Les dédales de la Crète

Les vacances de l’année 1982 ont été synonymes de voyage dans les îles à « dos de vélo ». Pas n’importe quelles îles, tout d’abord la Corse au mois de mai, et ensuite la Crète au mois d’octobre.  Sur cette dernière, j’ai déroulé un fil d’Ariane long de 1120 km dans la patrie du Minotaure, parcourant des pistes les plus improbables, parfois épuisantes et des routes pas toujours de tout repos.

La bicyclette :  un excellent moyen de locomotion simple favorisant les rencontres
(Photo : André Laurenti)

Un relief montagneux

La Crète, ce morceau de terre rocailleuse équivalent à la Corse, demeure à première vue, hostile à toute escapade à vélo. Les trois principaux massifs, les Lefka Ori ou montagnes Blanches (alt. 2 452 m) à l’Ouest, le mont Idi (alt. 2 456 m) au centre, et les monts Dikti (alt. 2 148 m) à l’Est, pointent majestueusement leurs cimes, tant d’obstacles qu’il faudra apprendre à franchir.
Il faut donc venir en Crète sans illusions, les routes plates sont rarissimes et les lacets grimpent parfois sévèrement, pour redescendre ensuite en longs zigzags, jusqu’au niveau de la mer.

Chacun sa monture, deux moyens de locomotion idéals pour découvrir la Crète
(Photo : André Laurenti)

Cependant, la Crète représente encore un pays rêvé pour tenter une échappée à vélo. On y trouve tout, une mer chaude et rafraîchissante, des vallées verdoyantes, un relief montagneux et des habitants à la fois simples et très accueillants. L’île est, surtout en octobre, extrêmement  aride. Sa végétation composé d’oliviers, de pins, de cyprès, de caroubiers et de figuiers, colore par petites touches de vert les paysages, tranchant avec les herbes jaunies d’une fin d’été. Il en ressort tout de même, un charme particulier non déplaisant.
Sur les collines, la moindre parcelle de terrain est entretenue, évoquant un peu, la Provence de jadis.
Le manque d’implantation industrielle a permis de préserver la nature et de créer un climat propre, un air pur que seuls les vents arrivent à troubler.

Au hasard des routes crétoises
(Photo : André Laurenti)

Depuis l’enfance, la Crète résonne à notre esprit, comme étant le berceau de notre civilisation. On pense alors à Minos, Dédale, le Minotaure, Ariane et bien d’autres noms archivés dans notre mémoire par les années d’école.
Mais vivre les vacances crétoises comme une réminiscence scolaire, on risque de sacrifier la rencontre d’un pêcheur d’éponges arrivant au vieux port, ou d’une fileuse de coton, toute enveloppée de nuit.
C’est donc la Crète actuelle que j’ai choisi de vous faire découvrir. Une Crète perdue au milieu d’un bleu intense, entre ciel et eau. Avec une Méditerranée creusant inlassablement les falaises de grottes mystérieuses, bâtissant aussi de fabuleuses plages de rêve, creusant d’adorables criques où viennent se blottir de petits ports.
Je vous invite sans plus tarder à « prendre ma roue »!

Itinéraire à vélo et à pied
(Carte : André Laurenti)

Départ du port du Pirée à Athènes

La sirène retentit à bord, chassant des cabines les visiteurs. L’air s’emplit de pathétiques paroles d’adieu, de serments, de baisers prolongés, de recommandations hâtives et haletantes, comme s’ils se quittaient pour toujours, la mère se précipite sur son fils, le mari sur sa femme, l’ami sur son amie, comme si cette petite séparation leur rappelait l’autre, la grande.

Départ du port du Pirée à Athènes
(Photo : André Laurenti)

Je quitte enfin le Pirée, crasseux et parfumé comme un port d’Orient, et après avoir dormi sur la terrasse supérieure du bateau, louvoyé toute la nuit dans la constellation insulaire de l’Egée, je touche enfin le but. Devant l’étrave, la lumière du jour livre à mes yeux encore ensommeillés, une épure de lignes et de volutes, un relief solide de chaîne montagneuse barrant l’horizon. Elle s’impose et s’étend devant moi, fière et sauvage. Tout en haut de ce massif, le petit matin pose ses lueurs roses, une lumière douce descendant peu à peu jusqu’au littoral. La traversée paisible n’a en rien troublé mon estomac et tous les passagers se retrouvent sur le pont glissant d’humidité.
Voyageur anonyme parmi ce peuple hellénique, j’écoute sans comprendre une langue étrangère. Je ne sais alors à quel point l’île livrera peu à peu, bride par bride, ses visages, ses manières d’être, ses horizons et chaque fois qu’elle se dévoilera, ce sera pour me donner le goût de pénétrer un peu plus son intimité, de trouver de nouvelles raisons de m’y attacher.

Au petit matin, le navire approche le port d’Héraklion
(Photo : André Laurenti)

Dans le fracas métallique de chaînes et de treuils, le Candia accoste, la terre de Crète est là. Je débarque sur mon vélo, après avoir flâné quelques heures dans les rues pittoresques d’Héraklion, je me dirige vers Knossos.

Rencontre avec la Crète ancienne

Je franchi le portail du palais royal et me laisse soudain emporté par la foule de touristes. Chaque groupe suit respectivement son guide. Je m’en écarte le plus possible, malgré tout, je n’ai souvent pas le temps d’ajuster l’objectif de mon appareil, c’est de nouveau l’envahissement. Je commence à réaliser que ce voyage ne doit surtout pas se transformer en quête éperdue de vieilles pierres. Alors, je reprends ma route en direction du village d’Archanes. Le soleil est de plomb, de vastes étendues de vignes aménagées en tonnelles, dominent ce paysage de coteaux. En songeant à la visite du palais de Knossos, j’ai du mal à imaginer la Crète ancienne, tant elle me parait engloutie dans une autre époque. Comment trouver le moindre lien à trente siècles d’écart, entre ce monde de palais, ces porteuses de vases, ces femmes aux seins nus et les vieilles paysannes rencontrées au hasard de la route, toutes emmitouflées, maigres et fragiles comme des squelettes.

Le site archéologique de Knossos
(Photo : André Laurenti)
Le corridor des magasins sur le site de Knossos
(Photo : André Laurenti)

Tout cet univers de fresques, de poteries, de dauphins, d’oiseaux de lys, tous ces dessins, ces hymnes de lignes et de formes, trahissent une telle présence féminine qu’on ne peut s’empêcher de pressentir leur influence, leur regard.
Au fil des kilomètres, de charmants villages, aux ruelles secrètes, livrent peu à peu leur histoire. Dans ces lieux éloignés du littoral, on vit encore au ralenti, rien de comparable avec les villes côtières, seuls les cris des animaux arrivent à troubler le silence divin. En arrivant à Archanès, le macadam s’estompe pour laisser place à une piste de pierres et de terre battue.

L’original de la fresque des dauphins est exposé au musée archéologique d’Héraklion
(Photo : André Laurenti)

Une hospitalité spontanée

Je décide de passer ma première nuit dans le sympathique village d’Al Marina. J’interroge un jeune crétois, assis à la terrasse d’un café, afin de savoir s’il est possible de camper à proximité du village. Il me dit que oui et m’offre un café que j’accepte bien volontiers. Malgré les barrières linguistiques, on arrive à se comprendre dans un anglais décousu et c’est merveilleux. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper. L’hospitalité pratiquée si spontanément par les crétois, ne signifie pas qu’ils sont dupes. Avec ce sens particulier des êtres de vieille tradition, ils savent discerner, au premier regard, le voyageur avide de contacts humains, de celui  cherchant avant tout le vivre et le couvert facile.
Il me propose la maison en construction de son oncle,  j’y entrepose sans hésiter mes affaires. Depuis mon arrivée, un attroupement s’est constitué autour de ma monture, dans ce village agréablement délaissé des touristes.

Tzermiadon est réputé pour son artisanat, avec des travaux d’aiguilles, de tissage que les femmes sont heureuses d’exposer et soucieuses de vendre
(Photo : André Laurenti)

Puis Georgious, mon accompagnateur, m’invite à le suivre dans sa demeure où vivent ses parents. Ici, le monde moderne n’a pas encore imposé son empreinte. Ce sont, je pense, les Grecs qui ont inventé cet admirable adages « rien de trop ». Cette indifférence au luxe, à l’ornement, explique l’élégance sans âge de leurs maisons blanchies à la chaux.
La mère de Georgious toute souriante, m’accueille dans sa modeste demeure. je finis par deviner que je suis le bienvenu. Elle m’apporte aussitôt du poisson, une omelette et du vin. Je savoure ces mets délicieux avec un appétit de cycliste. Peu après, Georgious me conduit vers la salle d’une taverne. Des chaises de paille sont disposées face à un grand drap blanc parfaitement tendu au fond de la pièce. Beaucoup de monde et beaucoup d’enfants pour cette soirée cinéma, l’événement exceptionnel de la soirée. Les lumières s’éteignent et aussitôt, une machine infernale, enfermée dans une volumineuse boite en bois, bâillonnée de chiffons, projette sur l’écran de fortune, un western américain, sous-titré en grec. Les images sont suffisamment parlantes et se dispensent éventuellement de dialogue ou de sous-titrage.

Paysage crétois
(Photo : André Laurenti)

Le temps de vivre

Après cette projection hors du commun, Georgious m’accompagne à mon abri, nous nous séparons sur une amicale poignée de mains.
Légèrement à l’écart du village, la pleine lune me fait découvrir une campagne baignant dans une atmosphère mystérieuse amplifiée par le hurlement des chats-huants. La tête levée, je contemple un long moment la voûte céleste, tapissée d’une myriade d’étoiles. Un petit air chaud me caresse les joues, un souffle léger comme la respiration d’une femme que l’on étreint. Puis le sommeil m’envahit, je me glisse dans le duvet et ne tarde pas à tomber dans les bras de Morphée.
Vers 6h30 je range mes affaires et parcours les ruelles du village dans l’espoir de saluer mes hôtes, mais en vain, il est trop tôt et je décide de poursuivre mon chemin dans la fraîcheur matinale. Des agaves se dressent majestueusement au bord d’une petite route de campagne. Ces plantes restent pendant plusieurs dizaines d’années à l’état végétatif pour fleurir une seule fois en donnant une inflorescence de dix mètres de haut.
Je traverse le village de Thrapsano et un peu plus loin, Kastelli dans lequel une halte déjeuner s’impose.
La Crète n’est pas faite pour les personnes pressées. Ici il faut prendre le temps de boire, de manger et surtout de vivre. Combien de fois les autochtones m’ont invité à partager l’Ouzo, le sempiternel café grec ou bien carrément le repas. Je me suis vu offrir le couvert un jour, sous prétexte que j’étais français et donc socialiste. Cela semblait tellement évident puisque François Mitterrand était au commande de la France depuis 1981.

Au grès des ports
(Photo : André Laurenti)

Dans les bars, avant que l’on ait eu le temps d’envisager de payer la première, on a remis une tournée et on vous invite à boire. A l’heure où le soleil pense à se coucher, tout le monde est là, à l’ombre des eucalyptus ou d’une treille, ceux qui sont installés aux terrasses de cafés regardent ceux qui vont et viennent et ceux qui déambulent dévisagent ceux qui sont assis sans hâte, entre deux saluts. De temps en temps, les uns remplacent les autres, et la vie continue. Le grand théâtre des rues et des places crétoises ne fait jamais relâche, il y a spectacle tous les soirs.

