : André Laurenti)

Ces études ont conduit à une ré-évaluation du volume de magma émis à 60 km3 au lieu de 40 km3, ce qui pourrait représenter plus de 100 km3 de pyroclastites après vesiculation de la lave. Cette éruption pourrait ainsi être comparable à celle du Tambora (Indonésie) en 1815 (2).
Classé selon l’indice d’explosivité volcanique en VEI 7, l’éruption a sans aucun doute généré d’importantes anomalies climatiques.
Le déclenchement d’un tsunami reste encore une question débattue. Le volume de la caldeira formée à Santorin a été estimé 25 km3, moins important que le Krakatau avec un peu plus de 28 km3.  L’ampleur de la caldeira et de l’éruption a probablement généré un tsunami. Toutefois, l’existence d’une caldeira préalable à l’éruption moins ouverte que pour le Krakatau par exemple, a pu limiter les effets d’un tsunami. On ignore encore si l’effondrement de la caldeira a été brutal ou progressif.
En 2008, le débat est relancé avec la découverte de dépôts lié a un tsunami sur l’île de Crète, à Palaikastro.

Les îles Kameni

Depuis cette éruption paroxysmale, l’activité jusqu’à nos jours s’est concentrée à l’intérieur de la caldeira, là où émergent les îles de Kameni. Tout d’abord est apparue vers 46 – 47 av. J.C. Palea Kameni, puis Mikra Kameni entre 1570 et 1573. Plus tard, entre 1707 et 1711 apparaît Nea Kameni, puis une nouvelle éruption de 1866 à 1870 a réuni Mikra et Nea en soudant les deux îles.
Cette île culmine à 500 m au dessus du fond de la caldeira. Onze éruptions ont participé à la croissance de cette partie émergée et dont la toute dernière date de 1950 (2).

Carte géologique des îles Palea et Nea Kameni avec en gris Mikra Kameni
(Carte : Institut for the Study and Monitoring of  the Santorini Volcano )
A l’approche du volcan momentanément endormi
(Photo : André Laurenti)

Visite du volcan

En se rendant sur le volcan et au fur et à mesure que nous nous éloignons du petit port de Skala au pied de Phira, on distingue tout en haut de la caldeira la blancheur des petites maisons faisant penser à un manteau neigeux. Serait-ce une marque d’élégance ? un trait de maquillage de Kallisté pour se distinguer des autres îles ?

Accostage sur le volcan
(Photo : André Laurenti)

Une fois débarqué, nous randonnons sur ce volcan, conscient d’évoluer sur une cocotte minute momentanément en sommeil. Dans la baie de Mikra Kameni s’échappent des fumerolles autour desquelles viennent se former de petits cristaux de soufre. En arpentant ce milieu minéral, je découvre au bord du sentier, une bombe craquelée en croûte de pain.

Bombe en croûte de pain
(Photo : André Laurenti)
Cristaux de soufre dans la baie de Mikra
(Photos : gauche Ghislaine Cougnot, droite André Laurenti)
La chapelle des pêcheurs a proximité des eaux chaudes de Palea Kameni
(Photo : André Laurenti)

La crise de 2011-2012

Le dispositif de surveillance déployé sur Santorin a permis de suivre une activité sismique qui a duré de janvier 2011 à avril 2012, inquiétant fortement les insulaires. Cette crise s’est manifestée par une forte augmentation de l’activité fumerolienne et par une activité sismique accrue avec plus de 800 séismes le long d’un axe NE-SW passant par Nea Kameni (2).
Selon les mesures à partir d’une vingtaine de stations de geolocalisation GPS, la caldeira se serait dilatée de 5 à 9 cm durant cette période. Le Géophysicien Andrew Newman, de l’institut de technologie de Géorgie à Atlanta, a estimé que ce regain d’activité était dû à une montée de magma : 14 millions de mètres cubes de magma auraient ainsi rempli une chambre magmatique située à quatre kilomètres de profondeur sous l’île (4).
L’alerte a été levée en avril-mai 2012, sans se solder par une éruption. (2)

Répartition des séismes de janvier 2011 à septembre 2012
(Carte)
En haut de la caldeira, les villages s’accrochent en bordure de falaise
(Photo : André Laurenti)

Une destination touristique

Santorin est devenu une destination privilégiée des croisiéristes. De nombreux bateaux viennent mouiller devant le petit port de Skala au pied de Phira, le chef lieu de l’île. Autrefois, la prospérité économique des insulaires était fondée surtout sur le commerce, une véritable plaque tournante de part sa position. De nos jours, l’économie de l’île repose exclusivement sur le tourisme. Pour accéder aux villages tout en haut de la falaise, plusieurs possibilités s’offrent aux visiteurs, ils ont le choix de monter à pied en gravissant environ 600 marches disposées en pas d’âne, ou encore à dos d’âne, et enfin pour les moins courageux, par téléphérique.

Le petit port de Skala
(Photo : André Laurenti)
Depuis le port de Skala, pour atteindre Phira un choix s’impose, soit à dos d’âne, ou bien à pied ou encore en téléphérique
(Photo : André Laurenti)

Depuis les bords de la caldeira, les couchers de soleil représentent l’attraction à ne pas manquer. Un lieu extraordinaire ou l’on vient applaudir un spectacle naturel.
Les villages regroupent de petites maisons blanches cubiques dominées parfois par les ailes de moulins et parmi lesquelles se distinguent de petites chapelles ornées des caractéristiques coupoles bleus.

A gauche la cathédrale de Phira, à droite un des nombreux campaniles de Santorin
(Photos : André Laurenti)
Le bleu et le blanc et quelques fleurs offrent un charme exceptionnelle
(Photo : André Laurenti)

En observant ces empilements de constructions disposés en amphithéâtre au bord de la vertigineuse caldeira, on pourrait se demander si les parcelles de terrains à bâtir de Phira sont verticales. Une véritable quête éperdue pour avoir une terrasse, une fenêtre, sur le volcan et profiter de l’instant de grâce, la douce lumière du soleil couchant.

Un étal pittoresque de fruits et de légumes dans une rue de Phira.
(Photo : André Laurenti)

De petites ruelles paraissant donner sur un cul-de-sac, conduisent à de surprenants croisements, bordés de boutiques pittoresques ou de terrasses servant de cour à l’habitation. A l’extrémité Nord-Ouest se dresse fièrement le magnifique village suspendu d’Oia embrassant un beau point de vue sur la caldeira. Un chemin en balcon longe la falaise et permet de relier Oia à Thira.

Vue imprenable depuis le chemin en corniche de Thira à Oia
(Photo : André Laurenti)
Le village de Oia
(Photo : André Laurenti)
Couché de soleil à Oia
(Photo : André Laurenti)

Les petites maisons creusées dans la roche, les escaliers, les murs décorés de petits cailloux, les ruelles pavées et les fleurs font le charme d’Oia. La vue sur le volcan et l’immensité de la caldeira prennent ici une autre dimension. Il y a deux plages à Oia, mais leur accès n’est pas possible en voiture. Pour se rendre à celle d’Armeni, là précisément ou se trouve le petit port, il faut descendre 300 marches. Pour les moins téméraires celle d’Ammandi comprend seulement 200 marches.
Sur Santorin, les églises et les chapelles sont nombreuse, on en dénombre pas moins de 350. Elles sont érigées pour la plupart, par des marins que le Saint Patron a sauvé d’une forte tempête ou d’un autre danger.

Chapelle suspendue sur les parois vertigineuses de la caldeira
(Photo : André Laurenti)
Le petit port de Oia
(Photo : André Laurenti)

Vers le centre de Santorin, Pyrgos représente la localité la plus élevée de l’île.
La vigne est encore présente sur les sols fertiles de l’île, elle se cultive d’une manière bien particulière. Elle est taillée à ras le sol et les pieds sont enroulés en forme de corbeille afin de les protéger du vent souvent présent.  Le secteur viticole de Pyrgos est devenu célèbre et réputé avec des coteaux très bien exposés donnant un vin de caractère vif et d’une puissance aromatique. Les cépages abandonnés après le séisme de 1956, ont été repris et on peut y déguster la production sur place.

Les vignes sont enroulées en forme de corbeille pour les protéger du vent
(Photo : André Laurenti)

Santorin n’est pas exclusivement volcanique. Le mont Profitis Ilias représentant le point culminant de l’île (alt. 566 m) et le mont Mesa, sont un ensemble sédimentaire composé de calcaire triasique, antérieur au volcanisme de Santorin. Nous sommes surpris d’y découvrir une timide source.
De Perissa un sentier s’élève dans la montagne et permet d’attendre les ruines de l’ancienne Phira. A partir de ce chemin, une petite piste accède à une chapelle lovée dans la paroi rocheuse. Derrière elle se trouve une grotte avec une fontaine.

La localité balnéaire de Perissa à une quinzaine de kilomètres au Sud-Est de Phira
(Photo : André Laurenti)

Le site d’Akrotiri

En 1967, l’archéologue grec, Spyridon Marinatos (1901 – 1974) a mis à jour les vestiges d’une cité détruite et enfouie vers 1500 av. J.-C. par l’éruption volcanique de Santorin. Les vestiges de cette civilisation originale, caractérisés par un habitat richement décoré de fresques, semblaient apporter une réponse à l’énigme de l’effondrement simultané de la civilisation minoenne vers le IIe millénaire av. J.-C. Marinatos suggérait également d’associer cette catastrophe, à la fameuse disparition de l’Atlantide décrite par Platon dans Critias et dans Timée.
En s’inspirant de l’éruption du Krakatau qui eut lieu en 1883 dans le détroit de la Sonde, Marinatos imaginait que le volcan de Santorin était une île ronde de 12 km de diamètre dominée par un cône de plus de 1000 m de hauteur. Mais plus tard, les investigations menées sur le terrain ont montré que plusieurs éruptions cataclysmales se sont produites bien avant. L’aspect de l’île lors de l’éruption minoenne était sans doute peu différente de la forme actuelle.
Lors de notre visite, on a pu observer des rues bordées de maisons aux toits en terrasse et s’élargissant au gré de placettes. Ces habitations comportent deux à trois niveaux dotées parfois de colombages, une technique sismo-résistante renforçant les murs de pierres ou de torchis. Les maisons disposaient de salles de bains reliaient à l’égout. De nombreuses jarres ont été exhumées de ce site recouvert de six à sept mètres de dépôts volcaniques, un peu analogue à ceux qui ont recouvert Pompéï et Herculanum.

Marinatos soutient que le processus s’était déroulé en deux étapes : un tremblement de terre aurait d’abord ravagé Santorin, puis la Crète aurait été victime des effets de l’éruption volcanique. Mais, la théorie de Marinatos a été remise en question par les volcanologues. La montée de magma avant l’éruption ne s’accompagne généralement que de séismes de faibles intensités. Les gaz et les fumées servirent d’avertissement aux habitants, ce qui explique l’absence de corps et d’objets précieux sur le site archéologique d’Akrotiri. L’explosion du volcan, la troisième depuis le début du pléistocène, se situerait entre 1700 et 1520 d’après les datations au carbone 14. Les cendres récupérées dans les glaces du Groenland invitent à placer la catastrophe vers 1645.
Toutefois, Akrotiri a bien été affecté par un ou plusieurs tremblements de terre destructeurs dont on ne sait pas s’ils sont lié à l’éruption. Ces séismes dont on voit les traces se sont probablement pas produits pendant la phase éruptive. En effets, les habitants ont eu le temps nécessaire de reconstruire leur maison. Par endroit, les gravats n’ont pas été enlevés, mais utilisés pour rehausser le niveau de la rue. Des nouvelles ouvertures ont été réalisées ainsi que des escaliers. On observe des traces sur les marches d’un escalier fendues en leur milieu et comprimées.

Le séisme de 1956

Quoiqu’il en soit, des séismes destructeurs peuvent se produire à Santorin sans que ce soit associé à une éruption volcanique. Le dernier important et destructeur remonte au 9 juillet 1956, cet événement de magnitude 7.8 a provoqué la mort de 48 personnes, 200 furent blessées et plus de 2000 maisons ont été détruites (1). L’épicentre était situé au Sud de l’île d’Amorgos. Cet événement a généré un tsunami avec une amplitude de progression de 20 m sur Amorgos, 13 m sur Folegandros et 10 m sur Astypalia.

Présence d’arcs de décharge sur le bâti ancien de Santorin
(Photo : André Laurenti)
A Oia, on peut encore y voir les traces de ce séisme
(Photo : André Laurenti)
Les villages forment un réseau serré de maisons
(Photo : André Laurenti)

Le volcan d’Akrotiri

Non loin du site archéologique, nous nous dirigeons vers le Sud-Ouest et atteignons le cap Mavrorachidi. De là, nous découvrons la partie érodée du cône de cendres représentant le volcanisme d’Akrotiri (522 000 à 451 000 ans)  qui a marqué le début de l’activité de Santorin. Ce site est plus connu des touristes sous le nom de Red Beach.

Cône et spatters formés au cap Mavrorachidi sur la péninsule d’Akrotiri
(Photo : André Laurenti)
Red beach : un ancien volcan
(Photo : André Laurenti)

Conclusion

Avec l’affinement progressif  des datations, on pourra probablement trouver une explication plus crédible aux énigmes suscitées par l’éruption de Santorin. La destruction des palais minoens sur l’île de Crète remonterait à 1700 ans av. J.C. antérieur à l’éruption de Santorin. Les traces de séismes observées sur le site archéologique d’Akrotiri avant réparation, pourrait correspondre à un même événement qui aurait également affecté les palais en Crête. Par ailleurs, des traces de tsunami  générées par l’éruption de Santorin ont bien été découvertes à Palaikastro en Crète, mais il faudra attendre d’autres investigations pour en mesurer l’ampleur. Toutefois, il semblerait que la disparition du peuple minoen ne découlerait pas directement de l’éruption.
Quant au mythe de l’Atlantide, est il une légende ou bien une réalité ? s’il est admis que la configuration de l’île avant l’éruption minoenne était presque comparable à celle d’aujourd’hui, cela remettrait en cause la disparition d’une grande partie de l’île. Il est vrai que, élucider ce mystère détruirait cette légende si connue et tant aimée à Santorin.
Mais le secret du continent disparu se cacherait il plutôt sur la côte Atlantique de l’Espagne, comme le suggèrent certains chercheurs et également Platon ? Serait-il le site de Tartessos, dans la zone deltaïque du fleuve Guadalquivir, au delà des colonnes d’Hercule ? (5) Cet endroit a en effet été impacté par le tsunami généré par le terrible séisme de Lisbonne de 1755. L’épicentre était en mer, au Sud-Ouest de Cap Saint-Vincent. Le site de Tartessos était donc en pleine trajectoire des vagues du tsunami comme il a probablement été lors d’un événement similaire beaucoup plus ancien.
Enfin, avec un indice d’explosivité volcanique (V.E.I.) estimé à VEI 7 sur une échelle de 8, l’éruption minoenne aurait produit 100 km3 de volume éjecté comparable à l’éruption du Tambora (10 avril 1815) en Indonésie. Comme pour le Tambora, cette éruption a sans aucun doute, généré d’importantes anomalies climatiques sur notre planète.

Source documentaire :

1 – Guide des volcans d’Europe et des Canaries – Krafft M. Larouzière F.D. – editions Delachaux et Niestlé – année 1999

2 – Volcanisme de Santorin – Hervé Bertrand – voyage d’étude 2014 de l’association Méta odos

3 – L’Histoire n° 178 – juin 1994

4 – Ferard Emeline – Article du Gentside Découverte – « Un volcan sous haute surveillance en Grèce » – 14 mars 2012 – www.maxisciences.com

5 – Freund Richard – documentaire de la chaîne National Géographie – mars 2011

Les monts du Cantal

La 30eme A.G. de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) s’est tenue du 14 au 16 mai 2016 à la station de Super Lioran dans le Cantal. En compagnie de Jacques Drouin, un ami de longue date, nous avons occupé au maximum ce week-end en effectuant quelques randonnées au cœur du massif volcanique cantalien, l’un des plus vastes strato-volcans d’Europe.

Le puy Griou (Photo : André Laurenti)
Le puy Griou culmine à 1 690 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)

La porte du Lion

La première balade a eu pour point de départ le lavoir de Lagoutte près de la localité de Thiézac. Un chemin bucolique traverse les vertes campagnes de la vallée de la Cère encore très humide par les pluies de la veille. Peu après, le chemin s’élève pour atteindre le hameau de Niervèze. De là, on y découvre l’architecture préservée de la chaumière traditionnelle de Granier, ainsi qu’un four à pain, un bâti exceptionnel du XVII et XVIIIe siècle. Plus loin, blotti au fond d’un vallon ombragé, l’un des cinq moulins qui existaient autrefois le long du ruisseau de Niervèze.
Nous pénétrons dans une hêtraie et arrivons sous les falaises du chaos de Casteltinet. Au pied des parois, d’énormes blocs rocheux s’amoncellent. Nous entamons une descente un peu glissante et arrivons devant la porte du Lion.

La chaumière traditionnelle au hameau de Nièrvèze (Photo : André Laurenti)
La chaumière traditionnelle au hameau de Niervèze
(Photo : André Laurenti)
Le moulin sur le ruisseau de Niervèze (Photo : André Laurenti)
Le moulin restauré sur le ruisseau de Niervèze
(Photo : André Laurenti)

Dans ce site chaotique, les glaciers en se retirant ont provoqué la décompression des roches, formant ces détachements en bloc, de brèches volcaniques. Certains rochers revêtent des formes curieuses donnant cette arche de pierre appelée porte du Lion.

