Crater Lake, métamorphose des Cascades

Partis de San Francisco le mercredi 13 juillet 2016 en direction du Nord, et une étape à Klamath Falls après avoir avalé plus de 500 km de route, nous atteignons les premiers volcans de la chaîne des Cascades.
Cette chaîne longue de 1 100 km comprend treize volcans sur le territoire des Etats Unis. Dans leur écrin de verdure, ils paraissant paisibles et endormis pour toujours. Cependant, leur réveil peut être dévastateur avec une tendance « suicidaire », à se détruire pour quelque fois, mieux se reconstruire.
Au cours de ce stage de géologie, nous ne visiterons pas complètement tout ce petit monde d’agités, en effet, en deux jours, c’est vraiment une mission impossible. Il faudrait pour cela y consacrer beaucoup plus de temps et ce sera pourquoi pas, l’occasion d’y revenir un jour ?

Le mont Shasta, un géant de la chaîne

Le premier candidat sera le mont Shasta, un stratovolcan pointant son sommet à 4 317 m d’altitude et déjà aperçu deux jours auparavant, au travers des hublots de l’avion en approche de San Franscisco. Il représente le deuxième plus haut sommet des Cascades et  sa dernière éruption remonte à 1786. Son histoire est marqué par la destruction d’un ancien cône, à l’origine d’une gigantesque avalanche de débris qui a mis en mouvement quelques 45 km3 de matériaux. Au pied, le relief fait de petites collines, est essentiellement constitué par les dépôts provenant de cette avalanche de débris. Une caractéristique du site originale appelée « hummocks », et que l’on observe aussi sur les flancs du Saint Helens.
Sur son flanc Ouest, le Shastina est un cône dominant, correspondant à un dédoublement du volcan.

Volcan Shasta le deuxième plus haut sommet de la chaîne des Cascades
(Photo : André Laurenti)
Volcan Shasta en arrière plan et le Shastina à gauche
(Photo : André Laurenti)
Le relief de petites collines sur ses flans correspond aux dépôts d’avalanches de débris
(Photo : André Laurenti)

Parc national de Crater Lake

Plus loin, un autre site volcanique particulier attire notre attention et fait l’objet d’une visite prolongée. Il s’agit de « Crater Lake », un lieu remarquable situé à 2 100 m d’altitude. Tout autour de cette caldeira, une route permet d’accéder à plusieurs points d’observation et avoir des vues différentes sur ce site magnifique. A chaque arrêt, nous sommes envahis par des nués de mouches ressemblant étrangement à des moustiques, mais ça ne piquent pas.

Crater Lake fait parti de l’arc volcanique actif des Cascades
(Photo : André Laurenti)


Ce volcan s’inscrit dans le parc national de Crater Lake (645 km2) créé en 1902 et situé au Sud-Ouest de l’état de l’Oregon. Comme le Shasta, il fait partie de l’arc volcanique actif des Cascades, allant du Nord de la Californie à la Colombie-Britannique.
Cet alignement est la conséquence de la collision de deux plaques tectoniques, celle de Juan de Fuca s’enfonçant sous la plaque continentale Nord-américaine.  La croûte dense océanique plonge profondément à l’intérieur de la terre, sous le continent, générant des températures et des pressions élevées qui font fondre partiellement la roche solide sous-jacente et construisant en surface tout un chapelet de volcans.

Une caldeira de 8 à 10 km de diamètre
(Photo : André Laurenti)


Cette chaîne des Cascades représente une infime partie de l’immense complexe volcanique s’étendant tout autour du Pacifique appelé ceinture de feu. Les premiers volcans des Cascades apparaissent il y a environ 36 Ma. Mais les grands actuels sont plus récents et ont commencer à se former il y a moins de 2 Ma. C
e processus se poursuit encore de nos jours avec des volcans emblématiques qui se sont illustrés au cours du siècle dernier, comme le Lassen Peak (1914 – 1919) et le célèbre mont Saint Helens, marqué par son éruption catastrophique du 18 mai 1980.

Un paysage formé il y a moins de 7000 ans
(Photo : André Laurenti)

Comment un volcan est devenu un lac ?

En cette journée du 14 juillet, nous ne verrons certes pas de feux d’artifices, mais nous travaillerons l’imaginaire pour tenter de se représenter ce que fut cette éruption cataclysmale. Pour aider à cela, nous écoutons religieusement les explications d’Alain, détaillant les différentes phases de cette colossale éruption à l’origine du paysage actuel. On a du mal à imaginer la puissance du phénomène, l’énergie déployée pour en venir à un tel résultat. Une éruption brève dans le temps d’un effet continue, mais que fera-t-il demain ?
Il y a environ  400 à 500 000 ans, les éruptions répétées au cours de sa vie de volcan, ont édifié progressivement le mont Mazama. L’altitude de ce stratovolcan  a été estimée entre 3 500 et 3 600 m.
Couche après couche, les coulées de lave et les projections se sont accumulées. Cet empilement sera aussi façonnés par les différentes périodes glacières.
La plus violente éruption, celle qui est à l’origine du paysage actuel, s’est produite il y a moins de 7 000 ans (6 845 ans). Cette éruption a été précédée d’événements précurseurs. En effet, quatre dômes disposés en demi cercle ont commencé a se mettre en place moins de 200 ans avant le cataclysme.  Lors d’une première phase, un évent central a propulsé vers le ciel d’énormes colonnes pliniennes répandant de grandes quantités de ponce et de cendres à des centaines de kilomètres, au Wyoming, au Nevada et en Colombie-Britanique. Puis, après un élargissement de la cheminée, mise en place d’ignimbrites. En fin de première phase, un premier effondrement de la caldeira survient. En deuxième phase, des évents multiples le long d’une faille bordière émettent des ignimbrites d’un volume estimé à 20 km3 qui s’ajoutent au 30 km3 en première phase. La violence de l’éruption vide progressivement la chambre magmatique, créant un énorme vide sous l’édifice. Les parois du réservoir ne pouvant plus supporter le poids du volcan, celles-ci s’affaissent petit à petit. Au final, l’éruption s’est clôturée par un nouvel effondrement atteignant plus de 1000 m d’ampleur totale, modifiant totalement le paysage en formant cette profonde caldeira.

Avec ses 594 m de profondeur, Crater Lake est parmi les lacs les plus profond des Etas Unis
(Photo : André Laurenti)

Cette éruption, 42 fois plus puissante que celle du Saint Helens en 1980, aurait atteint l’Indice d’Explosivité volcanique (V.E.I.) de 6 sur une échelle de 8, de quoi provoquer des perturbations climatiques.
Des siècles de pluie et de neige ont ensuite fini par remplir cette dépression fermée de 8 à 10 km de diamètre, créant le lac actuel d’une profondeur maximale de 594 m, faisant de Crater Lake, l’un des lacs le plus profond des Etats Unis.

Une éruption 42 fois plus puissante que le Saint Helens en 1980
(Photo : André Laurenti)

Crater Lake, l’île du Sorcier

A l’Ouest du lac figure une petite île dénommée Wizard Island, l’île du Sorcier, dotée d’un petit cratère à 2116 m d’altitude, 234 m au dessus du plan d’eau qui se trouve à 1882 m. Depuis l’éruption majeure, le volcanisme post-caldeira peu important, s’est limité à ce modeste cône andésitique, formé il y a environ 6 000 ans.
Plus à l’Ouest (à droite photo ci-dessous), entre l’île et la paroi de la caldeira, dans la zone appelée « Fumerole Bay », une activité hydrothermale rappelle que le volcan n’est pas vraiment éteint.
Au Nord du lac un autre cône appelé Merriam, n’est pas visible, car il est située à moins 148 m du plan d’eau.

L’île au Sorcier avec son petit cratère sommital situé à 234 m du plan d’eau
(Photo : André Laurenti)

Pinnacles Overlook

La route « Pinnacles Road » longeant le canyon Sand Creek, permet de voir les dépôts de ponce sous forme surprenante d’aiguilles. Lors de leur mise en place les couches de ponce en refroidissant ont libéré des vapeurs et des gaz au travers d’évents qui sous l’action chimique et la chaleur, cimentèrent et soudèrent les conduits. L’érosion faisant disparaître les parties tendres non consolidées, elle laisse à nos yeux ces aiguilles plus résistantes. Dans ce canyon, on distingue nettement les formations de ponces de couleur claire surmontées de cendres fines plus sombres d’une épaisseur de trois mètres.