Comme dans la plupart des pays méditerranéens, l’âne est resté en Crète, l’indispensable auxiliaire de l’homme pour le transport des vivres et des produits artisanaux
(Photo : André Laurenti)

L’aventure recommence chaque jour. Je roule au jugé, sur la foi de renseignements glanés de-ci de-là, car les cartes ne sont pas toujours fidèles. Pour cette femme, je vais trouver derrière cette colline, la route asphaltée qui me mènera au plateau de Lassithi. Cette autre, m’arrête pour m’offrir des fruits. Au détour d’un chemin, je contemple avidement deux enfants riant aux éclats, essayant en vain de manœuvrer un âne qui refuse obstinément d’aller là où ils veulent. Inoubliable aussi à l’occasion d’une crevaison, cette adorable petite grand mère, toute flétrie,  descendue spécialement de sa mule pour m’apporter deux énormes grappes de raisin.

Quelques carcasses de moulins à vent au plateau de Lassithi, à l’Est du massif de l’Ida
(Photos : André Laurenti)
Les moulins de mon col
(Photo : André Laurenti)

Au sommet d’un col, sur l’arête se détachent des carcasses de moulins à vent, des vestiges de l’époque vénitienne. L’un d’eux fonctionne encore et se visite. Le meunier vit du tourisme plus que de sa farine. Ce col domine à l’Est le plateau de Lassithi. Les paysans cultivent selon des méthodes traditionnelles. Ils pompent l’eau des nappes phréatiques avec l’aide d’ éoliennes aux petites voiles blanches, il y a quelques années, elles se comptaient par millier. L’eau se situe à environ 4 à 5 m de profondeur, celle-ci permet d’irriguer une mosaïque de parcelles de terre fertile.

Une vie simple et saine des romans de Pagnol
(Photo : André Laurenti)

Au fil des jours, je trouve le bon rythme, midi et soir je mange dans les tavernes, c’est d’ailleurs un excellent moyen d’y rencontrer des gens. De plus, l’eau est rare sur l’île en cette saison, il est difficile de laver sa gamelle et puis les tavernes sont tellement sympathiques et accessibles à toutes les bourses, qu’on se laisse séduire.
Cela permet aussi de se reposer et d’être attentif aux autres. C’est ainsi que j’ai pu croiser au coin d’une rue, le crétois type. Un personnage décroché d’un tableau, coiffé du mandili, un foulard de soie noire sur le front, rappelant un peu le chèche des touaregs. Chaussé de bottes de cuir montant jusqu’au genoux, tenant une houlette de chêne kermès obtenue en tordant le bois de façon à lui donner cette forme arrondi comme une cane. Il faut 2 à 3 ans pour confectionner une telle houlette servant à tout, même à porter des fardeaux. Tout en marchant, il passe sont temps à égrener un chapelet, qui n’est toutefois pas un objet religieux, mais seulement un comboloï, un simple passe temps.

A droite la fileuse d’Anogia, emmitouflée, maigre et fragile comme un squelette enveloppée de nuit; à gauche, le crétois type, coiffé du mandili
(Photos : André Laurenti)

Je n’oublierai jamais le passage à Sitia, avec ces habitations blanches qui s’étagent de la colline à la mer et son arrière pays sec et aride. Une ville du Nord-Est qui rappelle déjà le Moyen-Orient.

Un pays de légendes

A l’extrême Est de l’île, Vaï résonne dans l’esprit de beaucoup, comme une des merveilles de Crète. Vaï l’exotique appelé aussi Phinicodassos ce qui signifie palmeraie, est unique de toute la Grèce, elle a attiré bien de romantiques et hippies. C’est un endroit reposant, une vieille légende crétoise raconte qu’un bateau égyptien, chargé de dattes, aurait sombré dans les parages. Les dattes entraînées par les vagues jusqu’au rivage auraient alors germé.
La mer cristalline revoie la lumière sur les flancs des collines avares de végétation. j’en profite pour me baigner. Je nage avec volupté dans cette eau si translucide que je ne sais plus si je me baigne dans la mer ou dans le ciel.

La plage de Vaï, un endroit appelé « Phinicodassos » ce qui signifie la palmeraie, est unique en Grèce, il y a plus de dix mille palmiers
(Photo : André Laurenti)

Plus loin, vers le Sud, dans le village de Zakro, la voix d’une femme parle de la vallée des Morts. Dans des gorges impressionnantes, des tombes pré-minoennes ont été découvertes.

Pêcheur d’éponges au port d’Aghios Nikolaos
(Photo : André Laurenti)

A environ une dizaine de kilomètres au Sud de Zakros, j’arrive à Xérokampos, un hameau d’agriculteurs. Cette localité est accessible par une piste difficile à vélo. J’ose m’aventurer au delà des limites proposées par les dépliants touristiques, c’est en quelque sorte mon école buissonnière et c’est souvent là qu’on y trouve les meilleures surprises. Faut dire que l’inattendu crétois est rarement décevant.

Maison traditionnelle à toit plat permettant de faire sécher les récoltes
(Photo : André Laurenti)

Un agriculteur s’exprimant très bien en français, me propose l’aide de son camarade pour me conduire le lendemain, à bord de son triporteur, au village suivant et  retrouver la route. La piste est en effet longue et fastidieuse, jonchée de gros cailloux de profondes ornières s’élevant sur mille mètres de dénivellation, le tout au centre d’un véritable désert.
Le lendemain, personne au rendez-vous, sans doute une erreur de traduction m’a fait rater mon chauffeur. Je dois me résigner et parcourir les 14 km de piste défoncée, par une température dépassant les 40°, sans pouvoir m’abriter.

De la piste oui, mais pas toujours d’un grand confort
(Photo : André Laurenti)

A quoi bon s’inquiéter de la durée du trajet, 10 km à pied, 4 à vélo qu’importe, il faut oublier l’heure et suivre le soleil. N’est-ce pas ces durs moments qui font les meilleurs souvenirs ? La Crète se mérite et les notions d’exactitude sont déplacées.

Et avec des pentes parfois sévères
(Photo : André Laurenti)

Sur la côte Sud, je fais étape à Matala, un très jolie port de pêche. La crique avec sa pittoresque plage de sable bien protégée et ses falaises truffées de grottes, voit progressivement l’installation d’équipements hôteliers.
Dans la roche, les abris naturels furent occupés à maintes occasions et dernièrement par des communautés de hippies, mais les séjours y sont désormais interdit.
Le soir les tavernes s’animent, mais ce lieu encore modeste est destiné à se développer depuis que les touristes lui ont reconnu des atouts.

La plage de Matala
(Photo : André Laurenti)

A Chora Sfakion la route se termine en cul de sac, j’embarque le vélo sur le bateau pour un saut de puce plus à l’Ouest, jusque sur la plage d’Agia Roumeli, à l’entrée des gorges de Samaria.
Treize kilomètres de sentier séparent cette plage du plateau d’Omalos. Au petit matin, je prépare le sac à dos en vu de bivouaquer au sommet des gorges. J’abandonne mon vélo sur le sable, le temps d’un aller retour. La balade est agréable et ombragée, des sources d’eau potable ponctuent la marche. Tout en montant, les parois de la gorge, hautes de 300 m, forment une véritable entaille dans le massif des Lefka Ori. Elles se resserrent jusqu’à laisser un passage de trois mètres. J’arrive enfin à Omalos vers midi, plus tôt que prévu, je suis donc en mesure de faire le retour dans l’après midi et retrouver ma fidèle monture.

Chapelle au départ des gorges de Samaria
(Photo : André Laurenti)
Véritable entaille dans le massif des Lefka Ori
(Photos : André Laurenti)

Le lendemain, j’envisageais d’atteindre Paléohora en bateau afin de reprendre la route. Au moment du départ, il m’est impossible de charger le vélo à bord, la mer est démontée, l’embarcation bondit au dessus du quai, les passagers sont obligés de sauter.  Sans solution alternative, je me contente d’un retour à la case départ, à Chora Sfakion à bord d’un bateau plus gros.
Depuis la route, le point culminant de la Crète, le Psiloritis, souvent dans les nuages, se dévoile enfin. A quatre jours du départ, une dernière folie taquine mon esprit, celle de passer une nuit au sommet pour y admirer le coucher et le lever de soleil. Je mets alors le cap vers le village d’Anogia situé à 800 m d’altitude.

Travail de vannerie proche d’Anogia
(Photo : André Laurenti)

Ce bourg important reste un pôle d’attraction originale, réputé pour son artisanat.
Laissant le vélo chez l’habitant, par une belle matinée ensoleillée, j’entame la marche d’approche. Du village part un chemin long de 18 km, il me conduit au plateau de Nida, situé à 1370 m d’altitude. De là, pas à pas, sous un ciel toujours pur, je poursuis l’ascension vers le Psiloritis. La végétation, brûlée par le soleil estival, se compose en majeure partie de buissons aux épines redoutables. Gare aux fesses, les chutes sont à éviter.

Sur le chemin du Psiloritis, une borie sert d’abri aux bergers
(Photo : André Laurenti)
La caverne de Zeus selon certains auteurs
(Photo : André Laurenti)

Il m’a fallu plus de quatre heures de marche pour parcourir les 18 km d’approche, puis l’ascension au sommet, soit plus de 1000 m de dénivellation sous une température élevée.
Sur le toit de l’île, comme un navire de haute mer, la Crète prend possession de son espace marin dans sa superbe solitude. Plus bas, dans les vallées, à flanc de montagne, des villages se tapissent l’un après l’autre, dans l’ombre de la nuit qui tombe. A mes pieds, les nuages se déchirent pour laisser apparaître le couchant sur les Lefka Ori.

Une borie aménagée d’un côté en abri et de l’autre en chapelle, abritera mon sommeil
(Photo : André Laurenti)

Une aventure personnelle de plus s’achève, mon « giro de Crète » s’achève en apothéose dans un festival de couleurs. Perché tout en haut de ce point culminant, j’ai l’impression d’être au commande d’un puissant navire fendant les flots. Le ciel  pur s’assombrit, en cette fin de journée, je vais bientôt avoir la tête dans les étoiles.

L’Est de l’île depuis le sommet du Psiloritis à 2 456 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)
Puis vision vers l’Ouest
(Photo : André Laurenti)
Une belle soirée à la fraîche se prépare
(Photo : André Laurenti)

Une brise du Nord caresse le sommet, il fait frais et je me sens bien, la vue extraordinaire sur les Lefka Oris à l’Ouest, me laisse en extase. Dans mes bagages j’avais amené un pull de laine, il est vrai que dans ce type de voyage, on évite de transporter des affaires inutiles et encombrantes. Jusqu’à aujourd’hui, il m’avait servi seulement d’oreiller durant les nuits sous tente, je n’avais pas encore eu l’occasion de le porter et de justifier son utilité. C’est enfin chose faite, pas de regret à avoir il a bien été précieux pour passer la nuit à plus de 2 400 m.
Après une nuit fraîche, au petit matin, le soleil apparaît lentement à l’Est, sur les monts Dikki. L’atmosphère se réchauffe très vite, il est temps de redescendre retrouver ma monture.

L’heure de la descente
(Photo : André Laurenti)

Je quitte ce lieu satisfait d’avoir accompli une visite approfondie de cette terre d’accueil si riche en contacts humains, d’en avoir dompté son relief au grès des pistes et des chemins. Désormais, j’ai comme un sentiment d’appartenir à cette Crète. Les différents paysages traversés sont, grâce au vallonnement, un perpétuel renouvellement de paysages. La bicyclette, une fois de plus, permet d’apprécier d’une manière optimale, les parfums de l’île, le bruissement des oliviers, les figuiers dont la saveur embaume des secteurs entiers. Bref, on savoure l’odeur de cette terre qui connaît l’homme depuis des millénaires.
Malgré quelques journées difficiles, on revient d’une telle aventure encore plus fort, avec une forme physique éblouissante.
Adieu amis crétois, ou plutôt au revoir, un jour ou l’autre, je reviendrais encore respirer un peu cette terre aride, cette terre si accueillante.

