Namibie, un fascinant monde à l’envers

Du 1er au 17 avril 2016 l’association «Meta Odos Formations» a proposé un stage de géologie en Namibie avec comme intervenant : Olivier Bourgeois professeur de géologie au laboratoire de Planétologie de l’Université de Nantes. Ce périple de plus de 4 200 km en majorité de piste, a permis de se plonger au cœur d’une histoire géologique qui s’étend sur plus de deux milliards d’années. Nous avons pu observer le magmatisme lié à la rupture continentale, la géomorphologie des zones arides et l’orogenèse précambrienne.

Windhoek la capitale (Photo : André Laurenti)
Windhoek la capitale
(Photo : André Laurenti)

Située en Afrique australe, la Namibie fait frontière au sud et à l’est avec l’Afrique du Sud, un peu plus haut et toujours à l’est avec le Bostwana et la Zambie, puis au nord avec l’Angola. Son territoire de 825 418 km2, presque une fois et demi la France, abrite seulement 2 millions d’habitants. La langue officielle est l’anglais, mais il existe plus de vingt langues parlées par les différentes ethnies. La république de Namibie est un état indépendant depuis mars 1990, elle est à une nuit de vol de l’Allemagne dont elle fut une ancienne colonie de 1884 à 1915. Il n’y a qu’une heure de décalage entre la France et la Namibie, mais dès le lendemain de notre arrivée, hémisphère sud oblige, nous sommes passés à l’heure d’hiver.
La capitale Windhoek qui veut dire « coin du vent », regroupe environ 325 800 habitants, elle est implantée au centre du pays à 1 700 m d’altitude.


Carte de l’itinéraire, cliquer sur le rectangle blanc en haut à droite pour agrandir
(Carte : Google maps)

Un monde à l’envers

En arrivant en Namibie, il faut d’abord s’habituer à rouler à gauche et à prendre les giratoires dans le bon sens. Mais ce n’est pas tout, la température surprend également avec des 40 ° à l’intérieur des terres à 1500 m d’altitude et plus on se rapproche de l’océan, plus il fait froid. Il y a aussi le relief qui habituellement se forme par soulèvement comme dans les Alpes, ce n’est pas le cas en Namibie où celui-ci se forme par érosion, par creusement dans les immenses plateaux.
Le terme de « pass » signifie dans l’esprit d’un européen, un col, un passage entre deux montagnes reliant deux vallées, des obstacles très recherchés par le cyclotouriste et collectionneur de cols que je fus. En Namibie les cols sont peu nombreux et le « pass » correspond très souvent au franchissement d’un relief creusé par l’érosion, c’est à dire une descente jusqu’au point bas d’un cours d’eau et sa remontée sur le plateau, bref un « pass » en négatif.

Un relief creusé par l'érosion dans les immenses plateaux (Photo : André Laurenti)
« Moon Landscape » : un relief creusé par l’érosion dans les immenses plateaux qui se perdent à l’horizon
(Photo : André Laurenti)

Une longue aventure commence en Namibie

Après une nuit dans l’avion, nous débarquons vers 6h30 sur le tarmac de l’aéroport international Hosea Kutako de Windhoek. Le levé de soleil embrase progressivement l’unique piste. Une fois les démarches administratives réglées, nous embarquons dans un mini-bus affrété par notre loueur de véhicules pour la capitale, située à l’ouest à environ une cinquantaine de kilomètres. Très vite au cours du trajet, nous sommes mis dans l’ambiance avec déjà quelques clichés africains, des cous de girafes dépassant une maigre végétation, un peu plus loin quelques singes.
Le groupe prend possession des cinq véhicules, nous serons rejoint en soirée par un sixième équipage. Peu après, nous nous dirigeons vers un supermarché effectuer le ravitaillement. Nous profitons ensuite d’être au centre ville pour déjeuner et déambuler quelques instants dans la zone piétonne de la capitale. C’est l’occasion de découvrir exposés au beau milieu de la « Post Street mall », des fragments de la météorite de Gibeon tombée à proximité de la localité qui porte le même nom au sud du pays. Les fragments se sont éparpillés sur une zone elliptique de 275 km par 100 km et sa masse connue avant l’impact était de 26 tonnes.

Les fragments de la météorite de Gibeon (Photo : André Laurenti)
Les fragments de la météorite de Gibeon exposés sur « Post Street mall » dans la capitale
(Photo : André Laurenti)

C’est enfin le départ pour une longue aventure à travers le pays. Nous circulons en direction du nord, le long des déformations tectoniques du graben (fossé d’effondrement) de Windhoek formé au Crétacé à l’ère tertiaire. Il est bordé par des affleurements du socle métamorphique du précambrien. Plus au nord à gauche, pointe le Mont Etjo (2 082 m d’altitude) constitué par des grès rouges du Permo-Trias que nous découvrirons demain dans le Waterberg. On y observe aussi au passage, les buttes témoins d’Omatako (2286 m d’altitude) en forme de deux tétons et constitués de basalte du jurassique.
Nous quittons la piste B1 pour prendre à droite la C22 en direction d’Okakarara, la nuit tombe et plus loin à gauche à la lueur des phares nous atteignons le lieu de la première étape. Après 340 km depuis l’aéroport, le petit convoi s’immobilise dans notre premier camping à la ferme dénommé Hamakari. Peu éloigné de la localité d’Otjiwarango, « Hamakari Guest Farm » représente un point idéal pour des excursions vers le plateau sauvage du Waterberg .

Dimanche 3 avril : le parc du Waterberg – 315 km

A une cinquantaine de kilomètres du camping, nous pénétrons dans le parc national du Waterberg. D’une superficie de 405 km², ce parc a été déclaré réserve naturelle en 1972.
Une randonnée permet de nous hisser tout en haut de parois verticales constituées de grès rouges, à environ 1 700 m d’altitude. Dans ces rochers, il faut rester vigilant car il y a des serpents, Olivier en a vu un qui s’est glissé sous un roc. Au terme de l’ascension, nous découvrons en guirlande sur les branches d’un arbuste, une longue mue en deux morceaux. Olivier la décroche méticuleusement et l’enroule autour d’un carton pour l’apporter à sa fille passionnée de serpents. Depuis ce belvédère, une vue panoramique embrasse la vaste savane du Kalahari qui s’étend à perte de vue de façon poignante. Il s’agit d’un ancien désert sur lequel une végétation arborescente a poussé.

La vaste plaine du Kalahari vue depuis le plateau du Waterberg (Photo : André Laurenti) (
La savane du Kalahari vue depuis le plateau du Waterberg
(Photo : André Laurenti)
Le grés rouge du plateau de Waterberg (Photo : André Laurenti)
Le grès rouges du plateau de Waterberg
(Photo : André Laurenti)
La mue d'un serpent découvert dans un arbre. (Photo : André Laurenti)
La mue d’un serpent découverte dans un arbre et tenue par Jean-Yves à gauche et Olivier.
(Photo : André Laurenti)
Accouplement de sauterelles. (Photo : André Laurenti)
Accouplement de criquets.
(Photo : André Laurenti)

Le Waterberg est une caractéristique géologique importante et spectaculaire dans le paysage. Ce relief tabulaire se dresse au dessus des plaines du Kalahari entre 1650 et 1700 mètres d’altitude. Le Waterberg est une relique de l’érosion d’une enveloppe de grès datant de 180 Ma, qui couvrait une grande partie de la Namibie. Ce grès continental est oxydé par la présence de fer et la porosité de la roche accentue son érosion sous forme de sable rouge, c’est ce qui colore le sol de la plaine du Kalahari.
Au pied du Waterberg, une mission s’est installée pour protéger la tribu de Herero. Ce site a été tristement marqué par l’histoire. En effet, c’est dans les contreforts du Waterberg que le peuple Herero a perdu au début du XXe siècle, la dernière bataille contre les allemands . Empêchés d’accéder aux sources par ces derniers, ce peuple a été contraint de fuir dans le Kalahari et aussi vers l’actuel Botswana. Des milliers ont été tués par les Allemands et beaucoup d’entre eux ont perdu la vie dans le désert du Kalahari en raison du manque de nourriture et d’eau, mais aussi par des sources qui ont été empoisonnées, d’autres sont morts dans des camps de concentration, les prémices de ce que l’on connaîtra plus tard en Europe.
Nous reprenons la route et traversons les interminables étendues plates du Kalahari et arrivons en fin de journée au camping d’Okaukuejo, situé à 17 km de l’entrée sud du parc national d’Etosha.
Un étang éclairé tout proche du camping permet de voir s’abreuver les animaux pendant la nuit. Ce soir, une famille de rhinocéros patauge dans l’eau. La Namibie abrite 95 % de la population mondiale de rhinocéros noirs.

Un rhinocéros vient s'abreuver au point d'eau. (Photo : André Laurenti)
La nuit les animaux viennent s’abreuver au point d’eau.
(Photo : André Laurenti)

Lundi 4 avril : Le parc national d’Etosha – 280 km

En ce lundi 4 avril nous pénétrons tôt le matin dans le parc national d’Etosha (grand vide). D’une superficie de 22 270 km2, il représente le deuxième plus grand parc de la Namibie. La présence de nombreux points d’eau a permis à une grande variété d’animaux de s’installer en toute quiétude devenant un véritable paradis de la faune sauvage. Il a été recensé pas moins de 114 mammifères et 340 oiseaux.
A l’intérieur de ce parc se trouve le PAN, une véritable porte ouverte sur le vide. Il s’agit en fait d’un immense bassin salé de 4 800 km2 ouvert à l’Est vers le Kalahari. A la saison des pluies, le pan d’Etosha se recouvre d’eau et attire d’importantes colonies de flamants roses. Sur ses bords, une croûte d’altération dure appelée « calcrète », correspond à un dépôt typique des régions désertiques. A l’inverse de nos massifs calcaires, l’eau saturée de minéraux dissous dans le sol, va de bas en haut en exsurgence. La nappe phréatique en pression et en pente vers le centre du pan, crée des puits artésiens. L’eau une fois à la surface du sol, dépose des minéraux formant une croûte fine de calcaire à la surface en s’évaporant.