La porte du Lion (Photo : André Laurenti)
La porte du Lion façonnée dans des brèches volcaniques
(Photo : André Laurenti)

Le Pas de Cère

La balade nous mène dans la localité de Vic-sur-Cère rendue célèbre pour ses thermes. Nous effectuons une randonnée dans les gorges du Pas de Cère. Cet ancien verrou glaciaire de la vallée de Cère représente l’un des sites emblématiques du Carladès. La rivière tumultueuse s’est frayée un passage dans la gorge étroite et ombragée. Le sentier s’élève dans une forêt de hêtres pour atteindre le belvédère de la cascade de la Roucolle.

La Cère (Photo : André Laurenti)
La rivière Cère
(Photo : André Laurenti)
La chute (Photo : André Laurenti)
La cascade de la Roucolle
(Photo : André Laurenti)
La Cère (Photo : André Laurenti)
Les gorges de la Cère
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le puy Griou

Le choix du jour s’est porté sur le puy Griou situé dans la zone centrale de ce stratovolcan. Nous partons du col de Font de Cère (alt. 1289 m) et longeons dans un premier temps l’une des pistes de ski de Super Lioran, puis le bois de combe Nègre. En face de la combe, pointe fièrement le Téton de Vénus (alt. 1669 m).

Des névés sont encore présents, au loin le Téton de Vénus (alt. 1669 m) (Photo : André Laurenti)
Les névés sont encore présents, au loin pointe le Téton de Vénus (alt. 1669 m)
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons assez rapidement le col de Rombière (alt. 1549 m). Le sentier se fait plus doux et prend la direction du sud-ouest jusqu’au pied du Griou.

Le puy Griou à gauche et (Photo : André Laurenti)
Le puy Griou à gauche et à droite le Griounou
(Photo : André Laurenti)

Nous attaquons les pentes plus sévères de cette pyramide de phonolite. Le puy Griou se situe au centre d’un stratovolcan complètement démantelé par l’érosion fluviale et glacière. Pas tout jeune, il se serait formé il y a 6 Ma environ.
Depuis son sommet, un panorama magnifique permet de distinguer au Nord-Ouest le puy Mary (alt. 1783m) et au Sud-Est le Plomb du Cantal (alt. 1855 m).

Le puy Marie (Photo : André Laurenti)
Le puy Mary (alt. 1783 m)
(Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet avec à gauche le Peyre-Arse (alt. 1806 m) et à droite le Téton de Vénus (Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet avec à gauche le Peyre-Arse (alt. 1806 m) et à droite le Téton de Vénus
(Photo : André Laurenti)

Après le sommet, nous contournons par le Nord la montagne en empruntant un sentier très agréable qui s’enfonce en partie dans une belle forêt de hêtres. Nous bouclons ainsi ce circuit en regagnant le point de départ.

Le sentier s'enfonce dans une hêtraie (Photo : André Laurenti)
Le sentier s’enfonce dans une hêtraie
(Photo : André Laurenti)
Au pied du Griou quelques jonquilles (Photo : André Laurenti)
Au pied du Griou des jonquilles marquent le printemps
(Photo : André Laurenti)
A l'Est, on distingue le Plomb du Cantal (Photo : André Laurenti)
Au Sud-Est, on distingue sur une ligne de crête un petit mamelon, il s’agit du Plomb du Cantal (alt. 1855 m)
(Photo : André Laurenti)

Le Plomb du Cantal

Pour ce dernier jour, nous partons par le GR 400 depuis le col de Prat de Bouc (alt. 1396 m) à l’est du Plomb du Cantal. La météo bien fraîche est au beau fixe. Un petit torrent d’argent serpente dans les pâturages au grand bonheur des troupeaux.

Cours d'eau (Photo : André Laurenti)
Au pied du Plomb du Cantal, un petit torrent serpente dans les pâturages
(Photo : André Laurenti)

La montée régulière longe le vallon du Lagnon. le sentier bien exposé au soleil traverse malgré tout quelques névés.

La vallée (Photo : André Laurenti)
La crête domine le Rau de Livemade au Sud
(Photo : André Laurenti)
Les premières anémones (Photo : André Laurenti)
Les premières anémones
(Photo : André Laurenti)

Nous finissons par atteindre ce qui représente le point culminant des Monts du Cantal avec ses 1855 m d’altitude. Le Plomb du Cantal est le point le plus élevé des restes de ce que fut l’un des plus grands strato-volcans d’Europe avec ses 2500 km2. Eteint depuis 3 Ma, sa hauteur estimée dépassait largement plus de 3000 m d’altitude et était plus gros que l’Etna actuel. Né il y a environ 13 millions d’années, il s’est édifié puis détruit entre 8,5 et 7 Ma. Durant la période comprise entre 7,5 et 6,5 Ma, s’ensuit la mise en place des intrusions phonolitiques. Il terminera sa vie par une activité basaltique et basanitique entre 5,5 et 4,5 Ma.

Depuis le sommet s'étend un magnifique panorama (Photo : André Laurenti)
Depuis le sommet s’étire une belle ligne de crête dominant la vallée de la Cère
(Photo : André Laurenti)
On distingue le Puy Griou à droite et le Puy Mary (Photo : André Laurenti)
On distingue le Puy Griou en contrebas à droite et le Puy Mary
(Photo : André Laurenti)
Terminons cet agréable séjour avec des fleurs (Photo : André Laurenti)
Terminons ce bien agréable séjour auvergnat avec des fleurs
(Photo : André Laurenti)

Reflets niçois

Je prends toujours du plaisir à flâner dans la ville de Nice, longer la Promenade des Anglais et sa baie des Anges, s’étalant à n’en plus finir jusqu’à la ligne de partage entre ciel et eau. J’aime suspendre le temps du Nice moderne, en mêlant fuyantes et reflets, mais aussi du Nice ancien, en jouant avec les ocres des façades, sans négliger un petit arrêt du Nice festif.
Nice est un enchantement de couleurs, de lumière et de délicieuses senteurs du « Cours Saleya ». « Roba Capeu » fendant la mer en véritable proue de navire, où souffle parfois un vent en démence. La colline du château surplombant les empilements de toits rouges, le port Lympia et ses pittoresques pointus. Combien de lieux où il fait bon se poser et contempler !

Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Hôtel Ibis promenade des Anglais
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
Résistance (Photo : André Laurenti)
Résistance urbaine
(Photo : André Laurenti)
Hôtel (Photo : André Laurenti)
Radisson Blu Hôtel
(Photo : André Laurenti)
Parc Phoenix (Photo : André Laurenti)
Parc floral Phoenix
(Photo : André Laurenti)
Pleine voile (Photo : André Laurenti)
Pleine voile en baie des Anges
(Photo : André Laurenti)
Carnaval de Nice (Photo : André Laurenti)
Carnaval de Nice 1995 roi du cinéma
(Photo : André Laurenti)
Carnaval de Nice (Photo : André Laurenti)
Carnaval de Nice 1995 roi du cinéma
(Photo : André Laurenti)
Musée d'Art Moderne (Photo : André Laurenti)
Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (M.A.M.A.C.)
(Photo : André Laurenti)
Acropolis (Photo : André Laurenti)
Palais des Congrès Nice Acropolis et la Tête Carrée de Sacha Sosno
(Photo : André Laurenti)
Place Garibaldi (Photo : André Laurenti)
Place Garibaldi
(Photo : André Laurenti)
Cours Saleya (Photo : André Laurenti)
Cours Saleya
(Photo : André Laurenti)
Place Masséna (Photo : André Laurenti)
Place Masséna
(Photo : André Laurenti)
Place Masséna (Photo : André Laurenti)
Place Masséna
(Photo : André Laurenti)
Les pointus (Photo : André Laurenti)
Les pointus du port Lympia
(Photo : André Laurenti)
Les Pointus (Photo : André Laurenti)
Les Pointus du port Lympia
(Photo : André Laurenti)
Pointus (Photo : André Laurenti)
Le pointu niçois
(Photo : André Laurenti)
Passage du Belem en 2013 (Photo : André Laurenti)
Escale du « Belem » en octobre 2013
(Photo : André Laurenti)
La grande lunette de l'observatoire de Nice (Photo : André Laurenti)
La grande lunette de l’observatoire de Nice
(Photo : André Laurenti)
Au dessus des toits (Photo : André Laurenti)
Au dessus des toits
(Photo : André Laurenti)

Etna – l’éruption de 2001

L’éruption du 17 juillet au 8 août 2001

Je n’oublierai jamais d’avoir assisté en spectateur privilégié au paroxysme du 24 juin 2001 offert par cet intermittent de spectacle hors du commun. Un show progressif de trois heures sans rappel qui s’est ensuite renouvelé à intervalles irréguliers jusqu’au matin du 17 juillet, avec les mêmes caractéristiques, signant par la même occasion son 17eme et dernier paroxysme de l’année 2001.
Mais l’Etna n’avait pas dit son dernier mot, il a décidé d’un poing rageur de marquer à sa manière le début du XXIe siècle.
Le 13 juillet, les appareils de surveillance s’affolent soudainement, des milliers de secousses sont enregistrées par les stations. Des symptômes bien différents de ceux précédant les paroxysmes, ils annoncent sans doute une activité beaucoup plus importante. En effet, le 19 juillet vers 22h30, le verdict tombe, un imposant panache s’élève tout à coup du Piano del Lago à 2500 m, un cône est en train de naître. Des flots de lave s’échappent aussi d’une fracture à 2100 m juste derrière la station sud de Sapienza. Ce n’est pas tout, au total sept points d’émissions plus ou moins importants situés sur la rift zone Nord et Sud marqueront cette éruption mémorable.

Carte des coulées de l'éruption 2001 réalisée par Gilbert Mahoux et front d'une coulée avec en arrière plan l'activité du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Carte des coulées de l’éruption 2001 réalisée par Gilbert Mahoux et le front d’une coulée avec en arrière plan l’activité du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

En route vers l’Etna

Je ne pensais pas revoir l’Etna de sitôt, je venais tout juste de reprendre mon travail et me voilà à nouveau en train de préparer mon sac et repartir en direction de la Sicile.
Depuis le 18 juillet l’activité a totalement changé et s’est considérablement amplifiée, à tel point que les autorités ont décrété l’état d’urgence.
Le déplacement vers la Sicile se fera cette fois en Land-Rover depuis le midi de la France en compagnie d’Elisabeth et Luc fondateurs de l’association Vulcain des amies de Maurice et Katia Krafft. La descente vers le sud a été, certes éprouvante, mais fort heureusement la récompense était au rendez-vous et valait bien ce sacrifice.

A notre arrivée sur les lieux, l'Etna semble en feu. (Photo : André Laurenti)
Dès notre arrivée, en montant depuis Zafferana, l’Etna fait feu de toutes parts, avec à gauche le panache généré par le « Sylvestri 4 », au centre l’activité du « Laghetto » et à droite le cône Sud-Est.
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 27 juillet 2001

Très vite, nous prenons contact avec notre fidèle ami Giuseppe, « Pippo » pour les intimes, il est d’ailleurs, particulièrement sollicité depuis le commencement de l’éruption. A 18h nous nous réunissons dans son appartement d’Acireale. D’autres collègues, tous membres de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) sont au rendez-vous, dont Alain membre fondateur et secrétaire, Gilbert, Christian. Ils sont venus de toutes parts, tous impatients et prêts à partir vers de nouvelles aventures sur l’Etna. Le groupe de neuf personnes se répartit en trois véhicules et le petit convoie prend la direction de la station de Sapienza (Etna Sud) par la route de Zafferana. Nous nous heurtons à un premier barrage, seul Pippo a l’autorisation de passer. Certes, nous obtiendrons les papiers nécessaires le lendemain, mais ce soir là, il fallait coûte que coûte trouver une solution pour passer. Nous finissons par déjouer l’attention des carabiniers en contournant discrètement à pied par la forêt le barrage, et cela malgré la présence de chiens d’une propriété environnante qui, les bougres, nous avaient repéré et n’arrêtaient pas d’aboyer. Heureusement l’obscurité de la nuit nous rend peu visible. Après un véritable parcours de combattant, nous débouchons plus haut sur la route. Nous retrouvons enfin Pippo, il effectuera plusieurs voyages pour amener l’équipe au complet sur le site tant convoité.

Nous montons nous poster au nord-est du cratère Silvestri supérieur derrière la station de Sapienza. Le spectacle est saisissant, au dessus de nos têtes une fracture s’est ouverte dans la nuit du 17 au 18 juillet. Celle-ci forme une boutonnière appelée pour le moment « Silvestri 4 », elle se compose de trois bouches actives situées à environ 2150 m. Une bouche éructe sans cesse tandis que les deux autres se manifestent par intermittence. A partir de cette boutonnière un véritable torrent de feu descend tout droit, évoluant en fonction du relief, puis part vers l’ouest presque en angle droit, en contournant le cône du « Silvestri Supérieur » sur lequel nous nous trouvons.

La coulée émise par la boutonnière juste derrière la station sud de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
La coulée émise par la boutonnière juste derrière la station sud de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)
Le flot de lave contourne le cône du Sylvestri supérieur. (Photo : André Laurenti)
Le flot de lave contourne le cône du « Sylvestri supérieur ».
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la bouche supérieure. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la bouche supérieure de la boutonnière.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

La lave descend ensuite à l’est de la station de Sapienza, coupe la route 92 menant à Zafferana en passant très prêt de deux restaurants et dévale pleine pente le long du flanc ouest des cratères « Silvestri inférieurs » en direction du Sud.
Au niveau de la station, la coulée s’élargit sur un replat, elle atteint à cet endroit une cinquantaine de mètres de large.

La coulée a recouvert la route qui mène à zafferana depuis la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
La coulée a traversé la route 92 qui mène à zafferana depuis la station de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)
Le flot de lave descend en direction de la ville de Nicolosi dont on aperçoit les lumières. (Photo : André Laurenti)
Le flot de lave descend en direction de la ville de Nicolosi dont on aperçoit les lumières.
(Photo : André Laurenti)

Au bord de cette coulée on observe de nombreuses enclaves siliceuses et sableuses probablement arrachées au soubassement sédimentaire du volcan. Il s’agit de lambeaux de sable blanc pris dans la gangue de magma et vitrifiés sur une faible épaisseur au niveau de la zone de contact. Un bel échantillon enrichira ma collection de roches volcaniques.

Vision de la boutonnière depuis l'ouest de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Vision de la boutonnière depuis l’ouest de la station de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)

Le lendemain matin, à la station de Sapienza, d’importants moyens matériels sont entrés en action. Nous observons le balais incessant des engins de chantier, pelles mécaniques, percuteurs, bulldozers et camions. La protection civile et l’armée italienne s’affairent nuit et jour pour tenter de canaliser la lave en édifiant des digues de terre et de roche. Le but étant de protéger les bâtiments de la station en évitant que la coulée s’élargisse et les détruise. L’opération semble efficace, mais rencontre parfois des difficultés. En effet, par moment des débordements se produisent, des blocs incandescents viennent stopper leur course contre les murs des constructions, les pompiers veillent et arrosent la roche en fusion pour la refroidir et limiter les dégâts.

La protection civile et l'armé italienne travaillent nuit et jour pour canaliser la lave. (Photo : André Laurenti)
La protection civile et l’armée italienne travaillent nuit et jour pour canaliser la lave.
(Photo : André Laurenti)
La construction de digue pour détourner la lave semble efficace. (Photo : André Laurenti)
La construction d’une digue pour détourner la lave semble efficace.
(Photo : André Laurenti)
Les pompiers protègent les bâtiments de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Les pompiers protègent les bâtiments des débordements de la coulée canalisée.
(Photo : André Laurenti)

Sur un promontoire élevé à l’abri des coulées, de nombreuses chaînes de télévisions couvrent l’événement et attendent aussi l’entrée des coulées de lave dans Nicolosi. Si les médias présentaient une situation alarmiste, cela n’inquiétait pas trop les habitants. En effet, le front de lave ne progresse plus vraiment, il a atteint une zone plate et a tendance à se refroidir. Finalement la coulée stoppera sa course au bord des carrières à 4 km de la ville.

De nombreuses chaînes de télévision relatent l'événement. (Photo : André Laurenti)
De nombreuses chaînes de télévision relatent l’événement.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza sous le regard des caméras de télévisions.
(Photo : André Laurenti)

Situation au Piano del Lago

L’activité derrière la station de Sapienza n’est pas la seule, plus haut au Piano del Lago (alt. 2500 m) à la base du cône de la Cisternazza, de nombreuses fractures parallèles sont apparues et se dirigent en direction du sud traversant la piste et passant de chaque côté de la Montagnola. Le 17 juillet à 7h30 une forte secousse est ressentie à la station de Sapienza. Au même moment une nouvelle fracture s’ouvre au pied du Sudestino (cratère Sud-Est) à 3000 m en direction du Sud et libère des fontaines de lave. En fin d’après midi une nouvelle bouche se forme entre 2700 et 2800 m d’altitude rejetant des fragments de lave et d’importantes coulées de lave. Le 19 juillet, peu avant 18h, un cratère extrêmement explosif se forme. En trois jours d’éruption il atteindra une hauteur de 100 m, c’est celui qu’on appellera le « Laghetto ». Dans la nuit du 25 au 26 une ouverture se produit sur le flanc sud de ce cône, libérant la lave qui descend sur l’arrivée du téléphérique. La coulée s’appuiera sur le mur nord du bâtiment sans pénétrer à l’intérieur, brûlant une partie du toit. Elle continuera sa course et se séparera en deux bras dont l’un rejoindra la coulée générée par le Sylvestri 4. Le 28 juillet les puissantes explosions ont projeté des bombes de plusieurs m3 suffisamment loin pour atteindre le bâtiment du terminal du téléphérique endommageant sérieusement la construction.