Adieu amis crétois, ou plutôt au revoir
(Photo : André Laurenti)

Ravissante folie d’une fin de voyage

Abord du bateau, fendant la mer en direction du port d’Athènes, je m’installe à une table pour un dernier souper en territoire hellénique. Mais, cette aventure ne veut pas s’achever sans une dernière fantaisie du moment, sans un nouveau témoin de voyage. Je suis attentivement des yeux le regard d’une jeune femme, elle aussi cherche une place, un sourire l’attire, elle finit par s’asseoir à ma table. Elle s’appelle Saskia, elle est autrichienne et a passé une grande partie de la saison estivale à Agio Nikolaos, comme professeur de wind surf. La couleur de la mer crétoise a renforcé le bleu de ses yeux. Ces cheveux blonds débordent à peine de ses épaules dénudées. Le teint de sa peau cuivrée par le soleil de l’été, reflète la douceur. Saskia est rayonnante de bonheur, nous effeuillons un à un les points forts de notre aventure crétoise, cela autour d’une bouteille de vin blanc sacrément méritée et je crois même bien une deuxième.
Puis, nous sortons sur le pont du navire, nous sommes accueillis par un généreux clair de lune. Quoi de plus romantique que cette divine traversée ! Une légère brise du large fait onduler mèche par mèche sa chevelure angélique. Un recoin du navire un peu à l’abri de l’humidité du soir et des regards indiscrets, nous rassemblent tous deux. De cette ravissante folie, j’espère une nuit sans aurore, sans matin.
Mais, au levé du jour le voyage prend fin. Au débarquement à Athènes, chacun s’affaire à ces tâches personnelles, chacun part dans une direction différente. Nous nous évanouissons parmi la foule du Pirée et de la capitale. Cette traversée fut ainsi sublimée par une rencontre sans lendemain. Il me reste l’image d’un regard non cicatrisé d’une compagne de voyage trop vite envolée. Mais tout cela fait partie de la délicieuse panoplie du voyageur, un tourbillon merveilleux qui fait exister et s’évaporer des êtres.

Santorin : faut-il y chercher l’Atlantide ?

En juin 1994, un peu plus d’une décennie après le tour de Crète à dos de vélo en octobre 1982, je me rends cette fois-ci en compagnie de Ghislaine, sur l’île mythique de Santorin. Cette petite perle appelée aussi Thera en souvenir d’un héros grec, « Theras », colonisateur de l’île vers 1000 avant J.C., se nomme aussi Kallisté, signifiant la très belle. D’une superficie de 76 km2, Santorin fait partie de l’archipel Grec des Cyclades comprenant 34 îles dont 25 sont habitées et d’innombrables petits îlots rocheux.
Ce joyaux en forme de croissant ouvert vers l’Ouest, comprend cinq îles : l’antique Thera la plus grande, le minuscule îlot d’Aspronisi, et Thirasia décrivent un anneau discontinu autour de la caldeira envahie par la mer et au centre duquel se trouvent Palea et Nea Kameni (la vieille et la Nouvelle Brûlée) formant le nouveau volcan émergé culminant à 134 m d’altitude au dessus du niveau de la mer.
Les bords internes de ce croissant sont escarpés et s’élèvent de près de deux cent mètres en falaises colorées au dessus de la rade. C’est dans ce cadre grandiose que se sont établies les localités de Phira ou Fira (le chef lieu), Oia et Imerovigli, bâtis sur les couches de roches et de cendres volcaniques.

Phira un balcon dominant la caldeira où sommeille le volcan
(Photo : André Laurenti)

Vers le Nord et l’Est le relief s’abaisse en pente douce vers la mer Egée. Cette configuration est le résultat d’une activité volcanique quasiment ininterrompue depuis 650 000 ans, au cours de laquelle plusieurs volcans se sont formés et ont été partiellement démantelés par les puissances colossales.

Le volcanisme de l’arc égéen

Santorin fait partie de l’arc égéen comportant neuf ensembles volcaniques, s’étirant du Nord-Ouest au Sud-Est : Crommyonia, Aegena, Methana, Poros, Milos, Santorin, Kos, Yali et Nisyros.
Pour certains, ce volcanisme a débuté dès le Pliocène (3.9 Ma), mais la majorité serait du quaternaire. Trois de ces volcans ont connu des éruptions historiques et sont donc considérés comme potentiellement actifs : Methana ( IIIe siècle avant J.-C. d’après les écrits de Pausanias), Santorin (plusieurs éruptions dont la dernière en 1950), Nisyros possède une activité fumerolienne et a connu des éruptions phréatiques à la fin du XIXe siècle (2).
Non loin de Santorin, il existe en mer une vingtaine de petits « seamounts » (volcan sous-marin), dont le plus important est le « seamount Colombus », un volcan actif dont la dernière éruption remonte à 1650. Il se situe à 7 km au Nord-Est de Santorin et à une profondeur de 18 mètres seulement (2).
Après une première tentative avortée, le verra-t-on un jour sortir définitivement de l’eau ?
Parmi tous ces volcans, Santorin reste en haut du « heat parade » grâce à l’éruption cataclysmale survenue vers 1650 avant Jésus-Christ, devenue la plus célèbre et à laquelle on lui  attribut le déclin de toute une civilisation.

Le volcan Nea Kameni né en 1707
(Photo : André Laurenti)

L’histoire volcanique de Santorin

Depuis environ 650 000 ans, Santorin a connu une bonne douzaine de périodes éruptives. Au moins quatre d’entre elles ont provoqué l’effondrement du volcan avec la formation d’une caldeira. La première remonterait à 180 000 ans environ, la seconde a donné naissance à la caldeira de Skaros entre 67 000 et 55 000 ans, la troisième a créé la caldeira du Cap Riva avec l’effondrement du volcan de Skaros, il y a 18 000 ans. Et enfin, la dernière et la plus célèbre, l’éruption dite minoenne avec l’effondrement de l’île centrale en 1 650 ans av. J.C.
Cette dernière éruption majeure de l’histoire de Santorin et sans doute la mieux étudiée. Cependant, son âge demeure encore imprécis.  La datation des végétaux retrouvés sur place, donne 1 650 ans av. J.C. Par ailleurs, un pic d’acide sulfurique a été relevé dans les glaces du Groenland, il révèle un âge d’environ 1645 ans av. J.C.
Il existe plusieurs propositions sur la configuration de l’île avant l’éruption. Certains optent pour une île qui avait presque la même forme qu’aujourd’hui, un peu moins morcelée, avec une caldeira en partie ennoyée et une île centrale.

Situation de l’île avant l’éruption minoenne
(Création : Androulakakis – Vougioukalakis (I.G.M.E.) )

L’éruption minoenne se serait décomposée selon les quatre phases suivantes :
– La première aurait débuté avec une éruption plinienne projetant un panache de 36 km de hauteur, recouvrant toutes les îles de ponces d’une hauteur maximale de 6 mètres (2).
– La seconde phase se distingue par de violentes explosions phréatomagmatiques provoquées par l’accès de l’eau de mer dans la bouche éruptive. Cette activité est à l’origine de déferlantes basales générant des dépôts de 12 mètres d’épaisseur (2).
– la phase trois correspond à la mise en place d’un tuf massif dont l’épaisseur atteint 55 mètres au bord de la caldeira. Cette phase est interprétée en termes de coulées de débris et de coulées pyroclastiques (2).
– Enfin la phase 4, la plus violente, correspond à des coulées pyroclastiques de nature ignimbritique sur 40 à 60 mètres d’épaisseur (2).

Les impressionnants dépôts de ponce
(Photo : André Laurenti)

Ces études ont conduit à une ré-évaluation du volume de magma émis à 60 km3 au lieu de 40 km3, ce qui pourrait représenter plus de 100 km3 de pyroclastites après vesiculation de la lave. Cette éruption pourrait ainsi être comparable à celle du Tambora (Indonésie) en 1815 (2).
Classé selon l’indice d’explosivité volcanique en VEI 7, l’éruption a sans aucun doute généré d’importantes anomalies climatiques.
Le déclenchement d’un tsunami reste encore une question débattue. Le volume de la caldeira formée à Santorin a été estimé 25 km3, moins important que le Krakatau avec un peu plus de 28 km3.  L’ampleur de la caldeira et de l’éruption a probablement généré un tsunami. Toutefois, l’existence d’une caldeira préalable à l’éruption moins ouverte que pour le Krakatau par exemple, a pu limiter les effets d’un tsunami. On ignore encore si l’effondrement de la caldeira a été brutal ou progressif.
En 2008, le débat est relancé avec la découverte de dépôts lié a un tsunami sur l’île de Crète, à Palaikastro.

Les îles Kameni

Depuis cette éruption paroxysmale, l’activité jusqu’à nos jours s’est concentrée à l’intérieur de la caldeira, là où émergent les îles de Kameni. Tout d’abord est apparue vers 46 – 47 av. J.C. Palea Kameni, puis Mikra Kameni entre 1570 et 1573. Plus tard, entre 1707 et 1711 apparaît Nea Kameni, puis une nouvelle éruption de 1866 à 1870 a réuni Mikra et Nea en soudant les deux îles.
Cette île culmine à 500 m au dessus du fond de la caldeira. Onze éruptions ont participé à la croissance de cette partie émergée et dont la toute dernière date de 1950 (2).

Carte géologique des îles Palea et Nea Kameni avec en gris Mikra Kameni
(Carte : Institut for the Study and Monitoring of  the Santorini Volcano )
A l’approche du volcan momentanément endormi
(Photo : André Laurenti)

Visite du volcan

En se rendant sur le volcan et au fur et à mesure que nous nous éloignons du petit port de Skala au pied de Phira, on distingue tout en haut de la caldeira la blancheur des petites maisons faisant penser à un manteau neigeux. Serait-ce une marque d’élégance ? un trait de maquillage de Kallisté pour se distinguer des autres îles ?

Accostage sur le volcan
(Photo : André Laurenti)

Une fois débarqué, nous randonnons sur ce volcan, conscient d’évoluer sur une cocotte minute momentanément en sommeil. Dans la baie de Mikra Kameni s’échappent des fumerolles autour desquelles viennent se former de petits cristaux de soufre. En arpentant ce milieu minéral, je découvre au bord du sentier, une bombe craquelée en croûte de pain.

Bombe en croûte de pain
(Photo : André Laurenti)
Cristaux de soufre dans la baie de Mikra
(Photos : gauche Ghislaine Cougnot, droite André Laurenti)
La chapelle des pêcheurs a proximité des eaux chaudes de Palea Kameni
(Photo : André Laurenti)

La crise de 2011-2012

Le dispositif de surveillance déployé sur Santorin a permis de suivre une activité sismique qui a duré de janvier 2011 à avril 2012, inquiétant fortement les insulaires. Cette crise s’est manifestée par une forte augmentation de l’activité fumerolienne et par une activité sismique accrue avec plus de 800 séismes le long d’un axe NE-SW passant par Nea Kameni (2).
Selon les mesures à partir d’une vingtaine de stations de geolocalisation GPS, la caldeira se serait dilatée de 5 à 9 cm durant cette période. Le Géophysicien Andrew Newman, de l’institut de technologie de Géorgie à Atlanta, a estimé que ce regain d’activité était dû à une montée de magma : 14 millions de mètres cubes de magma auraient ainsi rempli une chambre magmatique située à quatre kilomètres de profondeur sous l’île (4).
L’alerte a été levée en avril-mai 2012, sans se solder par une éruption. (2)

Répartition des séismes de janvier 2011 à septembre 2012
(Carte)
En haut de la caldeira, les villages s’accrochent en bordure de falaise
(Photo : André Laurenti)

Une destination touristique

Santorin est devenu une destination privilégiée des croisiéristes. De nombreux bateaux viennent mouiller devant le petit port de Skala au pied de Phira, le chef lieu de l’île. Autrefois, la prospérité économique des insulaires était fondée surtout sur le commerce, une véritable plaque tournante de part sa position. De nos jours, l’économie de l’île repose exclusivement sur le tourisme. Pour accéder aux villages tout en haut de la falaise, plusieurs possibilités s’offrent aux visiteurs, ils ont le choix de monter à pied en gravissant environ 600 marches disposées en pas d’âne, ou encore à dos d’âne, et enfin pour les moins courageux, par téléphérique.