Une caractéristique géologique avec cette formation ponceuse en aiguille
(Photo : André Laurenti)
A droite on distingue bien la couche claire de ponce et les cendres grises au dessus
(Photos : André Laurenti)

Des témoins de la grande éruption

Les traditions orales des tribus locales sont très proches des détails géologiques connus de l’éruption, ce qui laisse supposer que les peuplades anciennes ont été témoins de l’événement. Après l’éruption, la région est devenue un site rituel important avec des cérémonies.  Des activités privées existent encore aujourd’hui, comme elles le sont depuis des générations.
A l’occasion de fouilles, des archéologues ont découvert sous une couche de cendres du mont Mazama, 75 sandales dans une grotte près de Fort Rock, en Oregon. Cette découverte confirme bien que les peuples ancestraux ont été témoins de la grande éruption.

Après ces paysages époustouflants et des images plein les mirettes, nous passerons la nuit dans la ville de Portland et ferrons le 15 juillet, un aller retour au célèbre volcan Saint Helens.

Autres récits de ce même voyage réalisé en juillet 2016 :
Yellowstone : 1ère partie
Yellowstone : 2eme partie
Yellowstone : 3eme partie

Sources documentaires :
1 – Gourgaud Alain, Noblet Christophe, Jolivel Jean-Yves – Découverte géologique de l’ouest des USA – document pédagogique 2016 – 179 pages
2 – Documentation du parc

 

 

Yellowstone : les geysers (partie 3)

Nous ne pouvons pas quitter ce lieu sans avoir vu le spectacle qu’offrent les geysers et ils sont nombreux dans le parc. On en dénombre pas moins de 300, soit les deux tiers des geysers de la planète. Le terme de geyser a été emprunté aux Islandais, il provient de Geysir, le plus célèbre de ce pays nordique, signifiant jaillir.
A la surface de cet immense volcan, les sources bouillantes, les geysers, les mares de boue et les bouches de vapeur, témoignent de l’histoire géologique violente du Yellowstone. Je ne me lasse pas d’admirer ces arabesques dessinées autour de ces vasques fumantes. Aujourd’hui, pour ce dernier jour dans le parc, nous découvrirons l’incontournable district d’Old Faithful, le vieux fidèle.
Un geyser fonctionne par intermittence, cela grâce à des infiltrations d’eau en profondeur. Le chauffage de l’eau se fait à la base d’un conduit étroit et résistant, s’évasant à la surface, formant une vasque. Lorsque les conditions sont réunies, l’eau passe de l’état liquide à l’état gazeux. Mise sous pression, elle devient moins dense que l’eau froide qui la surmonte et se rapproche de la surface en se dilatant. La vaporisation de l’eau se produit lorsqu’elle atteint un niveau de température d’ébullition élevé. L’augmentation du volume dans le conduit expulse l’eau la surmontant, produisant l’éruption. Peu après, la pression diminue sur la colonne, la température d’ébullition diminue, provoquant une brusque vaporisation et marque la fin de l’éruption.

Caractéristiques hydrothermales de Yellowstone
(Photo de panneau : André Laurenti)

Le geyser Old Faithful

Celui qu’on appelle le vieux fidèle a été dénommé ainsi en raison de sa ponctualité. En fait, il jaillit en moyenne toutes les 90 minutes, pendant 1 à 5 minutes, expulsant 23 000 litres d’eau.
Au visitor center d’Old Faithful, les horaires d’éruptions sont affichées et comme le geyser est tout proche, les spectateurs sont très nombreux, il est donc difficile de s’en approcher. En prenant un peu de recul, le spectacle est aussi fascinant, avec en prime les personnages qui donnent une échelle .

Le spectacle du Vieux Fidèle attire énormément de touristes
(Photos : André Laurenti)

Le fait de connaître les horaires permet aux touristes de rester moins de temps sur le site. Ainsi, dès que l’on s’éloigne d’Old Faithful, les lieux sont moins fréquentés, car le Vieux Fidèle n’est pas l’unique geyser sur ce site, il y en existe une bonne quarantaine tous aussi élégants.

Geyser de type cône
(Photo : André Laurenti)
« Castle Geyser »
(Photo : André Laurenti)

Le Castle Geyser a été dénommé ainsi en raison de sa silhouette rappelant celle d’un château fort. Toutes les dix heures environ, ses projections peuvent atteindre les 27 m.

« Crested Pool » une belle cocarde tricolore
(Photo : André Laurenti)
« Belgian Pool »
(Photo : André Laurenti)

Ce bassin est une source chaude, appelé autrefois « Oyster Spring », il a été rebaptisé ainsi après qu’un touriste de Belgique ait trouvé la mort en tombant à l’intérieur en 1929. La température de l’eau dépasse les 80° C.

L’eau devient cristalline
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
« Lion Group »
(Photos : André Laurenti)

Lion Group est un ensemble de geysers de type cône, situé dans le complexe Geyser Hill. Il a été nommé ainsi en raison de son bruit rugissant lors de ses émissions de vapeur. Les éruptions peuvent atteindre 27 m et durer entre 1 et 7 minutes.

« Chromatic pool »
(Photo : André Laurenti)

Les couleurs vives de ce bassin et des canaux de ruissellements sont créées par des formes de vie microscopiques. Ces organismes survivent et prospèrent dans un environnement qui serait mortel pour nous et la plupart des autres êtres vivants.

La faune du parc

Les forêts, les vastes prairies verdoyantes et l’eau en abondance offrent un véritable jardin d’éden aux animaux. Les scènes pour nous Européen, ne manquent pas de pittoresque. En effet, au détour d’une colline, il n’est pas rare d’être arrêté sur la route par la traversée de bisons ou autres mammifères.

Yellowstone River
(Photo : André Laurenti)

Le parc de Yellowstone est le seul endroit des États Unis où le bison a vécu en permanence depuis la préhistoire. Il représente la plus grande population du pays sur des terres publiques et sont parmi les rares troupeaux qui n’ont pas été hybridés par croisement avec le bétail. La population de bisons a été estimée à 5 500 individus en août 2016, alors qu’il n’en restait que quelques dizaines au début du XXe siècle, victimes de la bêtise humaine. Ils errent librement dans le parc ainsi que dans quelques régions voisines du Montana. Ils ont des comportements sauvages comme leurs anciens ancêtres et ont tendance à se rassembler pendant la saison de reproduction. Cette protection réussie a permis de sauver l’espèce qui était au bord de l’extinction. Cependant, certains bisons du Yellowstone sont infectés par la brucellose, une maladie du bétail transmisible aux bisons sauvages et aux wapitis (1).

Les bisons n’étaient plus que quelques dizaines au début du XXe siècle
(Photo : André Laurenti)
Le poids de ces bêtes superbes, peut atteindre couramment une tonne
(Photo : André Laurenti)
Les bisons gardent malgré tout, un côté sauvage
(Photo : André Laurenti)

Nous avons pu observer aussi l’ours noir, il est l’espèce la plus répandue en Amérique du Nord. De 1910 à 1960, les gestionnaires du parc permettaient aux visiteurs de nourrir les ours noirs le long des routes. De nos jours c’est strictement interdit !

L’ours noir s’aventure en dehors de la forêt
(Photo : André Laurenti)
Le cerf mulet
(Photo : André Laurenti)
Le wapiti
(Photo : André Laurenti)

Le wapiti représente la plus grande population de grands mammifères avec plus de 15 000 têtes.

Sulphur Caldron

Nous prenons la direction du Sud afin d’atteindre en soirée la ville de Jackson. Mais au grè des kilomètres, on se nourrit encore jusqu’à la dernière miette, des manifestations les plus extravagantes de la planète.  En contre bas de la route reliant Canyon village au lac Yellowstone, cette marmite diabolique attire l’attention. Son contenu jaunâtre est le plus acide du parc, avec un pH proche de 1 à 2. Sulphur Caldron se trouve sur le bord d’une des zones actives du supervolcan. Les gaz riches en soufre, s’échappent de ce bassin redoutable, pourtant ce petit lac d’acide sulfurique regorge de vie. Les thermoacidophiles prospèrent dans cet environnement acide, mortel pour l’homme. Ils vivent dans ce liquide presque aussi acide que celui d’une batterie.

Sulphur Caldron
(Photo : André Laurenti)
Des bulles soufrées aux odeurs d’œufs pourris
(Photo : André Laurenti)

Dragons Mouth Spring

Un peu plus loin, se présente une caverne renfermant une source chaude turbulente. On a donné le nom à cette grotte vers 1912, en raison de l’eau qui jaillissait fréquemment comme la langue d’un dragon. Les grondements sont causés par la vapeur et les gaz. Lorsque l’eau chaude monte à la surface, le sulfure d’hydrogène, le dioxyde de carbone et les gaz se dilatent créant une explosion dans la caverne.