Le pan d'Etosha (Photo : André Laurenti)
En arrière plan le pan d’Etosha, un immense bassin salé de 4 800 km2
(Photo : André Laurenti)

Chacun part librement au hasard des pistes et des différents recoins pour découvrir la faune locale. Nous y découvrons avec enchantement les zèbres et les springboks, l’antilope la plus commune dont le nom a inspiré la célèbre équipe de rugby à XV de l’Afrique du Sud, sans oublier aussi les gnous, les Oryx appelés l’antilope du désert, les grands koudous, les autruches, bref toute la grande panoplie des animaux d’Afrique.

Famille de zèbre (Photo : André Laurenti)
Famille de zèbres de Burchell
(Photos : André Laurenti)

Le springbock (Photo : André Laurenti)
Le springbock qui a inspiré la célèbre équipe de rugby à XV d’Afrique du Sud
(Photos : André Laurenti)

Namibie

L'autruche commune (Photo : André Laurenti)
L’autruche commune
(Photos : André Laurenti)

NamibieNamibie

Le kori bustard (Photo : André Laurenti)
L’outarde kori, l’oiseau le plus lourd au monde et capable de voler
(Photo : André Laurenti)
L'oryx ou gemsbok est aussi l'emblème de la Namibie (Photo : André Laurenti)
L’oryx ou gemsbok est aussi l’emblème de la Namibie
(Photo : André Laurenti)
Les gnous bleus à queue noire (Photo : André Laurenti)
Les gnous bleus à queue noire
(Photo : André Laurenti)
L'impala peut sauter des distances de plus de 10 m. (Photo : André Laurenti)
L’impala peut sauter des distances de plus de 10 m.
(Photo : André Laurenti)
L'éléphant (Photo : André Laurenti)
L’éléphant
(Photo : André Laurenti)

Vers midi, nous avons comme point de ralliement le poste d’Halali situé au centre du parc, à mi-chemin entre Okaukuejo et Namutoni, au pied d’une colline de dolomite. Mais à midi tout le monde n’est pas là, certains seront retardés par un troupeau d’éléphants occupant carrément le milieu de la piste.
En fin de journée, nous sortons à l’Est du parc par la « Von Lindequist Gate » et poursuivons la piste encore une cinquantaine de kilomètres, jusqu’à la ferme « Sachsenheim ».

La girafe (Photo : André Laurenti)
La girafe
(Photos : André Laurenti)

Namibie

Namibie

Mardi 5 avril : Sachsenheim farm – Opuwo – 425 km

Nous poursuivons l’itinéraire vers le nord-est en direction d’Oshakati, la capitale de l’Ovamboland. Peu avant d’arriver dans la ville, un véhicule de police nous intercepte. Les agents nous donnent quelques consignes de vigilance afin d’éviter les vols. Ils informent leurs collègues de notre arrivée dans la ville.
Nous arrivons au couché du soleil au camping situé sur les hauteurs de la ville d’Opuwo.

Couché de soleil sur les hauteurs de Opuwo (Photo : André Laurenti)
Couché de soleil sur les hauteurs de Opuwo
(Photo : André Laurenti)

Mercredi 6 avril : Opuyo – les chutes d’Epupa – 185 km

Nous passons quelques heures chez le peuple rouge des Himbas à proximité de la localité d’Opuyo dans le désert du Kaokoland (terre lointaine). Chaque famille vit dans un enclos délimité par une palissade en bois pour protéger les troupeaux des animaux prédateurs. A l’intérieur, des huttes servent d’abris à la communauté et d’autres sont destinées au stockage des céréales. Les Himbas continuent à préserver leur style de vie traditionnel. Les femmes à la poitrine dénudée s’enduisent la peau et les cheveux d’une crème réalisée à partir de graisse animale et de la poudre d’hématite pour se protéger du soleil ardent et des insectes.

Une femme Himba et son enfant dans la ville d'Opuwo (Photo : André Laurenti)
Une femme Himba et son enfant dans la ville d’Opuwo
(Photo : André Laurenti)
Mode de transport (Photo : André Laurenti)
Transport en commun à Opuwo
(Photo : André Laurenti)
Chez les Himbas (Photo : André Laurenti)
Chez les Himbas
(Photo : André Laurenti)
Coiffure des Himbas (Photo : André Laurenti)
Coiffure caractéristique du peuple Himba
(Photo : André Laurenti)
Enfants Himbas (Photo : André Laurenti)
Une petite fille Himba tient dans ses bras son petit frère
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

L’habitat et lieu de vie des Himbas se résument à des choses simples, à l’essentiel permettant la vie, une hutte coiffée d’un toit de chaume et un foyer.

L'habitat Himbas (Photos : André Laurenti)
L’habitat Himbas
(Photos : André Laurenti)

Un arrêt permet d’observer des calcaires métamorphisés (marbre), un peu plus loin la halte s’impose pour admirer le premier baobab. A partir de là, ils feront parti du paysage jusqu’au terme de l’étape.

Le premier baobab (Photo : André Laurenti)
Le premier baobab
(Photo : André Laurenti)

En fin de journée, nous arrivons aux chutes d’Epupa dans l’extrême nord de la Namibie, une oasis surprenante à la frontière avec l’Angola. Un sentier le long du cours d’eau permet d’admirer les cataractes avant la tombée de la nuit.

Les chutes d'Epupa à la frontière de l'Angola (Photo : André Laurenti)
Les chutes d’Epupa à la frontière de l’Angola
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Epupa (Photo : André Laurenti)
Epupa
(Photo : André Laurenti)
La journée se termine sur les berges du fleuve (Photo : André Laurenti)
La journée se termine sur les berges du fleuve Epupa
(Photo : André Laurenti)

Petit à petit, l’oasis s’enveloppe de crépuscule. Au cours de la nuit, un orage éclate, la pluie n’est pas très forte, mais ce sont surtout les rafales de vent qui se font redoutables. Une bourrasque friponne soulèvera suffisamment une tente pour en faire tomber la petite échelle d’accès. Les palmiers s’agitent, des palmes desséchées se décrochent et tombent au sol. L’une d’entre elles endommagera un de nos réchauds. Plus de peur que de mal, le calme revient très vite et chacun s’endort paisiblement.

Jeudi 7 avril : Epupa – Opuwo – Khowarib campsite – 345 km

Nous quittons le camping à 7h30 et refaisons le chemin à l’envers jusqu’à Opuwo. Grâce à la pluie de la nuit, la piste se fait moins poussiéreuse et à certains endroits l’eau a même fait son apparition dans les rivières, nous obligeant à effectuer un passage à gué pour franchir l’une d’elle.

Passage à gué (Photo : André Laurenti)
Passage à gué de notre convoi
(Photo : André Laurenti)
L'eau est une aubaine pour les troupeaux. (Photo : André Laurenti)
L’eau est une aubaine pour les troupeaux.
(Photo : André Laurenti)

Après une halte à Opuwo nécessaire au ravitaillement, nous poursuivons le périple vers le sud à travers le Kaokoland jusqu’à Warmquelle, une chaîne précambrienne. D’un site à l’autre, les heures de conduite dans un paysage uniforme sont parfois longues et monotones. Les vastes étendues plates recouvertes d’une maigre végétation vibrent sous la chaleur, les distances impressionnantes sans le moindre virage invitent à ne pas se laisser gagner par le sommeil.
Nous dormirons à « Khowarib campsite » sur les bords de la rivière Hoanib, à l’abri d’un magnifique défilé.

Un petit caméléon (Photo : André Laurenti)
Le lézard agama acueleata
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 8 avril : Khowarib – Igowati – 350 km

Peu après Palmwag, nous abandonnons la piste C 43 pour prendre la C 40. L’itinéraire se fait de plus en plus montagneux jusqu’à franchir le premier col, le « Grootberg pass ». Durant la montée nous avons pu apercevoir les trapps basaltiques d’Etendeka qui se sont formés à la fin du Jurassique (130 Ma), lors de l’ouverture de l’océan Atlantique Sud par rupture du paléo-continent Gondwana.

Les formations basaltique (Photo : André Laurenti)
Les formations basaltique d’Etendeka
(Photo : André Laurenti)

Contrairement aux couches géologiques extrêmement tourmentée des Alpes, en Namibie l’ordre géologique est respecté. Ainsi reposant sur le socle précambrien du Damara, on trouve d’abord des sédiments glacières et interglaciaires du carbonifère à l’époque où l’Afrique se trouvait au niveau du Pôle Sud, ensuite les grès d’Etjo du jurassique et enfin les fameux trapps d’Etendeka.

Les trapps (Photo : André Laurenti)
Les trapps d’Etendeka formant la couche supérieure du relief tablé
(Photo : André Laurenti)

Nous terminons la journée dans le camping d’Igowati proche de la localité de Khorixas. Comme chaque soir Jean-Yves et quelques personnes cuisinent pour tout le monde des repas simples et nourrissants. Sous une impressionnante voie lactée, c’est à chaque fois un banquet digne d’une fin d’album d’Astérix, des moments d’une exquise convivialité animés par l’intarissable Annie, sans oublier François et Alain. Le tout, arrosé par des breuvages d’Afrique du Sud et bien d’autres potions magiques qui après tout, aideront à bien dormir.

Un petit lézard (Photo : André Laurenti)
Rencontre avec un petit lézard
(Photo : André Laurenti)

A chaque arrêt géologique, les passants nous saluent amicalement, parfois des enfants et des femmes nous entourent. Plus loin, à l’ombre d’un acacia un vieil homme gémissant vient quémander des médicaments pour atténuer la douleur de son dos. Dans un autre lieu, une jeune femme nous offre des pastèques. Tout s’exprime à travers la douceur d’un geste, la tendresse d’un regard. Cette Afrique me traverse et m’imprègne de ses couleurs, de ses paysages, des rires et de la gentillesse des habitants.