Le petit port de Skala
(Photo : André Laurenti)
Depuis le port de Skala, pour atteindre Phira un choix s’impose, soit à dos d’âne, ou bien à pied ou encore en téléphérique
(Photo : André Laurenti)

Depuis les bords de la caldeira, les couchers de soleil représentent l’attraction à ne pas manquer. Un lieu extraordinaire ou l’on vient applaudir un spectacle naturel.
Les villages regroupent de petites maisons blanches cubiques dominées parfois par les ailes de moulins et parmi lesquelles se distinguent de petites chapelles ornées des caractéristiques coupoles bleus.

A gauche la cathédrale de Phira, à droite un des nombreux campaniles de Santorin
(Photos : André Laurenti)
Le bleu et le blanc et quelques fleurs offrent un charme exceptionnelle
(Photo : André Laurenti)

En observant ces empilements de constructions disposés en amphithéâtre au bord de la vertigineuse caldeira, on pourrait se demander si les parcelles de terrains à bâtir de Phira sont verticales. Une véritable quête éperdue pour avoir une terrasse, une fenêtre, sur le volcan et profiter de l’instant de grâce, la douce lumière du soleil couchant.

Un étal pittoresque de fruits et de légumes dans une rue de Phira.
(Photo : André Laurenti)

De petites ruelles paraissant donner sur un cul-de-sac, conduisent à de surprenants croisements, bordés de boutiques pittoresques ou de terrasses servant de cour à l’habitation. A l’extrémité Nord-Ouest se dresse fièrement le magnifique village suspendu d’Oia embrassant un beau point de vue sur la caldeira. Un chemin en balcon longe la falaise et permet de relier Oia à Thira.

Vue imprenable depuis le chemin en corniche de Thira à Oia
(Photo : André Laurenti)
Le village de Oia
(Photo : André Laurenti)
Couché de soleil à Oia
(Photo : André Laurenti)

Les petites maisons creusées dans la roche, les escaliers, les murs décorés de petits cailloux, les ruelles pavées et les fleurs font le charme d’Oia. La vue sur le volcan et l’immensité de la caldeira prennent ici une autre dimension. Il y a deux plages à Oia, mais leur accès n’est pas possible en voiture. Pour se rendre à celle d’Armeni, là précisément ou se trouve le petit port, il faut descendre 300 marches. Pour les moins téméraires celle d’Ammandi comprend seulement 200 marches.
Sur Santorin, les églises et les chapelles sont nombreuse, on en dénombre pas moins de 350. Elles sont érigées pour la plupart, par des marins que le Saint Patron a sauvé d’une forte tempête ou d’un autre danger.

Chapelle suspendue sur les parois vertigineuses de la caldeira
(Photo : André Laurenti)
Le petit port de Oia
(Photo : André Laurenti)

Vers le centre de Santorin, Pyrgos représente la localité la plus élevée de l’île.
La vigne est encore présente sur les sols fertiles de l’île, elle se cultive d’une manière bien particulière. Elle est taillée à ras le sol et les pieds sont enroulés en forme de corbeille afin de les protéger du vent souvent présent.  Le secteur viticole de Pyrgos est devenu célèbre et réputé avec des coteaux très bien exposés donnant un vin de caractère vif et d’une puissance aromatique. Les cépages abandonnés après le séisme de 1956, ont été repris et on peut y déguster la production sur place.

Les vignes sont enroulées en forme de corbeille pour les protéger du vent
(Photo : André Laurenti)

Santorin n’est pas exclusivement volcanique. Le mont Profitis Ilias représentant le point culminant de l’île (alt. 566 m) et le mont Mesa, sont un ensemble sédimentaire composé de calcaire triasique, antérieur au volcanisme de Santorin. Nous sommes surpris d’y découvrir une timide source.
De Perissa un sentier s’élève dans la montagne et permet d’attendre les ruines de l’ancienne Phira. A partir de ce chemin, une petite piste accède à une chapelle lovée dans la paroi rocheuse. Derrière elle se trouve une grotte avec une fontaine.

La localité balnéaire de Perissa à une quinzaine de kilomètres au Sud-Est de Phira
(Photo : André Laurenti)

Le site d’Akrotiri

En 1967, l’archéologue grec, Spyridon Marinatos (1901 – 1974) a mis à jour les vestiges d’une cité détruite et enfouie vers 1500 av. J.-C. par l’éruption volcanique de Santorin. Les vestiges de cette civilisation originale, caractérisés par un habitat richement décoré de fresques, semblaient apporter une réponse à l’énigme de l’effondrement simultané de la civilisation minoenne vers le IIe millénaire av. J.-C. Marinatos suggérait également d’associer cette catastrophe, à la fameuse disparition de l’Atlantide décrite par Platon dans Critias et dans Timée.
En s’inspirant de l’éruption du Krakatau qui eut lieu en 1883 dans le détroit de la Sonde, Marinatos imaginait que le volcan de Santorin était une île ronde de 12 km de diamètre dominée par un cône de plus de 1000 m de hauteur. Mais plus tard, les investigations menées sur le terrain ont montré que plusieurs éruptions cataclysmales se sont produites bien avant. L’aspect de l’île lors de l’éruption minoenne était sans doute peu différente de la forme actuelle.

Site archéologique d’Akrotiri
(Photo : Annie Coutor)

Lors de notre visite, on a pu observer des rues bordées de maisons aux toits en terrasse et s’élargissant au gré de placettes. Ces habitations comportent deux à trois niveaux dotées parfois de colombages, une technique sismo-résistante renforçant les murs de pierres ou de torchis. Les maisons disposaient de salles de bains reliaient à l’égout. De nombreuses jarres ont été exhumées de ce site recouvert de six à sept mètres de dépôts volcaniques, un peu analogue à ceux qui ont recouvert Pompéï et Herculanum.
Marinatos soutient que le processus s’était déroulé en deux étapes : un tremblement de terre aurait d’abord ravagé Santorin, puis la Crète aurait été victime des effets de l’éruption volcanique. Mais, la théorie de Marinatos a été remise en question par les volcanologues. La montée de magma avant l’éruption ne s’accompagne généralement que de séismes de faibles intensités. Les gaz et les fumées servirent d’avertissement aux habitants, ce qui explique l’absence de corps et d’objets précieux sur le site archéologique d’Akrotiri. L’explosion du volcan, la troisième depuis le début du pléistocène, se situerait entre 1700 et 1520 d’après les datations au carbone 14. Les cendres récupérées dans les glaces du Groenland invitent à placer la catastrophe vers 1645.

Escalier comprimé et fracturé par l’activité sismique.
(Photo : Annie Coutor)

Toutefois, Akrotiri a bien été affecté par un ou plusieurs tremblements de terre destructeurs dont on ne sait pas s’ils sont lié à l’éruption. Ces séismes dont on voit les traces se sont probablement pas produits pendant la phase éruptive. En effets, les habitants ont eu le temps nécessaire de reconstruire leur maison. Par endroit, les gravats n’ont pas été enlevés, mais utilisés pour rehausser le niveau de la rue. Des nouvelles ouvertures ont été réalisées ainsi que des escaliers. On observe des traces sur les marches d’un escalier fendues en leur milieu et comprimées.

Le séisme de 1956

Quoiqu’il en soit, des séismes destructeurs peuvent se produire à Santorin sans que ce soit associé à une éruption volcanique. Le dernier important et destructeur remonte au 9 juillet 1956, cet événement de magnitude 7.8 a provoqué la mort de 48 personnes, 200 furent blessées et plus de 2000 maisons ont été détruites (1). L’épicentre était situé au Sud de l’île d’Amorgos. Cet événement a généré un tsunami avec une amplitude de progression de 20 m sur Amorgos, 13 m sur Folegandros et 10 m sur Astypalia.

Présence d’arcs de décharge sur le bâti ancien de Santorin
(Photo : André Laurenti)
A Oia, on peut encore y voir les traces de ce séisme
(Photo : André Laurenti)
Les villages forment un réseau serré de maisons
(Photo : André Laurenti)

Le volcan d’Akrotiri

Non loin du site archéologique, nous nous dirigeons vers le Sud-Ouest et atteignons le cap Mavrorachidi. De là, nous découvrons la partie érodée du cône de cendres représentant le volcanisme d’Akrotiri (522 000 à 451 000 ans)  qui a marqué le début de l’activité de Santorin. Ce site est plus connu des touristes sous le nom de Red Beach.

Cône et spatters formés au cap Mavrorachidi sur la péninsule d’Akrotiri
(Photo : André Laurenti)
Red beach : un ancien volcan
(Photo : André Laurenti)

Conclusion

Avec l’affinement progressif  des datations, on pourra probablement trouver une explication plus crédible aux énigmes suscitées par l’éruption de Santorin. La destruction des palais minoens sur l’île de Crète remonterait à 1700 ans av. J.C. antérieur à l’éruption de Santorin. Les traces de séismes observées sur le site archéologique d’Akrotiri avant réparation, pourrait correspondre à un même événement qui aurait également affecté les palais en Crête. Par ailleurs, des traces de tsunami  générées par l’éruption de Santorin ont bien été découvertes à Palaikastro en Crète, mais il faudra attendre d’autres investigations pour en mesurer l’ampleur. Toutefois, il semblerait que la disparition du peuple minoen ne découlerait pas directement de l’éruption.
Quant au mythe de l’Atlantide, est il une légende ou bien une réalité ? s’il est admis que la configuration de l’île avant l’éruption minoenne était presque comparable à celle d’aujourd’hui, cela remettrait en cause la disparition d’une grande partie de l’île. Il est vrai que, élucider ce mystère détruirait cette légende si connue et tant aimée à Santorin.
Mais le secret du continent disparu se cacherait il plutôt sur la côte Atlantique de l’Espagne, comme le suggèrent certains chercheurs et également Platon ? Serait-il le site de Tartessos, dans la zone deltaïque du fleuve Guadalquivir, au delà des colonnes d’Hercule ? (5) Cet endroit a en effet été impacté par le tsunami généré par le terrible séisme de Lisbonne de 1755. L’épicentre était en mer, au Sud-Ouest de Cap Saint-Vincent. Le site de Tartessos était donc en pleine trajectoire des vagues du tsunami comme il a probablement été lors d’un événement similaire beaucoup plus ancien.
Enfin, avec un indice d’explosivité volcanique (V.E.I.) estimé à VEI 7 sur une échelle de 8, l’éruption minoenne aurait produit 100 km3 de volume éjecté comparable à l’éruption du Tambora (10 avril 1815) en Indonésie. Comme pour le Tambora, cette éruption a sans aucun doute, généré d’importantes anomalies climatiques sur notre planète.