Vue panoramique des points d'activité. (Photo : André Laurenti)
Vue panoramique des points d’activité avec à droite le Laghetto, à gauche les cratères sommitaux et au centre les coulées de lave fumantes.
(Photo : André Laurenti)

28 juillet montée au Laghetto

Cette après midi nous avons rendez-vous avec Pippo au restaurant la « Nuova Quercia », nous rejoignons aussi Boris Behncke volcanologue à l’I.N.G.V. de Catane. Boris accorde quelques interview à la presse et nous partons tous ensemble pour se rendre au Laghetto. Une équipe de télévision de la CNN est aussi de la partie soit un groupe de plus de quinze personnes. Nous nous rendons en voiture sur le site de l’observatoire d’astrophysique proche du cratère Monte Vetore à 1700 m d’altitude, juste en aval de la station de Sapienza. Nous nous préparons en chaussant les godillots de montagne, en mettant les guêtres et des gants de protection sans oublier le casque dans le sac à dos. Puis nous démarrons l’ascension à l’écart une fois de plus des carabiniers et avec plus de 1000 m de dénivellation. Boris et Pippo mènent la marche à une allure soutenue gravissant les pénibles coulées anciennes aux blocs instables et coupants. L’absence de chemin rend la montée peu aisée, si bien qu’à mi parcours l’équipe de télévision abandonne, plus haut d’autres personnes rebrousserons chemin. La montée n’est pas toujours directe, il faut tenir compte des coulées actives en les contournant. Après quelques brefs arrêts pour se restaurer notre groupe fortement réduit se trouve enfin en tête à tête avec un « Laghetto » en pleine forme.

Un cône de 100 m de hauteur s'est formé en trois jours d'éruption. (Photo : André Laurenti)
Un cône de 100 m de hauteur s’est formé en trois jours d’éruption.
(Photo : André Laurenti)
Ses explosions sont extrêmement violentes et font trembler le sol. (Photo : André Laurenti)
Ses explosions sont extrêmement violentes et font trembler le sol.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
On distingue les impacts des bombes sur le flanc du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Les éruptions en coup de canon sont extrêmement puissantes faisant vibrer le sol. Le choc d’une explosion fera d’ailleurs tomber ma gourde posée à même le sol. Par moment, en dehors du cratère actif au sud et au nord du cône, de violentes explosions phréato-magmatiques avec des jets cypressoïdes caractéristiques, projettent des blocs dans toutes les directions, prudence nous restons à distance. A l’emplacement du Laghetto, il n’était pas rare de voir se former à la fin du printemps, lors de la fonte des neiges un petit lac, d’où le nom de « Piano del Lago ». Ainsi, le magma montant vaporise ces eaux d’infiltration provoquant ce type d’explosions imprévisibles et dangereuses.

Activité phréatomagmatique au sud du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité phréatomagmatique au sud du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)
Panache noir caractéristique des éruptions phréatomagmatiques. (Photo : André Laurenti)
Panache noir jais et dense, caractéristique des éruptions phréato-magmatiques.
(Photo : André Laurenti)
Autre activité phréatomagmatique au nord du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Autre activité phréato-magmatique au nord du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Au cours de la nuit une activité strombolienne plus spectaculaire prend le relais.

Activité strombolienne sur le Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne sur le Laghetto.
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne au Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne au Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Nous quittons les lieux tard dans la nuit, la descente dans les blocs instables est longue et harassante. En arrivant à notre véhicule, je n’ai même pas envie de manger, je me faufile directement dans mon duvet et m’endors aussitôt.
Au petit matin, je suis réveillé par une voix murmurant à peine « mais c’est André ? », il s’agit de connaissances de l’association Lave attirées eux aussi par les tribulations de l’Etna. Je me rends compte alors, que je me suis endormi carrément au beau milieu du chemin.

La Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Le Laghetto en activité avec le terminal du téléphérique.
(Photo : André Laurenti)

Le soir nous choisissons le lieu pour dormir en fonction de la direction du panache de cendre, soit l’observatoire à l’ouest, soit le « Renard » à l’Est. Malgré ces précautions, tous les matins je me réveille recouvert de particules fines.
Le 31 juillet nous montons sur les coulées observer leur progression vers l’ouest.

Une petite coulée descend lentement vers l'ouest. (Photo : André Laurenti) (
Une petite coulée descend lentement vers l’ouest.
(Photo : André Laurenti)
Le front de la coulée avance par éboulement de blocs. (Photo : André Laurenti)
Le front de la coulée avance lentement par éboulements de blocs.
(Photo : André Laurenti)

L’activité semble enfin s’essouffler. A la station de Sapienza on a limité les dégâts et évité le pire.
Le 8 août l’Etna s’accorde une période de repos, mais jusqu’à quand ?
Malgré la saison estivale bien entamée, il faudra penser à la reconstruction notamment celle du téléphérique, de ses installations et réaménager aussi la station de Sapienza bien embarrassée par l’épaisseur de lave la traversant et qui a modifiée la topographie.

La station de Sapienza a évité le pire. (Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza a évité le pire.
(Photo : André Laurenti)
Les cabanes de souvenirs ont eu chaud. (Photo : André Laurenti)
Les cabanes de souvenirs ont eu chaud.
(Photo : André Laurenti)
Les coulées ont léché le restaurant "la Capannina". (Photo : André Laurenti)
Les coulées ont léché le restaurant « la Capannina ».
(Photo : André Laurenti)
Le restaurant a été légèrement touché. (Photo : André Laurenti)
Le restaurant a été légèrement touché.
(Photo : André Laurenti)

Au cours de cette éruption, la lave a recouvert une superficie d’environ 5,5 km2 soit trente millions de m3 de magma. Le trafic aérien a également été perturbé par les nuages de cendre, l’aéroport international de Catane a été fermé à plusieurs reprises.

Etna – l’éruption de 2002

Quand l’Etna se fâche

Après un an et trois mois de répit l’Etna, l’un des volcans le plus actif d’Europe, s’est à nouveau réveillé dimanche 27 octobre 2002. Alors qu’il avait menacé l’an passé, les constructions de la station de Sapienza sur la partie sud du volcan, le Mongibello comme l’appelle les siciliens, s’est acharné cette fois-ci sur son versant nord, détruisant presque toutes les infrastructures d’accueil de la station de Piano Provenzana. Face à l’ampleur de la situation, à l’issue d’une réunion extraordinaire du conseil des ministres, le gouvernement italien a déclaré aussitôt l’état d’urgence dans la région.

Le versant nord de l'Etna (Photo : André Laurenti)
Le versant nord de l’Etna
(Photo : André Laurenti)

Réveil brutal au nord de l’Etna

Tout a commencé très tôt le dimanche 27 octobre, il était deux heures du matin exactement, lorsque la terre se met subitement à trembler, plusieurs secousses ébranlent les hôtels et les restaurants de la petite station de Piano Provenzana située sur le versant Nord-Est de l’Etna. Tout le monde est réveillé et s’inquiète, les secousses se poursuivent à une cadence plus rapprochée. Sans tarder les carabiniers arrivent en urgence et procèdent immédiatement à l’évacuation générale. Un groupe de seize français qui se trouvait à ce moment là dans la station de ski, en a été quitte pour une grande frayeur. Les pensionnaires évacuèrent aussitôt en hâte l’hôtel en abandonnant leurs affaires sur place. A 3 h 08 le trémor provoque l’ouverture d’une fissure et l’apparition immédiate de fontaines de lave en amont à 2300 mètres d’altitude, tout proche de la station. Quatre bouches éruptives s’activent progressivement le long de cette fracture longue d’un kilomètre environ. La première se situe dans la zone appelée « Coccinelle », la deuxième au niveau du Monte Corvara et les deux autres à proximité des Monti Umberto et Margherita. Les différents bras de lave se rejoignent pour former alors une grande coulée qui envahit aussitôt la station. Le bâtiment de l’école de ski de fond est détruit ainsi que deux hôtels, cinq restaurants et toutes les cabanes de souvenirs. De cette station construite fin 60 début 70, seul subsiste le restaurant Provenzana épargné par la lave, mais il a tout de même subi de graves dégâts par l’activité sismique. Un front de lave de 200 mètres de large progresse entre 100 et 150 mètres à l’heure, dévaste ensuite la magnifique forêt de pins Laricio.
Pendant ce temps là, sur le flanc Sud, une autre fracture parallèle à celle de 2001 s’est ouverte à 2800 m d’altitude environ, au Piano del Lago, formant une boutonnière alimentée par trois bouches. Cette activité génère des fontaines de lave et un panache spectaculaire de cendre. Comme en 2001 l’Etna se déchaîne à nouveau.

Récit de visite

Vendredi 1er novembre soit, cinq jours après le commencement de l’éruption de l’Etna, Jacques, sa femme Monique, Luc fondateur de l’association Vulcain et membre de l’association L.A.V.E., Jean-Max et moi même, arrivons tardivement vers 23h sur les pentes de l’Etna.

Nous débarquons au port de Palerme et prenons la route pour l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Nous débarquons au port de Palerme à 19h et prenons aussitôt la route pour l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

En cette veille de week-end, et sous un ciel constellé d’étoiles, l’espace pour camper est restreint, en amont de Nicolosi des barrages mis en place par les carabiniers empêchent de se rendre à la station sauf autorisation. Aussi, il est bien difficile de trouver un emplacement tranquille à l’écart du réseau routier, le moindre recoin est discrètement occupé par des aventuriers en quête d’une idylle sicilienne. L’Etna posséderait-il des vertus cachées qu’on ignore ? quoi qu’il en soit, nous ne dévoilerons pas ces lieux intimes que la montagne des montagnes elle seule, garde en secret. Nous installons finalement le campement dans les carrières situées au dessus de la petite ville de Nicolosi à 600 mètres d’altitude.
L’activité du volcan est encore importante sur le versant sud, une colonne incandescente d’une hauteur considérable s’échappe du nouveau cône adventif.

Samedi 2 novembre 2002

Au petit matin, en passant la tête à travers l’ouverture de la tente et dans la fraîcheur ambiante de ce mois de novembre, le spectacle est saisissant. Nous sommes tous surpris par l’ampleur du panache qui se dirige fort heureusement vers le Sud-ouest et nous épargne des retombées désagréables de cendre.

Vision depuis notre campement de l'éruption de novembre 2002. (Photo : André Laurenti)
Vision depuis notre campement de l’éruption de novembre 2002.
(Photo : André Laurenti)

Après avoir obtenu les autorisations à la mairie de Nicolosi et bavardé avec quelques connaissances venus pour la circonstance, nous nous rendons à la station de Sapienza. A côté de nous, un autre groupe accompagné par le volcanologue de renom Jacques-Marie Bardintzeff se prépare, notre ami Gilbert fait parti de ce séjour organisé par Terra Incognita. Nous débutons vers 11 h la longue ascension par la piste des 4 x 4. Elle s’élève brutalement au dessus de la station de Sapienza jusqu’à l’ancienne arrivée de la « Funivia ». Grâce à Jacques-Marie et Gilbert, nous faisons la connaissance de Patrick Allard, volcanologue au CEA. Il nous apprend que l’éruption est en baisse de régime, avec l’arrêt total sur le versant Nord et au Sud des coulées pratiquement stoppées pour l’instant.

Préparatif à la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Préparatifs à la station de Sapienza devant le refuge du Club Alpin Italien et le départ du téléphérique.
(Photo : André Laurenti)

Le bouleversement considérable du secteur causé par l’éruption de 2001, a entraîné une modification de son tracé, celui-ci est désormais plus pentu. En contre bas, la station de Sapienza refait peau neuve, elle efface petit à petit les stigmates de la précédente éruption, mais reste dubitative sur son avenir. Qui sortira vainqueur de ce combat mythique entre l’homme qui « construit » et le volcan qui applique sa loi volcan ? Mais, on peut aussi se poser la question, qui des deux est le véritable bâtisseur en matière de développement durable ?

Après l'éruption de 2001, la station de Sapienza est en plein travaux. (Photo : André Laurenti)
Après l’éruption de 2001, la station de Sapienza est en plein travaux.
(Photo : André Laurenti)

La liaison routière vers Zafferana coupée par la coulée de 2001 a été rétablie, et un immense parking est en cours d’aménagement, il sera consolidé par d’imposants murs de soutènement. Mais tout cela reste au conditionnel, si bien sûr, l’Etna le tolère…

Nous nous acheminons petit à petit vers l'éruption. (Photos : Jacques Faure)
Nous nous acheminons petit à petit vers l’éruption.
(Photos : Jacques Faure)
Jacques saisit les moments forts. (Photo : André Laurenti)
Jacques saisit les moments forts de cette éruption.
(Photo : André Laurenti)
Un panorama peu commun. (Photo : André Laurenti)
Devant nous un panorama hors du commun, une petite croix blanche dépasse à peine la couche de cendre, en 1999 elle était à plus de 2 mètres au dessus du sol.
(Photo : André Laurenti)

Tout en haut et à l’extrémité de la piste, le bâtiment de la « Funivia » a subi l’an passé, les assauts répétés des coulées de lave. Il a été entièrement dévasté par une langue de de lave qui a pénétré à l’intérieur de l’édifice.

Arrivée du téléphérique détruit par l'éruption de 2001. (Photo : André Laurenti)
Le terminal du téléphérique a été détruit par l’éruption de 2001.
(Photo : André Laurenti)
Le bâtiment a été dévasté par l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Le bâtiment a été dévasté par l’Etna.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Black and white Il n'est pas rare qu'un chien vous suive sur l'Etna. (Photo : André Laurenti)
« Black and white »
Il n’est pas rare qu’un chien errant vous accompagne sur l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons enfin sur les lieux, heureux de se retrouver ensemble devant ce si beau spectacle qu’une fois de plus l’Etna nous offre. Jean-Max pour qui c’est sa première éruption, n’en croit pas ses yeux. Fidèle équipier de mon club de cyclotourisme, c’est aujourd’hui son véritable baptême du feu. Sportif endurant et montagnard à l’occasion, il reste fasciné par ces moments forts et intenses, il a d’ors et déjà décidé de renouveler l’expérience. Lui aussi vient d’être contaminé par ce virus inguérissable.

Au bord du chemin la Madone veille. (Photo : André Laurenti)
Au bord du chemin la Madone veille.
(Photo : André Laurenti)

Au cours d’une pose, devant nous se trouve à peine dépassant du sol, une croix blanche. Luc se souvient de l’avoir photographier en 1999, elle était à plus de 2m au dessus du sol. Il est vrai que le paysage a sacrément changé dans ce secteur.

L'éruption est qualifiée de vulcanienne. (Photo : André Laurenti)
Pour les volcanologues Jean-Claude Tanguy et Jacques-Marie Bradintzeff que nous avons rencontrés sur place, le dynamisme strombolien est devenu vulcanien, c’est à dire plus de gaz et des cendres plus fines.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Cendre et bombes tombent abondamment sur le cône voisin de gauche, le Monte Frumento Supino
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
L'éruption Photos : André Laurenti
En 3 jours d’éruption la ville de Catane a reçu 2,5 kg de cendre par mètre carré
Photos : André Laurenti
A plusieurs reprises l'aéroport de Catane sera fermé à cause du nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
A plusieurs reprises l’aéroport de Catane a été fermé à cause du nuage de cendres.
(Photo : André Laurenti)
Le soleil couchant est masqué par le nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
Le ciel flamboie, le soleil couchant est masqué par le sombre nuage de cendres.
(Photo : André Laurenti)

Les projections extrêmement denses sous la forme d’une colonne éruptive très haute, fusent à plus de 400 mètres de hauteur. L’incandescence est visible de jour mais elle est souvent masqué par le panache et les jets de cendres noires situés au premier plan.

Les fontaines de lave sont masquées par l'épais nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
Les fontaines de lave sont masquées par les émissions de cendre.
(Photo : André Laurenti)
Le spectacle est saisissant. (Photo : André Laurenti)
Le spectacle est saisissant.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Selon l’I.N.G.V. de Catane, à l’intérieur du cratère se trouve trois bouches bien distinctes. La première située au sud-est comporte une activité fumerollienne. La seconde placée au nord-est produit les magnifiques fontaines de lave. Et enfin la troisième, positionnée au sud-ouest, se manifeste par des explosions phréato-magmatiques avec des gerbes cypressoïdes très caractéristiques.
Contrairement à l’an passé, le bruit de l’éruption n’est pas fort, il est plutôt comparable à celui du ressac de la mer. Quant à la coulée de lave qui prenait la direction il y a quelques jours, de l’Osservatorio Astrofisico di Piano Vetore, celle-ci n’est plus alimentée.
Nous établissons de 17 heures jusqu’à 20 heures, notre poste d’observation tout en haut du Laghetto, ce tout jeune cône formé lors de l’éruption de 2001 et que j’ai vu naître. A sa naissance, il était beaucoup plus excité et surtout extrêmement plus bruyant que son voisin dont on ignore pour le moment le nom, mais au bout de vingt jours il s’est très vite calmé. Patrice Visieloff une connaissance fou aussi de volcan et rencontré juste au pied du cône, se joint à nous. Le vent petit à petit change de direction et commence à nous amener les cendres fines du panache. Nous levons le camp et redescendons à Sapienza.