Tendresse d'un regard (Photo : André Laurenti)
Tendresse d’un regard
(Photo : André Laurenti)

Samedi 9 avril : les Vingerklip – Twyfelfontein – 195 km

Nous arrivons dans la vallée étonnante de l’Ugad qui est déjà un avant goût de la Monument Valley aux Etats Unis. Les Vingerklip qui se dressent comme des forteresses, sont les restes géologiques des terrasses fluviatiles du fleuve Ugad. Le cours d’eau a entaillé le paysage il y a des millions d’années ne laissant plus que les terrasses actuelles. Ces butes témoins représentent un grand livre ouvert, montrant les différentes couches de conglomérat. Le Finger rock en équilibre tout en haut d’une colline dresse son doigt de 35 mètres de hauteur, son sommet est à 929 m d’altitude.

Les (Photo : André Laurenti)
Les Vingerklip des terrasses fluviatiles du fleuve Ugad
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
le doigt (Photo : André Laurenti)
Le Finger rock haut de 35 m
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Paysage (Photo : André Laurenti)
Panorama de cette vallée de l’Ugad
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En fin de journée, nous atteignons une autre merveille, le site archéologique de Twyfelfontein qui veut dire source douteuse. Il faut plutôt entendre une source douteuse par sa capacité et non par sa qualité.

L'entrée du site (Photo : André Laurenti)
L’entrée du site de Twyfelfontein
(Photo : André Laurenti)
Les grès rouges sur lesquels s'est développé l'art rupestre (Photo : André Laurenti)
Les grès rouges sur lesquels s’est développé l’art rupestre
(Photo : André Laurenti)

Accompagné d’un guide, nous partons découvrir des gravures et peintures rupestres. On peut y admirer une importante concentration avec plus de 2 500 pétroglyphes répertoriés, datant de 3 000 à 6 000 ans et réalisés sur des abris en grès rouges par les Khoikhoi, des chasseurs cueilleurs assimilés au groupe ethnique des Bushmens et plus tard par des éleveurs. Ils représentent la faune locale, mais aussi des empreintes d’animaux et des pas d’hommes.

L'art rupestre (Photo : André Laurenti)
Le site archéologique de Twyfelfontein
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Après le site archéologique, le guide nous amène non loin de là, observer un troupeau d’éléphants autour d’un point d’eau. Une quinzaine d’individus composés d’adultes et d’éléphanteaux s’en donnent à cœur joie dans les eaux saumâtres de l’étang.
Nous passerons la nuit au camping d’Aba Huab Campsite.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Dimanche 10 avril : les trapps d’Etendeka – Skeleton Coast – Mile 108 – 300 km

Nous retraversons les trapps d’Etendeka en se rendant vers Torra Bay, nous faisons halte au pied d’un imposant rocher qui n’est autre qu’une dune fossile. En regardant de près, on y observe les fines strates de sable et leurs directions dictée par les vents dominants. Tout autour, l’érosion a façonné des paysages de montagnes tronconiques.

L'érosion est l'oeuvre de ces paysages (Photo : André Laurenti)
Ce rocher n’est autre qu’une dune fossile
(Photo : André Laurenti)
<center>Palmwag dans le Damaraland (Photo : André Laurenti)
Depuis la dune fossile, le paysage de Palmwag dans le Damaraland
(Photo : André Laurenti)

En descendant progressivement vers le littoral, on longe le « Koigab river », au loin, on commence à apercevoir un banc de brume au dessus de l’océan provoqué par la confrontation des courants froids du Bengale qui remonte la côte et l’air chaud de l’intérieur des terres. Nous atteignons la plate-forme littorale avec ses plages soulevées, un arrêt s’impose dans le delta de l’Uniab.

La plateforme littorale (Photo : André Laurenti)
La plate-forme littorale dans le delta de l’Uniab
(Photo : André Laurenti)
Un bras du delta de l'Uniab (Photo : André Laurenti)
Un bras du delta de l’Uniab et en arrière plan les brumes de l’océan.
(Photo : André Laurenti)

Le fleuve éphémère de l »Uniab coule seulement quelques jours par an. Un paysage de dunes s’affiche agrémenté par de petits étangs d’eau saumâtre bordés par des roseaux, un petit paradis pour les oiseaux. En descendant en direction de l’océan, on atteint le point haut d’une rupture de pente (knickpoint). Ce bras de l’Uniab tombe brutalement dans une gorge abrupte, un indice témoin d’un soulèvement du littoral océanique.

L'Uniab tombe brutalement dans une gorge abupte (Photo : André Laurenti)
L’Uniab s’enfonce brutalement dans une gorge abrupte
(Photo : André Laurenti)
Smoke on the water (Photo : André Laurenti)
« Smoke on the water »
(Photo : André Laurenti)

Nous parcourons à présent le littoral le long de la « Skeleton Coast » la côte des squelettes dont le nom s’inspire des nombreux ossements de baleines et des épaves des navires échoués signalées d’ailleurs, par des panneaux. On imagine aisément l’ambiance fantomatique sur cette plage avec ses brumes océanes.

La côte des squelettes (Photo : André Laurenti)
La côte des squelettes
(Photo : André Laurenti)

Nuit dans un camping sur la plage au lieu dit « Mile 108 ». La température est fraîche, veste et bonnet sont de sortie. Le feu allumé pour les grillades est vraiment appréciable.

Lundi 11 avril : Mile 108 – Brandberg White Lady – 255 km

Après quelques dizaines de kilomètres, l’arrêt s’impose au Cape Cross. Le navigateur portugais Diogo Cao a fait ériger une croix de pierre en 1486 marquant ainsi le point le plus au sud jamais atteint par les navigateurs européens. Ce cap abrite une importante colonie d’otaries à fourrure estimée à plus de 100 000 individus. L’atmosphère est nauséabonde, mais vaut tout de même le déplacement. Le gouvernement namibien autorise encore entre juillet et novembre, le massacre des jeunes otaries pour la fourrure. Malgré des vagues d’indignations de la part des organisations de protection des animaux, des dizaines de milliers de têtes sont abattus chaque année sur les plages namibiennes.

La population d'otarie à fourure du Cap Cross (Photo : André Laurenti)
La population d’otarie à fourrure du Cape Cross
(Photo : André Laurenti)
Le ténor du groupe (Photo : André Laurenti)
Le ténor du groupe
(Photo : André Laurenti)
Petit bonjour amical (Photo : André Laurenti)
Petit bonjour amical
(Photo : André Laurenti)
Leurs petites oreilles les différencient des phoques (Photo : André Laurenti)
Leurs petites oreilles les différencient des phoques
(Photo : André Laurenti)

Nous regagnons l’intérieur des terres et retrouvons la chaleur. La piste contourne de loin le massif du Brandberg.

Notre petit convoi s'immobilise pour une lecture de paysage (Photo : André Laurenti)
Notre petit convoi s’immobilise pour une lecture géologique
(Photo : André Laurenti)
Des paysages toujours aussi surprenant (Photo : André Laurenti)
Des paysages toujours aussi surprenant
(Photo : André Laurenti)

Nous passerons la nuit au camping de « Brandberg White Lady, situé au pied du massif du Brandberg en plein cœur du Damaraland.

Camping (Photo : André Laurenti)
Camping de Brandberg White Lady au petit matin
(Photo : André Laurenti)


Le Brandberg signifie « montagne de feu » en raison de sa couleur pourpre en fin de journée, ce pluton correspond à une intrusion granitique à l’époque où le sud de l’Afrique connaissait une importante activité volcanique souterraine. Ces formations représentent d’anciennes chambres magmatiques remontées lors de l’ouverture de l’Atlantique
entre 135 et 125 Ma. Le massif émerge de 2000 m au dessus d’un paysage extrêmement plat et a été révélé par l’érosion. La vue par satellite de ce pluton est d’ailleurs surprenante, ce massif ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre soit environ 450 km2. Ce relief accessible et la présence de l’eau ont fait un lieu de rencontre des Bushmens qui ont marqué leur passage à travers l’art rupestre.

Vue de satellite, le massif du Brandberg ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre (Source : Google maps)
Vue de satellite, le massif du Brandberg ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre
(Source : Google maps)

Mardi 12 avril : Brandberg – Spitzkoppe – 140 km

Au petit matin, nous randonnons dans le vallon du Tsisab situé à l’intérieur de ce massif du Brandberg. A l’entrée du vallon, des roches noires semblent différentes du reste, elles sont pourtant de même composition, mais avec une patine plus sombre qu’on appelle le vernis du désert. Nous montons progressivement en direction de la fameuse « White Lady » la Dame Blanche. Je fais le vide autour de moi et me concentre sur le rythme patient de mes pas porté par le souffle un peu court. Le long du sentier, quelques arbres ont été sérieusement malmenés. On raconte qu’un troupeau d’éléphants du désert a occupé le site au mois de novembre dernier et ces animaux se sont un peu défoulés sur la végétation.

La végétation a été (Photo : André Laurenti)
Quelques arbres ont été malmenés par des éléphants
(Photo : André Laurenti)

Un peu plus haut sur la droite, on aperçois le Konigstein « pierre du roi », il s’agit du point culminant de la Namibie avec ses 2573 m d’altitude. Le chemin emprunté est aussi celui du sommet, mais nous nous arrêterons bien avant, au lieu dit la Dame Blanche.

Le sommet (Photo : André Laurenti)
Tout au fond à droite le point culminant de la Namibie, le Konigstein à 2573 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Là, on y découvre des peintures rupestres. Cette vallée est un lieu spirituel du peuple bushmen, il y aurait environ 45 000 dessins répartis sous les nombreux abris sous roche. La Dame Blanche peinte il y a 2 000 ans, est la représentation la plus célèbre et mystérieuse de ce sanctuaire de l’art rupestre. Elle a suscité beaucoup d’interprétations et de controverses comme sur bien d’autres sites de ce type. Cet ancien peuple des lieux organisait des cérémonies rituelles destinées à de nombreuses causes notamment à la guérison et à faire pleuvoir. Pendant les danses rituelles, les sorciers portaient autour des chevilles des grelots fabriqués à partir de cocons d’insectes. Ils utilisaient aussi la queue des antilopes comme chasse-mouches. Ces danses duraient plusieurs heures et impliquaient beaucoup d’individus qui chantaient et applaudissaient.

Peintures (Photo : André Laurenti)
Quarante cinq mille peintures sont réparties sous les abris sous roche
(Photo : André Laurenti)
La qualité des peintures est remarquable (Photo : André Laurenti)
La qualité des peintures est remarquable
(Photo : André Laurenti)
La Dame Blanche "White Lady" est la peinture la plus célèbre du site (Photo : André Laurenti)
La Dame Blanche « White Lady » est la peinture la plus célèbre du site
(Photo : André Laurenti)

Ce massif du Brandberg si particulier a été classé patrimoine mondial par l’UNESCO le 3 octobre 2002 dans la catégorie nature et culture.
Nous poursuivons l’aventure et faisons route vers un camping du Spitzkoppe, un autre site aussi extraordinaire.
Ce soir nous dormirons dans une chambre de luxe hors du commun, pourtant loin des hôtels et des clubs med, nous dormirons en plein cœur d’une chambre magmatique. Tout le monde n’a pas la chance de passer la nuit dans un endroit pareil, d’autant plus qu’habituellement ces gigantesques réservoirs de volcans sont des zones souterraines et pourtant….

Les (Photo : André Laurenti)
Le massif du Spitzkoppe est remarquable
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Chaque soir, c’est un ravissement que de contempler la voie lactée dans son poudroiement d’étoiles. Au firmament scintille la croix du Sud. La lune, simple apostrophe au début du voyage, gonfle progressivement sa voile au fil des jours.

Mercredi 13 avril : Spitzkoppe – Welwitschia – 175 km

Au petit matin, l’énergie de l’aube frémit, les premiers rayons de soleil enroulent les crêtes de son écharpe de lumière. La chambre tout doucement, s’illumine de braises.

La chambre s'illumine (Photo : André Laurenti)
La chambre tout doucement s’illumine de braises
(Photo : André Laurenti)

Au sein du Damaraland, le massif du Spitzkoppe culmine à 1728 m d’altitude et forme un paysage d’une incroyable beauté. Tout comme le Brandberg, il s’agit aussi d’un pluton granitique correspondant à une chambre magmatique mise en place au jurassique. C’est encore l’érosion qui a mis à jour cet ancien réservoir à magma souterrain, en dégagent progressivement son enveloppe sédimentaire. En apparaissant à l’air libre, les roches magmatiques plus résistantes que les sédiments qui l’entouraient, se sont petit à petit décomprimées et fracturées (thermoclastie). C’est alors qu’a débuté un lent processus de désagrégation mécanique des roches sous l’effet des variations de températures, mais aussi par la présence de sel (haloclastie). Ce dernier en cristallisant exerce une pression importante et favorise aussi une érosion grain à grain voir même par desquamation. Les vents ont également un fort pouvoir abrasif et vient accentuer ce travail de desquamation et contribue à polir les arrêtes, façonnant le paysage actuel.

L'arche du Spitzkoop (Photo : André Laurenti)
L’arche du Spitzkoppe
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous randonnons dans ces roches rouges à la découverte d’arches et de ces formes en boule, une folle exubérance d’un monde cyclopéen obtenues par altération tropicale du granite.
Un peu plus loin, un chemin de câble permet de nous hisser en haut du massif et atteindre des abris sous roche où apparaissent des
gravures rupestres.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Un personnage dans les rochers donne une échelle de ce site
(Photo : André Laurenti)
Lézard (Photo : André Laurenti)
Lézard multicolore
(Photo : André Laurenti)


On peut voir aussi dans ce massif, le daman, un petit mammifère qui réside à l’année dans les rochers du Spitzkoppe. Ils ont la particularité d’avoir quatre doigts aux pattes avant et trois à l’arrière. Ces doigts sont protégés par des sabots excepté un doigt à l’arrière qui possède une griffe. On repère sa présence par ses déjections blanchâtres sur les parois.

Les damans sont des petits mamifères plantigrades (Photo : André Laurenti)
Les damans sont des petits mammifères plantigrades
(Photo : André Laurenti)
Les damans vivent dans les rochers dans lesquels ils se protègent du soleil (Photo : André Laurenti)
Les damans vivent dans les rochers où ils se protègent des ardeurs du soleil
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous quittons ce lieu magique et faisons route vers le Welwitschia Drive. La welwitschia mirabilis est une plante aux feuilles métriques qui résiste aux conditions extrêmes. On recense environ 6000 spécimens dans le désert du Namib, les plus vieux auraient 2000 ans. La plus grande plante possède des feuilles de 2 m de large et de plus de 6 m de longueur.
L’étape du jour se termine au Camping rustique dans le « Welwitschia Drive ».

La plante (Photo : André Laurenti)
La welwitschia mirabilis
(Photo : André Laurenti)

Jeudi 14 avril : Welwitschia – Amagama River camp – 390 km

Nous retrouvons le littoral atlantique avec une halte à Walvis Bay, la baie des baleines. Cette ville portuaire de 85 000 habitants est un point stratégique pour le commerce maritime du pays, c’est l’unique endroit sur la façade Atlantique, pouvant accueillir un port en eau profonde.
Une grande colonie de flamants roses attirée par les salines, s’offre en spectacle.

Les flamants roses (Photo : André Laurenti)
Les salines de Walvis Bay attirent Les flamants roses
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous nous arrêtons à Solitaire, un lieu dit complètement isolé composé de trois maisons. Ce curieux endroit servant de lieu d’exposition à des carcasses de véhicules et de pièces mécaniques de toute sorte, était un unique poste d’essence. De nos jours, il y a une épicerie et même un hôtel, mais pas davantage.
La journée se termine à l’Agama River camp.

Les précipitations à Solitaire (Photo : André Laurenti)
Les précipitations à Solitaire
(Photo : André Laurenti)
Sur la route de (Photo : André Laurenti)
Sur la piste de Sesriem
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 15 avril : Amagama River Camp – Sossusvlei – 310 km

Le départ se fait à 6h45 au lever du soleil avec comme destination Sesriem. De là, une route goudronnée longue d’une soixantaine de kilomètres, nous conduit au départ d’une piste ensablée permettant d’atteindre Sossusvlei, 2 à 3 km plus loin. Nous dégonflons les pneus, et c’est parti pour un passage assez chaotique longeant le lit d’une rivière qui vient se perdre dans le sable.

Aux portes de (Photo : André Laurenti)
Les portes de Sossusvlei au cœur du désert du Namib
(Photo : André Laurenti)

Nous voici enfin au cœur du désert du Namib, fin prêt pour une promenade à pied parmi les dunes de Sossusvlei et de Dead Vlei. Le sable provient du fleuve Orange faisant frontière naturelle au sud du pays, entre la Namibie et l’Afrique du Sud. Ces dunes sont longitudinales et orientées Nord-Sud, une disposition dictée par la somme vectorielle des vents. Le sous sol renferme des dunes fossiles de 3Ma, une datation effectuée à partir des œufs d’autruches découverts dans ces formations.
Le soleil est déjà fort, des vagues de sable ondulent sur les flancs des dunes. Chaque pas me rappelle le sable du Tassili et cette sagesse du désert. Blottis dans une cuvette bordée de hautes dunes, un ancien marais asséché nappe d’argile blanche le fond plat. Un paysage irréel sorti d’une œuvre de Salvador Dali. Autrefois, ce marais était alimenté par une rivière et avait permis à des acacias de pousser. Mais, comme un désert est une nature vivante, les dunes ont entouré le marais et ont fait obstacle à toute arrivée d’eau. Ainsi, les arbres sont morts il y aurait de cela 900 ans, noircis par un soleil implacable, le climat extrêmement sec les protège de toute décomposition.

Les dunes (Photo : André Laurenti)
Les dunes de Sossusvlei situées dans le parc national de Namib-Naukluft
(Photo : André Laurenti)
Dunes (Photo : André Laurenti)
Le site de Dead Vlei avec ses acacias morts
(Photo : André Laurenti)
Dune (Photo : André Laurenti)
Dunes oranges caractéristiques du Namib
(Photo : André Laurenti)
L'argile prismée (Photo : André Laurenti)
L’argile prismée formant le fond de l’ancien marais
(Photo : André Laurenti)

Une partie du groupe part à l’assaut d’une dune, moi je préfère arpenter cette argile craquelé, tourner autour de chaque arbre pour figer encore plus ce paysage fascinant. Je m’aventure sur la crête d’une dune plus modeste pour voir un autre marais asséché. Entre ciel et sable je marche d’un pas lent en canard, le flanc moins exposé aux ardeurs du soleil est davantage porteur. Seul dans mes pensées, je m’évade au royaume de l’imaginaire, j’inscris dans le sable des traces éphémères. Le vent qui soudain se lève me ramène à la réalité. Sur le chemin du retour, les petits grains de sable dansent sous le souffle chaud du vent. En haut de la grande dune, j’aperçois les silhouettes des collègues, les premiers commencent à descendre.

Paysage (Photo : André Laurenti)
Paysage irréel de Dead Vlei
(Photo : André Laurenti)

Non loin de l’entrée du parc se trouve le canyon de Sesriem, où des siècles d’érosion ont incisé une gorge étroite, une véritable entaille dans le sol. L’eau de la rivière Sesriem y est présente uniquement lors des rares périodes où la pluie tombe sur les monts Naukluft. Les galets imbriqués et inclinés les uns contre les autres indiquent le sens du courant de type torrentiel. Nous descendons dans cette gorge étroite qui plonge jusqu’à 30 à 40 m plus bas. L’ombre appréciable à cette heure de la journée, apaise les ardeurs du soleil. Les parois montrent clairement les couchent des différentes crues.

Le canyon de Sesriem (Photo : André Laurenti)
Le canyon de Sesriem
(Photo : André Laurenti)

Nous reprenons la route en direction du Spreetshoogte Pass, où nous passerons notre dernière nuit sur le flanc d’une colline dominant une vaste plaine. Nos hôtes du camping nous ont confectionné un délicieux repas sous les étoiles, à base d’oryx et de légumes.

Samedi 16 avril : Spreetshoogte – Windhoek – 180 km

La piste vers Windhoek marque la fin du voyage, pas de tente à monter ce soir, nous passerons la nuit dans l’avion d’Air Namibia qui nous ramènera à Franckfort.
Jusqu’où l’association Méta Odos va t-elle nous conduire ? Elle nous a déjà permis de nous projeter en limite du Moho et du manteau, de gravir un fumeur noir au Sultanat d’Oman, de dormir dans une chambre magmatique en Namibie, va t-elle nous conduire un jour jusqu’au noyau ? à suivre…

THE END (Photo : André Laurenti)
THE END
(Photo : André Laurenti)

A voir

La vidéo avec Muriel Robin qui s’est rendue chez les Himbas dans le cadre de l’émission « En terre inconnue« 

Tassili N’Ajjer (Algérie)

Un retour dans le Sahara – 20 février au 4 mars 2001

En février 2001 je retournai dans le sud algérien, mais cette fois ci pour découvrir les merveilles du désert du côté de Djanet. Après la traversée d’immenses regs de la région de Tamanrasset, je succombe au cours de ce voyage, au charme irrésistible de l’erg et de ses extraordinaires contrastes.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous sommes tous assis autour d’une table dans la chaleureuse maison d’Elisabeth et Luc à Saint-Martin de Castillon, un charmant petit village du Vaucluse. Un point commun nous réunit, la perspective d’un voyage dans le Hoggar. Pierre-Etienne tente de nous convaincre, il nous montre des photos qu’il a réalisé depuis son avion privé lors d’un vol Carpentra – Djanet. Depuis plus de vingt cinq ans, Pierre-Etienne se rend assez régulièrement à Djanet, une région qu’il affecte particulièrement. Sur ses photos vue du ciel, nous distinguons dans les environs de Djanet des traces de volcanisme. Luc demande à Pierre-Etienne s’il est possible de sortir des circuits traditionnels proposés par les agences et d’aller sur le terrain à la recherche de ces volcans.
– oui je le pense, répond Pierre-Etienne.
– à Djanet il y a un guide qui se nomme Benhaoued Cheikh, il connaît parfaitement toute cette région.

Quelques mois ont passé et nous voilà enfin réunis dans le hall de l’aéroport de Marseille Marignane, fin prêt pour le départ. Elisabeth, Luc et leurs enfants Laure et Sylvain, puis Ghislaine infirmière à l’hôpital d’Apt et ses deux enfants Guillaume et Clément, Raymond l’unique coiffeur de la commune de Saut, Christian un marathonien du désert et moi même sommes prêts pour l’aventure.

Dans l’avion de ligne qui nous transporte à Djanet, règne une certaine effervescence. L’équipage de ce vol régulier, nous autorise à nous rendre dans la cabine de pilotage. Ghislaine et moi resterons jusqu’à l’atterrissage. A l’approche de l’aéroport, la piste est devant nous, elle danse de droite à gauche, on se demande si nous allons réussir à nous poser.

Ghislaine et moi resterons dans la cabine de pilotage jusqu'à l'arrivée. (Photo : André Laurenti)
Ghislaine et moi resterons dans la cabine de pilotage jusqu’à l’arrivée.
(Photo : André Laurenti)

A peine sortis de l’aérogare, notre guide Benhaoued Cheikh de l’agence Admer nous accueille. Trois véhicules 4×4 et l’intendance : chauffeurs, cuisinier, récupèrent et chargent rapidement nos sacs. Nous ne perdons pas de temps, les trois véhicules démarrent et à mi chemin entre l’aéroport et Djanet, nous bifurquons à gauche et prenons notre première piste, l’aventure commence. Au bout de quelques kilomètres, nous sommes déjà au pied de notre premier volcan. Possédant un cratère de forme égueulée, le contraste est saisissant avec le sable qui l’entoure. Avant d’en faire l’ascension, nous nous installons à l’ombre de quelques éthels, pour le déjeuner.
Haroun Tazieff dans un récit, avait parlé de ce volcan, qui je crois me souvenir, n’a pas de nom. Pourtant il ne passe pas inaperçu, il fait tout pour qu’on le remarque, mais il n’est probablement pas suffisamment visible de loin pour servir de repère aux caravaniers du désert. Il a donc été oublié. A son sommet Christian prend la position au GPS, il note quelques indications pour au moins le recenser, apporter la preuve qu’il existe, le sortir de cette indifférence. Christian annonce les caractéristiques suivantes :
Altitude 1 138 m au dessus du niveau de la mer, coordonnées 24° 27′ 417 N – 09° 27′ 995 E.

Le volcan sans nom, possédant un cratère de forme égueulée le contraste est saisissant avec le sable qui l'entoure. (Photo : André Laurenti)
Le volcan sans nom, possédant un cratère de forme égueulée le contraste est saisissant avec le sable qui l’entoure.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous évoluons dans l’erg Admer et traversons l’oued Essendilène puis l’oued Tanar. La première nuit nous la passerons à Fort Gardel.
Le col de Tin Taherejelli, un peu au nord-est de Bordj el Haoues, a longtemps été le seul accès possible aux véhicules. C’est pour protéger et surveiller cet axe stratégique qu’un fort français fut érigé à cet endroit en 1935 : Fort Gardel, du nom d’un lieutenant de l’armée française, Gabriel Gardel.
Louis Gardel, petit-fils du lieutenant, a retracé la vie de son fameux grand-père dans un roman bien connu, adapté au cinéma en 1984 : Fort Saganne. En déambulant au pied d’un promontoire à la recherche de cailloux intéressants, je découvre à moitié enfouie dans le sable, une pièce de monnaie de l’époque.

Les couchers de soleil restent des moments inoubliables. (Photo : André Laurenti)
Les couchers de soleil restent des moments inoubliables.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le lendemain, nous traversons la plaine d’Admer en direction de l’ouest. Nous installerons le bivouac au pied du Djebel Telerhteba dont le point culminant atteint les 2 455 m. L’oued qui prend la direction de cette montagne, est chargé de pierres volcaniques. Doit on en conclure que le Djebel Telerhteba est un ancien volcan ?. La distance est trop longue pour aller vérifier, les 4 x 4 ne peuvent continuer et c’est beaucoup trop long pour s’y rendre à pied.

Avant que le soleil ne soit trop fort, nous faisons l'ascension d'un sommet. (Photo : André Laurenti)
Avant que le soleil ne soit trop fort, nous faisons l’ascension d’un sommet.
(Photo : André Laurenti)
A travers la lucarne naturelle, on aperçoit au premier plan, une échine rocailleuse, c'est là que se trouve notre campement. (Photo : André Laurenti)
A travers la lucarne naturelle, on aperçoit au premier plan, une échine rocailleuse, c’est là que se trouve notre campement.
(Photo : André Laurenti)

Nous partons pour le nord-est et traversons l’Adrar Tisseyène, les magnifiques dunes de Tin Abro. Du sable et de la rocaille à perte de vue, avec de temps en temps un arbre dont on se demande ce qu’il fait là. Quelquefois, des buissons chétifs et desséchés occupent ce qui semble être un oued éphémère, des touffes en boule d’herbe jaune suivent les méandres telle une écharpe d’or.
Il est amusant de voir le vent faire pivoter ces touffes, c’est ainsi que des brindilles dessinent comme avec un compas, des arcs de cercles vraiment parfait sur le sable.

Aucun climat ne semble poser des difficultés à la vie. (Photo : André Laurenti)
Aucun climat ne semble poser des difficultés à la vie.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Avec l'aide du vent, les brindilles dessinent des arcs de cercles vraiment parfaits. (Photo : André Laurenti)
Avec l’aide du vent, les brindilles dessinent des arcs de cercles vraiment parfaits.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Au fil des jours, je m’imprègne de cette vie simple et sans bruit, dans le désert nous redevenons nous même. Pour celui qui sait regarder, on devient attentif au moindre détail. Comment ne pas succomber au charme de ces paysages où tout n’est que douceur féminine.
Laure, Sylvain, Guillaume et Clément s’en donnent à cœur joie, ils sont curieux de tout, ils grimpent et dévalent les dunes en toute insouciance.
Le jour décline, l’étape s’achève à Tin Abro au pied du Djebel Tazat (2 165 m).

Ondulations du sable dans l'erg Admer. (Photo : André Laurenti)
Ondulations du sable dans l’erg Admer.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Tout ici respire la paix. (Photo : André Laurenti)
Tout ici respire la paix.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous poursuivons notre piste de lumière et rebondissons à chaque instant sur une merveille. Des statues de pierre soulignent le sommet des dunes, peu après des orgues basaltiques se dressent avec une régularité d’artiste.
Plus loin, nous retrouverons une portion de route asphaltée pour franchir le col de Téradjéril. Nous récupérons une nouvelle piste qui nous conduit sur le plateau de Dider, le point le plus proche de notre périple avec la frontière Libyenne. Le plateau de Dider est étonnamment verdoyant, un lieu idyllique pour les troupeaux. Nous découvrons dans les environs des gravures rupestres d’une extraordinaire finesse.

Le plateau de Dider est étonnamment verdoyant, un lieu idyllique pour les troupeaux. (Photo : André Laurenti)
Le plateau de Dider est étonnamment verdoyant, un lieu idyllique pour les troupeaux.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Des gravures rupestres du plateau de Dider sont d'une finesse inouïe, ici une scène représentant des gazelles. (Photo : André Laurenti)
Des gravures rupestres du plateau de Dider sont d’une finesse inouïe, ici une scène représentant des gazelles.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Quelques jours après, nous parvenons dans une région plus accidentée et pénétrons dans l’étroit canyon d’Essendilène, qui inspira Roger Frison Roche dans son roman intitulé « le rendez-vous d’Essendilène ». Nous suivons une guelta aux eaux paisibles et claires, nichée au coeur de l’Adrar Adjelaho. Le lieu est formidable, parfois ombragé et propice aux passionnés d’escalade exotique. Tout au fond de la gorge nous découvrons une résurgence sous la forme d’une large vasque, un moment de détente agréable.
Avant 1990, ce lieu était très prisé par les touristes. A la haute saison, dans les périodes de Noël et jour de l’an, on dénombrait pas moins de 20 000 personnes. Depuis, avec la montée de l’intégrisme en Algérie, le tourisme a terriblement baissé.

En approche d'Essendilène. (Photo : André Laurenti)
En approche d’Essendilène.
(Photo : André Laurenti)
L'entrée de l'étroit canyon d'Essendilène. (Photo : André Laurenti)
L’entrée de l’étroit canyon d’Essendilène.
(Photo : André Laurenti)

La flore comme la faune est aussi une réalité du désert dont on ne soupçonne pas. La vie existe timidement, elle résiste et s’arme de patience en attendant quelques gouttes de pluie.
L’armoise du désert, qui pousse en grande quantité tout autour de Djanet, est un remède très efficace pour juguler une activité intestinale mal maîtrisée.
De petits insectes et autres animaux craintifs restent, quant à eux, bien à l’abri de terriers creusés aux pieds des buissons et ne sortent qu’à la tombée de la nuit. Nous nous en apercevons au réveil par leurs signatures éphémères gravées sur le sable.

Un lézard s'enfouit dans le sable. (Photo : André Laurenti)
Un lézard s’enfouit dans le sable.
(Photo : André Laurenti)
On aperçoit la signature éphémère d'un insecte. (Photo : André Laurenti)
On aperçoit la signature éphémère d’un insecte.
(Photo : André Laurenti)

Je prends goût à dormir à la belle étoile. Durant la nuit, il m’arrive de me réveiller, j’en profite alors pour contempler la Voie lactée et son océan d’étoiles. Je cherche Orion puis j’aperçois la Croix du sud avant de replonger dans l’univers des songes.

Des statues de pierre gardiennes des lieux. (Photo : André Laurenti)
Des statues de pierre gardiennes des lieux.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le soir est un moment privilégié, assis en cercle autour du feu, les mains se tendent pour saisir un peu de chaleur. La lueur du feu danse et caresse les visages, ce soir Sedik nous a préparé un savoureux dîner. Après maintes palabres, l’eau commence à frémir dans la bouilloire, les verres de thé brûlant passent de main en main.
Sylvain a passé du temps à observer Sedik faire le thé. A son retour à Apt, il parvient avec succès à reproduire le délicieux breuvage.

Nos guides Amou, Cheik et Sedik. (Photo : André Laurenti)
Nos guides Amou, Cheik et Sedik.
(Photo : André Laurenti)
Cheik et Sedik au coin du feu. (Photo : André Laurenti)
Cheik et Sedik au coin du feu.
(Photo : André Laurenti)
Amou en train de préparer le traditionnel thé à la menthe. (Photo : André Laurenti)
Amou en train de préparer le traditionnel thé à la menthe.
(Photo : André Laurenti)

Une fois de plus le volcanisme à apporté sa contribution dans la beauté de ces paysages, comme les traits forts d’un maquillage féminin. La douceur des ergs, les creux et les courbes légères, le souffle chaud, le parfum de l’armoise, tout est enchantement. C’est une étreinte permanente avec une nature qui vous envoûte. En attendant, ces espaces inoubliables m’invitent vers de nouvelles destinations, sinon, que serait ma vie ?.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le groupe au complet (Photo : André Laurenti)
Le groupe au complet
(Photo : André Laurenti)

Île de Fogo (Cap Vert)

L’éruption du volcan Fogo

Parti du 15 au 21 décembre 2014 avec un groupe d’Aventure et Volcans, ce voyage spécial volcan nous a permis de nous rendre sur l’éruption du Pico Fogo qui a débuté le 22 novembre au soir sur l’archipel du Cap Vert. Grâce à nos guides natifs de la zone sinistrée, nous avons pu pénétrer dans « Chã das caldeira » au pied du volcan et approcher les différents points d’activité.
Outre les journalistes et les photographes, notre groupe a été le premier à avoir été autorisé à pénétrer dans cette caldeira, dont l’accès a été interdit par les autorités locales depuis le début de l’éruption.

Pendant l'éruption, l'unique accès à la caldeira était contrôlé tous les jours par la police. (Photo : André Laurenti)
Pendant l’éruption, l’unique accès à la caldeira était contrôlé tous les jours par la police
(Photo : André Laurenti)

Présentation

L’archipel volcanique du Cap Vert révélé par les chansons de la célèbre Cesária Évora, comprend dix îles et huit îlots situés à environ 500km à l’ouest des côtes sénégalo-mauritaniennes et à 1 750km au sud de l’archipel des Canaries. Cette poignée d’îles toute d’origine volcanique, est dominée par l’imposant volcan Fogo qui culmine à 2 829 m au dessus du niveau de la mer, soit 7 000 m depuis le plancher océanique. Ce volcan formé sur l’île du même nom (476 km2), représente l’appareil le plus actif de l’ensemble des îles de point chaud de l’Atlantique centrale regroupant les Açores, les Canaries et le Cap Vert.

Cette galette de lave avance inexorablement formant des bourrelets de sable. (Photo : André Laurenti)
Cette galette de lave avance inexorablement formant des bourrelets de sable.
(Photo : André Laurenti)

Le Pico do Fogo s’inscrit dans la grande caldeira de Chã en forme de fer à cheval. Elle est large d’environ neuf kilomètres, formée par un effondrement latéral de grand volume vers l’Est. C’est dans cette dépression entre le cône volcanique et le pied du rempart de la caldeira que sont venus s’installer depuis plus d’un siècle les villages de Portela, Boca Fonte et Bangaeira. Ce site possédait des terres fertiles non touchées par les laves anciennes et récentes, celles-ci propices à la culture de la vigne avec une production viticole unique, fournissant un vin surnommé « manecon » ou « vinho do Fogo » qui n’est pas exportable. On y trouve également une modeste arboriculture fruitière, quelques cultures céréalières et un élevage de chèvres dont le lait donne un excellent fromage.

Le Pico Fogo (2 828 m d'altitude) et la boutonnière active située au pied sur le flanc nord-ouest. (Photo : André Laurenti)
Le Pico Fogo (2828 m d’altitude) et la boutonnière active située au pied sur le flanc nord-ouest.
(Photo : André Laurenti)

L’éruption de 2014

Le Fogo est entré en éruption le 22 novembre 2014 à 21h GMT, provoquant l’évacuation de populations proches du volcan et la coupure de l’unique route pavée qui dessert et traverse la caldeira de Chã. Il s’agit de l’éruption la plus importante depuis la toute dernière survenue en 1995 et qui a produit environ 30 millions de m3 de lave en un mois et demi d’activité.
Cette éruption comme celle de 1995, est fissurale, elle s’est produite dans la partie haute de la caldeira de Chã à environ 2 100 et 2 200 m d’altitude, au pied sud-ouest du cône volcanique. Plusieurs évents se sont ouverts le long de cette fissure environ six, produisant des fontaines de lave, des coulées basaltiques, des cendres et des gaz.
Cette éruption a gravement affecté les activités humaines sans heureusement faire de victimes. Le 26 novembre une branche nord de la coulée de lave a commencé par atteindre le village de Portela, détruisant plusieurs bâtiments dont le siège du Parc Naturel Fogo. Au fil des jours, le front de lave a poursuivi son avancée et son travail de destruction. Début décembre le Centre de santé, la Mairie, l’école et l’hôtel ont été détruits. Plusieurs citernes et réservoirs et des centaines d’hectares de terres agricoles sont désormais perdus recouverts par la lave. Le 7 décembre la coulée atteint la localité de Bangaeira, provoquant d’importantes destructions. Pendant quelques semaines, l’aéroport de Sao Felipe a été fermé.

La boutonnière orientée nord-ouest sur le flanc du Pico Fogo. (Photo : André Laurenti)
La boutonnière orientée nord-ouest sur le flanc du Pico Fogo.
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la boutonnière observée dans la nuit du 16 au 17 décembre 2014. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la boutonnière observée dans la nuit du 16 au 17 décembre 2014.
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne
(Photo : André Laurenti)
Les manifestations des volcans rouges sont incontestablement les plus fascinantes. (Photo : André Laurenti)
Les manifestations des volcans rouges sont incontestablement les plus fascinantes.
(Photo : André Laurenti)
"Fleur de lave" (Photo : André Laurenti)
« Fleur de lave »
(Photo : André Laurenti)
La lave conserve sa chaleur et sa fluidité en s'écoulant en grande partie dans des tunnels que les spécialistes appellent "plomberie magmatique". L'incandescence apparaît uniquement sur les fronts de coulées. (Photo : André Laurenti)
La lave conserve sa chaleur et sa fluidité en s’écoulant en grande partie dans des tunnels que les spécialistes appellent « plomberie magmatique ». L’incandescence apparaît uniquement sur les fronts de coulées.
(Photo : André Laurenti)
La lave s'étire, se déchire formant des pointes et des écailles de roche. (Photo : André Laurenti)
La lave s’étire, se déchire formant des pointes et des écailles de roche.
(Photo : André Laurenti)
Ces laves basaltiques avoisinent une température de 1 000°. (Photo : André Laurenti)
Ces laves basaltiques avoisinent une température de 1000°.
(Photo : André Laurenti)
Les coulées de lave ne tuent pas, on a le temps de fuir, cependant elles détruisent tout sur leur passage. (Photo : André Laurenti)
Les coulées de lave ne tuent pas, on a le temps de fuir, cependant elles détruisent tout sur leur passage.
(Photo : André Laurenti)
La coulée se refroidit rapidement au contact de l'air, une croûte superficielle isotherme se forme conservant la lave plus fluide à l'intérieur. (Photo : André Laurenti)
La coulée se refroidit rapidement au contact de l’air, une croûte superficielle isotherme se forme conservant la lave plus fluide à l’intérieur.
(Photo : André Laurenti)
Langue de lave (Photo : André Laurenti)
Langue de lave
(Photo : André Laurenti)
La coulée s'est pétrifiée sur la piste alternative qui permettait d'atteindre le village de Portela. (Photo : André Laurenti)
La coulée s’est pétrifiée sur la piste alternative qui permettait d’atteindre le village de Portela.
(Photo : André Laurenti)

Des dégâts considérables

L’activité explosive du volcan était en perte de vitesse lors de notre visite le 19 décembre. Elle a repris vers la mis janvier 2015 avec des émissions de cendres et la poursuite des coulées de lave. Quant aux gaz, au cours de cette dernière semaine de décembre, les émissions de dioxyde de soufre (SO2) allaient de 1 500 à 3 000 t / j. Ils sont nettement inférieur aux taux relevés en début d’éruption allant de 8 000 à 11 000 t /j.
Les dégâts matériels sont considérables, une équipe d’évaluation et de coordination de catastrophe des Nations Unies rapporte que 1 076 personnes ont été déplacées. Les localités de Portela et Bangaeira sont détruites à 100 % et 444,7 hectares de terres ont été envahies par la lave, dont au moins 120 hectares de terres agricoles.

Le village de Portela a pratiquement disparu sous la lave (Photo : André Laurenti)
Le village de Portela a pratiquement disparu sous la lave
(Photo : André Laurenti)
Le point d'émission de lave se situe à environ 3,5km du village de Portela. (Photo : André Laurenti)
Le point d’émission de lave se situe à environ 3,5km du village de Portela.
(Photo : André Laurenti)
Environ 500 maisons ont été détruites à Cha das caldeira. (Photo : André Laurenti) (Photo : André Laurenti) (Photo : André Laurenti)
Environ 500 maisons ont été détruites à Cha das caldeira.
(Photo : André Laurenti)

Paradis et métamorphose

Les hommes, depuis plus d’un siècle, ont choisi ce lieux loin des agitations du littoral, pour la fertilité du sol, la fraîcheur des nuits et sa précieuse humidité. Voilà à présent, un territoire tout aussi mouvant qu’émouvant, on s’imaginait être au cœur d »un petit paradis et en l’espace de quelques jours, Chã das Caldeiras  s’est métamorphosée, elle a basculé et c’est pétrifiée à jamais dans une carapace de lave, avec à chaque fois ce même sentiment d’impuissance.

Les viticulteurs ont perdu une grande partie de leur production. (Photo : André Laurenti)
Les viticulteurs ont perdu une grande partie de leur production.
(Photo : André Laurenti)
Les habitants ont hissé sur les hauteurs du village, les biens qu'ils ont pu sauver. (Photo : André Laurenti)
Les habitants ont hissé sur les hauteurs du village, les biens qu’ils ont pu sauver.
(Photo : André Laurenti)

Quel est le devenir pour cette communauté d’agriculteur ?

Beaucoup de sinistrés veulent retourner à Chã das Caldeiras qui malgré le danger, représente le grenier de l’île de Fogo avec son sol riche en sel minéraux. Les autorités avaient en projet la réalisation d’un parc et les effets dramatiques de cette éruption risque désormais de compromettre le retour des habitants. Toutefois, on parle de la reconstruction après la fin de l’éruption. Le Premier Ministre du Cap-Vert, venu célébrer Noël avec les sinistrés de Portela et Bangaeira, a indiqué la nécessité de mobiliser toute la société civile de Fogo et écouter les experts nationaux et internationaux, pour reconstruire Chã das Caldeiras. En attendant, les familles de nos deux guides ont tout perdu lors de cette éruption et espère revenir s’installer dans ce lieux dont la fertilité du sol représentait leur unique ressource .

La lave poursuit sa progression en mettant le feu aux cultures. (Photo : André Laurenti)
La lave poursuit sa progression en mettant le feu aux cultures.
(Photo : André Laurenti)
Vendredi 19 décembre, les coulées ont détruit la cave d'Edwin Lopes, ainsi que des cultures de vigne, de manioc et de haricots. (Photo : André Laurenti)
Vendredi 19 décembre, les coulées ont détruit la cave d’Edwin Lopes, ainsi que des cultures de vigne, de manioc et de haricots.
(Photo : André Laurenti)

Chã das Caldeiras ne rompt pas

En attendant, Chã das Caldeiras souffre, s’enlise, mais ne rompt pas ! Les hommes devront à nouveau composer, imaginer pour aménager et cultiver les terres de cette caldeira mille fois redessinée par les élucubrations du volcan Fogo. Une histoire de passation de pouvoir éphémère entre homme et volcan, juste une piqûre de rappel pour montrer qui des deux, est bien le maître des lieux.

Tourbillon de poussière provoqué par la chaleur au sol dégagée par les coulées de lave. (Photo : André Laurenti)
Tourbillon de poussière provoqué par la chaleur au sol dégagée par les coulées de lave.
(Photo : André Laurenti)

Hoggar (Algérie)

DE TAMANRASSET A L’ASSEKREM
– AVRIL 1990 –

Récit de voyage par : André Laurenti
Un voyage effectué en compagnie de Ghislaine Cougnot et notre guide Intakanet

Après avoir goûté en 1985 au désert d’Atacama au Chili, l’éloignement de ces étendues sans vie où presque a fait croître le désir d’y revenir et d’en apprécier davantage les splendeurs. Parcourir à pied des centaines de kilomètres c’est s’offrir un zeste de liberté, des instants de bonheur assouvis. Le dromadaire reste le mode de transport le plus authentique, c’est une autre approche. Certes, on voit moins de choses qu’en 4×4, mais on savoure encore plus la vraie vie exaltante du désert. Le désert doit être avant tout une émotion, c’est le choix que ma compagne d’un moment et moi-même avons fait. 400 km en 13 jours de marche nous mèneront découvrir l’étrange et fascinant Hoggar.

D'une bosse à l'autre (Photo : André Laurenti)
D’une bosse à l’autre
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous sommes à nouveau pris dans un tourbillon appelé aventure et on a peine à le freiner. Alger nous accueille l’instant d’une escale de vingt quatre heures. Le chauffeur du taxi jaune nous dépose en toute hâte devant l’hôtel, la fête et la faim obligent, nous sommes en pleine période de ramadan et le soleil vient tout juste de disparaître. Il règne dans la cité blanche un aimable désordre mêlé à une certaine lenteur orientale. Plus tard, nous dînerons à l’intérieur d’un bar plutôt crasseux, attablés devant une assiette de chorba où surnagent des yeux de graisse. Nous quittons très vite le lendemain, ce monde d’hommes désœuvrés en songeant qu’il n’y a rien de plus triste qu’une ville sans regard, sans un sourire féminin.En un saut de puce, nous atteignons, 500 km plus au sud, la région du Mzab. Ghardaïa, El Atteuf, Melika, Beni Isguen et Bou Moura, ces cinq villes d’une splendeur pastel ont une architecture éblouissante. Elles sont un joyau perdu au milieu du désert. Nous nous imprégnons petit à petit du grand sud, aussi bien dans les ruelles tortueuses de Ghardaïa, qu’au cœur des palmeraies. Nous nous laissons guider par les impressions du moment. A Beni Isguen, la rencontre d’un jeune mozabite sera l’occasion de découvrir une maison traditionnelle au fin fond d’une palmeraie. Une invitation inopinée digne de l’hospitalité mozabite.

La petite ville de Gardaïa dans le Mzab. (Photo : André Laurenti)
La petite ville de Gardaïa dans le Mzab.
(Photo : André Laurenti)
Marché de Gardaïa. (Photo : André Laurenti)
Marché de Gardaïa.
(Photo : André Laurenti)

Un nouveau saut de puce nous conduit enfin à Tamanrasset, la cité tant convoitée des « Paris Dakaristes ». Au moment ou nous atterrissons la première vision dès les premiers mètres de la piste nous rappelle les risques de l’aviation, un avion est carrément planté dans le sable.Cherifi Beuh, un magnifique touareg, grand fier, un peu mystérieux au premier abord, est venu nous attendre à l’aéroport. Il nous conduit immédiatement à son domicile, une obscure demeure qui garde une fraîcheur bien appréciable. Le repas est déjà servi et sera accompagné par le traditionnel thé à la menthe. Dans un coin de la pièce, un volumineux matériel est prêt à être chargé sur les chameaux, la batterie de récipients pour faire la cuisine, la nourriture pour treize jours et pour trois personnes et même une carcasse de mouton dont le soleil se chargera de sécher et durcir la viande, ce qui la mettra à l’abri des mouches. Plusieurs kilos de couscous ont été minutieusement préparés par la femme de Cherifi Beuh. Quatre chameaux sont mis à notre disposition, un pour Intakanet notre guide, deux pour nous et un pour les bagages.

Notre petite caravane s'aventure dans cet univers minéral et chaotique du Hoggar. (Photo : André Laurenti)
Notre petite caravane s’aventure dans cet univers minéral et chaotique du Hoggar.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

La petite caravane s’élance enfin vers cet univers minéral et chaotique du Hoggar. Le reg semble se mouvoir au grès de l’incandescence du soleil, quelques tamaris font de la résistance. Saroual, chèche et chemise légère nous protègent tant bien que mal de l’astre. Nous étions Ghislaine et moi, tellement bien habillés en tenu locale, qu’en croisant une piste, des touristes en 4×4 nous ont pris en photo, croyant avoir à faire à des touaregs.

Ghislaine et.... (Photo : André Laurenti)
Ghislaine et….
(Photo : André Laurenti)
moi même sur nos montures, nous avons fait beaucoup plus de distance à pied qu'à dos de chameau, cela permettait de prendre des photos, mais aussi de se fatiguer pour mieux dormir la nuit. (Photo : Ghislaine Cougnot)
moi même sur nos montures, nous avons fait beaucoup plus de distance à pied qu’à dos de chameau, cela permettait de prendre des photos, mais aussi de se fatiguer pour mieux dormir la nuit.
(Photo : Ghislaine Cougnot)

Dans cet âpre désert, l’eau est la vie et l’ombre est le repos. Vers midi, au plus fort de la chaleur, au moment ou le soleil est le plus vindicatif, un arrêt pique-nique s’impose sous un éthel ou un acacia. Un arbre dépourvu de feuille, un épineux projetant une ombre menue qui est malgré tout la bienvenue. A cette heure méridienne, la plupart des animaux se terrent, immobiles, mais ce n’est pas le cas des mouches qui ont cheminé derrière le chèche, ni des armadas de tiques qui se dirigent par dizaines vers les couvertures étendues au sol, attirées par la présence des chameaux qu’elles prennent d’assaut.

Après l'effort le réconfort pour nos montures. (Photo : André Laurenti)
Après l’effort le réconfort pour nos montures.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Un autre symbole du désert semble nous suivre de campement en campement, un petit passereau noir et blanc qui chante aux premières heures du jour, c’est le moula moula des nomades, il est l’admirable porte-bonheur qui annonce l’eau et les bonnes nouvelles. Autres curiosités, des lézards à tête rouge façon varan de poche qui jouent les vedettes américaines. Le climat local entraîne un modelage spectaculaire du relief. Le froid nocturne avec ses écarts brutaux de température et les vents de sable, façonnent à la manière d’un artiste le paysage. Ces conditions extrêmes érodent et décomposent les roches, ce qui donne au Hoggar un paysage très original.

Le climat entraîne un modelage étonnant du paysage. (Photo : André Laurenti)
Le climat entraîne un modelage étonnant du paysage.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En fin d’étape les chameaux sont délestés de leur fardeau pour la nuit. Intakanet leur entrave les pattes, ce qui malgré tout ne les empêchera pas de faire du chemin durant la nuit pour se nourrir.
Le soir, Intakanet rassemble branchages et touffes sèches pour allumer le feu. Des gerbes d’étincelles sautillent et réchauffent les mains. Puis il verse le contenu de la guerba dans une marmite pour préparer le dîner. Plus tard, ce sera le cérémonial du thé qu’il prépare immuablement dans la bouilloire et la théière bleue et propose en trois services dans de petits verres épais. Une occasion de savourer le repos au terme de chaque marche. Il terminera par la confection de la tagella pour le petit déjeuner du lendemain. Après avoir creusé le sable, il dépose la galette, puis la recouvre de sable et de braises. La tagella gonfle et se dore, elle sera bientôt prête.
Nous verrons rarement le visage de notre guide, seuls ses yeux brillants apparaissent au milieu du teguelmoust un long chèche indigo qui lui couvre la tête et les épaules. Intakanet à la peau noire, il est probablement un descendant des esclaves noirs que possédaient les touaregs.

La traditionnelle préparation du thé à la menthe. (Photo : André Laurenti)
La traditionnelle préparation du thé à la menthe.
(Photo : André Laurenti)

La nuit tombe, on twiste pour s’enfoncer dans les duvets. Durant les premières nuits Ghislaine a connu des difficultés pour trouver le sommeil. Perturbée par de longs moments d’angoisse, le profond silence lui est pénible, c’est peut-être une torture infligée par quelques djinns ?. Après l’effervescence de la vie moderne, il n’est pas toujours facile de s’adapter à un univers sans machine, sans bruit.

Au mois d'avril le ciel est souvent laiteux, ou bien chargé de poussière, en fin de journée le soleil disparaît alors qu'il est encore haut dans le ciel. (Photo : André Laurenti)
Au mois d’avril le ciel est souvent laiteux, ou bien chargé de poussière, en fin de journée le soleil disparaît alors qu’il est encore haut dans le ciel.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Les milliers d’étoiles qui constellent habituellement le ciel du Hoggar ont perdu de leur éclat. En ce mois d’avril, les vents chargent l’atmosphère de poussière de sable, rendant le ciel laiteux, les levers et couchers de soleil blafards. Le clair de lune rend le désert plus somptueux, il étire les ombres, décuple le grand théâtre, développe le romantisme.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le massif de l’Atakor situé au Nord de Tamanrasset rassemble les plus hauts sommets du Hoggar (le dôme du Tahat qui culmine à 2 908m) ; s’est dit-on le « crâne » du Hoggar. Cet endroit est un antique musée d’art à ciel ouvert où l’on découvre des gravures et des peintures rupestres. A la tête de mon bivouac de ce soir, un magnifique rhinocéros et des girafes décorent un rocher, des animaux qui on complètement disparu de cette région, il y a fort longtemps.

Le massif de l'Atakor est un antique musée d'art à ciel ouvert où l'on découvre des gravures et des peintures rupestres; (Photo : André Laurenti)
Le massif de l’Atakor est un antique musée d’art à ciel ouvert où l’on découvre des gravures et des peintures rupestres.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Au matin Intakanet, après avoir allumé le feu et préparé le petit déjeuner, part récupérer les chameaux. Il sait où aller les chercher, il ne se trompe jamais, mais ce matin il mettra du temps à les retrouver, ils avaient fait du chemin les bougres. Une fois de plus, là où nous avons dormi ne restent que quelques cendres que le premier vent dispersera. La montre et le carnet de route suffisent amplement à retrouver le fil des jours dans cette solitude. La notion de date s’estompe rapidement, il n’existe qu’une obligation, celle de se trouver dans quinze jours à l’aéroport.

Au fil du temps la marche devient rêveuse. (Photo : André Laurenti)
Au fil du temps la marche devient rêveuse.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous apprécions de temps en temps la montée à méhari, un moyen de locomotion idéal qui permet d’admirer le paysage de haut et de rêver délicieusement bercé par le balancement de l’animal. Bien calé sur la ralha, nous faisons reposer les pieds sur le cou du méhari. On se retrouve ainsi en file indienne seul avec ses pensées, rythmé par le pas lent du dromadaire au milieu d’un paysage vibrant par les vagues de chaleur. Les camélidés sont attachés les uns aux autres et de temps en temps la longe de ma monture chatouille ses naseaux, il prend alors un malin plaisir à aller se frotter dans le derrière de celui de devant, en l’occurrence celui de Ghislaine qui se fait à chaque fois secouer désagréablement.
Je garde un œil attentif sur le dernier chameau qui fait office de fourgon à bagages, afin de vérifier que rien ne se détache. Par de multiples cols, mais aussi des étendues arides et caillouteuses, la piste serpente à travers les plus spectaculaires paysages d’orgues basaltiques. En fin d’après-midi, nous atteignons le haut plateau de l’Assekrem qui signifie en Touareg « arrêtes toi et regarde ». Un endroit magique perché à 2 800 m d’altitude où le père Charles de Foucauld a bâti un ermitage en 1910. Le désert devient curieusement une terre de rencontres d’autant plus importantes qu’elles sont rares. N’est-il pas surprenant après huit jours de marche de se retrouver avec trois niçois au refuge ?.

Le haut plateau de l'Assekrem qui signifie en Touareg "arrêtes toi et regarde". (Photo : André Laurenti)
Le haut plateau de l’Assekrem qui signifie en Touareg « arrêtes toi et regarde ».
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le vieux bouclier granitique du Hoggar a subi les effets de plissements. Des ruptures provoquées par le bombement ont généré des manifestations volcaniques dont témoigne le massif de l’Atakor.
Au niveau des paysages rencontrés, on peut observé le volcanisme ancien caractérisé par une érosion importante. Les étendues sont jonchées de petits blocs de laves comme c’est le cas sur le plateau de l’Akar-Akar sur la piste de l’Assekrem. On y distingue également un volcanisme plus récent avec d’interminable champ de lave.

Le Hoggar se définit ainsi par ces successions d'images simples. (Photo : André Laurenti)
Le Hoggar se définit ainsi par ces successions d’images simples.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Photo : André Laurenti)
Photo : André Laurenti)
Photo : André Laurenti)
Photo : André Laurenti)

Nous mettons le cap vers Tamanrasset, au fil des nuits le halo lumineux de la ville se rapproche. L’air moqueur et râleur de nos quatre vaisseaux du désert, nos adieux émus à Intakanet notre véritable gardien des traditions, tout cela nous fait comprendre que cette vie réduite à l’essentiel prend fin. Le Hoggar se définit ainsi par ces successions d’images simples, un vaste territoire silencieux, mystérieux qui favorise la méditation. Nous avons à la fois assisté en spectateur privilégié à un festival merveilleux de l’imaginaire et concrétisé un bien délicieux rêve d’enfance.

La fin de cette magnifique aventure. (Photo : André Laurenti)
La fin de cette magnifique aventure.
(Photo : André Laurenti)