Remerciement :

A Annie Coutor pour son aide documentaire

Source documentaire :

1 – Guide des volcans d’Europe et des Canaries – Krafft M. Larouzière F.D. – editions Delachaux et Niestlé – année 1999

2 – Volcanisme de Santorin – Hervé Bertrand – voyage d’étude 2014 de l’association Méta odos

3 – L’Histoire n° 178 – juin 1994

4 – Ferard Emeline – Article du Gentside Découverte – « Un volcan sous haute surveillance en Grèce » – 14 mars 2012 – www.maxisciences.com

5 – Freund Richard – documentaire de la chaîne National Géographie – mars 2011

Yellowstone : les geysers (partie 3)

Nous ne pouvons pas quitter ce lieu sans avoir vu le spectacle qu’offrent les geysers et ils sont nombreux dans le parc. On en dénombre pas moins de 300, soit les deux tiers des geysers de la planète. Le terme de geyser a été emprunté aux Islandais, il provient de Geysir, le plus célèbre de ce pays nordique, signifiant jaillir.
A la surface de cet immense volcan, les sources bouillantes, les geysers, les mares de boue et les bouches de vapeur, témoignent de l’histoire géologique violente du Yellowstone. Je ne me lasse pas d’admirer ces arabesques dessinées autour de ces vasques fumantes. Aujourd’hui, pour ce dernier jour dans le parc, nous découvrirons l’incontournable district d’Old Faithful, le vieux fidèle.
Un geyser fonctionne par intermittence, cela grâce à des infiltrations d’eau en profondeur. Le chauffage de l’eau se fait à la base d’un conduit étroit et résistant, s’évasant à la surface, formant une vasque. Lorsque les conditions sont réunies, l’eau passe de l’état liquide à l’état gazeux. Mise sous pression, elle devient moins dense que l’eau froide qui la surmonte et se rapproche de la surface en se dilatant. La vaporisation de l’eau se produit lorsqu’elle atteint un niveau de température d’ébullition élevé. L’augmentation du volume dans le conduit expulse l’eau la surmontant, produisant l’éruption. Peu après, la pression diminue sur la colonne, la température d’ébullition diminue, provoquant une brusque vaporisation et marque la fin de l’éruption.

Caractéristiques hydrothermales de Yellowstone
(Photo de panneau : André Laurenti)

Le geyser Old Faithful

Celui qu’on appelle le vieux fidèle a été dénommé ainsi en raison de sa ponctualité. En fait, il jaillit en moyenne toutes les 90 minutes, pendant 1 à 5 minutes, expulsant 23 000 litres d’eau.
Au visitor center d’Old Faithful, les horaires d’éruptions sont affichées et comme le geyser est tout proche, les spectateurs sont très nombreux, il est donc difficile de s’en approcher. En prenant un peu de recul, le spectacle est aussi fascinant, avec en prime les personnages qui donnent une échelle .

Le spectacle du Vieux Fidèle attire énormément de touristes
(Photos : André Laurenti)

Le fait de connaître les horaires permet aux touristes de rester moins de temps sur le site. Ainsi, dès que l’on s’éloigne d’Old Faithful, les lieux sont moins fréquentés, car le Vieux Fidèle n’est pas l’unique geyser sur ce site, il y en existe une bonne quarantaine tous aussi élégants.

Geyser de type cône
(Photo : André Laurenti)
« Castle Geyser »
(Photo : André Laurenti)

Le Castle Geyser a été dénommé ainsi en raison de sa silhouette rappelant celle d’un château fort. Toutes les dix heures environ, ses projections peuvent atteindre les 27 m.

« Crested Pool » une belle cocarde tricolore
(Photo : André Laurenti)
« Belgian Pool »
(Photo : André Laurenti)

Ce bassin est une source chaude, appelé autrefois « Oyster Spring », il a été rebaptisé ainsi après qu’un touriste de Belgique ait trouvé la mort en tombant à l’intérieur en 1929. La température de l’eau dépasse les 80° C.

L’eau devient cristalline
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
« Lion Group »
(Photos : André Laurenti)

Lion Group est un ensemble de geysers de type cône, situé dans le complexe Geyser Hill. Il a été nommé ainsi en raison de son bruit rugissant lors de ses émissions de vapeur. Les éruptions peuvent atteindre 27 m et durer entre 1 et 7 minutes.

« Chromatic pool »
(Photo : André Laurenti)

Les couleurs vives de ce bassin et des canaux de ruissellements sont créées par des formes de vie microscopiques. Ces organismes survivent et prospèrent dans un environnement qui serait mortel pour nous et la plupart des autres êtres vivants.

La faune du parc

Les forêts, les vastes prairies verdoyantes et l’eau en abondance offrent un véritable jardin d’éden aux animaux. Les scènes pour nous Européen, ne manquent pas de pittoresque. En effet, au détour d’une colline, il n’est pas rare d’être arrêté sur la route par la traversée de bisons ou autres mammifères.

Yellowstone River
(Photo : André Laurenti)

Le parc de Yellowstone est le seul endroit des États Unis où le bison a vécu en permanence depuis la préhistoire. Il représente la plus grande population du pays sur des terres publiques et sont parmi les rares troupeaux qui n’ont pas été hybridés par croisement avec le bétail. La population de bisons a été estimée à 5 500 individus en août 2016, alors qu’il n’en restait que quelques dizaines au début du XXe siècle, victimes de la bêtise humaine. Ils errent librement dans le parc ainsi que dans quelques régions voisines du Montana. Ils ont des comportements sauvages comme leurs anciens ancêtres et ont tendance à se rassembler pendant la saison de reproduction. Cette protection réussie a permis de sauver l’espèce qui était au bord de l’extinction. Cependant, certains bisons du Yellowstone sont infectés par la brucellose, une maladie du bétail transmisible aux bisons sauvages et aux wapitis (1).

Les bisons n’étaient plus que quelques dizaines au début du XXe siècle
(Photo : André Laurenti)
Le poids de ces bêtes superbes, peut atteindre couramment une tonne
(Photo : André Laurenti)
Les bisons gardent malgré tout, un côté sauvage
(Photo : André Laurenti)

Nous avons pu observer aussi l’ours noir, il est l’espèce la plus répandue en Amérique du Nord. De 1910 à 1960, les gestionnaires du parc permettaient aux visiteurs de nourrir les ours noirs le long des routes. De nos jours c’est strictement interdit !

L’ours noir s’aventure en dehors de la forêt
(Photo : André Laurenti)
Le cerf mulet
(Photo : André Laurenti)
Le wapiti
(Photo : André Laurenti)

Le wapiti représente la plus grande population de grands mammifères avec plus de 15 000 têtes.

Sulphur Caldron

Nous prenons la direction du Sud afin d’atteindre en soirée la ville de Jackson. Mais au grè des kilomètres, on se nourrit encore jusqu’à la dernière miette, des manifestations les plus extravagantes de la planète.  En contre bas de la route reliant Canyon village au lac Yellowstone, cette marmite diabolique attire l’attention. Son contenu jaunâtre est le plus acide du parc, avec un pH proche de 1 à 2. Sulphur Caldron se trouve sur le bord d’une des zones actives du supervolcan. Les gaz riches en soufre, s’échappent de ce bassin redoutable, pourtant ce petit lac d’acide sulfurique regorge de vie. Les thermoacidophiles prospèrent dans cet environnement acide, mortel pour l’homme. Ils vivent dans ce liquide presque aussi acide que celui d’une batterie.

Sulphur Caldron
(Photo : André Laurenti)
Des bulles soufrées aux odeurs d’œufs pourris
(Photo : André Laurenti)

Dragons Mouth Spring

Un peu plus loin, se présente une caverne renfermant une source chaude turbulente. On a donné le nom à cette grotte vers 1912, en raison de l’eau qui jaillissait fréquemment comme la langue d’un dragon. Les grondements sont causés par la vapeur et les gaz. Lorsque l’eau chaude monte à la surface, le sulfure d’hydrogène, le dioxyde de carbone et les gaz se dilatent créant une explosion dans la caverne.

Dragons Mouth Spring
(Photo : André Laurenti)
Mud Volcano Area
(Photo : André Laurenti)

D’un océan à l’autre

Nous poursuivons la visite en nous rendant sur les rives du lac de Yellowstone, une vaste étendue d’eau bordée à l’Est par la chaîne montagneuse Absaroka. D’une superficie de 360 km2, elle représente le plus grand lac naturel d’altitude (2 357 m) d’Amérique du Nord. Sa profondeur maximale est de 118 mètres, il est traversé du Sud au Nord par la rivière Yellowstone. Il y a environ 150 000 ans, une explosion volcanique a formé la petite caldeira maintenant connue sous ce nom.

Lac de Yellowstone
(Photo : André Laurenti)

Les recherches récentes effectuées par le Dr. Val Klump du « Center for Great Lakes Research » de l’université de Wisconsin, ont révolutionné la façon de voir ce lac. Si l’on vidait son eau, on découvrirait  un fond semblable à celui du parc du Yellowstone, c’est à dire des sources chaudes, des geysers et de profonds canyons. Grâce à un petit robot submersible, les chercheurs ont découvert un canyon juste à l’Est de l’île de Stevenson, profond de 118 mètres. Ils ont également constaté sous l’eau que les conditions sont similaires à celles observées sur les évents hydrothermaux de la ride océanique du Pacifique.
On pense que le lac Yellowstone a d’abord drainé vers le Sud dans l’océan Pacifique, via la Snake River. Actuellement l’eau se dirige vers le Nord par la rivière Yellowstone pour finir dans l’océan Atlantique.

Le lac au fond semblable à celui du parc
(Photo : André Laurenti)

West Thumb Geyser Basin

Ce district est l’un des plus petit du parc de Yellowstone, mais il est considéré comme le plus pittoresque en raison de sa proximité avec lac. Geysers et vasques colorées s’avancent vers les eaux bleues du lac. Il regroupe des sources chaudes, des bassins, des marmites de boue, des fumerolles et des geysers. Le nom de West Thumb a été donné par l’expédition de Washburn en 1870. Le site était également connu sous le nom de Hot Spring Camp.
Depuis le milieu des années 1970, West Thumb a diminué en activité thermique. Certaines températures se sont refroidies dans le bassin, permettant la croissance de grandes colonies d’algues et de cyanobactéries. En conséquence, de grandes étendues microbiennes nouvellement formées, s’épanouissent sur les canaux de ruissellement et tout au long des bords des bassins.

The Painted Pool
(Photo : André Laurenti)
Le district le plus pittoresque du parc
(Photo : André Laurenti)
« Abyss Pool » est un bassin de 12 x 23 m pour une profondeur de 9 m et une température de 55°
(Photo : André Laurenti)
Black Pool
(Photo : André Laurenti)

Les eaux transparentes de Black Pool atteignent les 55°. Avec ses dimensions de 12 x 23 m pour une profondeur de 9 m, il représente le plus grand bassin de ce district. Sa basse température favorise la présence d’algues et de cyanobactéries qui donnent cette couleur orange.

Déversement des eaux du Black Pool vers le lac Yellowstone
(Photo : André Laurenti)
Big Cone
(Photo : André Laurenti)
Lakeshore Geyser était actif au début des années 2000
(Photo : André Laurenti)

La température de Lakeshore Geyser est de 92°. Ce geyser un peu paresseux connaît de longues périodes de repos et donc les prédictions de ses éruptions sont difficiles. Quand il est éveillé et en forme, la colonne d’eau peut atteindre entre 6 et 9 m de hauteur et diminue progressivement après dix minutes.

« Fishing cone »
(Photo : André Laurenti)

« Fishing cone » ou cône de pêche est le plus célèbre de ce site, haut de 0,90 m, il possède une température interne de 76°. Les premiers explorateurs pêchaient dans le lac à partir de ce cône. Ils profitaient de cette aubaine pour plonger directement leur prise dans l’évent sans la décrocher de l’hameçon, afin de cuire le poisson à l’étuvée. Une excellente manière de savourer la truite sur place. Depuis, cette activité n’est plus autorisée pour ne pas endommager le site. Le cône de pêche est habituellement inondé jusqu’au début de l’été, au niveau de son activité, il a éclaté à plusieurs reprises dans les années 1920 et 1930. L’eau froide du lac a modifié son comportement éruptif. 

Blue Funnel Spring
(Photo : André Laurenti)

Ainsi s’achève cette « ruée vers Yellowstone », un sacré hommage à la nature et à la vie sauvage, une exubérance géologique de plus à notre actif. On a certes, beaucoup roulé dans ce parc grand comme la Corse, mais ça valait bien une telle équipée explosive sur cette terre brûlante.