L'éruption vue depuis le cône du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
L’éruption vue depuis le cône du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Dimanche 3 novembre

Nous remontons tous les quatre sur la fracture sud. Le vent a changé de direction et emporte le panache de cendre en direction du sud-est au dessus du Laghetto. Nous nous installons cette fois ci, au sud du cône, sur une coulée de lave encore tiède de quelques jours à peine. Un dépôt de cendre suffisamment épais constitue un matelas confortable et fait le bonheur de tous. La chaleur naturelle du sol permet de résister au froid piquant de l’altitude. Rien de comparable avec nos montagnes des Alpes, ici nous nous offrons le luxe d’avoir le chauffage par le sol, un confort très appréciable que l’humble randonneur ne peut pas négliger. En grattant légèrement la couche de cendre la température augmente jusqu’à se brûler les doigts, Jacques en profite pour faire chauffer avec les moyens du bord l’eau nécessaire à la confection d’un bon café, toujours bienvenue dans des conditions extrêmes. Les explosions sont toujours aussi fournies, les projections arrosent le cône du Frumento Supino. Des fuseaux noirs encre, jaillissent dans le ciel en une succession de relais, similaires au fonctionnement des fusées pyrotechniques à plusieurs étages. Ils se détachent parfaitement sur les énormes panaches blancs de vapeur qui s’élèvent en arrière plan, des cratères sommitaux. Le brouillard envahi le site et retire par intermittence son rideau théâtral. Soudain, une odeur de caoutchouc brûlé se fait sentir, aussitôt chacun vérifie ses affaires, ses chaussures, rien pourtant d’anormal. Je réalise enfin qu’il s’agit de mon pied photo un peu trop enfoncé dans le sol pour une meilleure stabilité.
En fin de journée le brouillard est définitivement levé offrant ainsi un éclairage magnifique sur la scène. C’est le moment pour approcher d’un peu plus près le cône actif. Soudain à la tombé de la nuit, lors d’une explosion plus soutenue, une bombe arrive dans notre direction. Elle est dans un premier temps audible, chacun scrute le ciel sans succès, inquiets, angoissés, le bruit se rapproche, elle apparaît enfin. Elle tombe à une dizaine de mètres à côté d’un groupe de personnes distant d’une cinquantaine de mètres de nous, en amont. Tout le monde se replie en arrière dans le calme. Deux ou trois autres projectiles tomberont peu après, à leur emplacement. Nous reculons nous aussi. A trois reprises de petits éclairs zèbrent le panache sombre. Ils sont chacun suivis par une petite déflagration parfaitement audible. Un phénomène bien connu, lié à la décharge violente d’électricité statique provoquée par les frottements entre elles, des cendres volcaniques.

Le ciel se dégage enfin ! (Photo : André Laurenti)
Le ciel se dégage enfin !
(Photo : André Laurenti)
Le rencontre de l'eau et du magma provoque des éruptions cypressoides caractéristiques. (Photo : André Laurenti)
La rencontre de l’eau et du magma provoque des éruptions caractéristiques de forme cypressoïde.
(Photo : André Laurenti)

Lundi 4 novembre

Alors que l’activité se poursuit toujours sur la fracture sud, nous nous rendons vers le secteur nord par la route de Mareneve qui démarre depuis le village de Fornazzo. Trois jeunes de l’équipe scientifique de « Vulcania » dont Fabrice se joignent à notre petit groupe ainsi que Patrick Barois que nous rencontrons sur place.
La route est coupée par la lave à proximité de l’intersection avec celle qui monte à la station de Piano Provenzana.

La coulée a coupé la route desservant la station nord de Piano Provenzane. (Photo : André Laurenti)
La coulée a coupé la route desservant la station nord de Piano Provenzana.
(Photo : André Laurenti)

Juste avant de faire un tour d’horizon du site, nous ressentons trois ou quatre secousses qui trahissent une montée probable de magma.
Tout autour de la coulée la forêt de pins semble avoir résisté grâce à l’intervention de l’homme. Le jour même de l’éruption des équipes du Corpo Forestale, des Vigile del Fuoco et de la protection civile aidés par des hélicoptères bombardiers d’eau et des canadairs, ont tenté de réduire la propagation des incendies. Seule l’épaisse couche d’humus se consume encore, laissant s’échapper de-ci de-là, de petites fumées. Chose étonnante, on peut observer dans le sous bois, la présence de gros trous béants d’où part un réseau de petites galeries. Il s’agit en fait, d’emplacements de souches et de leurs racines qui se sont consumées petit à petit dans le sol. Des hélicoptères bombardiers d’eau continuent à arroser copieusement certains foyers épars. La coulée s’est divisée en deux bras l’une a pris la direction de la Contrada Pitarrone ou elle s’est arrêtée. L’autre branche au débit plus fort et d’une largeur de 400 mètres, s’est dirigée vers Linguaglossa, elle est passée derrière le Monte Crisimo à environ 1 150 mètres d’altitude, elle a stoppé sa progression le mardi 5 novembre 2002.

L'immense coulée a ouvert son passage dans la magnifique forêt de pins laricchio. (Photo : André Laurenti)
L’immense coulée toute fumante a ouvert son passage dans la magnifique forêt de pins Laricio.
(Photo : André Laurenti)

Nous tentons une approche de la station en empruntant la piste forestière à hauteur du refuge du Club Alpin Italien de Monte Baracca. En restant à niveau nous arrivons sans problème au bout de 45 minutes de marche au départ des téléskis. Le désastre est total, nous traversons la coulée encore tiède, pour mieux examiner la situation. Les bâtiments situés au départ des véhicules tout terrain ont totalement disparu ensevelie sous la coulée. Cette fois l’Etna n’a pas laissé d’ultimatum, pas même le temps suffisant à la communauté qui l’habite pour réagir, comme il l’avait fait l’an passé à la station de Sapienza. Sans aucun prélude, il a brusqué ses impulsions.
L’endroit est méconnaissable, seul l’hôtel restaurant édifié à proximité du téléski a été épargné par la lave, mais a subi d’importants dégâts à cause des séismes et aussi par le feu. Il fait office de point de repère dans ce paysage de désolation nappé d’une carapace monochrome. Une odeur de gaz domestique invite à rester vigilant.

Le seul bâtiment épargné a été complètement délabré par les secousses. (Photo : André Laurenti)
Le seul bâtiment épargné a été complètement ébranlé par les secousses.
(Photo : André Laurenti)
Des odeurs de gaz nous invitent à prendre du large, en arrière plan la coulée encore fumante. (Photo : André Laurenti)
Des odeurs de gaz nous invitent à prendre du large, en arrière plan la coulée encore fumante.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Une cascade de lave a totalement enseveli les bâtiments de la station. (Photo : André Laurenti)
La cascade de lave a enseveli à jamais les bâtiments de la station.
(Photo : André Laurenti)

Mardi 5 novembre

Nous ne sommes à présent plus que trois, Monique et Jacques sont partis rejoindre la famille à Messine. En empruntant la route de Mareneve par Linguaglossa, et peu avant d’arriver à la coulée qui barre la chaussée, des déformations importantes ont endommagé la voie. Sur une cinquantaine de mètres environ, toute une zone a été comprimée, la glissière métallique de sécurité est pliée à deux endroits, et le mur de soutènement du talus situé en face, a été littéralement soulevé.

Au cours de cette éruption de nombreux séismes se sont produits, décalant ici la chaussée. (Photo : André Laurenti)
Au cours de cette éruption de nombreux séismes se sont produits, cisaillant et décalant ici la chaussée d’une trentaine de centimètres.
(Photo : André Laurenti)
Ce mur de soutènement a été endommagé. (Photo : André Laurenti)
Ce mur de soutènement a subi de sérieux dommages.
(Photo : André Laurenti)

Nous essayons à présent d’atteindre par le village vacances de Mareneve, la fracture qui est à l’origine de cette coulée dévastatrice. Nous atteignons la station sans avoir malheureusement, la possibilité d’aller plus loin. La température a chuté, le ciel est de plus en plus sombre, et une pluie glaciale vient de faire son apparition. Nous faisons demi tour.

Luc et Jean-Max dans ce paysage de désolation. (Photo : André Laurenti)
Luc et Jean-Max dans ce paysage de désolation.
(Photo : André Laurenti)

Nous nous dirigeons à présent vers Santa Venerina pour se rendre compte des effets causés par l’activité sismique sur le bâti. En effet, le mardi 29 octobre à 11 h 10 heure locale, une secousse d’une magnitude de 4.4 sur l’échelle de Richter a été localisé dans la zone de « Contrada Pomazzo » au nord-ouest de Milo et a agité toute la province de Catane. Elle a été ressenti par les habitants des localités de Zafferana Etnea, Milo, Pedara et Nicolosi. Ce tremblement de terre qualifié comme étant d’origine tectonique, a provoqué de nombreux dégâts surtout à Santa Venerina. Des centaines de bâtiments ont été plus ou moins endommagés et les écoles ont été fermées. Des répliques ont suivi dans la soirée dont la plus forte a atteint la magnitude de 4.1. Plus d’un millier de personnes durent quitter leurs logements et campèrent sous des tentes de la Protection Civile.

Fissures en croix au droit des ouvertures, une pathologie caractéristique des séismes. (Photo : André Laurenti)
A Santa Venerina, fissures en croix au droit des ouvertures, une pathologie caractéristique des sollicitations sismiques sur les bâtiments.
(Photo : André Laurenti)
Autre dommage. (Photo : André Laurenti)
Autre dommage.
(Photo : André Laurenti)

L’ampleur des dégâts est liée à la faible profondeur du foyer sismique, mais il dépend aussi de la vétusté de certains édifices et de l’absence de liaison entre les structures rigides et les panneaux de remplissage des constructions. Ces séismes sont probablement provoqués par des ruptures et des glissements sur de petites failles ou fractures, lors de la mise en pression de la chambre et des conduits magmatiques, ou par de petites déstabilisations du flanc du volcan. La dimension de ces failles qui s’activent sont de l’ordre de quelques centaine de mètres maximum et les magnitudes obtenues ne peuvent excéder 4 à 5 comme cela a d’ailleurs été le cas à Santa Venerina .
Nous retournons à Sapienza sur le versant sud de l’Etna. Le froid est piquant et durant la nuit, la neige fera son apparition.

Depuis la plaine le spectacle est impressionnant. (Photo : André Laurenti)
Depuis la plaine le spectacle est impressionnant.
(Photo : André Laurenti)

Durant cette éruption le panache de cendre a copieusement saupoudré toute la région, suivant la direction des vents. C’est certes une aubaine pour les cultures, mais quelques fois ennuyeux pour les habitants dont la poussière pénètre partout.

On hésite pas à employer les grands moyens avec ce "chasse cendre". (Photo : André Laurenti)
On hésite pas à employer les grands moyens avec ce « chasse cendre ».
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Notre land nous a permis d’accéder en tous lieux particulièrement sur les pistes du versant nord. (Photo : André Laurenti)
Notre land nous a permis d’accéder en tous lieux particulièrement sur les pistes du versant nord.
(Photo : André Laurenti)

Mercredi 6 novembre

Ce matin, pour notre dernier jour et comme il est de tradition en Sicile, l’Etna s’est fait une beauté, il a revêtu son costard blanc et noir pour saluer notre départ. Il a une bonne mine le bougre et une fière allure avec sa pipe allumée. L’activité coté sud se poursuit sans baisse de régime et toujours avec des explosions phréato-magmatiques que nous distinguons parfaitement bien à la jumelle depuis le parking de l’hôtel Corsaro.

Au cours de la nuit la neige a fait son apparition. (Photo : André Laurenti)
Au cours de la nuit la neige a fait son apparition.
(Photo : André Laurenti)

Mais nous ne pouvons pas partir comme ça, nous avons encore une mission à mener, celle d’aller voir la fracture nord. Nous nous rendons à Linguaglossa puis à Mareneve, et nous accédons en Land Rover, à la piste qui mène au pied du cône adventif du Monte Nero, cela représente environ treize kilomètres. Nous gagnons un temps précieux car la météo est à nouveau défavorable. Arrivés au départ du sentier, et au bout d’une trentaine de minutes de marche nous atteignons la fameuse fracture nord celle qui est responsable de la destruction de Piano Provenzana. Tout autour c’est le chaos le plus total. Pour avoir randonné l’an passé dans le secteur, je ne reconnais plus du tout les lieux, tout est bouleversé. Le sol est jonché de matériaux éjectées par les fontaines de lave. Dans leur chute, elles ont effeuillé les branches de plusieurs petits bosquets, transformant les arbustes en véritables squelettes desséchés. Dans ce paysage meurtri, pas un souffle de vie ne subsiste.

Au pied du Monte Nero les fumerolles sont présentes. (Photo : André Laurenti)
Au pied du Monte Nero les fumerolles sont présentes.
(Photo : André Laurenti)
Spectacle de désolation sur la fracture nord. (Photo : André Laurenti)
Spectacle de désolation sur la fracture nord.
(Photo : André Laurenti)

Les scories crissent et s’effritent sous nos pas comme si nous marchions sur des cristaux de glace. Je grimpe sur un petit mamelon qui surplombe la fracture. Tout à coup, je ressens une secousse. Luc et Jean-Max en contre bas, se sont aperçus de rien. Soudain un bruit imperceptible de cailloux qui s’éboulent captive notre attention, nous retenons notre souffle pour mieux écouter. Sur une longueur de cinquante mètres environ, des petits cailloux dégringolent un talus. Aussitôt sur une même longueur, des volutes de vapeur s’en échappent. Sans hésiter un instant, nous reculons rapidement, un dernier regard derrière nous, fausse alerte, tout s’est arrêté, le calme sinistre est revenu.
Nous ne pourrons malheureusement pas visiter en détail toute la fracture, le brouillard enveloppe une fois de plus le site. Nous quittons ce paysage endeuillé pour regagner le LandRover. Nous descendons dans un sous bois sur un tapis de feuilles de rouille automnale avant d’atteindre une clairière déjà blanchie par les flocons de neige. Encore une suprême coquetterie de l’Etna avant notre départ.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Notre mission s’est achevée là, satisfait d’avoir pu mener à bien l’ensemble des observations prévues. Pour cela, nous remercions très sincèrement les autorités locales de nous avoir accordé l’accès à toutes les zones réglementées.

Sur le bateau qui nous mène de Palerme à Gêne, nous nous remémorons un à un les souvenirs de ce rêve éphémère, une sorte de nostalgie nous envahie. Nous appréhendons déjà de retrouver cette société qui nous sépare chacun de notre côté, alors que l’Etna lui, a tant fait pour tous nous réunir. Nous ne pouvons pas rester insensible à sa formidable vocation de rassembler et d’accueillir toute cette foule de passionnés, d’assoiffés de nature, d’amateurs de choses simples, d’amoureux de la vie…

L'évolution (Photo : André Laurenti)
Situation en août 2014 de cet immense plateau où se sont édifiés le Laghetto en 2001 et le Monte Barbagallo en 2002 et 2003
(Photo : André Laurenti)

Après notre visite l’éruption s’est poursuivi jusqu’au 28 janvier 2003 au soir. A cette date toute activité sismique a cessé au niveau de la fracture éruptive, avec une baisse constante des émissions de SO2. Depuis ce jour, la lave a également cessé de couler. La fin de l’éruption qui aura donc commencé le 27 Octobre 2002 s’est terminée officiellement le 28 Janvier 2003 à 22h40 après 94 jours d’activité. Plus tard, il a été décidé d’appeler cette boutonnière le « Monte Barbagallo ».

A notre ami

Nous dédions cette page à notre regretté Jacques qui nous a quitté trop vite et dont les cendres ont été dispersées sur ce volcan qu’il affectionnait tant.

Etna 2014

Cet été là, la température n’a rarement atteint voire même dépassé les 30° sur la Côte d’Azur à l’exception d’une semaine de chaleur au mois de juin à l’occasion d’ailleurs, de l’assemblée générale de l’association L.A.V.E. à Murol dans le département du Puy de Dôme. Pour les vacances, je souhaitais partir dans le Piémont italien découvrir les différentes vallées de montagne et leurs villages pittoresques, mais en vain la météo tournait tous les jours à l’orage. Les semaines estivales défilaient à grand pas, sans le moindre changement, gardant toujours ce même temps médiocre.
Loin d’ici, en Sicile, l’Etna me tend les bras, une éruption est en cours et voilà peut-être une occasion de se faire une petite effusion, mais arriverai-je à temps ?
Depuis 2003 je n’étais plus retourné sur celui que les siciliens appellent le « Montgibello » la montagne des montagnes, et quand on a vécu à son chevet ses impressionnants sauts d’humeur, on finit par s’attacher à cet être vivant et puis je dois l’avouer, l’Etna me manquait terriblement.
C’est enfin décidé, en ce mardi 18 août je m’envole de Nice vers Genève, puis plein sud direction la Sicile. Après avoir contourné par l’ouest le volcan, l’avion se pose sur le tarmac de l’aéroport de Catane Fontanarossa.

La ville de Catane avec au fond l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Avant de toucher le sol, les premiers immeubles de Catane avec au fond l’Etna.
(Photo : André Laurenti)
L'aéroport de Catane-Fontanarossa et en arrière plan l'Etna. (Photo : André Laurenti)
L’aéroport de Catane-Fontanarossa et en arrière plan le géant d’Europe.
(Photo : André Laurenti)

Très vite je récupère le véhicule de location et me dirige vers le camping de Nicolosi situé sur le versant sud de l’Etna à environ 700 m d’altitude, au pied des célèbres « Monti Rossi ». Ces deux cônes ont une histoire, ils se sont formés en 1669 lors d’une grande éruption parmi la plus destructrice connue de ce volcan. Une coulée a parcouru 17 km jusqu’à la mer détruisant une quinzaine de localités dont une partie de la ville de Catane. C’est la survenance de ce type d’éruption en basse altitude et donc très proche de lieux habités que l’on redoute le plus sur l’Etna.
La végétation composée essentiellement de résineux, enveloppe les deux tétons, elle a malheureusement été détruite en partie par un incendie.

