Lanzarote (archipel des Canaries)

A la découverte de Lanzarote – avril 2015

Lazarote est une île volcanique de 846 km2 qui fait partie des sept plus grandes îles de l’archipel des Canaries. Cette île la plus ancienne avec sa voisine Fuerteventura (20 à 15 Ma), regroupe environ 300 cônes volcaniques et son paysage revêt un aspect rude et lunaire. L’absence de relief important comme à Tenerife empêche de retenir les nuages ce qui explique les faibles précipitations. Il s’agit de la plus occidentale et donc la plus proche du continent africain, notamment des côtes marocaines seulement à 140 km.
L’île abrite environ 142 517 habitants (sources année 2011) et Arrecife en est la ville la plus importante.

paysage en direction de Soo depuis mon point de chute "Caleta Caballo" sur la côte nord de l'île. (Photo : André Laurenti)
Paysage en direction de Soo depuis mon point de chute appelé « Caleta Caballo » sur la côte nord et centrale de l’île.
(Photo : André Laurenti)
Village de Caleta Caballo. (Photo : André Laurenti)
Le village de Caleta Caballo mon point de chute durant une semaine.
(Photo : André Laurenti)

La connaissance actuelle retient l’existence d’un volcanisme de point chaud tout comme les Açores et le Cap Vert, au dessus duquel se déplace la plaque africaine qui migre en direction de l’est à faible vitesse.

L’île de Lanzarote est constituée de matériaux volcaniques anciens de 10 à 20 millions d’années, mais elle abrite d’autres éléments beaucoup plus récents comme les immenses champs de lave du parc de Timanfaya formés pendant les années furieuses de 1730 à 1736.
Les éruptions historiques se résument ainsi : Timanfaya 1730 – 1736 l’éruption a duré 2 056 jours et a impacté environ 215 km2 soit 23,5 % de l’île, avec un volume de matériaux émis de 3-5 km3. L’éruption y a mis ici toute sa violence détruisant 400 maisons et édifiant plus de trente cônes tous alignés sur une gigantesque fissure de 18 km. Les Archives Générales de Simancas de la province de Valladolid créées en 1540 pour centraliser les archives du royaume de Castille, ont conservé une carte illustrant cette éruption historique considérée comme étant l’une des plus grandes manifestations volcaniques connues de l’archipel.

Carte de l'éruption de 1730 provenant des Archives Générales de Simances (province de Valladolid).
Carte de l’éruption de 1730
(Archives Générales de Simances – province de Valladolid – Espagne).

Celle de 1824 a créé trois cônes volcaniques appelés volcan de Tao – Nuevo del Fuego et Tinguaton. L’éruption a duré 86 jours, du 31 juillet au 24 octobre 1824, couvrant environ 4,9 km2.
Le volcanisme de Lanzarote s’exprime par l’apparition de fractures profondes dans la croûte de la terre qui permettent l’ascension du magma jusqu’à la surface. Ces fractures vont générer des alignements ordonnés de volcans comme une chaîne, appelés volcanisme fissural. Globalement le volcanisme de l’île suit ces lignes directrices ayant comme orientation est-nord-est – sud-ouest.

La localité de Mancha Blanca. (Photo : André Laurenti)
La localité de Mancha Blanca et la Montana Tinache (alt. 452 m).
(Photo : André Laurenti)

Durant une semaine, j’ai parcouru cette île à la découverte de ses particularités paysagères, à la recherche de sites originaux méritant d’être partagés.
Le premier jour, mes pas m’ont guidé au « Monumento Natural de Los Ajaches » un parc naturel d’environ 3009 hectares situé à l’est de la localité Playa Blanca au sud de l’île. Pour pénétrer dans le parc, si on souhaite y accéder en voiture, on doit s’acquitter d’un droit de passage de 3€. Sinon, c’est gratuit pour les cyclistes et les randonneurs comme moi. La piste et les chemins serpentent dans un milieu semi aride fait de steppe et de vents. Après quelques kilomètres, me voici sur un long passage en corniche au dessus des plages de sable jaune. Tout au loin, l’île de Fuerteventura dessine son doux relief entre ciel et océan. Petit à petit le soleil colore ma peau, mais le vent frais et sec permanent sur cette île, épargne la transpiration et procure un certain bien être. Les plages les plus à l’écart de ce parc constituent des lieux tranquilles préservés de l’urbanisation et propices aux naturismes, libre sous les caresses du soleil.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
La côte sauvage du sud. (Photo : André Laurenti)
La côte sauvage au sud de l’île avec au fond la pointe de Papagayo.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les plages de « Puerto Muelas » et au fond « Caleta del Congrio ».
(Photo : André Laurenti)

