Tassili N’Ajjer (Algérie)

Un retour dans le Sahara – 20 février au 4 mars 2001

En février 2001 je retournai dans le sud algérien, mais cette fois ci pour découvrir les merveilles du désert du côté de Djanet. Après la traversée d’immenses regs de la région de Tamanrasset, je succombe au cours de ce voyage, au charme irrésistible de l’erg et de ses extraordinaires contrastes.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous sommes tous assis autour d’une table dans la chaleureuse maison d’Elisabeth et Luc à Saint-Martin de Castillon, un charmant petit village du Vaucluse. Un point commun nous réunit, la perspective d’un voyage dans le Hoggar. Pierre-Etienne tente de nous convaincre, il nous montre des photos qu’il a réalisé depuis son avion privé lors d’un vol Carpentra – Djanet. Depuis plus de vingt cinq ans, Pierre-Etienne se rend assez régulièrement à Djanet, une région qu’il affecte particulièrement. Sur ses photos vue du ciel, nous distinguons dans les environs de Djanet des traces de volcanisme. Luc demande à Pierre-Etienne s’il est possible de sortir des circuits traditionnels proposés par les agences et d’aller sur le terrain à la recherche de ces volcans.
– oui je le pense, répond Pierre-Etienne.
– à Djanet il y a un guide qui se nomme Benhaoued Cheikh, il connaît parfaitement toute cette région.

Quelques mois ont passé et nous voilà enfin réunis dans le hall de l’aéroport de Marseille Marignane, fin prêt pour le départ. Elisabeth, Luc et leurs enfants Laure et Sylvain, puis Ghislaine infirmière à l’hôpital d’Apt et ses deux enfants Guillaume et Clément, Raymond l’unique coiffeur de la commune de Saut, Christian un marathonien du désert et moi même sommes prêts pour l’aventure.

Dans l’avion de ligne qui nous transporte à Djanet, règne une certaine effervescence. L’équipage de ce vol régulier, nous autorise à nous rendre dans la cabine de pilotage. Ghislaine et moi resterons jusqu’à l’atterrissage. A l’approche de l’aéroport, la piste est devant nous, elle danse de droite à gauche, on se demande si nous allons réussir à nous poser.

Ghislaine et moi resterons dans la cabine de pilotage jusqu'à l'arrivée. (Photo : André Laurenti)
Ghislaine et moi resterons dans la cabine de pilotage jusqu’à l’arrivée.
(Photo : André Laurenti)

A peine sortis de l’aérogare, notre guide Benhaoued Cheikh de l’agence Admer nous accueille. Trois véhicules 4×4 et l’intendance : chauffeurs, cuisinier, récupèrent et chargent rapidement nos sacs. Nous ne perdons pas de temps, les trois véhicules démarrent et à mi chemin entre l’aéroport et Djanet, nous bifurquons à gauche et prenons notre première piste, l’aventure commence. Au bout de quelques kilomètres, nous sommes déjà au pied de notre premier volcan. Possédant un cratère de forme égueulée, le contraste est saisissant avec le sable qui l’entoure. Avant d’en faire l’ascension, nous nous installons à l’ombre de quelques éthels, pour le déjeuner.
Haroun Tazieff dans un récit, avait parlé de ce volcan, qui je crois me souvenir, n’a pas de nom. Pourtant il ne passe pas inaperçu, il fait tout pour qu’on le remarque, mais il n’est probablement pas suffisamment visible de loin pour servir de repère aux caravaniers du désert. Il a donc été oublié. A son sommet Christian prend la position au GPS, il note quelques indications pour au moins le recenser, apporter la preuve qu’il existe, le sortir de cette indifférence. Christian annonce les caractéristiques suivantes :
Altitude 1 138 m au dessus du niveau de la mer, coordonnées 24° 27′ 417 N – 09° 27′ 995 E.

Le volcan sans nom, possédant un cratère de forme égueulée le contraste est saisissant avec le sable qui l'entoure. (Photo : André Laurenti)
Le volcan sans nom, possédant un cratère de forme égueulée le contraste est saisissant avec le sable qui l’entoure.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous évoluons dans l’erg Admer et traversons l’oued Essendilène puis l’oued Tanar. La première nuit nous la passerons à Fort Gardel.
Le col de Tin Taherejelli, un peu au nord-est de Bordj el Haoues, a longtemps été le seul accès possible aux véhicules. C’est pour protéger et surveiller cet axe stratégique qu’un fort français fut érigé à cet endroit en 1935 : Fort Gardel, du nom d’un lieutenant de l’armée française, Gabriel Gardel.
Louis Gardel, petit-fils du lieutenant, a retracé la vie de son fameux grand-père dans un roman bien connu, adapté au cinéma en 1984 : Fort Saganne. En déambulant au pied d’un promontoire à la recherche de cailloux intéressants, je découvre à moitié enfouie dans le sable, une pièce de monnaie de l’époque.

Les couchers de soleil restent des moments inoubliables. (Photo : André Laurenti)
Les couchers de soleil restent des moments inoubliables.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le lendemain, nous traversons la plaine d’Admer en direction de l’ouest. Nous installerons le bivouac au pied du Djebel Telerhteba dont le point culminant atteint les 2 455 m. L’oued qui prend la direction de cette montagne, est chargé de pierres volcaniques. Doit on en conclure que le Djebel Telerhteba est un ancien volcan ?. La distance est trop longue pour aller vérifier, les 4 x 4 ne peuvent continuer et c’est beaucoup trop long pour s’y rendre à pied.

Avant que le soleil ne soit trop fort, nous faisons l'ascension d'un sommet. (Photo : André Laurenti)
Avant que le soleil ne soit trop fort, nous faisons l’ascension d’un sommet.
(Photo : André Laurenti)
A travers la lucarne naturelle, on aperçoit au premier plan, une échine rocailleuse, c'est là que se trouve notre campement. (Photo : André Laurenti)
A travers la lucarne naturelle, on aperçoit au premier plan, une échine rocailleuse, c’est là que se trouve notre campement.
(Photo : André Laurenti)

Nous partons pour le nord-est et traversons l’Adrar Tisseyène, les magnifiques dunes de Tin Abro. Du sable et de la rocaille à perte de vue, avec de temps en temps un arbre dont on se demande ce qu’il fait là. Quelquefois, des buissons chétifs et desséchés occupent ce qui semble être un oued éphémère, des touffes en boule d’herbe jaune suivent les méandres telle une écharpe d’or.
Il est amusant de voir le vent faire pivoter ces touffes, c’est ainsi que des brindilles dessinent comme avec un compas, des arcs de cercles vraiment parfait sur le sable.

Aucun climat ne semble poser des difficultés à la vie. (Photo : André Laurenti)
Aucun climat ne semble poser des difficultés à la vie.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Avec l'aide du vent, les brindilles dessinent des arcs de cercles vraiment parfaits. (Photo : André Laurenti)
Avec l’aide du vent, les brindilles dessinent des arcs de cercles vraiment parfaits.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Au fil des jours, je m’imprègne de cette vie simple et sans bruit, dans le désert nous redevenons nous même. Pour celui qui sait regarder, on devient attentif au moindre détail. Comment ne pas succomber au charme de ces paysages où tout n’est que douceur féminine.
Laure, Sylvain, Guillaume et Clément s’en donnent à cœur joie, ils sont curieux de tout, ils grimpent et dévalent les dunes en toute insouciance.
Le jour décline, l’étape s’achève à Tin Abro au pied du Djebel Tazat (2 165 m).

Ondulations du sable dans l'erg Admer. (Photo : André Laurenti)
Ondulations du sable dans l’erg Admer.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Tout ici respire la paix. (Photo : André Laurenti)
Tout ici respire la paix.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous poursuivons notre piste de lumière et rebondissons à chaque instant sur une merveille. Des statues de pierre soulignent le sommet des dunes, peu après des orgues basaltiques se dressent avec une régularité d’artiste.
Plus loin, nous retrouverons une portion de route asphaltée pour franchir le col de Téradjéril. Nous récupérons une nouvelle piste qui nous conduit sur le plateau de Dider, le point le plus proche de notre périple avec la frontière Libyenne. Le plateau de Dider est étonnamment verdoyant, un lieu idyllique pour les troupeaux. Nous découvrons dans les environs des gravures rupestres d’une extraordinaire finesse.

Le plateau de Dider est étonnamment verdoyant, un lieu idyllique pour les troupeaux. (Photo : André Laurenti)
Le plateau de Dider est étonnamment verdoyant, un lieu idyllique pour les troupeaux.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Des gravures rupestres du plateau de Dider sont d'une finesse inouïe, ici une scène représentant des gazelles. (Photo : André Laurenti)
Des gravures rupestres du plateau de Dider sont d’une finesse inouïe, ici une scène représentant des gazelles.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Quelques jours après, nous parvenons dans une région plus accidentée et pénétrons dans l’étroit canyon d’Essendilène, qui inspira Roger Frison Roche dans son roman intitulé « le rendez-vous d’Essendilène ». Nous suivons une guelta aux eaux paisibles et claires, nichée au coeur de l’Adrar Adjelaho. Le lieu est formidable, parfois ombragé et propice aux passionnés d’escalade exotique. Tout au fond de la gorge nous découvrons une résurgence sous la forme d’une large vasque, un moment de détente agréable.
Avant 1990, ce lieu était très prisé par les touristes. A la haute saison, dans les périodes de Noël et jour de l’an, on dénombrait pas moins de 20 000 personnes. Depuis, avec la montée de l’intégrisme en Algérie, le tourisme a terriblement baissé.

En approche d'Essendilène. (Photo : André Laurenti)
En approche d’Essendilène.
(Photo : André Laurenti)
L'entrée de l'étroit canyon d'Essendilène. (Photo : André Laurenti)
L’entrée de l’étroit canyon d’Essendilène.
(Photo : André Laurenti)

La flore comme la faune est aussi une réalité du désert dont on ne soupçonne pas. La vie existe timidement, elle résiste et s’arme de patience en attendant quelques gouttes de pluie.
L’armoise du désert, qui pousse en grande quantité tout autour de Djanet, est un remède très efficace pour juguler une activité intestinale mal maîtrisée.
De petits insectes et autres animaux craintifs restent, quant à eux, bien à l’abri de terriers creusés aux pieds des buissons et ne sortent qu’à la tombée de la nuit. Nous nous en apercevons au réveil par leurs signatures éphémères gravées sur le sable.

Un lézard s'enfouit dans le sable. (Photo : André Laurenti)
Un lézard s’enfouit dans le sable.
(Photo : André Laurenti)
On aperçoit la signature éphémère d'un insecte. (Photo : André Laurenti)
On aperçoit la signature éphémère d’un insecte.
(Photo : André Laurenti)

Je prends goût à dormir à la belle étoile. Durant la nuit, il m’arrive de me réveiller, j’en profite alors pour contempler la Voie lactée et son océan d’étoiles. Je cherche Orion puis j’aperçois la Croix du sud avant de replonger dans l’univers des songes.

Des statues de pierre gardiennes des lieux. (Photo : André Laurenti)
Des statues de pierre gardiennes des lieux.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le soir est un moment privilégié, assis en cercle autour du feu, les mains se tendent pour saisir un peu de chaleur. La lueur du feu danse et caresse les visages, ce soir Sedik nous a préparé un savoureux dîner. Après maintes palabres, l’eau commence à frémir dans la bouilloire, les verres de thé brûlant passent de main en main.
Sylvain a passé du temps à observer Sedik faire le thé. A son retour à Apt, il parvient avec succès à reproduire le délicieux breuvage.

Nos guides Amou, Cheik et Sedik. (Photo : André Laurenti)
Nos guides Amou, Cheik et Sedik.
(Photo : André Laurenti)
Cheik et Sedik au coin du feu. (Photo : André Laurenti)
Cheik et Sedik au coin du feu.
(Photo : André Laurenti)
Amou en train de préparer le traditionnel thé à la menthe. (Photo : André Laurenti)
Amou en train de préparer le traditionnel thé à la menthe.
(Photo : André Laurenti)

Une fois de plus le volcanisme à apporté sa contribution dans la beauté de ces paysages, comme les traits forts d’un maquillage féminin. La douceur des ergs, les creux et les courbes légères, le souffle chaud, le parfum de l’armoise, tout est enchantement. C’est une étreinte permanente avec une nature qui vous envoûte. En attendant, ces espaces inoubliables m’invitent vers de nouvelles destinations, sinon, que serait ma vie ?.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le groupe au complet (Photo : André Laurenti)
Le groupe au complet
(Photo : André Laurenti)

2 réflexions au sujet de « Tassili N’Ajjer (Algérie) »

  1. Superbe
    Je veut. Faire ce voyage mais en 2015 est ce toujours possible quand contrairement à vous qui connaissez déjà moi ce serait la 1ère fois …..
    J en rêve j ai attendu par « négligence » ….
    Même pas pensé se qui u. Jour ça puisse être risqué de s y rendre …
    Pourriez vous me conseiller vos guides ???PB : je suis seule pas d quoi atteindre plus etne sais pas quel vol régulier prendre ???

  2. J’ai tellement envie d’aller revisiter ces lieux enchanteurs. Merci pour ces belles photos et ces beaux récits qui m’ont replongé dans mes merveilleux souvenirs de mes deux seuls voyages à Djanet (1990 et 1995). Celui de 1995 fut dans le cadre de notre sujet de thèse pour l’obtention d’un diplôme en agronomie avec comme option Ecologie Végétale (moi et mon binôme Qais) . Etude phytosociologique de quelques oueds du Tassili N’Ajjers qui se déversent dans la vallée de Dider, qui fut d’ailleurs notre camps de base. Nous avons passé quelques nuits dans la fameuse zriba ( la seule hutte de la vallée). Ouaou, quels beaux moments.
    Merci encore.

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