Dragons Mouth Spring
(Photo : André Laurenti)
Mud Volcano Area
(Photo : André Laurenti)

D’un océan à l’autre

Nous poursuivons la visite en nous rendant sur les rives du lac de Yellowstone, une vaste étendue d’eau bordée à l’Est par la chaîne montagneuse Absaroka. D’une superficie de 360 km2, elle représente le plus grand lac naturel d’altitude (2 357 m) d’Amérique du Nord. Sa profondeur maximale est de 118 mètres, il est traversé du Sud au Nord par la rivière Yellowstone. Il y a environ 150 000 ans, une explosion volcanique a formé la petite caldeira maintenant connue sous ce nom.

Lac de Yellowstone
(Photo : André Laurenti)

Les recherches récentes effectuées par le Dr. Val Klump du « Center for Great Lakes Research » de l’université de Wisconsin, ont révolutionné la façon de voir ce lac. Si l’on vidait son eau, on découvrirait  un fond semblable à celui du parc du Yellowstone, c’est à dire des sources chaudes, des geysers et de profonds canyons. Grâce à un petit robot submersible, les chercheurs ont découvert un canyon juste à l’Est de l’île de Stevenson, profond de 118 mètres. Ils ont également constaté sous l’eau que les conditions sont similaires à celles observées sur les évents hydrothermaux de la ride océanique du Pacifique.
On pense que le lac Yellowstone a d’abord drainé vers le Sud dans l’océan Pacifique, via la Snake River. Actuellement l’eau se dirige vers le Nord par la rivière Yellowstone pour finir dans l’océan Atlantique.

Le lac au fond semblable à celui du parc
(Photo : André Laurenti)

West Thumb Geyser Basin

Ce district est l’un des plus petit du parc de Yellowstone, mais il est considéré comme le plus pittoresque en raison de sa proximité avec lac. Geysers et vasques colorées s’avancent vers les eaux bleues du lac. Il regroupe des sources chaudes, des bassins, des marmites de boue, des fumerolles et des geysers. Le nom de West Thumb a été donné par l’expédition de Washburn en 1870. Le site était également connu sous le nom de Hot Spring Camp.
Depuis le milieu des années 1970, West Thumb a diminué en activité thermique. Certaines températures se sont refroidies dans le bassin, permettant la croissance de grandes colonies d’algues et de cyanobactéries. En conséquence, de grandes étendues microbiennes nouvellement formées, s’épanouissent sur les canaux de ruissellement et tout au long des bords des bassins.

The Painted Pool
(Photo : André Laurenti)
Le district le plus pittoresque du parc
(Photo : André Laurenti)
« Abyss Pool » est un bassin de 12 x 23 m pour une profondeur de 9 m et une température de 55°
(Photo : André Laurenti)
Black Pool
(Photo : André Laurenti)

Les eaux transparentes de Black Pool atteignent les 55°. Avec ses dimensions de 12 x 23 m pour une profondeur de 9 m, il représente le plus grand bassin de ce district. Sa basse température favorise la présence d’algues et de cyanobactéries qui donnent cette couleur orange.

Déversement des eaux du Black Pool vers le lac Yellowstone
(Photo : André Laurenti)
Big Cone
(Photo : André Laurenti)
Lakeshore Geyser était actif au début des années 2000
(Photo : André Laurenti)

La température de Lakeshore Geyser est de 92°. Ce geyser un peu paresseux connaît de longues périodes de repos et donc les prédictions de ses éruptions sont difficiles. Quand il est éveillé et en forme, la colonne d’eau peut atteindre entre 6 et 9 m de hauteur et diminue progressivement après dix minutes.

« Fishing cone »
(Photo : André Laurenti)

« Fishing cone » ou cône de pêche est le plus célèbre de ce site, haut de 0,90 m, il possède une température interne de 76°. Les premiers explorateurs pêchaient dans le lac à partir de ce cône. Ils profitaient de cette aubaine pour plonger directement leur prise dans l’évent sans la décrocher de l’hameçon, afin de cuire le poisson à l’étuvée. Une excellente manière de savourer la truite sur place. Depuis, cette activité n’est plus autorisée pour ne pas endommager le site. Le cône de pêche est habituellement inondé jusqu’au début de l’été, au niveau de son activité, il a éclaté à plusieurs reprises dans les années 1920 et 1930. L’eau froide du lac a modifié son comportement éruptif. 

Blue Funnel Spring
(Photo : André Laurenti)

Ainsi s’achève cette « ruée vers Yellowstone », un sacré hommage à la nature et à la vie sauvage, une exubérance géologique de plus à notre actif. On a certes, beaucoup roulé dans ce parc grand comme la Corse, mais ça valait bien une telle équipée explosive sur cette terre brûlante.

Source :

1 – National Park Service

Yellowstone : l’œuvre du bâtisseur (partie 2)

Poursuite de la visite

Nous passerons quatre jours dans le parc du Yellowstone, l’un des points forts de ce périple dans l’Ouest des États Unis. Nous logeons à Island Park, une petite localité située dans l’état de l’Idaho, à environ une trentaine de kilomètres de l’entrée Ouest du parc. Par la route 20, nous franchissons tous les jours le Targhee pass (2 156 m d’alt.) un col qui marque la ligne de partage des eaux entre le Sud-Est Idaho et le Sud-Ouest de l’état du Montana, mais aussi entre le Pacifique et l’Atlantique. Juste au Nord du col se trouve le lac Hebgen, il sert de réservoir à la Madison River. Celle-ci est un affluent du Missouri qui lui se connecte en aval au fleuve Mississippi. Un long voyage débouchant au final dans le golfe du Mexique.

Sur les rives de la Madison River
(Photo : André Laurenti)

Je suis impatient de retrouver les battements de ce monde fascinant. De jour en jour, nous allons de découverte en étonnement, je ne sais plus où donner de l’objectif.
Par petites touches, les geysers déposent  autour des bassins de fines particules de silice. Cette fragile peau se cristallise, se fige sur l’eau bouillante et façonne des décors de dentelle.
Les sels minéraux dissous et les minuscules organismes (bactéries, algues) vivant dans des conditions extrêmes, apportent leur touche magique de coloris, évoquant la palette d’un peintre. L’artiste compose et jongle avec les couleurs, créant des œuvres aux noms évocateurs : source émeraude, piscine de cuir, fontaine pot de peinture, source de porcelaine etc… chaque pas est un véritable enchantement.

Les dépôts de silice édifient de mini restanques
(Photo : André Laurenti)

Volcanisme de point chaud

Yellowstone est considéré comme étant un volcanisme de point chaud, nommé aussi point chaud de « Snake River Plain Yellowstone ». Il serait à’origine d’une série de caldeiras, dont « Island Park Caldera », la « Henry’s Fork Caldera » et la « Bruneau-Jarbidge », qui ont formé la zone volcanique de Snake River Plain. Le point chaud se situe actuellement sous la caldeira de Yellowstone. La carte ci-dessous, montre la migration de la plaque tectonique vers l’Ouest jusqu’à 14 Ma avec un changement de direction entraînant un déplacement Sud-Ouest de 12 Ma à aujourd’hui . Des travaux récents ont montré que l’ensemble de ce volcanisme a été influencé depuis 20 Ma, par la subduction (1).

Évolution dans le temps du point chaud de Yellowstone
(Source : document pédagogique (1))

Sheepeater Cliff

Avant de nous rendre à « Mammoth Hot Springs » un peu plus au Nord, nous faisons une halte pique nique à « Sheepearter Cliff ». On s’installe au pied d’une paroi composée d’orgues basaltiques formées par une coulée de lave, il y a environ 500 000 ans. Ces colonnes représentent la principale attraction du site.

Les colonnes basaltiques de « Cheepeater Cliffs »
(Photo : André Laurenti)
Détail des orgues basaltiques
(Photo : André Laurenti)

Au pied de cette paroi, des centaines de blocs de colonnes effondrées offrent d’excellents abris à une faune plutôt curieuse, habituée à la présence humaine. Une marmotte à ventre jaune, prend elle aussi la pose déjeuner. Elle partage son territoire avec un spermophile rayé que nous rencontrons un peu partout durant ce voyage.

Le petit spermophile rayé observe depuis un bloc de colonne basaltique
(Photo : André Laurenti)
La marmotte à ventre jaune
(Photo : André Laurenti)

Mammoth Hot Springs

Une autre forme de paysage remarquable observé à Yellowstone, c’est bien le grand complexe de sources chaudes de « Mammoth Hot Springs ». L »eau chargée en dioxyde de carbone riche en acide, dissout le calcaire contenu dans les roches. Ainsi, pendant des milliers d’années, ces eaux chargées en carbonate de calcium ont déposé sur une colline leur chimie, bâtissant ainsi en cristallisant, des terrasses de calcaire et des vasques appelées travertins. Par endroit, en ajoutant à l’eau une pincée d’oxyde de fer, les travertins prennent des teintes plus chaudes en rouge. Dans ce site une fois de plus exceptionnel, une centaine de sources dépose plusieurs tonnes de calcaire pas jour. Mammoth compose avec la météo et les saisons, le spectacle n’est jamais le même, suivant les périodes et le volume d’eau.

Sur le site de « Mammoth Hot Springs » plusieurs tonnes de calcaire se déposent par jour
(Photo : André Laurenti)
Circonstance fatale
(Photo : André Laurenti)
Lower terraces – « Mammoth Hot Springs »
(Photo : André Laurenti)
Les travertins de « Mammoth hot Springs »
(Photo : André Laurenti)
« Canary Spring »
(Photo : André Laurenti)
Concrétions et vasque de « Canary Spring »
(Photo : André Laurenti)
Terre fragile et vaporeuse, en équilibre
(Photo : André Laurenti)

Ce complexe se situe en dehors de la limite de la caldeira. Cependant, on considère qu’il en fait partie car l’eau chaude qui alimente Mammoth proviendrait de « Norris Geyser Basin », après avoir cheminé en souterrain vers le Nord, le long d’une ligne de faille, parallèle à la Grand Loop Road (N°89), de Norris à Mammoth. Durant son transport, cette eau surchauffée se refroidit légèrement avant de faire surface à Mammoth (env. 80° c).

Vasques minérales étonnantes à observer
(Photo : André Laurenti)
Ces dépôts de dentelles semblent artificiels et pourtant…
(Photo : André Laurenti)
Ce paysage semble être une photo en noir et blanc colorisée
(Photo : André Laurenti)
« Mound and Jupiter Terraces »
(Photo : André Laurenti)
Terrasses en travertin
(Photo : André Laurenti)
Étrange formation naturelle
(Photo : André Laurenti)
Ruissellement pétrifié
(Photo : André Laurenti)
Il n’est pas rare de voir, les pattes dans l’eau chaude, s’aventurer le pluvier Kildir
(Photo : André Laurenti)

Non loin de là, au pied de la colline, se trouve le « Liberty Cap » une curieuse formation de pierre de 3 mètres de hauteur, ressemblant à un menhir d’Obélix. Il s’agit du dépôt d’une ancienne source jaillissante, un peu comme une stalagmite, mais au lieu de se former par la chute lente et continue de goutte d’eau calcaire, celle-ci s’est formée par le bas, grâce à la remontée en surface d’une source chaude.
Une mission d’exploration géologique de 1871 donna le nom de bonnet de la liberté, rappelant le bonnet phrygien symbole de la révolution française, mais qui a été aussi la représentation de la liberté lors de la guerre d’indépendance aux États Unis.

« Liberty Cap » haut de 3,00 m
(Photo : André Laurenti)
« White Dome Geyser » montre comment c’est formé le menhir de « Liberty Cap »
(Photo : André Laurenti)

Yellowstone River

La rivière Yellowstone est un affluent du Missouri, la longueur de son cours est de 1050 km. Elle s’écoule en ce lieu, dans un profond canyon long de 39 km et d’une profondeur variant de 240 à 370 m. Sa largeur est de 400 m dans sa partie la plus étroite, et 1200 m dans sa section la plus grande. La coupe de cette gorge est en forme de V, classique de type fluvial plutôt que glaciaire.  Les couleurs des parois sont le résultat d’altération. Les gaz acides ont altéré les roches, les transformant en argiles colorées où domine le jaune. On peut voir plusieurs geysers jaillissant dans cette rivière. L’eau érode les terrains altérés creusant davantage la gorge. Dans ce paysage géologiquement actif, les différents bassins du parc tombent abruptement en escalier dans plus d’une centaine d’endroits. En amont des chutes se sont formées à la jonction d’une coulée de lave et de sédiments lacustres glaciaires.
Un chemin aménagé comportant 328 marches permet d’approcher les Lower Falls.

La rivière Yellowstone plonge ici de 95 mètres
(Photo : André Laurenti)
La puissance de l’eau érode les terrains altérés et creuse davantage la gorge
(Photo : André Laurenti)
le canyon de la Yellowstone River
(Photo : André Laurenti)
Point de vue « Upper Falls »
(Photo : André Laurenti)

Les basaltes sous forme d’intrusions appelées sills, sont visibles dans le grand canyon du Yellowstone près de Tower Falls, à l’endroit où la rivière érode les roches tendres et altérées. Un sill est par définition une couche de roche magmatique qui s’est infiltrée horizontalement entre les couches plus anciennes de roches. Les prismes se développent perpendiculaires aux surfaces de refroidissement (1).

Les orgues basaltiques près de Tower Falls
(Photo : André Laurenti)
Écroulement d’une colonne basaltique
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Fountain Paint Pot

Le district appelé « Lower Geyser Basin », avec la fontaine Pot de Peinture est une partie située sur des sédiments glaciaires instables au dessus de roche solide.
Le geyser de Clepysdra est presque en activité permanente. Il prend du repos lorsque ses voisins sont en éruption.

Un bosquet de pins tordus a été envahi par les sources chaudes
(Photo : André Laurenti)
Le geyser de Clepsydra
(Photo : André Laurenti)
Bulle en train d’éclater
(Photo : André Laurenti)
Éclatement d’une bulle de boue
(Photo : André Laurenti)

Une mare de boue varie selon les saisons. Au début de l’été, les boues sont minces et aqueuses par les pluies et la neige abondante. Vers la fin de l’été les boues sont plus épaisses. Ce type de source brasse une soupe composée de minéraux argileux et de fines particules de silice.
La rhyolite de la région est principalement composée de quartz et de feldspath. Les acides des vapeurs et de l’eau de ce milieu, altèrent le feldspath dans un minéral argileux appelé kaolinite.
La tribu indienne Crow avait l’habitude de peindre leurs tipis avec cette boue.

Silex Spring
(Photo : André Laurenti)
Le « Great Fountain Geyser »
(Photo : André Laurenti)
Les abords du « Great Fountain Geyser »
(Photo : André Laurenti)

Le « Great Fountain Geyser » est un geyser de type fontaine, situé proche du lac Firehole et de « Lower Geyser Basin ». Il jaillit toutes les 9 à 15 heures et sa hauteur maximale selon sa forme, varie entre 23 et 67 mètres. Sa durée est habituellement d’environ une heure, mais il est capable de jouer les prolongations et dépasser plus de deux heures.

A suivre voir la partie 3

Sources documentaires :

1 – Gourgaud Alain, Noblet Christophe, Jolivel Jean-Yves – Découverte géologique de l’ouest des USA – document pédagogique 2016 – 179 pages

Yellowstone : la palette de l’artiste (partie 1)

La découverte géologique de notre planète s’est poursuivie cette fois après la Namibie, sur la côte Ouest des États Unis d’Amérique. Un milieu extrêmement fascinant où la nature s’est exprimée sans limite.  Du 12 juillet au 7 août 2016, un stage a été proposé par l’association « Méta Odos » animé par Jean-Yves Jolivel, avec comme intervenants de qualité : Alain Gourgaud Professeur Émérite en géologie/volcanologie à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand et Christophe Noblet gérant de Géo-Explor et Géo formation, présent également au stage du Sultanat d’Oman.
Ce voyage nous a conduit inévitablement dans le célèbre parc national du Yellowstone. Un nom évocateur traduisant la couleur de la roche dans les affleurements de ses canyons. Mondialement connu, il s’agit du plus ancien parc protégé des États Unis depuis le 1er mars 1872. Il se situe sur un vaste plateau culminant à plus de 2 000 m d’altitude et se répartit sur trois états : le Wyoming à 91%, le Montana à 7,6% et l’Idaho à 1,4%. Le 8 septembre 1978, il a été intégré au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carte du parc du Yellowstone (Source : US)
Carte du parc du Yellowstone avec ses cinq entrées
(Source : U.S.G.S.)

Un supervolcan

Yellowstone est plutôt connu pour ses paysages d’une exceptionnelle beauté, et pourtant ! A partir des années 1960 des recherches géologiques ont mis en évidence que le site s’inscrit dans une gigantesque caldeira. Cet immense complexe hydrothermal, plus vaste que la Corse, avec ses 8 983 km2 conserve une grande collection de fonctionnalités hydrothermales dans une débauche de couleurs exubérantes. On dénombre pas moins de 300 geysers et environ 10 000 sources d’eau chaude et marmites de boue. Ce chaudron géant est animé par l’un des plus grands systèmes volcaniques actifs de la planète. En effet, il s’agit d’un volcan bouclier ignimbritique aux pentes faibles et doté d’une chambre magmatique de grande dimension. La topographie du site est ennoyée par des volumes d’ignimbrites très importants. Yellowstone est considéré comme étant un « supervolcan » c’est à dire un appareil qui a produit des volumes de matériel pyroclastique considérable, atteignant des milliers de km3 et ayant affecté le climat de la planète (2).