Plus loin, parmi les plus fréquentées, la plage de Papagayo est le résultat d’un cratère d’effondrement s’ouvrant vers l’océan. Cette plage de sable fin s’inscrit dans un site séduisant d’environ 120 m de long, elle est protégée des vents par le relief volcanique qui la borde. Elle est très prisée par les touristes en raison d’installations proches d’établissements de restauration et d’une piste qui y conduit.

Plage de "Papagayo". (Photo : André Laurenti)
Plage de « Papagayo ».
(Photo : André Laurenti)
Un dyke domine la plage de Papagayo. (Photo : André Laurenti)
Un dyke déchaussé par l’érosion domine la plage de Papagayo.
(Photo : André Laurenti)

Les Salinas de Janubio

Après le parc de Los Ajaches, non loin de là, l’arrêt s’impose aux « Salinas de Janubio ». Les salins se situent proche des localités d’El Golfo et d’Yaiza, ils sont les plus importants de l’île et encore en activité grâce au soutien de l’Union Européenne. Le site a été déclaré zone naturelle protégée en raison de la qualité de ses valeurs paysagistes et écologiques, mais aussi par l’originalité de son architecture et la complexité de son système hydraulique. La construction des salins a été réalisée en 1895 par Vicente Lleo Benlliure, la famille possède cette activité encore de nos jours.

Les salins de Jameos del Agua. (Photo : André Laurenti)
Les salins de la lagune de Janubio.
(Photo : André Laurenti)
Une exploitation. (Photo : André Laurenti)
Son activité est toujours maintenue.
(Photo : André Laurenti)
La construction des salins a été réalisée en 1895 par Vicente Lleo Benlliure. (Photo : André Laurenti)
La construction des salins a été réalisée en 1895 par Vicente Lleo Benlliure.
(Photo : André Laurenti)

La lagune où se situent les salins, s’est formée par les éruptions volcaniques anciennes qui ont créé une barrière de lave entre l’océan et la lagune atteignant une circonférence d’environ 1 000 m et une profondeur moyenne de trois mètres.
Par endroit, la couleur rouge peut être due à un petit crustacé, la crevette de saumure, mais il y a aussi une algue responsable de cette couleur la Dunaliella Salina sans oublier des bactéries qui fournissent également cette nuance de couleur, surtout quand la salinité est très élevée.

Au fil de l’eau.
(Photo : André Laurenti)
la couleur rouge est due à un petit crustacé, la crevette de saumure. (Photo : André Laurenti)
La couleur rouge est parfois due à un petit crustacé, la crevette de saumure, mais cela peut être aussi une algue ou bien des bactéries.
(Photo : André Laurenti)
Cristallisation de sel. (Photo : André Laurenti)
Cristallisation de sel.
(Photo : André Laurenti)

Charco de Los Clicos

Plus loin après les salins et toujours sur le littoral, au nord-ouest de Yaiza, un demi-cône phréato-magmatique au bord de l’océan mérite le détour. Juste à l’entrée du village d’El Golfo, un sentier arrive par le haut au dessus de ce volcan. Le site appelé « Charco de Los Clicos » se caractérise par la présence d’une lagune verte, une couleur donnée par une algue qui colonise cette petite étendue d’eau. On y observe des cristaux d’olivine et des roches érodées par les assauts de l’océan. Les touristes trop pressés voyageant en bus se contentent de la vue depuis le belvédère aménagé tout en haut du chemin d’accès. Rares sont ceux qui s’aventurent jusqu’à la plage. Plus au sud de ce site, il existe un autre accès routier qui arrive directement au niveau de la plage, fort heureusement celui-ci est fermé à cause d’un éboulement.

El Golfo. (Photo : André Laurenti)
Le site remarquable de « Charco de Los Clicos ».
(Photo : André Laurenti)
La lagune verte. (Photo : André Laurenti)
La lagune verte.
(Photo : André Laurenti)
Érosion des roches par les assauts de l'océan. (Photo : André Laurenti)
Par les assauts de l’océan, les roches volcaniques prennent des allures de squelette.
(Photo : André Laurenti)

A partir de la localité El Golfo, un sentier côtier dénommé la « Ruta del Litoral » permet de traverser le parc de Timanfaya jusqu’à Tenesa. Je n’irai pas jusque là, je m’arrêterai entre la Baja de los Cangrejos et la Playa del Passo. La plage del Passo délimite les anciennes coulées des plus récentes (XVIIIe siècle) atteignant l’océan. Le refroidissement rapide de la lave au contact de l’eau, combiné avec l’action érosive des vagues, a façonné un paysage côtier unique.

Erosion marine. (Photo : André Laurenti)
Érosion marine.
(Photo : André Laurenti)

En remontant en voiture par la route LZ 704 depuis El Golfo, tout en haut d’un col et avant de basculer en direction de Yaiza, une piste part sur la gauche. Le chemin prend la direction d’un lieu appelé « El Cortijo de los Morriles » situé au pied du « Pico Redondo ». La encore les terres de cultures partent à l’assaut du relief, j’y découvre aussi un petit cabanon traditionnel.

Cabanon traditionnel. (Photo : André Laurenti)
Cabanon de campagne traditionnel.
(Photo : André Laurenti)

La Montana Colorada

En ce troisième jour sur l’île, le ciel est toujours aussi radieux. J’emprunte une petite route qui dessert les localités de Vegueta, Pereyra et El Rincon (LZ 58), les champs de lave anciens sont intéressants. Juste après Masdache, depuis la route LZ 30, un départ de chemin permet d’effectuer le tour, voire même l’ascension de la « Montana Negra » et la « Montana Colorada ». Je contourne par l’ouest le premier volcan (alt. 518 m) qui à mon goût, ne présente aucun intérêt particulier, excepté son point de vue depuis son sommet. Son cratère sommital couvert de cendre est marqué par une légère dépression égueulée vers le nord-est.

Paysage au pied de la Montana Negra. (Photo : André Laurenti)
Paysage au pied de la « Montana Negra ».
(Photo : André Laurenti)
La Montana Negra. (Photo : André Laurenti)
La « Montana Negra » (alt. 512m).
(Photo : André Laurenti)

Le plus beau reste incontestablement la « Montana Colorada », un cône retardataire encore tout rouge de confusion qui s’est mis en place juste quelques semaines avant le 16 avril 1736 fin de l’éruption de Timanfaya. Il est constitué en partie de roches rouges et offre un beau contraste dans le paysage. Ce volcan est aussi accessible à partir de la route LZ 56 perpendiculaire à la LZ 30 et c’est d’ailleurs l’itinéraire le plus direct et nettement plus facile.
La plupart des volcans formant le paysage de Lanzarote se sont construits à partir d’éruptions stromboliennes. Ce type de manifestation se caractérise par des émissions rythmées et irrégulières de matériel volcanique, avec des explosions brèves de quelques minutes, combinées à des coulées de lave plus ou moins importantes.
Proche du chemin une gigantesque bombe siège au pied du cône. A partir de ce « cairn » posé par la main d’un géant, un sentier permet de gagner le sommet. Depuis la crête, le paysage des alentours est parsemé de cônes volcaniques, partout se dressent de petits pâtés de sable, Lanzarote à la chair de poule.
On remarque à l’intérieur du cratère de la « montana Colorada », ce que fut un lac de lave, celui-ci a débordé vers le nord-nord-ouest. Ici, tout s’est figé, cette éruption ancienne semble avoir fait un arrêt brutal sur image.

La Montana Colorada, on devine le chemin d'accès à droite. (Photo : André Laurenti)
La Montana Colorada (alt. 459 m) on devine le chemin d’accès à droite.
(Photo : André Laurenti)
Bombe provenant de la "Montana Colorada". (Photo : André Laurenti)
Bombe provenant de la « Montana Colorada ».
(Photo : André Laurenti)
Depuis le haut du cratère on peut voir la lave qui devait former un lac, déborder vers le nord. (Photo : André Laurenti)
Depuis le haut du cratère on peut voir un ancien lac de lave qui a débordé vers le nord-nord-ouest.
(Photo : André Laurenti)
Bord du cratère de la Montana Colorada. (Photo : André Laurenti)
Bord du cratère de la « Montana Colorada ».
(Photo : André Laurenti)

Le volcan El Cuervo

L’après midi, dans le même secteur, depuis le route LZ 56, je me rends en direction du volcan « El Cuervo ». Son cratère de forme elliptique atteint 370 m dans sa plus grande dimension et s’ouvre vers le nord-est. On pénètre donc dans son cratère sans avoir à grimper.
Ce volcan serait le premier édifice formé durant le grand chambardement de Timanfaya. L’ouverture de son unique cratère le 1er septembre 1730 a marqué le début d’un processus naturel qui allait changer à jamais le paysage de Lanzarote. Les laves de ce petit volcan ont coulé vers le nord et le nord-est répandant d’une manière indélébile son basalte noir et ensevelissant les premiers hameaux.
A l’entrée du cratère, on peut observer l’empilement de fragments de lave projetés par les explosions de faible intensité. Ceux-ci encore chauds au moment où ils ont atteint le sol, se sont soudés entre-eux et ont produit parfois de minuscules coulées tout en formant une sorte de rempart aux pentes assez raides. Dans le cratère ces accumulations de projections sont visibles au sommet du volcan.

Le volcan "El Cuervo". (Photo : André Laurenti)
Le volcan « El Cuervo ».
(Photo : André Laurenti)
L'empilement de lave (Photo : André Laurenti)
L’empilement de lambeaux de lave projetés au cours de l’éruption
(Photo : André Laurenti)
L'intérieur du cratère. (Photo : André Laurenti)
L’intérieur du cratère de « los Cuervos ».
(Photo : André Laurenti)
Le Pico Partido alt. 498 m (Photo : André Laurenti)
Le Pico Partido (alt. 498 m), se situe proche de la route LZ 67 en dehors du parc de Timanfaya
(Photo : André Laurenti)

La Geria

La particularité de Lanzarote c’est bien la culture de la vigne, environ 2000 hectares sont exploités et produisent une moyenne annuelle de 2 millions de litres. Il s’agit d’une tradition viticole qui a commencé au XVe siècle. La manière de cultiver est plutôt surprenante, chaque cep de vigne est cultivé individuellement dans un entonnoir de plusieurs mètres de profondeur creusé dans la cendre volcanique, la terre mère. Au bord de ce trou, un muret en pierre sèche appelé « zoco » est édifié en arc de cercle pour protéger la vigne du vent dominant presque omniprésent. Cette technique garantit une bonne absorption de l’eau de pluie grâce à la cendre volcanique et permet de conserver l’humidité de la nuit au fond de l’entonnoir. L’utilisation de petits grains pyroclastiques, constitue l’élément clé du système d’agriculture traditionnel local. La haute porosité de ces grains permet de retenir des particules d’eau à l’intérieur comme un petit réservoir d’eau, fondamental pour les plantes. L’utilisation de cette matière volcanique permet un meilleur rendement et une considérable réduction de consommation d’eau d’irrigation. L’ensemble offre un paysage étonnant, tout en produisant un raisin de haute qualité reconnu au niveau international, comme c’est le cas de la « Malvasia Volcanique ».

Culture de la vigne (Photo : André Laurenti)
La célèbre Malvasia Volcanique bénéficie d’un prestige international
(Photo : André Laurenti)

A la sortie de Uga, en prenant la route LZ-30, un départ de chemin est balisé sur la droite. Je me trouve en plein cœur du site protégé depuis 1994 de la Geria. j’emprunte un bout du GR-131 qui traverse l’île du nord au sud en direction de la Asomada, cette section s’appelle chemin de la Caldereta. La campagne est belle et les pentes sont douces, il n’y a pas d’activité volcanique et pourtant on s’y croirait avec l’odeur permanent de soufre lié au traitement des vignes. Au bout de 4 km, j’arrive à un col situé entre la montagne Tinasoria (503 m d’altitude) et la montagne Guadilama (603 m d’altitude) le plus haut volcan de Lanzarote, tout deux faisant partie du plus grand alignement de cônes volcaniques le plus méridional de l’île et orienté Nord-Est – Sud-Ouest . Depuis ce lieu la vue embrasse le littoral sud-est avec Arrecife au loin. Vers le nord et nord-ouest, la vieille plaine agricole, ponctué par des terres de culture a été complètement recouverte par les coulées de 1730 à 1736. A cette époque, il y avait à cet endroit le village de Testeina (également appelé Geria Haute), qui donne son nom au volcan du même nom.