Source :

1 – National Park Service

Yellowstone : l’œuvre du bâtisseur (partie 2)

Poursuite de la visite

Nous passerons quatre jours dans le parc du Yellowstone, l’un des points forts de ce périple dans l’Ouest des États Unis. Nous logeons à Island Park, une petite localité située dans l’état de l’Idaho, à environ une trentaine de kilomètres de l’entrée Ouest du parc. Par la route 20, nous franchissons tous les jours le Targhee pass (2 156 m d’alt.) un col qui marque la ligne de partage des eaux entre le Sud-Est Idaho et le Sud-Ouest de l’état du Montana, mais aussi entre le Pacifique et l’Atlantique. Juste au Nord du col se trouve le lac Hebgen, il sert de réservoir à la Madison River. Celle-ci est un affluent du Missouri qui lui se connecte en aval au fleuve Mississippi. Un long voyage débouchant au final dans le golfe du Mexique.

Sur les rives de la Madison River
(Photo : André Laurenti)

Je suis impatient de retrouver les battements de ce monde fascinant. De jour en jour, nous allons de découverte en étonnement, je ne sais plus où donner de l’objectif.
Par petites touches, les geysers déposent  autour des bassins de fines particules de silice. Cette fragile peau se cristallise, se fige sur l’eau bouillante et façonne des décors de dentelle.
Les sels minéraux dissous et les minuscules organismes (bactéries, algues) vivant dans des conditions extrêmes, apportent leur touche magique de coloris, évoquant la palette d’un peintre. L’artiste compose et jongle avec les couleurs, créant des œuvres aux noms évocateurs : source émeraude, piscine de cuir, fontaine pot de peinture, source de porcelaine etc… chaque pas est un véritable enchantement.

Les dépôts de silice édifient de mini restanques
(Photo : André Laurenti)

Volcanisme de point chaud

Yellowstone est considéré comme étant un volcanisme de point chaud, nommé aussi point chaud de « Snake River Plain Yellowstone ». Il serait à’origine d’une série de caldeiras, dont « Island Park Caldera », la « Henry’s Fork Caldera » et la « Bruneau-Jarbidge », qui ont formé la zone volcanique de Snake River Plain. Le point chaud se situe actuellement sous la caldeira de Yellowstone. La carte ci-dessous, montre la migration de la plaque tectonique vers l’Ouest jusqu’à 14 Ma avec un changement de direction entraînant un déplacement Sud-Ouest de 12 Ma à aujourd’hui . Des travaux récents ont montré que l’ensemble de ce volcanisme a été influencé depuis 20 Ma, par la subduction (1).

Évolution dans le temps du point chaud de Yellowstone
(Source : document pédagogique (1))

Sheepeater Cliff

Avant de nous rendre à « Mammoth Hot Springs » un peu plus au Nord, nous faisons une halte pique nique à « Sheepearter Cliff ». On s’installe au pied d’une paroi composée d’orgues basaltiques formées par une coulée de lave, il y a environ 500 000 ans. Ces colonnes représentent la principale attraction du site.

Les colonnes basaltiques de « Cheepeater Cliffs »
(Photo : André Laurenti)
Détail des orgues basaltiques
(Photo : André Laurenti)

Au pied de cette paroi, des centaines de blocs de colonnes effondrées offrent d’excellents abris à une faune plutôt curieuse, habituée à la présence humaine. Une marmotte à ventre jaune, prend elle aussi la pose déjeuner. Elle partage son territoire avec un spermophile rayé que nous rencontrons un peu partout durant ce voyage.

Le petit spermophile rayé observe depuis un bloc de colonne basaltique
(Photo : André Laurenti)
La marmotte à ventre jaune
(Photo : André Laurenti)

Mammoth Hot Springs

Une autre forme de paysage remarquable observé à Yellowstone, c’est bien le grand complexe de sources chaudes de « Mammoth Hot Springs ». L »eau chargée en dioxyde de carbone riche en acide, dissout le calcaire contenu dans les roches. Ainsi, pendant des milliers d’années, ces eaux chargées en carbonate de calcium ont déposé sur une colline leur chimie, bâtissant ainsi en cristallisant, des terrasses de calcaire et des vasques appelées travertins. Par endroit, en ajoutant à l’eau une pincée d’oxyde de fer, les travertins prennent des teintes plus chaudes en rouge. Dans ce site une fois de plus exceptionnel, une centaine de sources dépose plusieurs tonnes de calcaire pas jour. Mammoth compose avec la météo et les saisons, le spectacle n’est jamais le même, suivant les périodes et le volume d’eau.

Sur le site de « Mammoth Hot Springs » plusieurs tonnes de calcaire se déposent par jour
(Photo : André Laurenti)
Circonstance fatale
(Photo : André Laurenti)
Lower terraces – « Mammoth Hot Springs »
(Photo : André Laurenti)
Les travertins de « Mammoth hot Springs »
(Photo : André Laurenti)
« Canary Spring »
(Photo : André Laurenti)
Concrétions et vasque de « Canary Spring »
(Photo : André Laurenti)
Terre fragile et vaporeuse, en équilibre
(Photo : André Laurenti)

Ce complexe se situe en dehors de la limite de la caldeira. Cependant, on considère qu’il en fait partie car l’eau chaude qui alimente Mammoth proviendrait de « Norris Geyser Basin », après avoir cheminé en souterrain vers le Nord, le long d’une ligne de faille, parallèle à la Grand Loop Road (N°89), de Norris à Mammoth. Durant son transport, cette eau surchauffée se refroidit légèrement avant de faire surface à Mammoth (env. 80° c).

Vasques minérales étonnantes à observer
(Photo : André Laurenti)
Ces dépôts de dentelles semblent artificiels et pourtant…
(Photo : André Laurenti)
Ce paysage semble être une photo en noir et blanc colorisée
(Photo : André Laurenti)
« Mound and Jupiter Terraces »
(Photo : André Laurenti)
Terrasses en travertin
(Photo : André Laurenti)
Étrange formation naturelle
(Photo : André Laurenti)
Ruissellement pétrifié
(Photo : André Laurenti)
Il n’est pas rare de voir, les pattes dans l’eau chaude, s’aventurer le pluvier Kildir
(Photo : André Laurenti)

Non loin de là, au pied de la colline, se trouve le « Liberty Cap » une curieuse formation de pierre de 3 mètres de hauteur, ressemblant à un menhir d’Obélix. Il s’agit du dépôt d’une ancienne source jaillissante, un peu comme une stalagmite, mais au lieu de se former par la chute lente et continue de goutte d’eau calcaire, celle-ci s’est formée par le bas, grâce à la remontée en surface d’une source chaude.
Une mission d’exploration géologique de 1871 donna le nom de bonnet de la liberté, rappelant le bonnet phrygien symbole de la révolution française, mais qui a été aussi la représentation de la liberté lors de la guerre d’indépendance aux États Unis.

« Liberty Cap » haut de 3,00 m
(Photo : André Laurenti)
« White Dome Geyser » montre comment c’est formé le menhir de « Liberty Cap »
(Photo : André Laurenti)

Yellowstone River

La rivière Yellowstone est un affluent du Missouri, la longueur de son cours est de 1050 km. Elle s’écoule en ce lieu, dans un profond canyon long de 39 km et d’une profondeur variant de 240 à 370 m. Sa largeur est de 400 m dans sa partie la plus étroite, et 1200 m dans sa section la plus grande. La coupe de cette gorge est en forme de V, classique de type fluvial plutôt que glaciaire.  Les couleurs des parois sont le résultat d’altération. Les gaz acides ont altéré les roches, les transformant en argiles colorées où domine le jaune. On peut voir plusieurs geysers jaillissant dans cette rivière. L’eau érode les terrains altérés creusant davantage la gorge. Dans ce paysage géologiquement actif, les différents bassins du parc tombent abruptement en escalier dans plus d’une centaine d’endroits. En amont des chutes se sont formées à la jonction d’une coulée de lave et de sédiments lacustres glaciaires.
Un chemin aménagé comportant 328 marches permet d’approcher les Lower Falls.

La rivière Yellowstone plonge ici de 95 mètres
(Photo : André Laurenti)
La puissance de l’eau érode les terrains altérés et creuse davantage la gorge
(Photo : André Laurenti)
le canyon de la Yellowstone River
(Photo : André Laurenti)
Point de vue « Upper Falls »
(Photo : André Laurenti)

Les basaltes sous forme d’intrusions appelées sills, sont visibles dans le grand canyon du Yellowstone près de Tower Falls, à l’endroit où la rivière érode les roches tendres et altérées. Un sill est par définition une couche de roche magmatique qui s’est infiltrée horizontalement entre les couches plus anciennes de roches. Les prismes se développent perpendiculaires aux surfaces de refroidissement (1).

Les orgues basaltiques près de Tower Falls
(Photo : André Laurenti)
Écroulement d’une colonne basaltique
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Fountain Paint Pot

Le district appelé « Lower Geyser Basin », avec la fontaine Pot de Peinture est une partie située sur des sédiments glaciaires instables au dessus de roche solide.
Le geyser de Clepysdra est presque en activité permanente. Il prend du repos lorsque ses voisins sont en éruption.

Un bosquet de pins tordus a été envahi par les sources chaudes
(Photo : André Laurenti)
Le geyser de Clepsydra
(Photo : André Laurenti)
Bulle en train d’éclater
(Photo : André Laurenti)
Éclatement d’une bulle de boue
(Photo : André Laurenti)

Une mare de boue varie selon les saisons. Au début de l’été, les boues sont minces et aqueuses par les pluies et la neige abondante. Vers la fin de l’été les boues sont plus épaisses. Ce type de source brasse une soupe composée de minéraux argileux et de fines particules de silice.
La rhyolite de la région est principalement composée de quartz et de feldspath. Les acides des vapeurs et de l’eau de ce milieu, altèrent le feldspath dans un minéral argileux appelé kaolinite.
La tribu indienne Crow avait l’habitude de peindre leurs tipis avec cette boue.

Silex Spring
(Photo : André Laurenti)
Le « Great Fountain Geyser »
(Photo : André Laurenti)
Les abords du « Great Fountain Geyser »
(Photo : André Laurenti)

Le « Great Fountain Geyser » est un geyser de type fontaine, situé proche du lac Firehole et de « Lower Geyser Basin ». Il jaillit toutes les 9 à 15 heures et sa hauteur maximale selon sa forme, varie entre 23 et 67 mètres. Sa durée est habituellement d’environ une heure, mais il est capable de jouer les prolongations et dépasser plus de deux heures.

A suivre voir la partie 3

Sources documentaires :

1 – Gourgaud Alain, Noblet Christophe, Jolivel Jean-Yves – Découverte géologique de l’ouest des USA – document pédagogique 2016 – 179 pages

Yellowstone : la palette de l’artiste (partie 1)

La découverte géologique de notre planète s’est poursuivie cette fois après la Namibie, sur la côte Ouest des États Unis d’Amérique. Un milieu extrêmement fascinant où la nature s’est exprimée sans limite.  Du 12 juillet au 7 août 2016, un stage a été proposé par l’association « Méta Odos » animé par Jean-Yves Jolivel, avec comme intervenants de qualité : Alain Gourgaud Professeur Émérite en géologie/volcanologie à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand et Christophe Noblet gérant de Géo-Explor et Géo formation, présent également au stage du Sultanat d’Oman.
Ce voyage nous a conduit inévitablement dans le célèbre parc national du Yellowstone. Un nom évocateur traduisant la couleur de la roche dans les affleurements de ses canyons. Mondialement connu, il s’agit du plus ancien parc protégé des États Unis depuis le 1er mars 1872. Il se situe sur un vaste plateau culminant à plus de 2 000 m d’altitude et se répartit sur trois états : le Wyoming à 91%, le Montana à 7,6% et l’Idaho à 1,4%. Le 8 septembre 1978, il a été intégré au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carte du parc du Yellowstone (Source : US)
Carte du parc du Yellowstone avec ses cinq entrées
(Source : U.S.G.S.)

Un supervolcan

Yellowstone est plutôt connu pour ses paysages d’une exceptionnelle beauté, et pourtant ! A partir des années 1960 des recherches géologiques ont mis en évidence que le site s’inscrit dans une gigantesque caldeira. Cet immense complexe hydrothermal, plus vaste que la Corse, avec ses 8 983 km2 conserve une grande collection de fonctionnalités hydrothermales dans une débauche de couleurs exubérantes. On dénombre pas moins de 300 geysers et environ 10 000 sources d’eau chaude et marmites de boue. Ce chaudron géant est animé par l’un des plus grands systèmes volcaniques actifs de la planète. En effet, il s’agit d’un volcan bouclier ignimbritique aux pentes faibles et doté d’une chambre magmatique de grande dimension. La topographie du site est ennoyée par des volumes d’ignimbrites très importants. Yellowstone est considéré comme étant un « supervolcan » c’est à dire un appareil qui a produit des volumes de matériel pyroclastique considérable, atteignant des milliers de km3 et ayant affecté le climat de la planète (2).

Porcelain Basin (Photo : André Laurenti)
« Porcelain Basin » dans le district des « Norris Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)

Les phases éruptives historiques majeures

L’histoire du volcanisme du Yellowstone se résume en trois phases éruptives majeures connues, comprises entre – 2 millions et – 600 000 ans.
La première a produit le tuf de « Huckleberry », il y a environ – 2.1 Ma avec un volume émis de 2 450 km3, comme si on recouvrait notre hexagone par 3,80 mètres de dépôts volcaniques. Cette méga-éruption a généré une caldeira de 75 à 95 x 40 à 60 km.
La seconde moins importante, a produit le tuf de Mesa Falls, il y a -1,3 Ma, éjectant 280 km3 de matière donnant une caldeira de 16 km de diamètre (Henry’s Fork Caldera).
Et enfin, la troisième a produit le tuf de Lava Creek, il y a – 640 000 ans avec un volume émis de 1 000 km3 plus modeste que la première, recouvrant tout de même de 1,6 mètres un territoire grand comme la France. Cette éruption a formé la caldeira actuelle grande de 85 x 45 km (2).
Depuis cette dernière grande éruption, il y a eu 23 petites éruptions dont la plus récente remonte à 70 000 ans.

Un milieu palpitant et bien vivant
(Photo : André Laurenti)

Sous le couvercle de la marmite

Avec un tel curriculum vitae, on a pourtant pas l’impression d’évoluer dans la caldeira d’un « supervolcan ». Hormis l’activité hydrothermale, on ne devine pas la présence de cône volcanique, mais plutôt un paysage verdoyant au relief tout en douceur. En fait, il faut plutôt voir ce qui sommeille sous le couvercle de cette gigantesque marmite. A l’aplomb du Yellowstone, le panache mantellique s’étale et affecte une grande zone. Depuis ce panache, le magma percole vers la surface et vient se stocker dans une chambre magmatique très alimentée, située sous une fine croûte comprise entre 8 et 10 km d’épaisseur seulement.  Dans ce réservoir bimodal on distingue tout en haut les rhyolites et le basalte en fond de cuve. Lors d’une éruption, c’est la rhyolite qui sortira en premier, les émissions de basalte marqueront la fin de l’éruption. Les relevés suggèrent que le volume du magma est de 15 000 km3, mais qu’il est pour l’essentiel cristallisé, seul 10 à 15 % du volume demeure fondus. Cette quantité serait toutefois suffisante pour générer une éruption d’intensité 8 sur l’échelle VEI (Volcanic Explosivity Index), mais il faudrait pour cela certaines conditions, notamment que la matière soit rassemblée au sommet de la cloche magmatique et qu’elle contienne suffisamment de gaz dissous pour devenir éruptif (2).

Structure profonde de Yellowstone
(Source : document pédagogique (2))
Paysage serein sur une marmite infernale
(Photo : André Laurenti)

Une caldeira sous surveillance

Toutefois, Yellowstone reste sous haute surveillance. Depuis le début des mesures en 1920, des déformations en surface sont régulièrement observées modifiant la topologie du terrain. En effet,  la caldeira définie comme étant résurgente, a connu un gonflement d’environ 1 m jusqu’en 1985, puis entre 1985 et 1995, une subsidence de 20 cm. A partir de 1996, le secteur du bassin hydrothermal de Norris a connu une surrection de 12 cm pendant que le reste de la caldeira connaissait une subsidence de 3 cm jusqu’en 2002-2003. Puis entre 2004 et 2006, la partie Nord-Ouest de la caldeira qui avait gonflé, a connu une subsidence de 8 cm pendant que la partie centrale a connu un gonflement de 16 cm et qui se poursuit encore aujourd’hui (2).
Malgré ces spasmes récurrents, les séismes et les phénomènes géothermiques, une éruption majeure n’est pas d’actualité, il est donc temps d’en profiter et de savourer pleinement ces paysages magiques.

La caldeira est surveillée régulièrement
(Photo : André Laurenti)

Norris Geyser Basin

Dans le parc du Yellowstone, nous débutons notre visite par « Norris Geyser Basin ». Il s’agit de la zone thermale la plus chaude et la plus changeante du site. Dans ce district figure le « Steamboat Geyser » le geyser actif parmi les plus hauts au monde, quand il le veut bien. On y découvre également des sources chaudes colorées et une vie microscopique dans l’un des environnements les plus extrêmes de la planète.
A partir du « Norris Museum » deux chemins partent en boucle et permettent de découvrir en sécurité ce lieu bien étrange.

« Steamboat Geyser » figure parmi les plus hauts geysers au monde, atteignant des hauteurs supérieures à 90 m, sa dernière grande éruption a eu lieu en 2005 et ignore la prochaine
(Photo : André Laurenti)
« Emerald Spring »
(Photo : André Laurenti)
Cistern Spring dans le site de Norris Geyser Basin (Photo : André Laurenti)
« Cistern Spring » se situe dans les « Norris Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)
Cistern Spring (Photo : André Laurenti)
Les débordements d’eau chaude et acide de « Cistern Spring » font mourir les pins tordus à proximité du bassin
(Photo : André Laurenti)

Dès les premiers pas, les odeurs piquantes et des vapeurs sifflantes nous plongent dans l’ambiance.  « Cistern Spring » et « Steamboat Geyser » attirent notre attention. Ce dernier qui se traduit par « geyser bateau à vapeur », est situé un peu plus en hauteur et serait relié en profondeur à « Cistern Spring ». Lors d’une éruption majeure du « Steamboat », l’eau du bassin de son voisin s’est drainée. En temps normal, Cistern possède une belle eau bleue qui se déverse  continuellement sur ses bords. Cette eau riche en silice se répand dans la forêt de pins tordus (pinus contorda) depuis 1965.  L’acide et la chaleur tuent les conifères, la végétation recule, mais celle-ci reprend très vite sa place dans les endroits où l’activité thermique a diminué ou disparu.

Black Pit Spring (Photo : André Laurenti)
« Black Pit Spring »
(Photo : André Laurenti)
L’eau grisâtre bouillonne dans cette marmite infernale
(Photo : André Laurenti)
Le fer, l'arsenic, le manganèse et l'aluminium se trouvent dans les dépôt d'Echinus Geyser hautement acide. Tout comme son voisin le Steamboat Geyser, il jaillit rarement (Photo : André Laurenti)
Le fer, l’arsenic, le manganèse et l’aluminium se trouvent dans les dépôts d’Echinus Geyser hautement acides. Tout comme son voisin le Steamboat Geyser, son activité est imprévisible
(Photo : André Laurenti)

Le bassin d »Echinus Geyser » est acide avec un pH de son eau allant de 3,3 à 3,6. Il  est assez paresseux, de 1878 à 1948 ce geyser a rarement été actif. Depuis, il fluctue selon son humeur, entre des périodes d’activité et de repos.  Il s’est manifesté assez régulièrement au cours des années 1990 en éclatant toutes les 35 à 75 mn, propulsant ses eaux entre 12 et 18 mètres de hauteur et invitant par la même occasion, les foules à son spectacle. A la fin de l’année 1998, ce geyser a modifié son activité devenant totalement imprévisible.

Plastic water
(Photo et titre : André Laurenti)
Perfect crater
(Photo et titre : André Laurenti)

Milieu extrême

« Norris Geyser bassin » est le district le plus chaud de Yellowstone. Les bassins contiennent des formes de vie primitives, des micro-organismes capables de résister dans des conditions extrêmes. Ils survivent à de fortes chaleur pouvant dépasser les 100° et aussi à un milieu très acide qui tuent instantanément la plupart des autres formes de vie. Ces bactéries thermophiles sont à l’origine de certaines couleurs étonnantes de ce site en perpétuelle métamorphose.

Hurricane Vent (Photo : André Laurenti)
« Hurricane Vent »
(Photo : André Laurenti)
Dans ce milieu la végétation est en souffrance (Photo : André Laurenti)
Dans ce milieu extrêmement acide, la végétation est en souffrance
(Photo : André Laurenti)
« Porcelain Basin »
(Photo : André Laurenti)
Résistance végétale
(Photo : André Laurenti)
A « Porcelain basin » les eaux de débordement sont souvent colorées par des minéraux et la présence d’algues
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

La palette de l’artiste

La couleur laiteuse du minéral déposé dans ce secteur a inspiré la désignation de bassin de porcelaine. Les particules de silice sont remontées à la surface par les eaux chaudes et se déposent sur les zones plates sous l’effet du refroidissement des eaux. Ce lieu palpitant est en perpétuel changement. Au fil des pas, je découvre cet immense tableau naturel, une palette où l’artiste puise et compose à sa guise cette œuvre scientifique.

Narines de porcelaine
(Photo et titre : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Dans un patchwork de couleur, le mini geyser projette des étincelles d’eau 
(Photo : André Laurenti)
Un peu partout des nuances de couleurs semblent artificielles
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Les dépôts de geyserite s’accumulent très lentement, moins de 2.5 cm par siècle. La geyserite la plus ancienne est de couleur grise, tandis que la plus récente est blanche.

La palette de Porcelain Basin
(Photo : André Laurenti)

Quand la terre vibre à Yellowstone

Ces fluctuations du sol rappellent celles des champs Phlégréens de la baie de Naples, évoquées sur ce blog.
Chaque année, plus de mille séismes de faible magnitude sont enregistrés dans la caldeira. Le 30 mars 2014 un séisme de magnitude 4.7 a été détecté à seulement 6 km au Nord-Est de Norris Geyser Basin. Il s’agit de la plus forte secousse enregistrée depuis 1980 (2).
En juin 2017, le réseau sismique de l’Université de l’Utah a enregistré plus de 1170 séismes. Parmi cette séquence le plus fort a atteint le 16 juin, la magnitude de 4.4.
L’énergie d’un tremblement de terre peut entraîner des modifications dans le sol. Ainsi, ces changements sont susceptibles d’affecter l’approvisionnement en eau  des sources chaudes. La survenance d’un séisme peut détourner l’eau d’un bassin, l’amenant même à se tarir et également augmenter ou diminuer la température de l’eau. Après le tremblement de terre d’Hebgen lac le 17 août 1959, tous ces changements ont été observés dans divers endroits des bassins de geyser Firehole River. L’épicentre de ce puissant séisme de magnitude 7.3, a été établi à environ 50 km au nord-ouest de cette zone. Il a causé un glissement de terrain estimé a 80 millions de tonnes, tuant 28 campeurs installés le long du lac Hebgen.

Petites terrasses de geyserite
(Photo : André Laurenti)

Visite de Midway Geyser Basin

Le site actif de « Midway Geyser Basin » est le plus visité. Il regroupe « Turquoise Pool », « Opal Pool », et les deux immenses geysers l’Excelsior Geyser (90 mètres de diamètre)  et l’emblématique « Grand Prismatic Spring » (112 mètres de diamètre).

Dans les années 1880 « Excelsior Geyser » a jailli en rafales entre 15 à 90 m de haut. La violence de l’éruption a formé le cratère déchiqueté actuel et a rompu système d’alimentation souterrain du geyser, provoquant l’arrêt des éruptions à partir de 1890. Excelsior devient une simple source chaude.
Le 14 septembre 1985, Excelsior reprend un peu de vigueur avec un jaillissement de 9 m de hauteur. Il est impossible de prévoir quand la prochaine éruption puissante de ce geyser se produira.

« Excelsior Geyser » dans le district de « Midway Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)

Bien que ses éruptions sont irrégulières, Excelsior a un débit constant avec plus de 15 000 litres d’eau à 93° par minute, une eau que se déverse en contre bas dans la rivière Firehole.

L’eau de l’Excelsior se déverse dans la rivière Firehole.
(Photo : André Laurenti)

Le Grand Prismatic profond de 37 mètres, représente la plus grande source chaude de Yellowstone et la troisième du monde. Plusieurs milliers de litres montent des profondeurs de la terre toutes les minutes. Les années précédentes, il était possible d’avoir une vue d’ensemble sur cette merveille en prenant un peu de hauteur. Le chemin qui conduit à un balcon dominant le Prismatic  a été fermé au public en 2016 pour des raisons de travaux.

Le Grand Prismatic est profond d’environ 37 mètres
(Photo : André Laurenti)
Plusieurs milliers de litres montent des profondeurs du « Grand Prismatic » chaque minute
(Photo : André Laurenti)
Le Grand Prismatic Spring vu du sol
(Photo : André Laurenti)
Heureusement « Google » est là pour voir de plus haut
(Source : Google Maps 2016)

Le « Grand Prismatic spring » reste la source chaude la plus remarquable, la plus vaste dans une débauche de couleurs, une splendeur presque irréelle.

Un milieu qui se respecte

Les zones actives sont généralement bien aménagées, mais elles sont de plus en plus fréquentées par de trop nombreux touristes. Malgré les recommandations, les accidents surviennent quand même et le seront probablement davantage. L’année 2016 a vu la disparition dramatique d’un jeune homme de Porthland, en voulant quitter les chemins aménagés, il a chuté dans un bassin, son corps s’est entièrement dissous dans les eaux acides d’une des marmites des « Norris Geyser basin »(1).

A suivre : voir la partie 2

Sources documentaires :

1 – Lascar Olivier – « Il tombe dans une source acide de Yellowstone : son corps est entièrement dissous » – Sciences et Avenir – publié le 9 juin 2016.

2 – Gourgaud Alain, Noblet Christophe, Jolivel Jean-Yves – Découverte géologique de l’ouest des USA – document pédagogique 2016 – 179 pages

Sultanat d’Oman

Stage de géologie au Sultanat d’Oman

C’est au début de l’année 2014 que Thierry, accompagnateur de randonnées à thème géologique au club de Mouans-Sartoux et membre de L.A.V.E., m’a fait connaître l’existence de l’association Meta Odos. Au programme de cette année figurait entre autre, « les ophiolites de Chypre et le volcanisme de Santorin », mais ce voyage qui m’intéressait tout particulièrement, était déjà complet. Un second, prévu au Sultanat d’Oman était également bouclé, lorsqu’à la dernière minute, une place s’est libérée. J’ai aussitôt saisi cette occasion, heureux d’y retrouver l’ami Thierry, ce proche voisin grassois rencontré pour la première fois sur les coulées de lave à Hawaii.
Ainsi, du 1er au 15 mars 2014, me voilà embarqué pour un stage de géologie au Sultanat d’Oman. Le groupe est d’un niveau élevé avec comme principaux intervenants : Hervé Bertrand du laboratoire de Géologie de Lyon, Christophe Noblet de Géo-Explor, sans oublier la participation de Barrie Bolton venu d’Australie, Urs Scharer (professeur de géologie à l’université de Nice) et Bouloton Jacky (géologue à l’université de Clermont Ferrand). Ce périple long de 2 700 km dont 500 environ de piste, nous a permis d’observer les différentes couches géologiques provenant d’une lithosphère océanique, venue s’échouer au nord de Mascate, il a de cela 80 Ma. Nous avons pu examiner les structures des principales unités, crustales et mantelliques de ce plancher océanique dans le jabal Al Akhdar et aussi de découvrir le désert de sable de Wahaybah jusqu’à la hauteur de l’île Masirah au sud de la capitale.

Pour agrandir la carte cliquer sur le petit carré en haut à droite

La corniche de Muttrah à Mascate la capitale d'Oman. (Photo : André Laurenti)
La corniche de Muttrah à Mascate la capitale d’Oman.
(Photo : André Laurenti)
L'agglomération de Mascate regroupe environ 1 090 797 habitants (année 2008) (Photo : André Laurenti)
L’agglomération de Mascate regroupe 1 090 797 habitants (année 2008)
(Photo : André Laurenti)

Présentation générale

Le Sultanat d’Oman est un pays du Moyen Orient situé au sud-est de la péninsule Arabique. Il s’étend sur 1 760 km et représente une superficie de 309 500 km2, soit environ la moitié de notre hexagone. Peuplé par 3 154 000 habitants (10,2 habitants au km2), sa situation méridionale forme un véritable trait d’union entre l’Inde et l’Afrique. Du nord au sud-est, là, où la plupart des villes sont situées comme Mascate la capitale, Matrah et Suhar, le relief se fait très montagneux, dominé par le Jabal Shams à 3 075 m d’altitude. La partie centrale occupée par une vaste plaine désertique est constituée par les dunes de sable de Wahaybah tandis qu’au sud-ouest commence le grand désert de l’Ar Rub’ al Khali formant la frontière avec l’Arabie Saoudite. Quant à son littoral, il est baigné par le golfe d’Oman au nord-Est et la mer d’Arabie au sud-est. Le territoire Omanais est bordé par les Émirats arabes unis au nord, l’Arabie saoudite à l’ouest et le Yémen au sud-ouest.
Oman s’est fait connaître au sein du sport cycliste par l’organisation chaque année en début de saison, du tour d’Oman. Cette compétition se déroule sur six jours avec l’arrivée d’une étape en montagne. L’ascension décisive du Jabal Al Akhdar a vu la victoire de l’italien Vincenzo Nibali en 2012 et en 2016.

Vincenzo Nibali (Photo : André Laurenti)
Vincenzo Nibali
(Photo : André Laurenti)

La Grande Mosquée du Sultan Qaboos

Nous prenons la route en direction de Sohar, mais à environ 35 km de Mascate, un arrêt s’impose pour visiter la Grande Mosquée. Cet édifice imposant se situe proche de la localité de Bawshar. Les travaux de construction commencèrent en 1995, elle fut inaugurée le 4 mai 2001. Atteignant une superficie de 416 000 m2, elle peut accueillir jusqu’à 20 000 fidèles. A l’intérieur, dans la grande salle de prière, un lustre spectaculaire réunissant 1 122 ampoules, mesure 8 mètres de diamètre pour une hauteur de 14 m et pèse la bagatelle huit tonnes.

La Grande Mosquée (Photo : André Laurenti)
La Grande Mosquée avec l’un des minarets haut de 45 m
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les pierres utilisées pour la construction furent importées d’Inde et taillées à Mascate
(Photo : André Laurenti)
Le projet est l’œuvre de deux architectes, l'un omanais et l'autre londonien (Photo : André Laurenti)
Le projet est l’œuvre de deux architectes, l’un omanais et l’autre londonien
(Photo : André Laurenti)
L'impressionnant lustre de 8 tonnes (Photo : André Laurenti)
L’impressionnant lustre de huit tonnes
(Photo : André Laurenti)

Nous reprenons la route en longeant le littoral et atteignons la ville de Sohar, le point le plus au nord de ce voyage. Cette citée fut fondée au IIIe millénaire avant J.C., ses principales attractions sont le souk en bordure de mer et sa forteresse. Sohar possède un excellent marché aux poissons. Nous en profitons pour acheter quelques pièces que l’on fait découper sur place pour le repas du soir.

Le marché aux poissons de Sohar (Photo : André Laurenti)
Le marché aux poissons de Sohar
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous poursuivons une quinzaine de kilomètres plus loin, jusque dans le lit du wadi al Jizzi. A cet endroit, figure un affleurement remarquable à ne pas manquer, une folle exubérance du monde.

Les dessous intimes de notre planète

La destination d’Oman est un véritable lieu mythique des géologues de la planète, c’est le seul pays au monde dont la partie Nord de son territoire est en grande partie recouverte par l’échouage du plancher océanique lié à la fermeture de la mer Téthys. Ce charriage comprend une partie du manteau supérieur, la croûte océanique et la couverture des dépôts sédimentaires. Des couches internes de notre planète inaccessibles et non visibles par l’homme.
Une dorsale océanique est une frontière délimitée par la divergence (l’écartement) de deux plaques tectoniques, elle se situe sous l’eau à environ 2 500 m de profondeur et constituée d’une chaîne de volcans formée précisément par cet écartement.
Il y a 100 Ma, l’expansion océanique de la Téthys est contrôlée par une dorsale rapide séparant les plaques de l’Eurasie et de l’Arabie, similaire à l’actuelle dorsale Est Pacifique.
Entre 100 et 95 Ma, un changement géodynamique inverse le mouvement des deux plaques, ainsi débute un long voyage de rapprochement. Il y a 80 Ma la nappe ophiolitique, au lieu de plonger et disparaître par subduction dans le manteau comme dans la plupart des cas, a choisi plutôt l’air libre en venant s’échouer sur la marge continentale Arabique par obduction.
Ce charriage à la manière d’un bulldozer d’un plancher océanique, s’est donc effectué à partir d’un mouvement progressif de fermeture du golfe d’Oman, rapprochant l’Eurasie de l’Arabie. Ce trésor géologique hors du commun, est très prisé pour ses affleurements les mieux conservés d’ophiolites qui s’étirent sur environ 500 km de long dans le jabal Al Akhdar. La lithologie des affleurements en place de cet échouage permet de visualiser les dessous intimes de notre planète, habituellement imprenables.

Grâce au climat désertique, les conditions d’affleurements sont optimales et constitue une exceptionnelle école de géologie à l’air libre, une véritable aubaine évitant de plonger à des profondeurs presque inaccessibles sous un océan pour en étudier les formations.

Sur le lieu mythique des géologues du monde entier (Photo : André Laurenti)

« Géotimes » un lieu mythique des géologues

Nous remontons le wadi Jizzi et atteignons les premiers affleurements remarquables. Des amoncellements de laves en coussin (pillow-lavas) et aussi en forme de doigts, de gants, se dressent devant nous. Nous nous trouvons au pied du célèbre affleurement « Geotimes » nommé ainsi pour avoir fait la une du magazine scientifique dans les années 70. Ces laves formées à une profondeur de 3 300 m dans le golfe d’Oman, comportent des craquelures de rétraction lié au refroidissement de surface au contact de l’eau, ou encore présentent pour les pillow une prismation radiale. On peut également observer une première génération de basaltes, c’est à dire la lave vomie sur la fissure océanique, traversée par une deuxième génération de basalte plus clair, avec des dykes aux bordures figées.

Le célèbre affleurement « Geotimes » dans le wadi Jizzi. Photo : André Laurenti)
Le célèbre affleurement « Geotimes » dans le wadi Jizzi.
Photo : André Laurenti)

Trois épisodes volcaniques (tous trois basaltiques) ont été reconnus au toit de l’ophiolite, respectivement V1, V2 et V3 de bas en haut. Les laves V1, les plus abondantes, forment 1000 à 1500 mètres de pillow-lavas. Ces laves ont été alimentées par le complexe filonien à l’axe de la paléodorsale lors de l’expansion océanique. Les laves V2 ne sont pas présentes partout. