Yellowstone : les geysers (partie 3)

Nous ne pouvons pas quitter ce lieu sans avoir vu le spectacle qu’offrent les geysers et ils sont nombreux dans le parc. On en dénombre pas moins de 300, soit les deux tiers des geysers de la planète. Le terme de geyser a été emprunté aux Islandais, il provient de Geysir, le plus célèbre de ce pays nordique, signifiant jaillir.
A la surface de cet immense volcan, les sources bouillantes, les geysers, les mares de boue et les bouches de vapeur, témoignent de l’histoire géologique violente du Yellowstone. Je ne me lasse pas d’admirer ces arabesques dessinées autour de ces vasques fumantes. Aujourd’hui, pour ce dernier jour dans le parc, nous découvrirons l’incontournable district d’Old Faithful, le vieux fidèle.
Un geyser fonctionne par intermittence, cela grâce à des infiltrations d’eau en profondeur. Le chauffage de l’eau se fait à la base d’un conduit étroit et résistant, s’évasant à la surface, formant une vasque. Lorsque les conditions sont réunies, l’eau passe de l’état liquide à l’état gazeux. Mise sous pression, elle devient moins dense que l’eau froide qui la surmonte et se rapproche de la surface en se dilatant. La vaporisation de l’eau se produit lorsqu’elle atteint un niveau de température d’ébullition élevé. L’augmentation du volume dans le conduit expulse l’eau la surmontant, produisant l’éruption. Peu après, la pression diminue sur la colonne, la température d’ébullition diminue, provoquant une brusque vaporisation et marque la fin de l’éruption.

Caractéristiques hydrothermales de Yellowstone
(Photo de panneau : André Laurenti)

Le geyser Old Faithful

Celui qu’on appelle le vieux fidèle a été dénommé ainsi en raison de sa ponctualité. En fait, il jaillit en moyenne toutes les 90 minutes, pendant 1 à 5 minutes, expulsant 23 000 litres d’eau.
Au visitor center d’Old Faithful, les horaires d’éruptions sont affichées et comme le geyser est tout proche, les spectateurs sont très nombreux, il est donc difficile de s’en approcher. En prenant un peu de recul, le spectacle est aussi fascinant, avec en prime les personnages qui donnent une échelle .

Le spectacle du Vieux Fidèle attire énormément de touristes
(Photos : André Laurenti)

Le fait de connaître les horaires permet aux touristes de rester moins de temps sur le site. Ainsi, dès que l’on s’éloigne d’Old Faithful, les lieux sont moins fréquentés, car le Vieux Fidèle n’est pas l’unique geyser sur ce site, il y en existe une bonne quarantaine tous aussi élégants.

Geyser de type cône
(Photo : André Laurenti)
« Castle Geyser »
(Photo : André Laurenti)

Le Castle Geyser a été dénommé ainsi en raison de sa silhouette rappelant celle d’un château fort. Toutes les dix heures environ, ses projections peuvent atteindre les 27 m.

« Crested Pool » une belle cocarde tricolore
(Photo : André Laurenti)
« Belgian Pool »
(Photo : André Laurenti)

Ce bassin est une source chaude, appelé autrefois « Oyster Spring », il a été rebaptisé ainsi après qu’un touriste de Belgique ait trouvé la mort en tombant à l’intérieur en 1929. La température de l’eau dépasse les 80° C.

L’eau devient cristalline
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
« Lion Group »
(Photos : André Laurenti)

Lion Group est un ensemble de geysers de type cône, situé dans le complexe Geyser Hill. Il a été nommé ainsi en raison de son bruit rugissant lors de ses émissions de vapeur. Les éruptions peuvent atteindre 27 m et durer entre 1 et 7 minutes.

« Chromatic pool »
(Photo : André Laurenti)

Les couleurs vives de ce bassin et des canaux de ruissellements sont créées par des formes de vie microscopiques. Ces organismes survivent et prospèrent dans un environnement qui serait mortel pour nous et la plupart des autres êtres vivants.

La faune du parc

Les forêts, les vastes prairies verdoyantes et l’eau en abondance offrent un véritable jardin d’éden aux animaux. Les scènes pour nous Européen, ne manquent pas de pittoresque. En effet, au détour d’une colline, il n’est pas rare d’être arrêté sur la route par la traversée de bisons ou autres mammifères.

Yellowstone River
(Photo : André Laurenti)

Le parc de Yellowstone est le seul endroit des États Unis où le bison a vécu en permanence depuis la préhistoire. Il représente la plus grande population du pays sur des terres publiques et sont parmi les rares troupeaux qui n’ont pas été hybridés par croisement avec le bétail. La population de bisons a été estimée à 5 500 individus en août 2016, alors qu’il n’en restait que quelques dizaines au début du XXe siècle, victimes de la bêtise humaine. Ils errent librement dans le parc ainsi que dans quelques régions voisines du Montana. Ils ont des comportements sauvages comme leurs anciens ancêtres et ont tendance à se rassembler pendant la saison de reproduction. Cette protection réussie a permis de sauver l’espèce qui était au bord de l’extinction. Cependant, certains bisons du Yellowstone sont infectés par la brucellose, une maladie du bétail transmisible aux bisons sauvages et aux wapitis (1).

Les bisons n’étaient plus que quelques dizaines au début du XXe siècle
(Photo : André Laurenti)
Le poids de ces bêtes superbes, peut atteindre couramment une tonne
(Photo : André Laurenti)
Les bisons gardent malgré tout, un côté sauvage
(Photo : André Laurenti)

Nous avons pu observer aussi l’ours noir, il est l’espèce la plus répandue en Amérique du Nord. De 1910 à 1960, les gestionnaires du parc permettaient aux visiteurs de nourrir les ours noirs le long des routes. De nos jours c’est strictement interdit !

L’ours noir s’aventure en dehors de la forêt
(Photo : André Laurenti)
Le cerf mulet
(Photo : André Laurenti)
Le wapiti
(Photo : André Laurenti)

Le wapiti représente la plus grande population de grands mammifères avec plus de 15 000 têtes.

Sulphur Caldron

Nous prenons la direction du Sud afin d’atteindre en soirée la ville de Jackson. Mais au grè des kilomètres, on se nourrit encore jusqu’à la dernière miette, des manifestations les plus extravagantes de la planète.  En contre bas de la route reliant Canyon village au lac Yellowstone, cette marmite diabolique attire l’attention. Son contenu jaunâtre est le plus acide du parc, avec un pH proche de 1 à 2. Sulphur Caldron se trouve sur le bord d’une des zones actives du supervolcan. Les gaz riches en soufre, s’échappent de ce bassin redoutable, pourtant ce petit lac d’acide sulfurique regorge de vie. Les thermoacidophiles prospèrent dans cet environnement acide, mortel pour l’homme. Ils vivent dans ce liquide presque aussi acide que celui d’une batterie.

Sulphur Caldron
(Photo : André Laurenti)
Des bulles soufrées aux odeurs d’œufs pourris
(Photo : André Laurenti)

Dragons Mouth Spring

Un peu plus loin, se présente une caverne renfermant une source chaude turbulente. On a donné le nom à cette grotte vers 1912, en raison de l’eau qui jaillissait fréquemment comme la langue d’un dragon. Les grondements sont causés par la vapeur et les gaz. Lorsque l’eau chaude monte à la surface, le sulfure d’hydrogène, le dioxyde de carbone et les gaz se dilatent créant une explosion dans la caverne.

Dragons Mouth Spring
(Photo : André Laurenti)
Mud Volcano Area
(Photo : André Laurenti)

D’un océan à l’autre

Nous poursuivons la visite en nous rendant sur les rives du lac de Yellowstone, une vaste étendue d’eau bordée à l’Est par la chaîne montagneuse Absaroka. D’une superficie de 360 km2, elle représente le plus grand lac naturel d’altitude (2 357 m) d’Amérique du Nord. Sa profondeur maximale est de 118 mètres, il est traversé du Sud au Nord par la rivière Yellowstone. Il y a environ 150 000 ans, une explosion volcanique a formé la petite caldeira maintenant connue sous ce nom.

Lac de Yellowstone
(Photo : André Laurenti)

Les recherches récentes effectuées par le Dr. Val Klump du « Center for Great Lakes Research » de l’université de Wisconsin, ont révolutionné la façon de voir ce lac. Si l’on vidait son eau, on découvrirait  un fond semblable à celui du parc du Yellowstone, c’est à dire des sources chaudes, des geysers et de profonds canyons. Grâce à un petit robot submersible, les chercheurs ont découvert un canyon juste à l’Est de l’île de Stevenson, profond de 118 mètres. Ils ont également constaté sous l’eau que les conditions sont similaires à celles observées sur les évents hydrothermaux de la ride océanique du Pacifique.
On pense que le lac Yellowstone a d’abord drainé vers le Sud dans l’océan Pacifique, via la Snake River. Actuellement l’eau se dirige vers le Nord par la rivière Yellowstone pour finir dans l’océan Atlantique.

Le lac au fond semblable à celui du parc
(Photo : André Laurenti)

West Thumb Geyser Basin

Ce district est l’un des plus petit du parc de Yellowstone, mais il est considéré comme le plus pittoresque en raison de sa proximité avec lac. Geysers et vasques colorées s’avancent vers les eaux bleues du lac. Il regroupe des sources chaudes, des bassins, des marmites de boue, des fumerolles et des geysers. Le nom de West Thumb a été donné par l’expédition de Washburn en 1870. Le site était également connu sous le nom de Hot Spring Camp.
Depuis le milieu des années 1970, West Thumb a diminué en activité thermique. Certaines températures se sont refroidies dans le bassin, permettant la croissance de grandes colonies d’algues et de cyanobactéries. En conséquence, de grandes étendues microbiennes nouvellement formées, s’épanouissent sur les canaux de ruissellement et tout au long des bords des bassins.

The Painted Pool
(Photo : André Laurenti)
Le district le plus pittoresque du parc
(Photo : André Laurenti)
« Abyss Pool » est un bassin de 12 x 23 m pour une profondeur de 9 m et une température de 55°
(Photo : André Laurenti)
Black Pool
(Photo : André Laurenti)

Les eaux transparentes de Black Pool atteignent les 55°. Avec ses dimensions de 12 x 23 m pour une profondeur de 9 m, il représente le plus grand bassin de ce district. Sa basse température favorise la présence d’algues et de cyanobactéries qui donnent cette couleur orange.

Déversement des eaux du Black Pool vers le lac Yellowstone
(Photo : André Laurenti)
Big Cone
(Photo : André Laurenti)
Lakeshore Geyser était actif au début des années 2000
(Photo : André Laurenti)

La température de Lakeshore Geyser est de 92°. Ce geyser un peu paresseux connaît de longues périodes de repos et donc les prédictions de ses éruptions sont difficiles. Quand il est éveillé et en forme, la colonne d’eau peut atteindre entre 6 et 9 m de hauteur et diminue progressivement après dix minutes.

« Fishing cone »
(Photo : André Laurenti)

« Fishing cone » ou cône de pêche est le plus célèbre de ce site, haut de 0,90 m, il possède une température interne de 76°. Les premiers explorateurs pêchaient dans le lac à partir de ce cône. Ils profitaient de cette aubaine pour plonger directement leur prise dans l’évent sans la décrocher de l’hameçon, afin de cuire le poisson à l’étuvée. Une excellente manière de savourer la truite sur place. Depuis, cette activité n’est plus autorisée pour ne pas endommager le site. Le cône de pêche est habituellement inondé jusqu’au début de l’été, au niveau de son activité, il a éclaté à plusieurs reprises dans les années 1920 et 1930. L’eau froide du lac a modifié son comportement éruptif. 

Blue Funnel Spring
(Photo : André Laurenti)

Ainsi s’achève cette « ruée vers Yellowstone », un sacré hommage à la nature et à la vie sauvage, une exubérance géologique de plus à notre actif. On a certes, beaucoup roulé dans ce parc grand comme la Corse, mais ça valait bien une telle équipée explosive sur cette terre brûlante.

Source :

1 – National Park Service

Une réflexion au sujet de « Yellowstone : les geysers (partie 3) »

  1. Merci André pour ce voyage imaginaire et pour la clarté de tes commentaires ….c’est clair que nous sommes des promeneurs extasiés comme tu l’as été dans le voyage réel .
    Ce qui m’a le plus émerveillée ce sont les couleurs out of this world et pourtant complètement de ce monde .
    gratitude

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