Les Monti Rossi (Photo : André Laurenti)
Les « Monti Rossi » à l’origine de la grande éruption destructrice de 1669
(Photo : André Laurenti)

La température est caniculaire avec plus de 37°, j’installe ma tente sous la pinède et me rends sans perdre de temps en altitude, à la station de Sapienza sur le versant sud de l’Etna. A 2 000 mètres c’est plus agréable, l’air est davantage respirable. Depuis l’éruption de 2001, le parking de la station a été entièrement réaménagé et adapté à la nouvelle topographie, il est par la même occasion devenu payant.
Pour ceux qui n’ont pas peur de marcher, on peut toutefois stationner aux alentours, par exemple à proximité de l’hôtel restaurant le Corsaro. J’en profite pour aller me désaltérer à l’Esagone et rendre visite à l’incontournable Dominique. Avec son compagnon, ils tiennent cet établissement faisant office de bar, de restaurant et de boutique de souvenirs. Dominique m’apprend que depuis le 15 août, il y a maintenant trois jours, l’Etna s’est remis au repos. Pas de chance, mais qu’importe le beau temps semble bien installé, ce qui présage de belles randonnées durant les jours à venir.

La station de Sapienza sur le versant sud de l'Etna à 2000 m d'altitude. (Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza sur le versant sud de l’Etna à 2000 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza avait été coupée par une large coulée alimentée par la boutonnière des Silvestri et par le cône du Laghetto à 2800 m. (Photo : André Laurenti)
En juillet 2001 la station de Sapienza avait été coupée par une large coulée alimentée par la boutonnière formée en amont des « Silvestri Superiori » et par le cône du « Laghetto » situé à 2800 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)
La coulée de 2001 coupant la route menant à Zafferana vue depuis le sylvestri inférieur avec en arrière plan les lumières de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
La coulée de 2001 coupant la route menant à Zafferana avec en arrière plan les lumières de la station de Sapienza sur le flanc sud de l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

La Schiena dell’ Asino

Le point de départ de la balade du jour, se trouve à 1 850 m d’altitude, au carrefour de la route Sapienza / Zafferana (SP 92) et celle de San Nicola menant à Nicolosi et Pedara. La piste s’élève tout d’abord dans une forêt de pins Laricio issus d’un reboisement décidé par les autorités du Parc de l’Etna. Plus haut, les arbres disparaissent, le chemin atteint un plateau colonisé par une végétation naturelle composée de coussins épineux appelés astragale de siculus. Le sentier termine sa course à environ 2 070 m d’altitude, au bord des remparts de l’impressionnant Val del Bove. De là, on embrasse un étrange panorama sur cette vaste dépression uniforme, grise de matière dominée par le cône Sud-Est. Un lieu idéal pour observer les éruptions et les coulées qui descendent dans ce gigantesque réceptacle. L’Etna fait l’objet d’une surveillance au quotidien. A cet endroit, plusieurs webcams sont installées, parmi lesquelles celle de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). On y trouve aussi des stations de détection.

Les appareils de surveillance du volcan (Photo : André Laurenti)
Les appareils de surveillance du volcan
(Photo : André Laurenti)
Le cône Sud-Est le plus actif, domine le Val del Bove. (Photo : André Laurenti)
Le cône Sud-Est le plus actif, domine le Val del Bove.
(Photo : André Laurenti)
Le nouveau cône du Sud-Est. (Photo : André Laurenti)
A droite et semblant dépasser son petit frère, le nouveau cône du Sud-Est.
(Photo : André Laurenti)
Un magnifique dyke sur le chemin de retour. (Photo : André Laurenti)
Un magnifique dyke sur le chemin de retour.
(Photo : André Laurenti)

Tout en bas, partout les orgueilleux cônes presque tous façonnés dans le même moule, se sont édifiés sans limite en pattés de cendres. L’Etna n’en fait-il qu’à sa tête ? obéit-il à une règle de construction ? on peut le supposer, car la plupart de ses cônes adventifs, pas moins de 250 tout de même, ne sont pas construits n’importe où, ils se situent le long de la Rift zone Nord et la Rift zone Sud, deux lignes imaginaires formant un V dont la pointe part des cratères sommitaux.

Silvestri supérieur

En montant de Zafferana, au dernier virage avant d’arriver à la station de Sapienza, je gare la voiture et prends la direction des « Silvestri Supérieurs ». J’ai encore en souvenir l’éruption spectaculaire de la boutonnière formée en 2001 au dessus des « Monti Calcarazzi » et dont les coulées avaient rapidement descendu les pentes et couper la route de la station. La remontée de magma avait déposé tout au long de la coulée, des blocs de lave avec des inclusions de sable blanc provenant sans doute du soubassement du volcan. J’en avais d’ailleurs ramené un échantillon remarquable.

La boutonnière théatre d'une éruption spectaculaire de 2001. (Photo : André Laurenti)
La boutonnière théâtre d’une éruption spectaculaire en juillet 2001.
(Photo : André Laurenti)

Serra della Concazze

Après un bivouac improvisé sur les hauteurs de Fornazzo à environ 1 150m d’altitude, je prends la route de Mareneve et me rends au refuge Citelli. A droite un chemin ombragé démarre du virage juste avant d’arriver au parking. A partir d’une borie en pierre de lave, je prends le chemin de droite. Peu après les arbres laissent la place à une végétation composée de buissons épars. L’itinéraire poudreux de cendre monte parallèlement le long d’une coulée ancienne, la pente est sévère mais bien balisée. Au bout de cette difficulté, le sentier reste à plat et rejoint le bord impressionnant du Valle del Bove dominé par le cratère Sud-Est. Ce belvédère situé à environ 2 000 m d’altitude, a servi de lieu d’observation à de nombreux passionnés lors de la toute dernière éruption de Juillet 2014.

Le site surplombe l'impressionnant Val del Bove. (Photo : André Laurenti)
Le site surplombe l’impressionnante Valle del Bove.
(Photo : André Laurenti)
Le cône Sud-Est (Photo : André Laurenti)
Le cône Sud-Est
(Photo : André Laurenti)

Le chemin descend en longeant les parois du Valle del Bove, puis dévale au font d’une conque ou l’on peut voir un tunnel de lave ajouré, la grotte « di Serracozzo ». C’est la coulée générée par l’éruption de 1971 sur le versant Est de l’Etna qui a formé ces galeries. Une fois à l’intérieur de la plus grande, une ouverture dans le toit offre un éclairage naturel. On y observe aussi sur les parois, des rayures laissées par la lave.

Mini tube de lave (Photo : André Laurenti)
Mini tube de lave
(Photo : André Laurenti)
Et son intérieur. (Photo : André Laurenti)
Et son intérieur.
(Photo : André Laurenti)
A proximité se trouve un tunnel de lave plus important avec à gauche son entrée et à droite l'intérieur. (Photos : André Laurenti)
A proximité se trouve un tunnel de lave plus important avec à gauche son entrée et à droite l’intérieur.
(Photos : André Laurenti)

Le chemin se poursuit sur un relief vallonné traversant des bosquets de hêtre, de bouleaux et de pins avant de se terminer au refuge Citelli (alt. 1730 m).

Monti Sartorius (1667 m)

A quelques centaines de mètres du refuge Citelli, se trouve le départ du chemin pour se rendre aux « Monti Sartorius ». Dès les premiers pas, le sentier s’enfonce sous les ombrages tendres et frémissants d’un petit bois de bouleaux (betula aetnensis). J’apprécie la verdure de ce feuillage léger et cet instant me ravit. Machinalement, je caresse délicatement la fine écorce d’un fût tout blanc, telle une peau, sans l’ombre d’une moindre superstition, même si en « touchant du bois » on se mettrait en contact avec le dieu du feu comme on l’imaginait dans la Grèce ancienne. A défaut de cœurs gravés, le bouleau semble porter fièrement d’une manière redondante un « tatouage » bien particulier sur son écorce. S’agit-il d’une appartenance ? d’une vénération en vers son hôte tolérant ? Cette silhouette de volcan symbolique, admirablement représentée, est en tous les cas bien surprenant dans ce petit monde ramifié.

Le chemin s'enfonce dans un petit bois de bouleaux. (Photo : André Laurenti)
Le chemin s’enfonce dans un petit bois de bouleaux (betula aetnensis) .
(Photo : André Laurenti)
Un tatouage surprenant (Photo : André Laurenti)
La silhouette d’un volcan sur l’écorce de bouleau, un « tatouage » bien surprenant
(Photo : André Laurenti)
S’agit-il d’un signe d’appartenance à son hôte Etna ?
(Photo : André Laurenti)

L’intérêt géologique du secteur est représenté par l’impressionnante coulée de lave de 1865 à l’origine des Monti Sartorius qui se caractérisent par un alignement typique de cônes éruptifs. Le nom de Sartorius a été donné en la mémoire du géologue allemand Sartorius von Waltershausen qui fut le premier à avoir cartographier les plus importantes éruptions de l’Etna.
Elisée Reclus (1830 – 1905) sous sa casquette de géographe et de géologue, publia un article dans la revue des deux mondes racontant ainsi que « dans la nuit du 30 au 31 janvier 1865, la paroi céda sous l’effort des laves ; quelques mugissements souterrains se firent entendre, de légères secousses agitèrent toute la partie orientale de la Sicile, et la terre se fendit sur une longueur de deux kilomètres et demi au nord de la Serra delle Concazze, l’un des grands contre-forts orientaux de l’Etna. C’est par cette fissure, ouverte sur un plateau en pente douce, que les laves comprimées se firent jour à grand fracas vers la surface ».
L’activité explosive de cette éruption se termina le 10 juin et la fin des émissions de lave le 28 juin, 1865.
Depuis le haut de la boutonnière, le ciel d’une telle pureté permet d’apercevoir au loin le relief de la Calabre et plus près le Stromboli coiffé de son petit panache oblique comme les plumes d’un « Bersagliere ».

Piano Provenzana

Je me rends ce matin à la station Nord de Piano Provenzana, sur les lieux de l’éruption de 2002. Le volcan a déversé ici son épaisse matière mortifère ouvrant une large percée à travers de ce que fut jadis une belle forêt de pin Laricio. Depuis plusieurs décennies ces arbres trônaient fièrement sur ce sol qu’ils maintenaient humide et fertile par l’humus produit. Les humeurs du volcan n’étaient pas trop leur affaire. Aujourd’hui, il en est autrement, l’ombre a disparu, désormais les saisons se préparent sans eux, sans leur belle apparence. La lave les a anéanti, dénudé, la sève ne coule plus, les cernes se sont racornis à jamais. De grands squelettes blancs sont allongés sur la noirceur du sol, d’autres, comme un défi, dressent encore leur cime fantomatique vers le ciel sans l’espoir d’une résurrection.

De grands squelettes blancs sont allongés sur la noirceur du sol (Photo : André Laurenti)
De grands squelettes blancs sont allongés sur la noirceur du sol
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
D'autres, comme un défi, dressent encore leur cime fantomatique vers le ciel sans l'espoir d'une résurrection. (Photo : André Laurenti)
D’autres, comme un défi, dressent encore leur cime fantomatique vers le ciel sans l’espoir d’une résurrection.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Pourtant, non loin de ce « génocide végétal », l’optimisme renaît, dans ce chaos hirsute devenu paisible, la vie avec son appétit de reconquête, reprend déjà sa place. Il faut après tout, accepter ce nouveau nappage comme un cadeau de cette terre maternelle.

La coulée de 2002 n'a pas épargné les installations humaines. (Photo : André Laurenti)
La coulée de 2002 n’a pas épargné les installations humaines.
(Photo : André Laurenti)

Sur le cratère Haroun Tazieff

Aujourd’hui, le temps est vraiment radieux et parfaitement idéal pour prendre encore plus de la hauteur en direction du « Piano del Lago ». Aux premières heures d’ouverture de la « Funivia dell’Etna », je prends un billet aller simple de téléphérique pour m’épargner la longue ascension sans trop d’intérêt. Des bus 4×4 montent beaucoup plus haut, mais les prestations n’offrent pas la liberté de pouvoir redescendre à pied. Avec ce ciel pur, je souhaite prendre mon temps et profiter pleinement de cette journée exceptionnelle. Dès l’arrivée juste en dessous de la Montagnola, la température est plus fraîche. Je poursuis la montée à pied jusqu’au terminal des bus 4×4 à hauteur de la Torre del filosofo située à 2800 m d’altitude.

Le cône monogénique du Laghetto né en 2001 (Photo : André Laurenti)
Le cône monogénique du Laghetto (alt. 2672 m) né en 2001
(Photo : André Laurenti)

Je passe à l’ouest du cône monogénique du Laghetto (alt. 2 672 m) que j’ai vu naître en juillet 2001, il y a déjà treize ans. L’année suivante, nous nous sommes postés tout en haut de son cratère pour observer la formation de la boutonnière du Barbagallo. Le paysage s’est complètement transformé depuis mon tout premier passage à cet endroit en juin 1996.
J’arrive à un nouveau col formé au sud par le Barbagallo et au nord par le flanc de la partie sommitale de l’Etna. C’est ici que s’arrêtent les bus 4×4, c’est également le point de départ des groupes pour se rendre aux cratères sommitaux depuis la cabane des guides installée ici à cet effet.
Je monte sur la crête de la boutonnière titubant sous les rafales d’un vent d’ouest dominant. D’en haut on distingue bien le nouveau cratère Sud-Est et l’ancien qui font souvent l’actualité. La boutonnière sur laquelle je me trouve, orientée nord sud, est constituée de deux grands cratères. Le premier au sud, est de forme ovale long d’environ 265 m dans sa plus grande dimension, il comprend deux évents et porte le nom de Barbagallo en souvenir de Vincenzo Barbagallo chef des guides de Nicolosi qui a consacré sa vie à faire connaître les volcans.

Le cratère Barbagallo né en 2002 / 2003 (Photo : André Laurenti)
Le cratère Barbagallo né en 2002 / 2003 (alt. 2825 m)
(Photo : André Laurenti)

Le second, d’un diamètre d’environ 215 m et dans lequel on distingue trois bouches, a eu l’honneur de recevoir le nom en septembre 2011 d’ Haroun Tazieff. Je suis heureux de m’y trouver et savoure ce délicieux moment.

Le cratère Harun Tazieff (Photo : André Laurenti)
Le cratère nord de la boutonnière a été dénommé Haroun Tazieff en septembre 2011
(Photo : André Laurenti)
Une bombe projetée par le cratère Haroun Tazieff, en arrière plan les cônes Sud-Est ancien et nouveau à droite (Photo : André Laurenti)
Bombe projetée sur le bord du cratère Haroun Tazieff et en arrière plan les cônes Sud-Est : l’ancien et le nouveau à droite
(Photo : André Laurenti)

Sur le chemin du retour, je contourne la Montagnola par l’Est. Puis je longe la Valle del Bove, cette vaste dépression de 5 km de large environ, se prolonge jusqu’à la mer. En forme de fer à cheval, elle est délimitée au nord, à l’ouest et au sud par des parois rocheuses dressées comme des remparts et sert souvent de réceptacle aux coulées provenant des cratères sommitaux.

Valle del Bove dont l'origine serait un énorme glissement de flanc (Photo : André Laurenti)
Valle del Bove dont l’origine serait un énorme glissement de flanc
(Photo : André Laurenti)

Une longue descente dans les cendres me mène au dessus d’une autre boutonnière, celle formée en 2001 au dessus des « Silvestri Superiori » (alt. 2001 m).

 

Parc National de Mercantour

Balade dans la « nurserie » de Fenestre

Le départ de la randonnée que nous avons choisi d’effectuer Jean-Max et moi en cette fin du mois de juin, démarre du sanctuaire de la Madone des Fenêtres à 1 903 mètres d’altitude. La température est agréablement fraîche par rapport à celle du littoral, idéale pour débuter l’ascension qui nous attend.
En levant la tête, le Gélas, point culminant des Alpes-Maritimes (alt. 3 143 m) se détache dans le ciel azur du matin. Le chemin caillouteux s’élève progressivement au dessus du sanctuaire et monte en lacets vers le cirque de Fenestre. A la balise 348 nous prenons la direction du Pas des Ladres, la pente se fait plus sévère. En contrebas une petite cascade chahuteuse alimentée par la source de Magnin et la fonte des névés se déverse dans une petite vasque d’eau claire.

La cascade (Photo : André Laurenti)
La cascade alimentée par la source de Magnin
(Photo : André Laurenti)

Un peu plus haut les premiers chamois apparaissent, ils sont en période de mue et leur toison tombe par bourres avant de retrouver leur couleur fauve.

Le premier chamois apparaît. (Photo : André Laurenti)
Le premier chamois apparaît.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le chamois fuit très vite, mais prend souvent le temps de vous observer. (Photo : André Laurenti)
Le chamois fuit très vite, mais prend souvent le temps de vous observer.
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons enfin le Pas des Ladres à 2 448 m d’altitude. Sur l’autre versant au nord du col, la vue se pose sur le lac de Trécolpas, à gauche la cime de l’Agnellière (alt. 2 700 m). Nous restons sur le versant sud et prenons la direction du col de Fenestre. Après avoir traversé quelques névés nous arrivons à notre deuxième col de la journée (alt. 2 474 m) , de l’autre côté c’est la région du Piémont (Italie) plus précisément le val Gesso. Le versant ubac italien est encore bien enneigé.
Nous sommes accueillis par d’adorables jeunes bouquetins.

Sur ce blockhaus, un jeune bouquetin prend de la hauteur. (Photo : André Laurenti)
Sur ce blockhaus frontalier, un jeune bouquetin surveille le versant italien.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les parents ne sont pas loin, l'un des petits se réfugie sous sa mère. (Photo : André Laurenti)
Les parents ne sont pas loin, l’un des petits se réfugie sous sa mère.
(Photo : André Laurenti)
La mère jette un coup d’œil sur le versant italien. (Photo : André Laurenti)
La mère jette un coup d’œil sur le versant nord du col de Fenestre.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Maman bouquetin fière de nous présenter sa progéniture.
(Photo : André Laurenti)

Nous quittons cette bien sympathique famille et nous amorçons le retour en descendant en direction du lac de Fenestre. Nous observons un autre groupe de jeunes bouquetins qui s’adonne à l’escalade, un excellent moyen pour échapper au grand prédateur du coin, le loup. Ils adorent les endroits inaccessibles et évoluent sur cette paroi avec prudence.