Porcelain Basin (Photo : André Laurenti)
« Porcelain Basin » dans le district des « Norris Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)

Les phases éruptives historiques majeures

L’histoire du volcanisme du Yellowstone se résume en trois phases éruptives majeures connues, comprises entre – 2 millions et – 600 000 ans.
La première a produit le tuf de « Huckleberry », il y a environ – 2.1 Ma avec un volume émis de 2 450 km3, comme si on recouvrait notre hexagone par 3,80 mètres de dépôts volcaniques. Cette méga-éruption a généré une caldeira de 75 à 95 x 40 à 60 km.
La seconde moins importante, a produit le tuf de Mesa Falls, il y a -1,3 Ma, éjectant 280 km3 de matière donnant une caldeira de 16 km de diamètre (Henry’s Fork Caldera).
Et enfin, la troisième a produit le tuf de Lava Creek, il y a – 640 000 ans avec un volume émis de 1 000 km3 plus modeste que la première, recouvrant tout de même de 1,6 mètres un territoire grand comme la France. Cette éruption a formé la caldeira actuelle grande de 85 x 45 km (2).
Depuis cette dernière grande éruption, il y a eu 23 petites éruptions dont la plus récente remonte à 70 000 ans.

Un milieu palpitant et bien vivant
(Photo : André Laurenti)

Sous le couvercle de la marmite

Avec un tel curriculum vitae, on a pourtant pas l’impression d’évoluer dans la caldeira d’un « supervolcan ». Hormis l’activité hydrothermale, on ne devine pas la présence de cône volcanique, mais plutôt un paysage verdoyant au relief tout en douceur. En fait, il faut plutôt voir ce qui sommeille sous le couvercle de cette gigantesque marmite. A l’aplomb du Yellowstone, le panache mantellique s’étale et affecte une grande zone. Depuis ce panache, le magma percole vers la surface et vient se stocker dans une chambre magmatique très alimentée, située sous une fine croûte comprise entre 8 et 10 km d’épaisseur seulement.  Dans ce réservoir bimodal on distingue tout en haut les rhyolites et le basalte en fond de cuve. Lors d’une éruption, c’est la rhyolite qui sortira en premier, les émissions de basalte marqueront la fin de l’éruption. Les relevés suggèrent que le volume du magma est de 15 000 km3, mais qu’il est pour l’essentiel cristallisé, seul 10 à 15 % du volume demeure fondus. Cette quantité serait toutefois suffisante pour générer une éruption d’intensité 8 sur l’échelle VEI (Volcanic Explosivity Index), mais il faudrait pour cela certaines conditions, notamment que la matière soit rassemblée au sommet de la cloche magmatique et qu’elle contienne suffisamment de gaz dissous pour devenir éruptif (2).

Structure profonde de Yellowstone
(Source : document pédagogique (2))
Paysage serein sur une marmite infernale
(Photo : André Laurenti)

Une caldeira sous surveillance

Toutefois, Yellowstone reste sous haute surveillance. Depuis le début des mesures en 1920, des déformations en surface sont régulièrement observées modifiant la topologie du terrain. En effet,  la caldeira définie comme étant résurgente, a connu un gonflement d’environ 1 m jusqu’en 1985, puis entre 1985 et 1995, une subsidence de 20 cm. A partir de 1996, le secteur du bassin hydrothermal de Norris a connu une surrection de 12 cm pendant que le reste de la caldeira connaissait une subsidence de 3 cm jusqu’en 2002-2003. Puis entre 2004 et 2006, la partie Nord-Ouest de la caldeira qui avait gonflé, a connu une subsidence de 8 cm pendant que la partie centrale a connu un gonflement de 16 cm et qui se poursuit encore aujourd’hui (2).
Malgré ces spasmes récurrents, les séismes et les phénomènes géothermiques, une éruption majeure n’est pas d’actualité, il est donc temps d’en profiter et de savourer pleinement ces paysages magiques.

La caldeira est surveillée régulièrement
(Photo : André Laurenti)

Norris Geyser Basin

Dans le parc du Yellowstone, nous débutons notre visite par « Norris Geyser Basin ». Il s’agit de la zone thermale la plus chaude et la plus changeante du site. Dans ce district figure le « Steamboat Geyser » le geyser actif parmi les plus hauts au monde, quand il le veut bien. On y découvre également des sources chaudes colorées et une vie microscopique dans l’un des environnements les plus extrêmes de la planète.
A partir du « Norris Museum » deux chemins partent en boucle et permettent de découvrir en sécurité ce lieu bien étrange.

« Steamboat Geyser » figure parmi les plus hauts geysers au monde, atteignant des hauteurs supérieures à 90 m, sa dernière grande éruption a eu lieu en 2005 et ignore la prochaine
(Photo : André Laurenti)
« Emerald Spring »
(Photo : André Laurenti)
Cistern Spring dans le site de Norris Geyser Basin (Photo : André Laurenti)
« Cistern Spring » se situe dans les « Norris Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)
Cistern Spring (Photo : André Laurenti)
Les débordements d’eau chaude et acide de « Cistern Spring » font mourir les pins tordus à proximité du bassin
(Photo : André Laurenti)

Dès les premiers pas, les odeurs piquantes et des vapeurs sifflantes nous plongent dans l’ambiance.  « Cistern Spring » et « Steamboat Geyser » attirent notre attention. Ce dernier qui se traduit par « geyser bateau à vapeur », est situé un peu plus en hauteur et serait relié en profondeur à « Cistern Spring ». Lors d’une éruption majeure du « Steamboat », l’eau du bassin de son voisin s’est drainée. En temps normal, Cistern possède une belle eau bleue qui se déverse  continuellement sur ses bords. Cette eau riche en silice se répand dans la forêt de pins tordus (pinus contorda) depuis 1965.  L’acide et la chaleur tuent les conifères, la végétation recule, mais celle-ci reprend très vite sa place dans les endroits où l’activité thermique a diminué ou disparu.

Black Pit Spring (Photo : André Laurenti)
« Black Pit Spring »
(Photo : André Laurenti)
L’eau grisâtre bouillonne dans cette marmite infernale
(Photo : André Laurenti)
Le fer, l'arsenic, le manganèse et l'aluminium se trouvent dans les dépôt d'Echinus Geyser hautement acide. Tout comme son voisin le Steamboat Geyser, il jaillit rarement (Photo : André Laurenti)
Le fer, l’arsenic, le manganèse et l’aluminium se trouvent dans les dépôts d’Echinus Geyser hautement acides. Tout comme son voisin le Steamboat Geyser, son activité est imprévisible
(Photo : André Laurenti)

Le bassin d »Echinus Geyser » est acide avec un pH de son eau allant de 3,3 à 3,6. Il  est assez paresseux, de 1878 à 1948 ce geyser a rarement été actif. Depuis, il fluctue selon son humeur, entre des périodes d’activité et de repos.  Il s’est manifesté assez régulièrement au cours des années 1990 en éclatant toutes les 35 à 75 mn, propulsant ses eaux entre 12 et 18 mètres de hauteur et invitant par la même occasion, les foules à son spectacle. A la fin de l’année 1998, ce geyser a modifié son activité devenant totalement imprévisible.

Plastic water
(Photo et titre : André Laurenti)
Perfect crater
(Photo et titre : André Laurenti)

Milieu extrême

« Norris Geyser bassin » est le district le plus chaud de Yellowstone. Les bassins contiennent des formes de vie primitives, des micro-organismes capables de résister dans des conditions extrêmes. Ils survivent à de fortes chaleur pouvant dépasser les 100° et aussi à un milieu très acide qui tuent instantanément la plupart des autres formes de vie. Ces bactéries thermophiles sont à l’origine de certaines couleurs étonnantes de ce site en perpétuelle métamorphose.

Hurricane Vent (Photo : André Laurenti)
« Hurricane Vent »
(Photo : André Laurenti)
Dans ce milieu la végétation est en souffrance (Photo : André Laurenti)
Dans ce milieu extrêmement acide, la végétation est en souffrance
(Photo : André Laurenti)
« Porcelain Basin »
(Photo : André Laurenti)
Résistance végétale
(Photo : André Laurenti)
A « Porcelain basin » les eaux de débordement sont souvent colorées par des minéraux et la présence d’algues
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

La palette de l’artiste

La couleur laiteuse du minéral déposé dans ce secteur a inspiré la désignation de bassin de porcelaine. Les particules de silice sont remontées à la surface par les eaux chaudes et se déposent sur les zones plates sous l’effet du refroidissement des eaux. Ce lieu palpitant est en perpétuel changement. Au fil des pas, je découvre cet immense tableau naturel, une palette où l’artiste puise et compose à sa guise cette œuvre scientifique.