Culture de la vigne (Photo : André Laurenti)
Environ 2000 hectares sont exploités à Lanzarote
(Photo : André Laurenti)
Le GR me mène au col (Photo : André Laurenti)
Le GR-131 me mène au col au pied de la montagne Guadilama, le volcan le plus haut de l’île
(Photo : André Laurenti)
Ce bougainvilier prend son aise. (Photo : André Laurenti)
Même ce bougainvillier essaye de se fondre dans le paysage en adoptant la forme d’un cône volcanique .
(Photo : André Laurenti)
Le dragonnier des Canaries appelé ainsi en raison de sa résine rouge évoquant le sang du dragon. (Photo : André Laurenti)
Le dragonnier des Canaries ainsi appelé en raison de sa résine rouge évoquant le sang du dragon.
(Photo : André Laurenti)

La Cueva de Los Verdes

Le ciel étant nuageux ce matin là, je décide d’aller visiter la « Cueva de Los Verde » un tunnel de lave aménagé au nord de l’île, à quelques kilomètres de Punta Mujeres. La longueur reconnue de ce tunnel de grande taille est d’environ six kilomètres, avec parfois des galeries superposées, seulement un petit tronçon se visite. Ce tube se serait formé il y a 25 000 ans environ, par les coulées provenant du volcan Corona situé en amont. On pénètre à l’intérieur de ce réseau par l’un des effondrements. La visite en circuit évite le croisement des nombreux groupes de touristes. On y observe des stalactites de lave formées par la fonte de la voûte au moment ou le niveau de lave a baissé. Des banquettes latérales figurent également dans cette galerie, formées par les niveaux successifs des coulées. L’excellente acoustique a permis d’aménager un auditorium dans une section large de la galerie, un lieu où sont donnés parfois des concerts.
Nous sommes le 25 avril 2015 et en sortant de ce terrier de volcan, un SMS m’avertit qu’un violent tremblement de terre de magnitude 7.8 a frappé le Népal.

La Cueva de Los Verde. (Photo : André Laurenti)
La « Cueva de Los Verde ».
(Photo : André Laurenti)
L'aménagement du tunnel de lave fut inauguré en 1964. (Photo : André Laurenti)
L’aménagement du tunnel de lave fut inauguré en 1964.
(Photo : André Laurenti)
Les stalactites de lave. (Photo : André Laurenti)
Les stalactites de lave.
(Photo : André Laurenti)

Monte Corona

Après le tunnel de lave, je poursuis la route jusqu’au village d’Orzola le plus au nord de l’île. A partir de son petit port, on peut éventuellement prendre le bateau pour l’île de Graciosa.
Face au port, assis à la terrasse d’un restaurant, je savoure une parillada de poissons frais du jour, un moment de détente fort appréciable.
Dans l’après midi, j’effectue une halte au « Mirador del Rio », une œuvre architecturale de Manrique. Ce belvédère situé au sommet de la vertigineuse falaise de « Risco de Famara » (479 m), offre une vue plongeante sur l’île de Graciosa et l’unique village de « Caleta del Sebo ».
Les falaises de la Famara correspondent à la partie la plus ancienne de l’île avec les Ajaches dans le sud. Le processus d’érosion a démantelé ces formations. Par la suite, il y a eu d’importantes émissions de matériel magmatique qui ont conduit à l’union des deux anciennes formations.

L'île de Graciosa et son village de Caleta de Sebo. (Photo : André Laurenti)
L’île de Graciosa et son village de « Caleta de Sebo ».
(Photo : André Laurenti)

Je décide de faire l’ascension du volcan dont ses coulées sont à l’origine de la « Cueva de los Verde ». Je gare la voiture devant l’église du village de Yé et j’entame aussitôt son ascension. Le chemin s’élève tranquillement au milieu des cultures de vigne et de figuiers de Barbarie. Plus loin, en atteignant le flanc de l’édifice, la pente devient plus sévère. Les alizés dans leurs tourbillons complices me pousse et m’envoient durant la montée, tous les parfums mêlés à des bribes de causeries de quelques marcheurs. Le chemin s’achève enfin sur la lèvre nord du cratère. Je longe un peu plus le bord et prends de la hauteur en quête d’horizon que je mendie. Je m’assoie et savoure ce paysage calme et reposant. Un ramier a l’idée de se poser juste derrière moi, mais repart aussitôt s’installer plus loin, dérangé par deux randonneurs descendant du sommet.
Le diamètre du cratère du Monte Corona atteint 460 m dans sa plus grande distance et profond de 60 m environ. Ce volcan a produit de nombreuses coulées de basalte à olivine facilement repérable. Vers le sud-est, les coulées ont créé ce qu’on appelle le Malpais de la Corona. Il est vrai qu’avec pareille dénomination, il n’est pas étonnant que dans cette vaste zone, presque rien ne pousse. En effet, Malpais signifie « mauvais pays » et pour compliquer les choses, ces coulées ont créé des tunnels de lave dont les toits sont prêts à s’effondrer. La Cueva de los Verdes et Jameos del Agua se situent à cet endroit.