Plus bas d'autres bouquetins s'entraîne à l'escalade. (Photo : André Laurenti)
Plus bas d’autres bouquetins s’entraînent à l’escalade.
(Photo : André Laurenti)
Allez on y va ! (Photo : André Laurenti)
Allez on y va !
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons au lac de Fenestre (alt. 2 266 m) et profitons de ce lieu calme et reposant pour manger un morceau.
Moins farouches que les chamois, cinq bouquetins probablement la famille au complet, feront un bout du chemin de retour avec nous. C’est avec une telle escorte que notre randonnée s’achève avant une prochaine étape incontournable, celle pour une bonne bière bien méritée au bistrot du village de Lantosque.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Lanzarote (archipel des Canaries)

A la découverte de Lanzarote – avril 2015

Lazarote est une île volcanique de 846 km2 qui fait partie des sept plus grandes îles de l’archipel des Canaries. Cette île la plus ancienne avec sa voisine Fuerteventura (20 à 15 Ma), regroupe environ 300 cônes volcaniques et son paysage revêt un aspect rude et lunaire. L’absence de relief important comme à Tenerife empêche de retenir les nuages ce qui explique les faibles précipitations. Il s’agit de la plus occidentale et donc la plus proche du continent africain, notamment des côtes marocaines seulement à 140 km.
L’île abrite environ 142 517 habitants (sources année 2011) et Arrecife en est la ville la plus importante.

paysage en direction de Soo depuis mon point de chute "Caleta Caballo" sur la côte nord de l'île. (Photo : André Laurenti)
Paysage en direction de Soo depuis mon point de chute appelé « Caleta Caballo » sur la côte nord et centrale de l’île.
(Photo : André Laurenti)
Village de Caleta Caballo. (Photo : André Laurenti)
Le village de Caleta Caballo mon point de chute durant une semaine.
(Photo : André Laurenti)

La connaissance actuelle retient l’existence d’un volcanisme de point chaud tout comme les Açores et le Cap Vert, au dessus duquel se déplace la plaque africaine qui migre en direction de l’est à faible vitesse.

L’île de Lanzarote est constituée de matériaux volcaniques anciens de 10 à 20 millions d’années, mais elle abrite d’autres éléments beaucoup plus récents comme les immenses champs de lave du parc de Timanfaya formés pendant les années furieuses de 1730 à 1736.
Les éruptions historiques se résument ainsi : Timanfaya 1730 – 1736 l’éruption a duré 2 056 jours et a impacté environ 215 km2 soit 23,5 % de l’île, avec un volume de matériaux émis de 3-5 km3. L’éruption y a mis ici toute sa violence détruisant 400 maisons et édifiant plus de trente cônes tous alignés sur une gigantesque fissure de 18 km. Les Archives Générales de Simancas de la province de Valladolid créées en 1540 pour centraliser les archives du royaume de Castille, ont conservé une carte illustrant cette éruption historique considérée comme étant l’une des plus grandes manifestations volcaniques connues de l’archipel.

Carte de l'éruption de 1730 provenant des Archives Générales de Simances (province de Valladolid).
Carte de l’éruption de 1730
(Archives Générales de Simances – province de Valladolid – Espagne).

Celle de 1824 a créé trois cônes volcaniques appelés volcan de Tao – Nuevo del Fuego et Tinguaton. L’éruption a duré 86 jours, du 31 juillet au 24 octobre 1824, couvrant environ 4,9 km2.
Le volcanisme de Lanzarote s’exprime par l’apparition de fractures profondes dans la croûte de la terre qui permettent l’ascension du magma jusqu’à la surface. Ces fractures vont générer des alignements ordonnés de volcans comme une chaîne, appelés volcanisme fissural. Globalement le volcanisme de l’île suit ces lignes directrices ayant comme orientation est-nord-est – sud-ouest.

La localité de Mancha Blanca. (Photo : André Laurenti)
La localité de Mancha Blanca et la Montana Tinache (alt. 452 m).
(Photo : André Laurenti)

Durant une semaine, j’ai parcouru cette île à la découverte de ses particularités paysagères, à la recherche de sites originaux méritant d’être partagés.
Le premier jour, mes pas m’ont guidé au « Monumento Natural de Los Ajaches » un parc naturel d’environ 3009 hectares situé à l’est de la localité Playa Blanca au sud de l’île. Pour pénétrer dans le parc, si on souhaite y accéder en voiture, on doit s’acquitter d’un droit de passage de 3€. Sinon, c’est gratuit pour les cyclistes et les randonneurs comme moi. La piste et les chemins serpentent dans un milieu semi aride fait de steppe et de vents. Après quelques kilomètres, me voici sur un long passage en corniche au dessus des plages de sable jaune. Tout au loin, l’île de Fuerteventura dessine son doux relief entre ciel et océan. Petit à petit le soleil colore ma peau, mais le vent frais et sec permanent sur cette île, épargne la transpiration et procure un certain bien être. Les plages les plus à l’écart de ce parc constituent des lieux tranquilles préservés de l’urbanisation et propices aux naturismes, libre sous les caresses du soleil.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
La côte sauvage du sud. (Photo : André Laurenti)
La côte sauvage au sud de l’île avec au fond la pointe de Papagayo.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les plages de « Puerto Muelas » et au fond « Caleta del Congrio ».
(Photo : André Laurenti)

Plus loin, parmi les plus fréquentées, la plage de Papagayo est le résultat d’un cratère d’effondrement s’ouvrant vers l’océan. Cette plage de sable fin s’inscrit dans un site séduisant d’environ 120 m de long, elle est protégée des vents par le relief volcanique qui la borde. Elle est très prisée par les touristes en raison d’installations proches d’établissements de restauration et d’une piste qui y conduit.

Plage de "Papagayo". (Photo : André Laurenti)
Plage de « Papagayo ».
(Photo : André Laurenti)
Un dyke domine la plage de Papagayo. (Photo : André Laurenti)
Un dyke déchaussé par l’érosion domine la plage de Papagayo.
(Photo : André Laurenti)

Les Salinas de Janubio

Après le parc de Los Ajaches, non loin de là, l’arrêt s’impose aux « Salinas de Janubio ». Les salins se situent proche des localités d’El Golfo et d’Yaiza, ils sont les plus importants de l’île et encore en activité grâce au soutien de l’Union Européenne. Le site a été déclaré zone naturelle protégée en raison de la qualité de ses valeurs paysagistes et écologiques, mais aussi par l’originalité de son architecture et la complexité de son système hydraulique. La construction des salins a été réalisée en 1895 par Vicente Lleo Benlliure, la famille possède cette activité encore de nos jours.

Les salins de Jameos del Agua. (Photo : André Laurenti)
Les salins de la lagune de Janubio.
(Photo : André Laurenti)
Une exploitation. (Photo : André Laurenti)
Son activité est toujours maintenue.
(Photo : André Laurenti)
La construction des salins a été réalisée en 1895 par Vicente Lleo Benlliure. (Photo : André Laurenti)
La construction des salins a été réalisée en 1895 par Vicente Lleo Benlliure.
(Photo : André Laurenti)

La lagune où se situent les salins, s’est formée par les éruptions volcaniques anciennes qui ont créé une barrière de lave entre l’océan et la lagune atteignant une circonférence d’environ 1 000 m et une profondeur moyenne de trois mètres.
Par endroit, la couleur rouge peut être due à un petit crustacé, la crevette de saumure, mais il y a aussi une algue responsable de cette couleur la Dunaliella Salina sans oublier des bactéries qui fournissent également cette nuance de couleur, surtout quand la salinité est très élevée.

Au fil de l’eau.
(Photo : André Laurenti)
la couleur rouge est due à un petit crustacé, la crevette de saumure. (Photo : André Laurenti)
La couleur rouge est parfois due à un petit crustacé, la crevette de saumure, mais cela peut être aussi une algue ou bien des bactéries.
(Photo : André Laurenti)
Cristallisation de sel. (Photo : André Laurenti)
Cristallisation de sel.
(Photo : André Laurenti)

Charco de Los Clicos

Plus loin après les salins et toujours sur le littoral, au nord-ouest de Yaiza, un demi-cône phréato-magmatique au bord de l’océan mérite le détour. Juste à l’entrée du village d’El Golfo, un sentier arrive par le haut au dessus de ce volcan. Le site appelé « Charco de Los Clicos » se caractérise par la présence d’une lagune verte, une couleur donnée par une algue qui colonise cette petite étendue d’eau. On y observe des cristaux d’olivine et des roches érodées par les assauts de l’océan. Les touristes trop pressés voyageant en bus se contentent de la vue depuis le belvédère aménagé tout en haut du chemin d’accès. Rares sont ceux qui s’aventurent jusqu’à la plage. Plus au sud de ce site, il existe un autre accès routier qui arrive directement au niveau de la plage, fort heureusement celui-ci est fermé à cause d’un éboulement.

El Golfo. (Photo : André Laurenti)
Le site remarquable de « Charco de Los Clicos ».
(Photo : André Laurenti)
La lagune verte. (Photo : André Laurenti)
La lagune verte.
(Photo : André Laurenti)
Érosion des roches par les assauts de l'océan. (Photo : André Laurenti)
Par les assauts de l’océan, les roches volcaniques prennent des allures de squelette.
(Photo : André Laurenti)

A partir de la localité El Golfo, un sentier côtier dénommé la « Ruta del Litoral » permet de traverser le parc de Timanfaya jusqu’à Tenesa. Je n’irai pas jusque là, je m’arrêterai entre la Baja de los Cangrejos et la Playa del Passo. La plage del Passo délimite les anciennes coulées des plus récentes (XVIIIe siècle) atteignant l’océan. Le refroidissement rapide de la lave au contact de l’eau, combiné avec l’action érosive des vagues, a façonné un paysage côtier unique.

Erosion marine. (Photo : André Laurenti)
Érosion marine.
(Photo : André Laurenti)

En remontant en voiture par la route LZ 704 depuis El Golfo, tout en haut d’un col et avant de basculer en direction de Yaiza, une piste part sur la gauche. Le chemin prend la direction d’un lieu appelé « El Cortijo de los Morriles » situé au pied du « Pico Redondo ». La encore les terres de cultures partent à l’assaut du relief, j’y découvre aussi un petit cabanon traditionnel.

Cabanon traditionnel. (Photo : André Laurenti)
Cabanon de campagne traditionnel.
(Photo : André Laurenti)

La Montana Colorada

En ce troisième jour sur l’île, le ciel est toujours aussi radieux. J’emprunte une petite route qui dessert les localités de Vegueta, Pereyra et El Rincon (LZ 58), les champs de lave anciens sont intéressants. Juste après Masdache, depuis la route LZ 30, un départ de chemin permet d’effectuer le tour, voire même l’ascension de la « Montana Negra » et la « Montana Colorada ». Je contourne par l’ouest le premier volcan (alt. 518 m) qui à mon goût, ne présente aucun intérêt particulier, excepté son point de vue depuis son sommet. Son cratère sommital couvert de cendre est marqué par une légère dépression égueulée vers le nord-est.

Paysage au pied de la Montana Negra. (Photo : André Laurenti)
Paysage au pied de la « Montana Negra ».
(Photo : André Laurenti)
La Montana Negra. (Photo : André Laurenti)
La « Montana Negra » (alt. 512m).
(Photo : André Laurenti)

Le plus beau reste incontestablement la « Montana Colorada », un cône retardataire encore tout rouge de confusion qui s’est mis en place juste quelques semaines avant le 16 avril 1736 fin de l’éruption de Timanfaya. Il est constitué en partie de roches rouges et offre un beau contraste dans le paysage. Ce volcan est aussi accessible à partir de la route LZ 56 perpendiculaire à la LZ 30 et c’est d’ailleurs l’itinéraire le plus direct et nettement plus facile.
La plupart des volcans formant le paysage de Lanzarote se sont construits à partir d’éruptions stromboliennes. Ce type de manifestation se caractérise par des émissions rythmées et irrégulières de matériel volcanique, avec des explosions brèves de quelques minutes, combinées à des coulées de lave plus ou moins importantes.
Proche du chemin une gigantesque bombe siège au pied du cône. A partir de ce « cairn » posé par la main d’un géant, un sentier permet de gagner le sommet. Depuis la crête, le paysage des alentours est parsemé de cônes volcaniques, partout se dressent de petits pâtés de sable, Lanzarote à la chair de poule.
On remarque à l’intérieur du cratère de la « montana Colorada », ce que fut un lac de lave, celui-ci a débordé vers le nord-nord-ouest. Ici, tout s’est figé, cette éruption ancienne semble avoir fait un arrêt brutal sur image.

La Montana Colorada, on devine le chemin d'accès à droite. (Photo : André Laurenti)
La Montana Colorada (alt. 459 m) on devine le chemin d’accès à droite.
(Photo : André Laurenti)
Bombe provenant de la "Montana Colorada". (Photo : André Laurenti)
Bombe provenant de la « Montana Colorada ».
(Photo : André Laurenti)
Depuis le haut du cratère on peut voir la lave qui devait former un lac, déborder vers le nord. (Photo : André Laurenti)
Depuis le haut du cratère on peut voir un ancien lac de lave qui a débordé vers le nord-nord-ouest.
(Photo : André Laurenti)
Bord du cratère de la Montana Colorada. (Photo : André Laurenti)
Bord du cratère de la « Montana Colorada ».
(Photo : André Laurenti)

Le volcan El Cuervo

L’après midi, dans le même secteur, depuis le route LZ 56, je me rends en direction du volcan « El Cuervo ». Son cratère de forme elliptique atteint 370 m dans sa plus grande dimension et s’ouvre vers le nord-est. On pénètre donc dans son cratère sans avoir à grimper.
Ce volcan serait le premier édifice formé durant le grand chambardement de Timanfaya. L’ouverture de son unique cratère le 1er septembre 1730 a marqué le début d’un processus naturel qui allait changer à jamais le paysage de Lanzarote. Les laves de ce petit volcan ont coulé vers le nord et le nord-est répandant d’une manière indélébile son basalte noir et ensevelissant les premiers hameaux.
A l’entrée du cratère, on peut observer l’empilement de fragments de lave projetés par les explosions de faible intensité. Ceux-ci encore chauds au moment où ils ont atteint le sol, se sont soudés entre-eux et ont produit parfois de minuscules coulées tout en formant une sorte de rempart aux pentes assez raides. Dans le cratère ces accumulations de projections sont visibles au sommet du volcan.

Le volcan "El Cuervo". (Photo : André Laurenti)
Le volcan « El Cuervo ».
(Photo : André Laurenti)
L'empilement de lave (Photo : André Laurenti)
L’empilement de lambeaux de lave projetés au cours de l’éruption
(Photo : André Laurenti)
L'intérieur du cratère. (Photo : André Laurenti)
L’intérieur du cratère de « los Cuervos ».
(Photo : André Laurenti)
Le Pico Partido alt. 498 m (Photo : André Laurenti)
Le Pico Partido (alt. 498 m), se situe proche de la route LZ 67 en dehors du parc de Timanfaya
(Photo : André Laurenti)

La Geria

La particularité de Lanzarote c’est bien la culture de la vigne, environ 2000 hectares sont exploités et produisent une moyenne annuelle de 2 millions de litres. Il s’agit d’une tradition viticole qui a commencé au XVe siècle. La manière de cultiver est plutôt surprenante, chaque cep de vigne est cultivé individuellement dans un entonnoir de plusieurs mètres de profondeur creusé dans la cendre volcanique, la terre mère. Au bord de ce trou, un muret en pierre sèche appelé « zoco » est édifié en arc de cercle pour protéger la vigne du vent dominant presque omniprésent. Cette technique garantit une bonne absorption de l’eau de pluie grâce à la cendre volcanique et permet de conserver l’humidité de la nuit au fond de l’entonnoir. L’utilisation de petits grains pyroclastiques, constitue l’élément clé du système d’agriculture traditionnel local. La haute porosité de ces grains permet de retenir des particules d’eau à l’intérieur comme un petit réservoir d’eau, fondamental pour les plantes. L’utilisation de cette matière volcanique permet un meilleur rendement et une considérable réduction de consommation d’eau d’irrigation. L’ensemble offre un paysage étonnant, tout en produisant un raisin de haute qualité reconnu au niveau international, comme c’est le cas de la « Malvasia Volcanique ».

Culture de la vigne (Photo : André Laurenti)
La célèbre Malvasia Volcanique bénéficie d’un prestige international
(Photo : André Laurenti)

A la sortie de Uga, en prenant la route LZ-30, un départ de chemin est balisé sur la droite. Je me trouve en plein cœur du site protégé depuis 1994 de la Geria. j’emprunte un bout du GR-131 qui traverse l’île du nord au sud en direction de la Asomada, cette section s’appelle chemin de la Caldereta. La campagne est belle et les pentes sont douces, il n’y a pas d’activité volcanique et pourtant on s’y croirait avec l’odeur permanent de soufre lié au traitement des vignes. Au bout de 4 km, j’arrive à un col situé entre la montagne Tinasoria (503 m d’altitude) et la montagne Guadilama (603 m d’altitude) le plus haut volcan de Lanzarote, tout deux faisant partie du plus grand alignement de cônes volcaniques le plus méridional de l’île et orienté Nord-Est – Sud-Ouest . Depuis ce lieu la vue embrasse le littoral sud-est avec Arrecife au loin. Vers le nord et nord-ouest, la vieille plaine agricole, ponctué par des terres de culture a été complètement recouverte par les coulées de 1730 à 1736. A cette époque, il y avait à cet endroit le village de Testeina (également appelé Geria Haute), qui donne son nom au volcan du même nom.

Culture de la vigne (Photo : André Laurenti)
Environ 2000 hectares sont exploités à Lanzarote
(Photo : André Laurenti)
Le GR me mène au col (Photo : André Laurenti)
Le GR-131 me mène au col au pied de la montagne Guadilama, le volcan le plus haut de l’île
(Photo : André Laurenti)
Ce bougainvilier prend son aise. (Photo : André Laurenti)
Même ce bougainvillier essaye de se fondre dans le paysage en adoptant la forme d’un cône volcanique .
(Photo : André Laurenti)
Le dragonnier des Canaries appelé ainsi en raison de sa résine rouge évoquant le sang du dragon. (Photo : André Laurenti)
Le dragonnier des Canaries ainsi appelé en raison de sa résine rouge évoquant le sang du dragon.
(Photo : André Laurenti)

La Cueva de Los Verdes

Le ciel étant nuageux ce matin là, je décide d’aller visiter la « Cueva de Los Verde » un tunnel de lave aménagé au nord de l’île, à quelques kilomètres de Punta Mujeres. La longueur reconnue de ce tunnel de grande taille est d’environ six kilomètres, avec parfois des galeries superposées, seulement un petit tronçon se visite. Ce tube se serait formé il y a 25 000 ans environ, par les coulées provenant du volcan Corona situé en amont. On pénètre à l’intérieur de ce réseau par l’un des effondrements. La visite en circuit évite le croisement des nombreux groupes de touristes. On y observe des stalactites de lave formées par la fonte de la voûte au moment ou le niveau de lave a baissé. Des banquettes latérales figurent également dans cette galerie, formées par les niveaux successifs des coulées. L’excellente acoustique a permis d’aménager un auditorium dans une section large de la galerie, un lieu où sont donnés parfois des concerts.
Nous sommes le 25 avril 2015 et en sortant de ce terrier de volcan, un SMS m’avertit qu’un violent tremblement de terre de magnitude 7.8 a frappé le Népal.

La Cueva de Los Verde. (Photo : André Laurenti)
La « Cueva de Los Verde ».
(Photo : André Laurenti)
L'aménagement du tunnel de lave fut inauguré en 1964. (Photo : André Laurenti)
L’aménagement du tunnel de lave fut inauguré en 1964.
(Photo : André Laurenti)
Les stalactites de lave. (Photo : André Laurenti)
Les stalactites de lave.
(Photo : André Laurenti)

Monte Corona

Après le tunnel de lave, je poursuis la route jusqu’au village d’Orzola le plus au nord de l’île. A partir de son petit port, on peut éventuellement prendre le bateau pour l’île de Graciosa.
Face au port, assis à la terrasse d’un restaurant, je savoure une parillada de poissons frais du jour, un moment de détente fort appréciable.
Dans l’après midi, j’effectue une halte au « Mirador del Rio », une œuvre architecturale de Manrique. Ce belvédère situé au sommet de la vertigineuse falaise de « Risco de Famara » (479 m), offre une vue plongeante sur l’île de Graciosa et l’unique village de « Caleta del Sebo ».
Les falaises de la Famara correspondent à la partie la plus ancienne de l’île avec les Ajaches dans le sud. Le processus d’érosion a démantelé ces formations. Par la suite, il y a eu d’importantes émissions de matériel magmatique qui ont conduit à l’union des deux anciennes formations.

L'île de Graciosa et son village de Caleta de Sebo. (Photo : André Laurenti)
L’île de Graciosa et son village de « Caleta de Sebo ».
(Photo : André Laurenti)

Je décide de faire l’ascension du volcan dont ses coulées sont à l’origine de la « Cueva de los Verde ». Je gare la voiture devant l’église du village de Yé et j’entame aussitôt son ascension. Le chemin s’élève tranquillement au milieu des cultures de vigne et de figuiers de Barbarie. Plus loin, en atteignant le flanc de l’édifice, la pente devient plus sévère. Les alizés dans leurs tourbillons complices me pousse et m’envoient durant la montée, tous les parfums mêlés à des bribes de causeries de quelques marcheurs. Le chemin s’achève enfin sur la lèvre nord du cratère. Je longe un peu plus le bord et prends de la hauteur en quête d’horizon que je mendie. Je m’assoie et savoure ce paysage calme et reposant. Un ramier a l’idée de se poser juste derrière moi, mais repart aussitôt s’installer plus loin, dérangé par deux randonneurs descendant du sommet.
Le diamètre du cratère du Monte Corona atteint 460 m dans sa plus grande distance et profond de 60 m environ. Ce volcan a produit de nombreuses coulées de basalte à olivine facilement repérable. Vers le sud-est, les coulées ont créé ce qu’on appelle le Malpais de la Corona. Il est vrai qu’avec pareille dénomination, il n’est pas étonnant que dans cette vaste zone, presque rien ne pousse. En effet, Malpais signifie « mauvais pays » et pour compliquer les choses, ces coulées ont créé des tunnels de lave dont les toits sont prêts à s’effondrer. La Cueva de los Verdes et Jameos del Agua se situent à cet endroit.

Le volcan Corona. (Photo : André Laurenti)
Le volcan Corona (alt. 609 m).
(Photo : André Laurenti)
Le cratère du volcan Corona. (Photo : André Laurenti)
Le cratère du volcan Corona.
(Photo : André Laurenti)
son cratère est profond d'une soixantaine de mètres. (Photo : André Laurenti)
Son cratère est profond d’une soixantaine de mètres.
(Photo : André Laurenti)
Depuis son flanc on aperçois l'île. (Photo : André Laurenti)
Depuis son flanc on aperçois à droite la petite église, le point de départ et en arrière plan l’île de Montana Clara et au loin celle d’Alegranza.
(Photo : André Laurenti)

Le Monte Corona semble constituer le cône le plus central et le plus imposant d’un alignement d’environ huit kilomètres comprenant quatre autres édifices dont la Quamada de Orzola (alt. 213 m) au Nord-Est et Los Helechos (alt. 581 m) au sud-Ouest. Cet ensemble suit l’orientation Nord-Est – Sud-Ouest parallèle à l’alignement formant l’île de Graciosa. Ce volcanisme aurait contribué à l’agrandissement de l’île il y a 25 000 ans environ.

Los Roferos de Guenias

Entre Guatiza et Teguise un paysage original m’invite à faire un arrêt. Des formations volcaniques très découpées se situent au pied du volcan Guenia. On y observe les différentes strates des dépôts à proximité du Barraco de las Piletas. « Los Roferos de Guenias » ont été déclarés zone d’intérêt culturel paysagiste et touristique dans le cadre d’un projet europeo PAISAGEM. Il s’agit en fait de carrières où le gravier est extrait pour les cultures et aussi pour réaliser les blocs de construction.

"Los Roferos de Guenia" et son volcan en arrière plan. (Photo : André Laurenti)
« Los Roferos de Guenia » et son volcan en arrière plan.
(Photo : André Laurenti)

Ce gravier possède certaines propriétés en matière d’aménagements de sol. En premier lieu, il présente l’avantage d’être un grain hygroscopique avec sa capacité à capturer directement l’humidité ambiante. Un matériel intéressant pour lutter contre le climat aride de Lanzarote. Il fonctionne aussi comme un paillage, en effet, sa couleur noire absorbe le rayonnement, aussi il est capable d’augmenter la température du sol sans avoir recours aux plastiques ou aux serres.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Caldera Blanca (461 m)

J’ai choisi pour ce dernier jour sur l’île, de me rendre à la « Caldera de Montaña Blanca ». Le départ du chemin se trouve à droite de la route LZ 67 qui mène au parc de Timanfaya, juste à la sortie de la localité de Mancha Blanca à 248 m d’altitude. Le paysage est surprenant, pas la moindre forme simple de vie en ces endroits occupés par la mer de lave de Timanfaya depuis presque trois siècles. La jeunesse des roches, la quasi-absence de sol fertile et surtout l’insuffisance des précipitations (120 mm d’eau par an), entravent le développement de la végétation sur ce manteau rocheux. En effet, le manque d’eau affecte la survie des plantes qui ralentiraient le processus d’érosion nécessaire pour maintenir les sols fertiles. Dans ces endroits rocailleux, les lichens sont les premiers à démarrer le processus de colonisation végétale, car ce sont les seules plantes capables de survivre en ces milieux hostiles. Les lichens aident la formation des sols, facilitant par la suite l’installation de plantes plus complexes.

Le premier cône appelé la Caldereta, et en arrière la Caldeira Blanca. (Photo : André Laurenti)
Puits de lumière sur le premier cône appelé la Caldereta, et en arrière la Caldeira Blanca.
(Photo : André Laurenti)


Je me promène une fois de plus dans cette éternelle solitude parmi le chaos aux entrailles stériles. L’ombrage d’un nuage apaise les rayons sévères du soleil, non loin de là, les deux cônes convoités s’enrobent de lumière. Le chemin arrive peu après au pied du cratère de la Caldereta (la petite chaudière), une ouverture vers le nord-ouest permet de pénétrer directement dans le cratère sans effectuer d’ascension, le fond se situe à 198 m d’altitude. Ce relief fut étonnamment propice aux activités humaines. Le cône de la Caldereta représente un exemple d’utilisation des possibilités naturelles avec la présence d’une citerne à la base du cône qui capte l’eau de ruissellement. A l’intérieur, les sédiments accumulés au fond du cratère permettent d’en faire des terres agricoles bien à l’abri des vents dominants.
Entre la Caldereta et la Caldera Blanca, il y a un passage étroit à travers lequel plonge vers la plaine côtière, une cascade de lave noire provenant de l’éruption du XVIIIe siècle.
La chute a une largeur d’environ cent mètres et tranche nettement avec la couleur très claire des deux cônes volcaniques qui la borde. Les différentes couleurs aident à distinguer les laves en fonction de leur ancienneté.

La cascade de lave. (Photo : André Laurenti)
La cascade de lave provenant de l’activité de Timanfaya.
(Photo : André Laurenti)


J’essaye de faire le tour de la Caldera Blanca depuis sa base par le sud, mais cela semble interminable. Je prends l’option de faire l’ascension à partir d’un vallon situé sur le flanc sud-ouest. A mi pente et à l’abri du vent j’en profite pour manger un morceau.

C'est par ce vallon que j'atteints le haut du cratère. (Photo : André Laurenti)
C’est par ce vallon que j’atteins le haut du cratère.
(Photo : André Laurenti)
Le cratère apparait enfin, au fond les coulées du XVIIe. (Photo : André Laurenti)
Le cratère apparaît enfin, au fond les coulées sombres de l’éruption du XVIIIe.
(Photo : André Laurenti)

Peu après, j’atteins enfin le bord du cratère, un immense cercle de 1150 m de diamètre dans sa partie la plus longue, le plus grand cratère de l’île, le véritable nombril de Lanzarote. Quel spectacle, tout en haut une vue imprenable, mes yeux balayent dans toutes les directions cette solitude lunaire. On aperçoit de nombreux cônes volcaniques et bien entendu le parc de Timanfaya.

Le sommet de la Caldera Blanca. (Photo : André Laurenti)
Le sommet de la Caldera Blanca (alt. 458 m).
(Photo : André Laurenti)
Le diamètre du cratère fait 1150 m dans sa plus grande longueur. (Photo : André Laurenti)
Le diamètre du cratère fait 1150 m dans sa plus grande largeur, il est le plus grand de l’île.
(Photo : André Laurenti)

Son point culminant est situé au sud-ouest du volcan, tandis que la partie la plus basse se trouve au nord-est, une disposition logique en raison des vents dominants.
Assis sur le bord du cratère caressé par les alizés, je cherche en soupirant des formes originales comme tout en bas, un grand enclos de pierres sèches en forme de poisson. Dans le vague azur, un corbeau est en approche. Maladroit et comique il tente d’imiter la finesse du vol du vautour, ce n’est pas gagné. Il dresse en avant ses pattes pour se poser, mais le bougre est encore loin du sol et les rafales de vent le déséquilibre. Il se reprend et se positionne au dessus d’une borne géodésique qu’il fini enfin par atteindre. On échange quelques croassements, mais il ne semble pas comprendre ceux du haut et moyen pays azuréens.

Une coulée de 1730 est passée entre les deux cônes. (Photo : André Laurenti)
Une coulée de 1730 est passée entre la Caldereta et la Caldera Blanca.
(Photo : André Laurenti)
Le cône de la Caldereta. (Photo : André Laurenti)
Le cône de la Caldereta.
(Photo : André Laurenti)

Le volcanisme de Lanzarote et de Fuerteventura âgé de 20 à 15 millions d’années, est le plus ancien de l’archipel des Canaries, sa dernière éruption remonte à presque trois siècles, personne n’est en mesure de dire aujourd’hui combien de temps encore se poursuivra l’activité volcanique sur cette île.

Vulcano (Italie)

Dans l’antre d’un volcan

Connaissez-vous les îles Eoliennes ? Petites îles enchantées, égrainées au gré des vents et situées à l’ouest du détroit de Messine entre la botte continentale italienne et la Sicile. Elles sont plus connues des italiens sous le nom de Lipari.
Eparpillées sur la mer Thyrrhénienne, ces sept îles portent les noms de Vulcano, Lipari, Salina, Stromboli, Panaréa, Alicudi et Filicudi.
Toutes représentent d’anciens cônes volcaniques sous-marins, aussi plages de cendres, grottes de lave, fleurs et parfums, villages adorables font de cet archipel un lieu paradisiaque. Il émane, en général, une certaine harmonie des couleurs et des formes. La fierté de ce peuple accueillant se résume à un orgueil de n’être né ni en Italie, ni en Sicile, ni en Grèce. Cependant en découvrant un après l’autre, ces petits villages de pêcheurs tout enveloppés de blanc, ces ouvertures colorées, on ne peut s’empêcher d’évoquer l’île de « Zorba ».
Non loin de chez nous, la Sicile n’est certes pas le bout du monde. Palerme demeure seulement à une heure d’avion de Nice. Sur place, des liaisons fréquentes « d’Aliscafe » (aéroglisseurs) permettent de se rendre sur l’île de votre choix.

(Carte : André Laurenti)
(Carte : André Laurenti)

Vulcano est l’île la plus méridionale de l’archipel, ma première visite a eu lieu en 1989 en compagnie de Ghislaine et de quelques amis. Plus tard, je retournai seul sur cette île enchanteresse, en juillet 2001 après un séjour sur l’Etna, puis à nouveau en avril 2003 avec l’association Vulcain.
Constituées d’une lave très pâteuse, les éruptions de ce volcan se manifestent par de fortes explosions de cendre et de blocs s’élevant très haut, en forme de pin parasol : ce sont les éruptions « Vulcaniennes ». Les coulées y sont rares et toujours visqueuses. A lui tout seul, Vulcano définit un type même du volcanisme.

<center>(Carte : André Laurenti)
(Carte : André Laurenti)

Rencontre du guide

Un ferry nous mène sur l’île qui donna son nom à tous les volcans de la terre, Vulcano. Ce lieu extraordinaire porte à juste titre le nom de Vulcain, le Dieu du feu et du travail des métaux identifié au dieu grec Héphaïstos. Il y aurait installé l’une de ses forges. En descendant du bateau, sur le quai nous attend Guy de Saint-Cyr, guide volcanologue. Passionné de géologie, de spéléologie et d’alpinisme, Guy est un aventurier au passé élogieux, jugez-en plutôt.
En 1960 il part avec sa femme, vivre chez les Lapons nomades du Grand Nord, peu de temps après il prend la direction du Stromboli.
En 1964, au large de l’Islande, il est la deuxième personne à accoster sur l’île de Surtsey à peine sortie des eaux et encore en violente éruption. Toujours en Islande, il effectue la traversée du désert volcanique de Namaskard.
En 1967, il s’intéresse aux colères de l’Etna en Sicile. De 1969 à 1974, il réalise un film documentaire sur le Stromboli.
C’est en sa compagnie que nous allons apprendre à mieux connaître les phénomènes volcaniques durant une bonne semaine.
Les îles Eoliennes se situent sur une ligne de fracture. La croûte terrestre qui a une épaisseur moyenne de 50 à 70 km, n’a que 12 km sous les Eoliennes.

Pour cette première visite de Vulcano, Guy de Saint-Cyr sera notre guide. (Photo : André Laurenti)
Pour cette première visite de Vulcano, Guy de Saint-Cyr sera notre guide.
(Photo : André Laurenti)
Guy mène le groupe. (Photo : André Laurenti)
Guy mène le groupe.
(Photo : André Laurenti)
Traversée de la fissure et le rideau de gaz provoquant des quintes de toux. (Photo : André Laurenti)
Traversée de la fissure et le rideau de gaz provoquant des quintes de toux.
(Photo : André Laurenti)

La patrie d’Eole

En ce mois d’avril 1989, sans s’en rendre compte, Ghislaine et moi, avons fait un saut au pays de l’étrange. Quoi de plus séduisant que Vulcano, la patrie du Dieu Eole pour se dépayser. Les vents y furent enfermés pour qu’ils ne troublent point les hommes.
Le village de Porto-Levante se situe carrément au pied du volcan et défit la colère du monstre assoupi. Depuis le développement du tourisme, Porto s’est considérablement étendu et semble ignorer la brûlante menace qui le domine. Désert jusqu’au VIe siècle, aujourd’hui de luxueuses villas sont éparpillées anarchiquement de ci delà, toutes blanchies, et font un curieux contraste avec le noir du sol. Ce bout de terre regroupe tout de même plus de 700 habitants et vie essentiellement du tourisme.