Narines de porcelaine
(Photo et titre : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Dans un patchwork de couleur, le mini geyser projette des étincelles d’eau 
(Photo : André Laurenti)
Un peu partout des nuances de couleurs semblent artificielles
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Les dépôts de geyserite s’accumulent très lentement, moins de 2.5 cm par siècle. La geyserite la plus ancienne est de couleur grise, tandis que la plus récente est blanche.

La palette de Porcelain Basin
(Photo : André Laurenti)

Quand la terre vibre à Yellowstone

Ces fluctuations du sol rappellent celles des champs Phlégréens de la baie de Naples, évoquées sur ce blog.
Chaque année, plus de mille séismes de faible magnitude sont enregistrés dans la caldeira. Le 30 mars 2014 un séisme de magnitude 4.7 a été détecté à seulement 6 km au Nord-Est de Norris Geyser Basin. Il s’agit de la plus forte secousse enregistrée depuis 1980 (2).
En juin 2017, le réseau sismique de l’Université de l’Utah a enregistré plus de 1170 séismes. Parmi cette séquence le plus fort a atteint le 16 juin, la magnitude de 4.4.
L’énergie d’un tremblement de terre peut entraîner des modifications dans le sol. Ainsi, ces changements sont susceptibles d’affecter l’approvisionnement en eau  des sources chaudes. La survenance d’un séisme peut détourner l’eau d’un bassin, l’amenant même à se tarir et également augmenter ou diminuer la température de l’eau. Après le tremblement de terre d’Hebgen lac le 17 août 1959, tous ces changements ont été observés dans divers endroits des bassins de geyser Firehole River. L’épicentre de ce puissant séisme de magnitude 7.3, a été établi à environ 50 km au nord-ouest de cette zone. Il a causé un glissement de terrain estimé a 80 millions de tonnes, tuant 28 campeurs installés le long du lac Hebgen.

Petites terrasses de geyserite
(Photo : André Laurenti)

Visite de Midway Geyser Basin

Le site actif de « Midway Geyser Basin » est le plus visité. Il regroupe « Turquoise Pool », « Opal Pool », et les deux immenses geysers l’Excelsior Geyser (90 mètres de diamètre)  et l’emblématique « Grand Prismatic Spring » (112 mètres de diamètre).

Dans les années 1880 « Excelsior Geyser » a jailli en rafales entre 15 à 90 m de haut. La violence de l’éruption a formé le cratère déchiqueté actuel et a rompu système d’alimentation souterrain du geyser, provoquant l’arrêt des éruptions à partir de 1890. Excelsior devient une simple source chaude.
Le 14 septembre 1985, Excelsior reprend un peu de vigueur avec un jaillissement de 9 m de hauteur. Il est impossible de prévoir quand la prochaine éruption puissante de ce geyser se produira.

« Excelsior Geyser » dans le district de « Midway Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)

Bien que ses éruptions sont irrégulières, Excelsior a un débit constant avec plus de 15 000 litres d’eau à 93° par minute, une eau que se déverse en contre bas dans la rivière Firehole.

L’eau de l’Excelsior se déverse dans la rivière Firehole.
(Photo : André Laurenti)

Le Grand Prismatic profond de 37 mètres, représente la plus grande source chaude de Yellowstone et la troisième du monde. Plusieurs milliers de litres montent des profondeurs de la terre toutes les minutes. Les années précédentes, il était possible d’avoir une vue d’ensemble sur cette merveille en prenant un peu de hauteur. Le chemin qui conduit à un balcon dominant le Prismatic  a été fermé au public en 2016 pour des raisons de travaux.

Le Grand Prismatic est profond d’environ 37 mètres
(Photo : André Laurenti)
Plusieurs milliers de litres montent des profondeurs du « Grand Prismatic » chaque minute
(Photo : André Laurenti)
Le Grand Prismatic Spring vu du sol
(Photo : André Laurenti)
Heureusement « Google » est là pour voir de plus haut
(Source : Google Maps 2016)

Le « Grand Prismatic spring » reste la source chaude la plus remarquable, la plus vaste dans une débauche de couleurs, une splendeur presque irréelle.

Un milieu qui se respecte

Les zones actives sont généralement bien aménagées, mais elles sont de plus en plus fréquentées par de trop nombreux touristes. Malgré les recommandations, les accidents surviennent quand même et le seront probablement davantage. L’année 2016 a vu la disparition dramatique d’un jeune homme de Porthland, en voulant quitter les chemins aménagés, il a chuté dans un bassin, son corps s’est entièrement dissous dans les eaux acides d’une des marmites des « Norris Geyser basin »(1).

A suivre : voir la partie 2

Sources documentaires :

1 – Lascar Olivier – « Il tombe dans une source acide de Yellowstone : son corps est entièrement dissous » – Sciences et Avenir – publié le 9 juin 2016.

2 – Gourgaud Alain, Noblet Christophe, Jolivel Jean-Yves – Découverte géologique de l’ouest des USA – document pédagogique 2016 – 179 pages

Hawaii (Etats Unis)

Cap sur Hawaii

Décembre 1999 – janvier 2000

Récit de : André Laurenti – voyage effectué avec « Aventure et Volcans »

L’archipel d’Hawaii représente le cinquantième état des États Unis et le plus méridional. Il se situe à 3 900 km au sud-ouest de San Francisco en plein océan Pacifique. Comportant plus de 120 îles, elles sont à 100% d’origine volcanique, elles évoluent selon la théorie des points chauds.
On a l’habitude de voir se former les volcans sur les frontières de plaques, dans des zones de subduction, ou bien sur des dorsales ou encore sur des zones de rift. C’est ce qu’on appelle le volcanisme interplaque. Hawaii c’est différent, on a à faire à un volcanisme original qui se manifeste au centre d’une plaque, c’est un volcanisme intraplaque qu’on appelle points chauds ou « hot spot ». Les îles Hawaii font toute partie d’une immense chaîne de volcans qui a débuté dans la fosse du Kamtchatka et s’étire sur plus de 6 000 km. Ce gigantesque chapelet comprend la chaîne Hawaii longue de 3 500 km et la chaîne des îles Empereur 2 500 km. Il a fallu plus de 70 MA pour ériger cet archipel. Pendant les 22 premiers millions d’années la chaîne des îles Empereur s’est formée selon une direction Nord – Sud. Un changement de direction est visible à partir de 45 MA. Les îles s’alignent désormais suivant un axe Sud-Est Nord-Ouest. Cette usine à volcans poursuit son travail, le tout dernier s’appelle le Loihi, il est encore sous-marin à – 925 m.

(Carte réalisée par : André Laurenti)
(Carte réalisée par : André Laurenti)

Actuellement, il est admis que ces points chauds ont leur source à une profondeur d’environ 2 900 km. Cette alimentation fixe perfore comme un chalumeaux la croûte terrestre qui dérive vers le nord-ouest, entraînant dans le temps tout le chapelet d’îles. Ainsi le volcan qui s’éloigne du point chaud sera définitivement déconnecté et cessera donc son activité. Pour l’heure, seule « Big Island » possède une activité volcanique. Elle se concentre au sud-ouest de la ville principale d’Hilo. Quant au tout dernier rejeton, le Loihi pas encore visible, il est très proche de la grande île. Une fois sortie de l’eau, il grandira comme les autres et probablement viendra se souder à « Big Island ».

Avec le traditionnel collier de fleurs autour du cou et les voitures à rallonge, on baigne tout de suite dans l'ambiance. (Photo : André Laurenti)
Avec le traditionnel collier de fleurs autour du cou et les voitures à rallonge, on baigne tout de suite dans l’ambiance.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Honolulu une capitale cosmopolite et touristique
(Photo : André Laurenti)

Hawaii… un nom qui fait rêver, une destination mythique surtout pour les amateurs de surf et de vagues géantes.
Après vingt heures de vol depuis l’hexagone via Los Angeles, l’arrivée dans la nuit moite à l’aéroport d’Honolulu sur l’île d’Oahu « l’île capitale », est déjà une promesse de bonheur. Avec le traditionnel collier de fleurs autour du cou et les voitures à rallonge, on baigne tout de suite dans l’ambiance. Honolulu est en quelque sorte la vitrine de l’Hawaii moderne, une capitale cosmopolite et touristique, une forêt de buildings face aux plages de Waikiki. Pourtant, cette célèbre plage n’est pas la plus belle, ni la plus surprenante.

Honolulu est en quelque sorte la vitrine de l'Hawaii moderne. (Photo : André Laurenti)
Honolulu est en quelque sorte la vitrine de l’Hawaii moderne.
(Photo : André Laurenti)
A l'est d'Honolulu, le volcan "Diamond head" tête de diamant. Il offre depuis son sommet un magnifique panorama sur Waikiki et la côte sud d'Oahu. (Photo : André Laurenti)
A l’est d’Honolulu, le volcan « Diamond head » tête de diamant. Il offre depuis son sommet un magnifique panorama sur Waikiki et la côte sud d’Oahu.
(Photo : André Laurenti)
Hawaii est avant tout le pays du surf. (Photo : André Laurenti)
Hawaii est avant tout le pays du surf.
(Photo : André Laurenti)

Pour ma part, j’ai un penchant pour la plus grande des îles, Big island appelée aussi l’île aux orchidées. Elle est à elle seule, un sanctuaire où la nature en action s’offre dans toute son authenticité, au regard des passionnés. Elle est peu touchée par le tourisme, ce qui constitue déjà un atout majeur, elle est recouverte en partie d’une végétation luxuriante et pour couronner le tout, c’est elle qui a le privilège de concentrer l’activité volcanique de tout l’archipel, un véritable paradis pour les volcanophiles.

Sur la côte ouest de Big Island, les vestiges d'un ancien cratère s'ouvre vers le Pacifique, la plage d'un aspect verdâtre est constellée d'olivine. (Photo : André Laurenti)
Sur la côte ouest de Big Island, les vestiges d’un ancien cratère s’ouvre vers le Pacifique, la plage d’un aspect verdâtre est constellée d’olivine.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

A vingt minutes de vol d’Honolulu l’avion se pose sur la piste de l’aéroport d’Hilo, la ville principale située sur la côte est de Big Island. Enchâssée dans sa baie, la ville est protégée des colères du Pacifique par de puissantes digues érigées à la suite d’un tsunami dévastateur le 1er avril 1946. Sur cette île, l’homme n’est pas maître, il est simplement toléré par la Déesse Pelé (déesse du Feu). Pour certaines communautés de l’île, cette divinité est bien plus qu’un mythe. Les légendes la décrivent comme une femme tantôt jeune et belle, tantôt très laide. Mais au travers des différentes représentations et des œuvres d’art que l’on peut découvrir, la beauté semble l’emporter. Son doux visage apparaît et ses cheveux se mêlent au flot de lave impétueux.
Autour de la ville, une forêt dense et verdoyante apporte fraîcheur et luxuriance. On y trouve de nombreuses espèces comme : l’arbre des voyageurs, le coconuts et les énormes banians.

Tunnel de lave. (Photo : André Laurenti)
Tunnel de lave.
(Photo : André Laurenti)

Mauna Kea

A l’ouest, au dessus de la cité trône un géant, le volcan Mauna Kea, qui veut dire la montagne blanche. Le Mauna Kea avec son voisin immédiat le Mauna Loa représentent les plus hauts sommets de la planète (on parle ici de hauteur et non d’altitude). Ils se sont édifiés tous les deux sur le socle à environ 5 000 m de profondeur et émergent à 4 230 m au dessus du niveau de l’océan. Ces majestueux colosses du Pacifique dépassent donc les 9 000 m de hauteur auxquels il faut encore ajouter environ 8 000 m d’édifice qui s’enfoncent sous son propre poids à l’intérieur de la plaque Pacifique. On imagine difficilement les quantités de matériaux qui ont été éjectés et qui ont permis d’édifier de pareils géants. Le relief de ces appareils appelés « volcan bouclier » se caractérise par de faibles pentes (6° à 10° environ), générées par des sortes d’hémorragies successives de lave extrêmement fluide qui s’écoule sur les flancs, plutôt que par des projections de bombes qui ont tendance à former des cônes aux parois plus raides.

Au dessus de la ville d'Hilo trône un géant, le volcan Mauna Kea, qui veut dire la montagne blanche. (Photo : André Laurenti)
Au dessus de la ville d’Hilo trône un géant, le volcan Mauna Kea, qui veut dire la montagne blanche.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Les Hawaïens ont longtemps hésiter à s’aventurer sur le Mauna Kea, car une légende raconte que les dieux qui l’habitent changent tous les intrus en pierre. Malgré cela, au sommet, l’air est pur et offre un site idéal pour l’observation du ciel. De nombreux observatoires ont ainsi été édifiés tout en haut de ce volcan définitivement éteint (sa dernière éruption remonte à 3 500 ans). Quelques uns des télescopes les plus précis et parmi les plus puissants du monde dont le télescope Keck d’un diamètre de 10 mètres, y ont été installés et sont visibles de loin.
Entre le Mauna Kea et le Mauna Loa s’étend un vaste plateau aride, le Pohakuloa, il est traversé par une route qui relie Waimea à Hilo.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Mauna Loa

Si une belle route permet d’atteindre facilement le Mauna Kea, ce n’est pas le cas pour se rendre sur le Mauna Loa qui reste malgré tout un volcan actif. Nous établirons notre campement à 3 400 mètres d’altitude, il n’est pas aisé de trouver dans cet univers minéral, un sol confortable pour planter sa tente. Ici les confortables matelas herbeux ne font pas partie du paysage.
Le lendemain nous atteignons le sommet. Une immense caldeira ovale longue de 5 km par 2.5 km de large s’étend devant nous, la dernière éruption date seulement de 1984.

Appareil de surveillance placé sur le Mauna Loa, au loin on remarque le Mauna Kea avec sa forme caractéristique des volcans bouclier. (Photo : André Laurenti)
Appareil de surveillance placé sur le Mauna Loa, au loin on remarque le Mauna Kea avec sa forme caractéristique des volcans bouclier.
(Photo : André Laurenti)
On devine les coupoles tout en haut du Mauna Kea. (Photo : André Laurenti)
On devine les coupoles tout en haut du Mauna Kea.
(Photo : André Laurenti)
Un étrange enchevêtrement de lave. (Photo : André Laurenti)
Un étrange enchevêtrement de lave.
(Photo : André Laurenti)

Pu’u’o’o

A des altitudes plus raisonnables nous nous sommes rendus au pied du volcan Pu’u’O’o. Au bout de 4 h de marche d’approche dans une forêt humide, sur un sol parfois boueux et glissant, nous atteignons la limite entre la végétation luxuriante et les champs de lave. Le campement sera installé en lisière de forêt.
Sur ces étendues nues et arides de lave refroidie, la vie pourtant tenace, peine à se développer. Le terrain est plus propice sur les volcans explosifs dont les cendres généreuses constituent un véritable « pot belge » pour la végétation. Dans le cas présent, les laves fluides ont tendance à « bétonner » le sol. Il faudra attendre plusieurs décennies pour que la nature reprenne le dessus de cet environnement agressif.

Quelques fougères commencent à coloniser cet environnement agressif. (Photo : André Laurenti)
Quelques fougères commencent à coloniser cet environnement agressif.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Afin d’échapper à la vigilance des rangers, nous prévoyons de faire l’ascension du Pu’u’O’o en fin de journée. Dans cette plaine envahie par la lave coupante comme du verre et jonchée de bois mort, le terrain est extrêmement chaotique. Pour retrouver notre chemin, nous prenons le soin de baliser l’itinéraire à l’aide de petites lampes clignotantes. En l’absence de relief, Yasmin prend soin d’attacher les balises au bout de tiges de bois qu’il choisit. Pour évoluer sur ces champs de lave, la prudence est recommandée, il ne faut surtout pas courir. Constituée par couches successives la présence de vide rend le sol très instable. Sans arrêt, les dalles s’effondrent sous notre propre poids comme sur une couche de neige croûtée, sauf que les bords sont très coupants. Plusieurs mètres carrés peuvent subitement s’affaisser de cinquante centimètres et parfois plus.

En l'absence de relief, Yasmin prend soin d'attacher les balises au bout de tiges de bois qui nous guideront lors de notre retour de nuit. (Photo : André Laurenti)
En l’absence de relief, Yasmin prend soin d’attacher les balises au bout de tiges de bois qui nous guideront lors de notre retour de nuit.
(Photo : André Laurenti)

Dès que nous atteignons les pentes du volcan, le sol est différent et possède une meilleure portance, la progression devient plus rapide. Par endroit, des coulées prennent curieusement un aspect cartonné et offre agréablement souplesse et confort.
Le Pu’u’O’o à la particularité de posséder parfois dans son cratère, un lac de lave. Des heures d’observations nous ont permis d’apercevoir malgré un dégazage important, des incandescences au pied des parois, mais pas de lac.

Les laves fluides ont tendance à "bétonner" le sol. Il faudra plusieurs décennies pour que la nature reprenne le dessus. (Photo : André Laurenti)
Les laves fluides ont tendance à « bétonner » le sol. Il faudra plusieurs décennies pour que la nature reprenne le dessus.
(Photo : André Laurenti)
On distingue le panache du volcan Pu'u'O'o. (Photo : André Laurenti)
On distingue le panache du volcan Pu’u’O’o.
(Photo : André Laurenti)
Il est difficile de progresser dans cette débacle de blocs de lave. (Photo : André Laurenti)
Il est difficile de progresser dans cette débacle de blocs de lave.
(Photo : André Laurenti)

Une petite brise rabat soudain le nuage de gaz sur le groupe. Je sens par intermittence la tiédeur du nuage de gaz et la fraîcheur humide du brouillard qui commence à s’installer. Vers deux heures du matin nous entamons le retour vers le campement. Cependant, l’épaisseur du brouillard empêche de distinguer le balisage, chacun scrute dans une direction à la recherche d’une lueur, mais en vain. Nous nous asseyons et attendons que les vapeurs se dissipent. Soudain, Yasmin s’écrit, « c’est dans cette direction ». Le groupe se remet en marche et petit à petit nous récupérons les lampes et arrivons enfin au campement.

La cratère Halema'uma'u, la maison du feu éternel. (Photo : André Laurenti)
La cratère Halema’uma’u, la maison du feu éternel.
(Photo : André Laurenti)

Sur les coulées du Kilauea

Mais le summum de ce voyage à Hawaii a été le réveillon de Noël sur les coulées de lave du Kilauea. Sur la route de Kalapana nous prenons le temps d’observer les « Lava street », vestige d’une forêt dont les arbres ont été pétrifiés dans la lave. Les coulées extrêmement fluides ont enrobé de basalte les fûts, progressivement le bois prisonnier s’est consumé laissant un vide à l’intérieur. Le niveau de la coulée comme une rivière en crue, a ensuite baissé, laissant émerger les troncs transformés en statues de pierre.

Aiguilles de soufre à proximité du Kilauea. (Photo : André Laurenti)
Aiguilles de soufre à proximité du Kilauea.
(Photo : André Laurenti)
Les vestiges d'une forêt dont les arbres ont été pétrifiés, moulés dans la lave. (Photo : André Laurenti)
Les vestiges d’une forêt dont les arbres ont été pétrifiés,
moulés dans la lave.
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons enfin au point de départ du chemin qui nous mènera jusqu’aux coulées du Kilauea. Ce volcan en activité permanente depuis 1983, comprend une grande caldeira elliptique de 5,5 km de long par 3,2 km de large à l’intérieur de laquelle se trouve le pit cratère appelé Halemaumau, la maison de la déesse Pelé.
Il faudra compter huit heures de marche aller retour pour gagner ce dont on a tant désiré et ce sera sans regret.
Nous avons pris le soin d’ajouter quelques gourmandises bien françaises à nos rations. Elles prennent une saveur incomparable à l’endroit où nous nous trouvons.
Foi gras, Sauternes, terrine de Provence pour le palais, et draperies incandescentes de lave pour le plaisir des yeux.
Bref, l’annonce d’un troisième millénaire en pleine surchauffe et cela en valait la peine.

Nous passerons les réveillons de Noël et du jour de l'an à contempler les oeuvres de la déesse Pelé, la déesse du feu. (Photo : André Laurenti)
Nous passerons les réveillons de Noël et du jour de l’an à contempler les oeuvres de la déesse Pelé, la déesse du feu.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Tortue de lave. (Photo : André Laurenti)
Tortue de lave.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Pour le réveillon du jour de l’an rebelotte, plus de dix heures de marche permettent d’évoluer sur les champs de lave encore rougeoyante en dessous. A travers les fractures des dalles de lave Pahoehoe j’aperçois l’incandescence. Je pense aussitôt aux conséquences si le plancher sur lequel nous nous trouvions s’effondrait. Mais pas le temps de songer à cela, ni de s’attarder et encore moins de faire du surplace, car nous sommes alertés par une odeur de caoutchouc brûlé, en effet, les semelles des chaussures commencent à fondre. Maintenant nous sommes là, il faut gérer les imprévus et aller au plus vite et surtout rester extrêmement vigilant. Dans ce milieu, on est très vite déshydraté, les trois litres d’eau transportés dans le sac à dos seront nécessaires pour affronter la chaleur climatique, ajouter à celle du sol.
Vers minuit cinq, sous les sirènes d’un bateau de croisière qui s’était positionné au large pour admirer le spectacle (de loin), la déesse Pelé se manifeste pour nous offrir le spectacle inoubliable d’une coulée impressionnante. Un véritable torrent de lave surgit soudain devant nous, d’une extrême fluidité. Après tout comment pourrait-on expliquer des phénomènes éruptifs aussi démesurés autrement que par les caprices d’une déesse, d’une divinité redoutée symbole de la jeunesse et de la beauté.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Une fois de plus il ne faut pas rompre avec les bonnes habitudes, pour ce remettre des émotions foie gras, Sauternes, mais aussi des saucisses et des côtelettes rôtis sur la lave, quel luxe ! Une merveille pour régaler le palais et surtout un cadre unique qu’aucun restaurant au monde ne vous propose.

Le front en mouvement d'une coulée se dessine sous la forme de doigts de lave. (Photo : André Laurenti)
Le front en mouvement d’une coulée se dessine sous la forme de doigts de lave.
(Photo : André Laurenti)
Une coulée a gagné la forêt humide qui finit par se dessécher et s'embraser comme un fétu de paille. (Photo : André Laurenti)
Une coulée a gagné la forêt humide qui finit par se dessécher et s’embraser comme un fétu de paille.
(Photo : André Laurenti)
Coulée de lave de type Pahoehoe, un terme hawaiien qui signifie satiné. Elle est caractérisée par une surface lisse, vitreuse, extrêmement coupante, prenant des formes de draperies... (Photo : André Laurenti)
Coulée de lave de type Pahoehoe, un terme hawaiien qui signifie satiné. Elle est caractérisée par une surface lisse, vitreuse, extrêmement coupante, prenant des formes de draperies…
(Photo : André Laurenti)
ou bien comme ici des laves cordées. (Photo : André Laurenti)
ou bien comme ici des laves cordées.
(Photo : André Laurenti)

L’Haleakala

Nous changeons d’île pour se rendre sur celle de Maui célèbre pour le surf. Nous atteignons le petite ville de Lahaina qui signifie « soleil cruel ». Bien entendu, on ne peut pas évoquer Hawaïi sans penser au surf et aux vagues géantes. Sur l’île de Maui se déroulent des compétitions importantes.
L’Haléakala est le nom que l’on donne au volcan situé à l’est de Maui et dont le nom signifie « la maison du soleil ». Cet appareil s’inscrit dans un grand parc national qui porte son nom. Ce vaste volcan, couvre une superficie de 1 470 km2 et culmine à 3 055 m d’altitude. Une route monte en lacets jusqu’au sommet. En arrivant, à droite se trouve le Puu Ulaula, la colline rouge qui abrite un observatoire construit par la Nasa. A gauche s’ouvre le cratère sommital de l’Haléakala, une grande dépression maintes fois remodelée de 3,5 à 12 km et profond de 860 m. Nous y descendons en compagnie de Yasmin. Au passage nous découvrons un petit cône volcanique appelé le Ka Lu’uoka’oo. Ce volcan a commencé à s’édifier il y a 1,5 à 2 MA et sa croissance a duré quelques 600 000 ans. La dernière éruption de l’Haléakala remonte à 1790, mais il n’est pas dit qu’il n’est pas un sursaut d’humeur dans les prochains siècles.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le petit cône volcanique appelé le Ka Lu'uoka'oo. (Photo : André Laurenti)
Le petit cône volcanique appelé le Ka Lu’uoka’oo.
(Photo : André Laurenti)
L'immense caldeira de l'Haleakala sur l'île de Maui. (Photo ; André Laurenti)
L’immense caldeira de l’Haleakala sur l’île de Maui.
(Photo ; André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Cette dépression est l’un des rares sites de l’archipel dont l’écosystème n’a pas été bouleversé par l’introduction d’espèces animales et végétales étrangères. C’est le paradis d’une plante appelée « les sabres d’argent ». Cette espèce endémique peut atteindre 2,40 m et fait partie de la famille des tournesols. La croissance de cette plante prend de cinq à vingt ans. Elle fleurit ensuite une seule fois entre juin et octobre puis elle meurt. Cette plante a failli disparaître, victime de la voracité des chèvres. Aujourd’hui sauvé, c’est la fleur emblématique d’Hawaii.

Le caldeira de l'Haleakala est le paradis d'une plante appelée "les sabres d'argent". (Photo ; André Laurenti)
Le caldeira de l’Haleakala est le paradis d’une plante appelée « les sabres d’argent ».
(Photo : André Laurenti)