Le volcan Corona. (Photo : André Laurenti)
Le volcan Corona (alt. 609 m).
(Photo : André Laurenti)
Le cratère du volcan Corona. (Photo : André Laurenti)
Le cratère du volcan Corona.
(Photo : André Laurenti)
son cratère est profond d'une soixantaine de mètres. (Photo : André Laurenti)
Son cratère est profond d’une soixantaine de mètres.
(Photo : André Laurenti)
Depuis son flanc on aperçois l'île. (Photo : André Laurenti)
Depuis son flanc on aperçois à droite la petite église, le point de départ et en arrière plan l’île de Montana Clara et au loin celle d’Alegranza.
(Photo : André Laurenti)

Le Monte Corona semble constituer le cône le plus central et le plus imposant d’un alignement d’environ huit kilomètres comprenant quatre autres édifices dont la Quamada de Orzola (alt. 213 m) au Nord-Est et Los Helechos (alt. 581 m) au sud-Ouest. Cet ensemble suit l’orientation Nord-Est – Sud-Ouest parallèle à l’alignement formant l’île de Graciosa. Ce volcanisme aurait contribué à l’agrandissement de l’île il y a 25 000 ans environ.

Los Roferos de Guenias

Entre Guatiza et Teguise un paysage original m’invite à faire un arrêt. Des formations volcaniques très découpées se situent au pied du volcan Guenia. On y observe les différentes strates des dépôts à proximité du Barraco de las Piletas. « Los Roferos de Guenias » ont été déclarés zone d’intérêt culturel paysagiste et touristique dans le cadre d’un projet europeo PAISAGEM. Il s’agit en fait de carrières où le gravier est extrait pour les cultures et aussi pour réaliser les blocs de construction.

"Los Roferos de Guenia" et son volcan en arrière plan. (Photo : André Laurenti)
« Los Roferos de Guenia » et son volcan en arrière plan.
(Photo : André Laurenti)

Ce gravier possède certaines propriétés en matière d’aménagements de sol. En premier lieu, il présente l’avantage d’être un grain hygroscopique avec sa capacité à capturer directement l’humidité ambiante. Un matériel intéressant pour lutter contre le climat aride de Lanzarote. Il fonctionne aussi comme un paillage, en effet, sa couleur noire absorbe le rayonnement, aussi il est capable d’augmenter la température du sol sans avoir recours aux plastiques ou aux serres.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Caldera Blanca (461 m)

J’ai choisi pour ce dernier jour sur l’île, de me rendre à la « Caldera de Montaña Blanca ». Le départ du chemin se trouve à droite de la route LZ 67 qui mène au parc de Timanfaya, juste à la sortie de la localité de Mancha Blanca à 248 m d’altitude. Le paysage est surprenant, pas la moindre forme simple de vie en ces endroits occupés par la mer de lave de Timanfaya depuis presque trois siècles. La jeunesse des roches, la quasi-absence de sol fertile et surtout l’insuffisance des précipitations (120 mm d’eau par an), entravent le développement de la végétation sur ce manteau rocheux. En effet, le manque d’eau affecte la survie des plantes qui ralentiraient le processus d’érosion nécessaire pour maintenir les sols fertiles. Dans ces endroits rocailleux, les lichens sont les premiers à démarrer le processus de colonisation végétale, car ce sont les seules plantes capables de survivre en ces milieux hostiles. Les lichens aident la formation des sols, facilitant par la suite l’installation de plantes plus complexes.

Le premier cône appelé la Caldereta, et en arrière la Caldeira Blanca. (Photo : André Laurenti)
Puits de lumière sur le premier cône appelé la Caldereta, et en arrière la Caldeira Blanca.
(Photo : André Laurenti)


Je me promène une fois de plus dans cette éternelle solitude parmi le chaos aux entrailles stériles. L’ombrage d’un nuage apaise les rayons sévères du soleil, non loin de là, les deux cônes convoités s’enrobent de lumière. Le chemin arrive peu après au pied du cratère de la Caldereta (la petite chaudière), une ouverture vers le nord-ouest permet de pénétrer directement dans le cratère sans effectuer d’ascension, le fond se situe à 198 m d’altitude. Ce relief fut étonnamment propice aux activités humaines. Le cône de la Caldereta représente un exemple d’utilisation des possibilités naturelles avec la présence d’une citerne à la base du cône qui capte l’eau de ruissellement. A l’intérieur, les sédiments accumulés au fond du cratère permettent d’en faire des terres agricoles bien à l’abri des vents dominants.
Entre la Caldereta et la Caldera Blanca, il y a un passage étroit à travers lequel plonge vers la plaine côtière, une cascade de lave noire provenant de l’éruption du XVIIIe siècle.
La chute a une largeur d’environ cent mètres et tranche nettement avec la couleur très claire des deux cônes volcaniques qui la borde. Les différentes couleurs aident à distinguer les laves en fonction de leur ancienneté.

La cascade de lave. (Photo : André Laurenti)
La cascade de lave provenant de l’activité de Timanfaya.
(Photo : André Laurenti)


J’essaye de faire le tour de la Caldera Blanca depuis sa base par le sud, mais cela semble interminable. Je prends l’option de faire l’ascension à partir d’un vallon situé sur le flanc sud-ouest. A mi pente et à l’abri du vent j’en profite pour manger un morceau.

C'est par ce vallon que j'atteints le haut du cratère. (Photo : André Laurenti)
C’est par ce vallon que j’atteins le haut du cratère.
(Photo : André Laurenti)
Le cratère apparait enfin, au fond les coulées du XVIIe. (Photo : André Laurenti)
Le cratère apparaît enfin, au fond les coulées sombres de l’éruption du XVIIIe.
(Photo : André Laurenti)

Peu après, j’atteins enfin le bord du cratère, un immense cercle de 1150 m de diamètre dans sa partie la plus longue, le plus grand cratère de l’île, le véritable nombril de Lanzarote. Quel spectacle, tout en haut une vue imprenable, mes yeux balayent dans toutes les directions cette solitude lunaire. On aperçoit de nombreux cônes volcaniques et bien entendu le parc de Timanfaya.

Le sommet de la Caldera Blanca. (Photo : André Laurenti)
Le sommet de la Caldera Blanca (alt. 458 m).
(Photo : André Laurenti)
Le diamètre du cratère fait 1150 m dans sa plus grande longueur. (Photo : André Laurenti)
Le diamètre du cratère fait 1150 m dans sa plus grande largeur, il est le plus grand de l’île.
(Photo : André Laurenti)

Son point culminant est situé au sud-ouest du volcan, tandis que la partie la plus basse se trouve au nord-est, une disposition logique en raison des vents dominants.
Assis sur le bord du cratère caressé par les alizés, je cherche en soupirant des formes originales comme tout en bas, un grand enclos de pierres sèches en forme de poisson. Dans le vague azur, un corbeau est en approche. Maladroit et comique il tente d’imiter la finesse du vol du vautour, ce n’est pas gagné. Il dresse en avant ses pattes pour se poser, mais le bougre est encore loin du sol et les rafales de vent le déséquilibre. Il se reprend et se positionne au dessus d’une borne géodésique qu’il fini enfin par atteindre. On échange quelques croassements, mais il ne semble pas comprendre ceux du haut et moyen pays azuréens.

Une coulée de 1730 est passée entre les deux cônes. (Photo : André Laurenti)
Une coulée de 1730 est passée entre la Caldereta et la Caldera Blanca.
(Photo : André Laurenti)
Le cône de la Caldereta. (Photo : André Laurenti)
Le cône de la Caldereta.
(Photo : André Laurenti)

Le volcanisme de Lanzarote et de Fuerteventura âgé de 20 à 15 millions d’années, est le plus ancien de l’archipel des Canaries, sa dernière éruption remonte à presque trois siècles, personne n’est en mesure de dire aujourd’hui combien de temps encore se poursuivra l’activité volcanique sur cette île.

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