Le village de Porto-Levante se situe carrément au pied du volcan, on distingue juste après Vulcanello et en arrière plan l'île de Lipari. (Photo : André Laurenti)
Le village de Porto-Levante se situe carrément au pied du volcan, on distingue juste après Vulcanello et en arrière plan l’île de Lipari.
(Photo : André Laurenti)

Sur cette île, comme la plupart des autres, on ne trouve pas d’eau. Autrefois, l’eau de pluie était recueillie dans des citernes. De nos jours, de grands bassins sont alimentés constamment par bateaux-citernes. Dans le commerce, on la trouve sous forme de brique en carton. Partout des affiches rappellent qu’il faut éviter de gaspiller le précieux liquide.
Au porte de l’agglomération, au pied des rochers Faraglioni, les bains de boue et de mer de Porto-Levante possèdent des vertus thérapeutiques que l’on attribue aux émanations de gaz. Cependant, il faut être vigilant car par endroits, la température peut atteindre près de 100°, gare aux pieds sensibles. Après avoir hésité, nous nous y précipitons et trouvons cela bien agréable. Après s’être badigeonné de boue, nous faisons quelques pas sur le sable et c’est un autre plaisir, le rinçage dans la mer limpide, réchauffée par des solfatares sous-marins. Des multitudes de bulles viennent éclater à la surface, l’eau est tiède, un vrai régal. Cette mare a vu le jour au cours d’un forage entrepris dans les années 70 par une filiale de la société AGIP. Lors de ma visite en 2001, j’ai constaté que l’accès au bain de boue était devenu payant.

Les bains de boue de Porto-Levante possèdent des vertus thérapeutiques, l'accès libre en 1989 est aujourd'hui payant. (Photo : André Laurenti)
Les bains de boue de Porto-Levante possèdent des vertus thérapeutiques. D’accès libre en 1989 les bains sont aujourd’hui payant.
(Photo : André Laurenti)
Le rinçage se fait dans la mer limpide, réchauffée par d'autres solfatares sous-marins. (Photo : André Laurenti)
Le rinçage se fait dans la mer limpide, réchauffée par d’autres solfatares sous-marins.
(Photo : André Laurenti)
A proximité des bains de boue, partout le sol glougloute. (Photo : André Laurenti)
A proximité des bains de boue, partout le sol glougloute.
(Photo : André Laurenti)

Il faut s’habituer à marcher sur ces terrains convulsionnés, comme il faudra s’accoutumer à l’odeur d’œuf pourri provoqué par l’hydrogène sulfureux omniprésente dans les secteurs en effervescence.
Nous nous rendons dans le Nord de l’île, découvrir la « vallée des monstres ». Il s’agit de concrétions laviques arborant avec une pointe d’imagination, des formes animales ou autre. Ici, le moindre bloc de lave le plus commun se transforme en silhouette noire fantomatique, émergeant des lumières du premier matin du monde. Ces créatures étranges sont les œuvres d’un petit volcan appelé Vulcanello.

Dans la vallée des montres, le plus connu est l’ours , mais en cherchant bien on peut en découvrir d’autres.
(Photo : André Laurenti)

Ce cône, composé de deux cratères de forme égueulée, naquit en l’an 183 ou 126 avant J.-C, l’une de ces coulées donna naissance à cette fameuse « vallée des monstres ». Pendant longtemps cet îlot resta séparé de Vulcano par un petit bras de mer. Mais vers 1550, il entra à nouveau dans une phase d’activité intense. Les coulées de lave obstruèrent alors l’étroit canal qui les séparait. De nos jours, une mince anse de cendre soude les deux cônes.

Depuis le sommet du cône de Vulcanello, on peut voir la mince anse qui soude les deux îles. (Photo : André Laurenti)
Depuis le sommet du cône de Vulcanello, on peut voir la mince anse qui soude les deux îles.
(Photo : André Laurenti)

A l’intérieur du cratère envahi par une végétation de maquis, nous pénétrons dans une galerie où l’on extrayait l’alun, un minerai aux propriétés astringentes. Vers 1800, à l’endroit où se dressent les rochers « faraglioni », se développa l’industrie d’extraction du soufre, de l’alun en grande quantité et de l’acide borique. Aux environs de 1850 un écossais, du nom de Stevenson, acheta toute l’île et améliora les installations existantes. La dernière éruption du XIXe siècle, en août 1888, mit fin tragiquement à l’exploitation en tuant les mineurs. Elle détruisit en même temps toutes les illusions de Stevenson.

Vers 1800, se développa l'industrie d'extraction du soufre au niveau des rochers "Faraglioni". On peut apercevoir les entrées de quelques galerie. (Photo : André Laurenti)
Vers 1800, se développa l’industrie d’extraction du soufre au niveau des rochers « Faraglioni ». On peut apercevoir les entrées de quelques galerie.
(Photo : André Laurenti)

Un paradis sur l’enfer

Le jour suivant, Vulcano est enfin notre objectif. L’énorme cône tronqué, aux flancs escarpés, égratignés de rides profondes, plonge abruptement dans les flots.
Le cône de la Fossa s’édifie sur les ruines d’un volcan primitif, le cratère del Piano qui se détruisit lui-même au cours d’une violente explosion, anéantissant toute sa partie nord-est, formant une vaste caldeira.
Vulcano compte parmi les volcans les plus dangereux de la terre. Il représente aux yeux des spécialistes le volcanisme type des plus violents.
Il est surveillé par l’observatoire de Lipari situé juste en face, grâce à de nombreux appareils de mesures.

Le cône de la Fossa s'édifie sur les ruines d'un volcan primitif dont on devine l'immense caldeira qui l'entoure. (Photo : André Laurenti)
Le cône de la Fossa s’édifie sur les ruines d’un volcan primitif
dont on devine l’immense caldeira qui l’entoure.
(Photo : André Laurenti)

Nous grimpons sur les lèvres d’un cratère qui est légèrement incliné vers le nord. Le matériel ne sera pas laissé au hasard, partout des acides rongent, il faut apprendre à les reconnaître. Prudence également avec les appareils photos, les gaz extrêmement corrosifs endommagent le matériel électronique et rend terne tout ce qui est argentique y compris les bracelets de montres et les bijoux. Délestés de nos sacs nous entamons le tour du cratère. Nous franchissons des rideaux de fumée provoquant des quintes de toux à n’en plus finir.

En 1988 une longue faille s'est ouverte sur la crête sommitale augmentant ainsi la densité des fumerolles. (Photo : André Laurenti)
En 1988 une longue faille s’est ouverte sur la crête sommitale augmentant ainsi la densité des fumerolles.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

De la moindre fissure s’échappent des composés soufrés à des températures élevées. Déambulant dans cet environnement peu commun je prends plaisir à figer les merveilleux cristaux de soufre sur la pellicule, à saisir cet univers d’or éphémère en apnée. Le spectacle est saisissant, jamais je n’ai vu de pareilles cristallisations. En Islande, elles n’étaient pas autant fournies, pas aussi colorées. Le moindre orifice est constellé de fines aiguilles jaunes, en observant de plus près, certaines prennent des allures de petites feuilles de fougère cristallisées aussi belles que fragiles. J’ai la sensation d’explorer un monde sous-marin où à chaque trou, on s’attend à voir apparaître la gueule dentée d’une murène. Dans certains évents gazeux, j’aperçois des perles d’eau juvénile comme des gouttelettes de sueur. La sublimation du soufre s’obtient à partir d’une température de 110° environ, à 200° le soufre devient rouge, plus chaud encore, il vire au brun.

Le masque est indispensable pour observer de plus près la sublimation du soufre. (Photo : André Laurenti)
Le masque est indispensable pour observer de plus près la sublimation du soufre.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le soufre fondu semble à de l'ambre. (Photo : André Laurenti)
Le soufre fondu semble à de l’ambre.
(Photo : André Laurenti)
En observant de plus près, certaines concrétions prennent des allures de feuilles de fougère. (Photo : André Laurenti)
En observant de plus près, certaines concrétions prennent des allures de feuilles de fougère.
(Photo : André Laurenti)
J'ai la sensation d'explorer un monde sous-marin. (Photo : André Laurenti)
J’ai la sensation d’explorer le monde marin.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Plus haut, le sol est jonché de fragments de lave projetés lors de l’ultime éruption de 1886. Nous récoltons des petites bombes craquelées dites « bombe en croûte de pain ». Au cours de leur trajectoire à l’air libre, la surface de celles-ci se durcit alors que l’intérieur est encore fluide. Puis la croûte vitreuse se craquelle par dilatation et prend cet aspect si caractéristique.

Le cratère de la Fossa s'incline légèrement vers le nord. (Photo : André Laurenti)
Le cratère de la Fossa s’incline légèrement vers le nord.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

L’imprévu comme oreiller

En contrebas un profond entonnoir aux parois abruptes, débouche sur un croissant de terrasse intermédiaire et un fond plat.
N’ayant que très peu d’affinités avec la routine, je me dispense bien de l’emporter à la semelle de mes chaussures. Pour moi l’important c’est que l’imprévu me serve d’oreiller. L’art de se mettre dans des situations impossibles pour le relatif plaisir de ne pas dormir comme tout le monde me convient parfaitement. Je suis ravi d’apprendre que ce soir nous dormirons carrément au fond du cratère.

En arrière plan l'île de Lipari. (Photo : André Laurenti)
En arrière plan l’île de Lipari.
(Photo : André Laurenti)
En contrebas du cratère, avant d'atteindre le fond plat, une terrasse occupe la partie ouest du cône. (Photo : André Laurenti)
En contrebas du cratère, avant d’atteindre le fond plat, une terrasse occupe la partie ouest du cône.
(Photo : André Laurenti)

On détermine le danger d’un volcan par la consistance de sa lave. Vulcano contient un magma acide riche en silice qui se durcit très vite au sommet de la cheminée. Refroidie, il constitue un véritable bouchon emprisonnant les gaz. Pendant des périodes de plusieurs années, quelquefois plusieurs siècles, des pressions formidables, lentement, échauffent et sapent le bouchon. La phase gazeuse du magma joue l’action de dissolvant. Puis, vaincu par les forces titanesques, sans cesse croissantes, le volcan entre en éruption.
Il arrive que la résistance du bouchon soit supérieure à certaines zones de faiblesse du cône éruptif. Les pressions d’une puissance phénoménale, feront alors exploser en partie ou en totalité le cône volcanique, comme ce fut certainement le cas pour le cratère Del Piano.
On comprend mieux à présent pourquoi ce genre d’éruption prend très souvent des allures dévastatrices, catapultant des projectiles à des altitudes de 5 000 à 15 000 m. Une belle ascension en perspective ?
Au fond du cratère nous déroulons notre bivouac, bien à l’abri du vent et sur un sol à 30°. Guy s’affaire à réchauffer les boites de petits pois sur les vapeurs brûlantes. Il y en aura pour peu de temps, avec une rapidité et une efficacité digne d’un four à micro-ondes.

Guy s'affaire à réchauffer les boites de petits pois sur les vapeurs brûlantes. (Photo : André Laurenti)
Guy s’affaire à réchauffer les boites de petits pois sur les vapeurs brûlantes.
(Photo : André Laurenti)

Allongé, j’aperçois sur un fond étoilé le pourtour intégral du cratère. Lentement s’élèvent des écharpent vaporeuses. Un silence inquiétant règne et on ne peut s’empêcher de penser à cette puissance colossale présente à très peu de distance sous nos duvets. Pas plus à cet état de somnolence qui précède, souvent, les plus terribles colères. Plus le volcan reste longtemps inactif, plus son réveil risque d’être meurtrier.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le passé de Vulcano

Ce qui représente cette chambre éphémère pour ce soir, sera totalement bouleversée un de ces jours.
Du XIIIe au XVIe siècle, Vulcano a connu une éruption en moyenne tous les cent ans. De 1616 à 1693, huit éruptions ont eu lieu. De 1727 à 1786, six éruptions dont l’une a donné la coulée d’obsidienne de Pietre Cotte sur le flanc nord-ouest ; il s’est réveillé ensuite en 1873 jusqu’en 1876, puis à nouveau en 1878 jusqu’en 1879. Et enfin, la dernière, celle de 1886, elle a duré trois ans sans produire de coulée de lave et a détruit le village situé à ses pieds.
Depuis, le XXe siècle a été marqué par seulement des tentatives avortées.
De 1900 à 1950, la température des fumerolles a augmenté jusqu’à inquiéter les spécialistes italiens.
En 1913, à partir de la crête sommitale, une coulée de soufre liquide à 300° est descendue à proximité du village. Cette coulée très impressionnante avait la particularité, la nuit, de laisser apparaître une multitude de flammes bleues. Ce phénomène a constitué, à l’époque, une richesse pour l’île, le soufre se récupère et se vend.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En 1968, les 13-14 et 16 août, des secousses très importantes ont ébranlé Vulcano avec un épicentre situé pratiquement sous le cratère de la Fossa. La profondeur du foyer étant à 1 km, le bouchon du cratère était en train de se fissurer. Pendant une période de 15 jours, le cratère a été interdit. Les autorités de Porto Levante ont envisagé d’évacuer la population. Le 17 août, trois explosions importantes ont lieu à l’intérieur du cratère. L’une projette des petits blocs à une faible hauteur.
On ne peut pas appeler cela une éruption, ni une explosion, il s’agit tout simplement d’un jet de gaz un peu plus violent que d’habitude. Une poche de gaz qui s’est libérée. Tout est à nouveau rentré dans l’ordre par la suite.
En avril 1985 l’Institut Géophysique de Naples est venu effectuer des relevés. Il s’est aperçu que le niveau magmatique était en train de monter dans les cheminées de Vulcano et de Vulcanello. En 1986 la température des fumerolles est à nouveau en augmentation pour atteindre 550°C en 1989, juste quelques mois après notre visite. La crise cessera en 1990.

Chemin d'accès au cratère. (Photo : André Laurenti)
Chemin d’accès au cratère dans sa partie supérieure.
(Photo : André Laurenti)

En mai 1988, la partie Sud de l’île s’est soulevée de plus d’un centimètre, déstabilisant une importante masse de roche qui s’est éboulée directement dans la mer. Dans la même période, une longue faille s’est ouverte sur la crête sommitale augmentant ainsi la densité des fumerolles et leur température.
Sur le terrain de foot du village, deux campeurs ont été découverts inanimés, victimes d’émanations de CO2 provenant du sol.
Pour l’heure, on peut dire que depuis sa dernière éruption de la fin du XIXe siècle, le volcan s’est assoupi, son activité principale de pré-retraité se résume à une paisible manifestation fumerollienne.

L'île de Lipari depuis Vulcanello. (Photo : André Laurenti)
L’île de Lipari depuis Vulcanello avec en arrière plan les deux cônes de l’île de Salina.
(Photo : André Laurenti)

Simulation faite en 1989

Les spécialistes de l’Institut ont collecté les relevés des températures, ils ont tenu compte de tous les séismes récents, dont les derniers datent de février 1989, ils ont analysé les gaz et ont noté les différentes compositions chimiques, ils ont pris en compte les variations du sol et mesuré les différences d’influence magnétique. Toutes ces informations ont été collectées dans un ordinateur qui a digéré tout cela. On lui a demandé ensuite ce que sera la prochaine éruption et, si possible, l’endroit où elle aura lieu.
La machine électronique a répondu qu’il y avait deux possibilités. La première, l’éruption aura lieu dans le cratère actuel de la Fossa. Le cône futur atteindra 200 m de hauteur et sa base sera tangente à Vulcanello.
La seconde, plus minime, serait une éruption sous-marine qui se produirait dans la baie juste en face les bains de boue. Elle donnerait naissance à un petit cône d’une centaine de mètres de hauteur et suffisant pour obstruer toute la baie.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Dans les zones de retombées pyroclastiques, il pourrait se produire une éruption phréatique. En effet, en cas de faille sous le niveau de la mer, celle-ci étant en correspondance avec la cheminée volcanique, une grosse quantité d’eau de mer entrerait en contact avec le conduit éruptif en pleine surchauffe. Cette eau serait instantanément vaporisée. La vapeur emprisonnée provoquerait une explosion importante. Toute la partie de mer entre Vulcano et Vulcanello constitue la zone probable de ce type d’explosion phréatique. Un raz de marée suivrait aussitôt, avec une vague pouvant atteindre 10 à 15 m.

L'île de Lipari et ses petits îlots en arrière plan. (Photo : André Laurenti)
L’île de Lipari et ses petits îlots en arrière plan.
(Photo : André Laurenti)

En attendant, ce peuple fataliste recueilli sur ce lopin de lave, à un endroit où les sursauts du volcan accordent provisoirement à l’homme, le village éparpillé de Porto-Levante, poursuit une existence paisible sans se soucier du grave danger qui les menace.

Le cône de la Fossa sur l'île Vulcano avec en arrière plan les deux tétons de l'île Salina. (Photo : André Laurenti)
Le cône de la Fossa sur l’île Vulcano avec en arrière plan les deux tétons de l’île Salina.
(Photo : André Laurenti)
A gauche les limites de la caldeira dans laquelle s'inscrit le cône de la Fossa. (Photo : André Laurenti)
A gauche les limites de la caldeira dans laquelle s’inscrit le cône de la Fossa.
(Photo : André Laurenti)

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Sources :

– Revue trimestrielle « Eruption » n° 1 – pages 16 – 17 – année 2003

Remerciements à Guy de Saint-Cyr pour toutes les informations fournies lors de notre visite inoubliable en avril 1989 et qui ont permis de réaliser cette page.