Hoggar (Algérie)

DE TAMANRASSET A L’ASSEKREM
– AVRIL 1990 –

Récit de voyage par : André Laurenti
Un voyage effectué en compagnie de Ghislaine Cougnot et notre guide Intakanet

Après avoir goûté en 1985 au désert d’Atacama au Chili, l’éloignement de ces étendues sans vie où presque a fait croître le désir d’y revenir et d’en apprécier davantage les splendeurs. Parcourir à pied des centaines de kilomètres c’est s’offrir un zeste de liberté, des instants de bonheur assouvis. Le dromadaire reste le mode de transport le plus authentique, c’est une autre approche. Certes, on voit moins de choses qu’en 4×4, mais on savoure encore plus la vraie vie exaltante du désert. Le désert doit être avant tout une émotion, c’est le choix que ma compagne d’un moment et moi-même avons fait. 400 km en 13 jours de marche nous mèneront découvrir l’étrange et fascinant Hoggar.

D'une bosse à l'autre (Photo : André Laurenti)
D’une bosse à l’autre
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous sommes à nouveau pris dans un tourbillon appelé aventure et on a peine à le freiner. Alger nous accueille l’instant d’une escale de vingt quatre heures. Le chauffeur du taxi jaune nous dépose en toute hâte devant l’hôtel, la fête et la faim obligent, nous sommes en pleine période de ramadan et le soleil vient tout juste de disparaître. Il règne dans la cité blanche un aimable désordre mêlé à une certaine lenteur orientale. Plus tard, nous dînerons à l’intérieur d’un bar plutôt crasseux, attablés devant une assiette de chorba où surnagent des yeux de graisse. Nous quittons très vite le lendemain, ce monde d’hommes désœuvrés en songeant qu’il n’y a rien de plus triste qu’une ville sans regard, sans un sourire féminin.En un saut de puce, nous atteignons, 500 km plus au sud, la région du Mzab. Ghardaïa, El Atteuf, Melika, Beni Isguen et Bou Moura, ces cinq villes d’une splendeur pastel ont une architecture éblouissante. Elles sont un joyau perdu au milieu du désert. Nous nous imprégnons petit à petit du grand sud, aussi bien dans les ruelles tortueuses de Ghardaïa, qu’au cœur des palmeraies. Nous nous laissons guider par les impressions du moment. A Beni Isguen, la rencontre d’un jeune mozabite sera l’occasion de découvrir une maison traditionnelle au fin fond d’une palmeraie. Une invitation inopinée digne de l’hospitalité mozabite.

La petite ville de Gardaïa dans le Mzab. (Photo : André Laurenti)
La petite ville de Gardaïa dans le Mzab.
(Photo : André Laurenti)
Marché de Gardaïa. (Photo : André Laurenti)
Marché de Gardaïa.
(Photo : André Laurenti)

Un nouveau saut de puce nous conduit enfin à Tamanrasset, la cité tant convoitée des « Paris Dakaristes ». Au moment ou nous atterrissons la première vision dès les premiers mètres de la piste nous rappelle les risques de l’aviation, un avion est carrément planté dans le sable.Cherifi Beuh, un magnifique touareg, grand fier, un peu mystérieux au premier abord, est venu nous attendre à l’aéroport. Il nous conduit immédiatement à son domicile, une obscure demeure qui garde une fraîcheur bien appréciable. Le repas est déjà servi et sera accompagné par le traditionnel thé à la menthe. Dans un coin de la pièce, un volumineux matériel est prêt à être chargé sur les chameaux, la batterie de récipients pour faire la cuisine, la nourriture pour treize jours et pour trois personnes et même une carcasse de mouton dont le soleil se chargera de sécher et durcir la viande, ce qui la mettra à l’abri des mouches. Plusieurs kilos de couscous ont été minutieusement préparés par la femme de Cherifi Beuh. Quatre chameaux sont mis à notre disposition, un pour Intakanet notre guide, deux pour nous et un pour les bagages.

Notre petite caravane s'aventure dans cet univers minéral et chaotique du Hoggar. (Photo : André Laurenti)
Notre petite caravane s’aventure dans cet univers minéral et chaotique du Hoggar.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

La petite caravane s’élance enfin vers cet univers minéral et chaotique du Hoggar. Le reg semble se mouvoir au grès de l’incandescence du soleil, quelques tamaris font de la résistance. Saroual, chèche et chemise légère nous protègent tant bien que mal de l’astre. Nous étions Ghislaine et moi, tellement bien habillés en tenu locale, qu’en croisant une piste, des touristes en 4×4 nous ont pris en photo, croyant avoir à faire à des touaregs.

Ghislaine et.... (Photo : André Laurenti)
Ghislaine et….
(Photo : André Laurenti)
moi même sur nos montures, nous avons fait beaucoup plus de distance à pied qu'à dos de chameau, cela permettait de prendre des photos, mais aussi de se fatiguer pour mieux dormir la nuit. (Photo : Ghislaine Cougnot)
moi même sur nos montures, nous avons fait beaucoup plus de distance à pied qu’à dos de chameau, cela permettait de prendre des photos, mais aussi de se fatiguer pour mieux dormir la nuit.
(Photo : Ghislaine Cougnot)

Dans cet âpre désert, l’eau est la vie et l’ombre est le repos. Vers midi, au plus fort de la chaleur, au moment ou le soleil est le plus vindicatif, un arrêt s’impose sous un éthel ou un acacia. A cette heure méridienne, la plupart des animaux se terrent, immobiles, mais ce n’est pas le cas des mouches qui ont cheminé derrière le chèche, ni des tiques qui se dirigent par dizaines vers les couvertures étendues au sol, attirées par la présence des chameaux qu’elles prennent d’assaut.

Après l'effort le réconfort pour nos montures. (Photo : André Laurenti)
Après l’effort le réconfort pour nos montures.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Un autre symbole du désert semble nous suivre de campement en campement, un petit passereau noir et blanc qui chante aux premières heures du jour, c’est le moula moula des nomades, il est l’admirable porte-bonheur qui annonce l’eau et les bonnes nouvelles. Autres curiosités, des lézards à tête rouge façon varan de poche qui jouent les vedettes américaines. Le climat local entraîne un modelage spectaculaire du relief. Le froid nocturne avec ses écarts brutaux de température et les vents de sable, façonnent à la manière d’un artiste le paysage. Ces conditions extrêmes érodent et décomposent les roches, ce qui donne au Hoggar un paysage très original.

Le climat entraîne un modelage étonnant du paysage. (Photo : André Laurenti)
Le climat entraîne un modelage étonnant du paysage.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En fin d’étape les chameaux sont délestés de leur fardeau pour la nuit. Intakanet leur entrave les pattes, ce qui malgré tout ne les empêchera pas de faire du chemin durant la nuit pour se nourrir.
Le soir, Intakanet rassemble branchages et touffes sèches pour allumer le feu. Des gerbes d’étincelles sautillent et réchauffent les mains. Puis il verse le contenu de la guerba dans une marmite pour préparer le dîner. Plus tard, ce sera le cérémonial du thé qu’il prépare immuablement dans la bouilloire et la théière bleue et propose en trois services dans de petits verres épais. Une occasion de savourer le repos au terme de chaque marche. Il terminera par la confection de la tagella pour le petit déjeuner du lendemain. Après avoir creusé le sable, il dépose la galette, puis la recouvre de sable et de braises. La tagella gonfle et se dore, elle sera bientôt prête.
Nous verrons rarement le visage de notre guide, seuls ses yeux brillants apparaissent au milieu du teguelmoust un long chèche indigo qui lui couvre la tête et les épaules. Intakanet à la peau noire, il est probablement un descendant des esclaves noirs que possédaient les touaregs.

La traditionnelle préparation du thé à la menthe. (Photo : André Laurenti)
La traditionnelle préparation du thé à la menthe.
(Photo : André Laurenti)

La nuit tombe, on twiste pour s’enfoncer dans les duvets. Durant les premières nuits Ghislaine a connu des difficultés pour trouver le sommeil. Perturbée par de longs moments d’angoisse, le profond silence lui est pénible, c’est peut-être une torture infligée par quelques djinns ?. Après l’effervescence de la vie moderne, il n’est pas toujours facile de s’adapter à un univers sans machine, sans bruit.

Au mois d'avril le ciel est souvent laiteux, ou bien chargé de poussière, en fin de journée le soleil disparaît alors qu'il est encore haut dans le ciel. (Photo : André Laurenti)
Au mois d’avril le ciel est souvent laiteux, ou bien chargé de poussière, en fin de journée le soleil disparaît alors qu’il est encore haut dans le ciel.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Les milliers d’étoiles qui constellent habituellement le ciel du Hoggar ont perdu de leur éclat. En ce mois d’avril, les vents chargent l’atmosphère de poussière de sable, rendant le ciel laiteux, les levers et couchers de soleil blafards. Le clair de lune rend le désert plus somptueux, il étire les ombres, décuple le grand théâtre, développe le romantisme.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le massif de l’Atakor situé au Nord de Tamanrasset rassemble les plus hauts sommets du Hoggar (le dôme du Tahat qui culmine à 2 908m) ; s’est dit-on le « crâne » du Hoggar. Cet endroit est un antique musée d’art à ciel ouvert où l’on découvre des gravures et des peintures rupestres. A la tête de mon bivouac de ce soir, un magnifique rhinocéros et des girafes décorent un rocher, des animaux qui on complètement disparu de cette région, il y a fort longtemps.

Le massif de l'Atakor est un antique musée d'art à ciel ouvert où l'on découvre des gravures et des peintures rupestres; (Photo : André Laurenti)
Le massif de l’Atakor est un antique musée d’art à ciel ouvert où l’on découvre des gravures et des peintures rupestres.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Au matin Intakanet, après avoir allumé le feu et préparé le petit déjeuner, part récupérer les chameaux. Il sait où aller les chercher, il ne se trompe jamais, mais ce matin il mettra du temps à les retrouver, ils avaient fait du chemin les bougres. Une fois de plus, là où nous avons dormi ne restent que quelques cendres que le premier vent dispersera. La montre et le carnet de route suffisent amplement à retrouver le fil des jours dans cette solitude. La notion de date s’estompe rapidement, il n’existe qu’une obligation, celle de se trouver dans quinze jours à l’aéroport.

Au fil du temps la marche devient rêveuse. (Photo : André Laurenti)
Au fil du temps la marche devient rêveuse.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous apprécions de temps en temps la montée à méhari, un moyen de locomotion idéal qui permet d’admirer le paysage de haut et de rêver délicieusement bercé par le balancement de l’animal. Bien calé sur la ralha, nous faisons reposer les pieds sur le cou du méhari. On se retrouve ainsi en file indienne seul avec ses pensées, rythmé par le pas lent du dromadaire au milieu d’un paysage vibrant par les vagues de chaleur. Les camélidés sont attachés les uns aux autres et de temps en temps la longe de ma monture chatouille ses naseaux, il prend alors un malin plaisir à aller se frotter dans le derrière de celui de devant, en l’occurrence celui de Ghislaine qui se fait à chaque fois secouer désagréablement.
Je garde un œil attentif sur le dernier chameau qui fait office de fourgon à bagages, afin de vérifier que rien ne se détache. Par de multiples cols, mais aussi des étendues arides et caillouteuses, la piste serpente à travers les plus spectaculaires paysages d’orgues basaltiques. En fin d’après-midi, nous atteignons le haut plateau de l’Assekrem qui signifie en Touareg « arrêtes toi et regarde ». Un endroit magique perché à 2 800 m d’altitude où le père Charles de Foucauld a bâti un ermitage en 1910. Le désert devient curieusement une terre de rencontres d’autant plus importantes qu’elles sont rares. N’est-il pas surprenant après huit jours de marche de se retrouver avec trois niçois au refuge ?.

Le haut plateau de l'Assekrem qui signifie en Touareg "arrêtes toi et regarde". (Photo : André Laurenti)
Le haut plateau de l’Assekrem qui signifie en Touareg « arrêtes toi et regarde ».
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le vieux bouclier granitique du Hoggar a subi les effets de plissements. Des ruptures provoquées par le bombement ont généré des manifestations volcaniques dont témoigne le massif de l’Atakor.
Au niveau des paysages rencontrés, on peut observé le volcanisme ancien caractérisé par une érosion importante. Les étendues sont jonchées de petits blocs de laves comme c’est le cas sur le plateau de l’Akar-Akar sur la piste de l’Assekrem. On y distingue également un volcanisme plus récent avec d’interminable champ de lave.

Le Hoggar se définit ainsi par ces successions d'images simples. (Photo : André Laurenti)
Le Hoggar se définit ainsi par ces successions d’images simples.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Photo : André Laurenti)
Photo : André Laurenti)
Photo : André Laurenti)
Photo : André Laurenti)

Nous mettons le cap vers Tamanrasset, au fil des nuits le halo lumineux de la ville se rapproche. L’air moqueur et râleur de nos quatre vaisseaux du désert, nos adieux émus à Intakanet notre véritable gardien des traditions, tout cela nous fait comprendre que cette vie réduite à l’essentiel prend fin. Le Hoggar se définit ainsi par ces successions d’images simples, un vaste territoire silencieux, mystérieux qui favorise la méditation. Nous avons à la fois assisté en spectateur privilégié à un festival merveilleux de l’imaginaire et concrétisé un bien délicieux rêve d’enfance.

La fin de cette magnifique aventure. (Photo : André Laurenti)
La fin de cette magnifique aventure.
(Photo : André Laurenti)

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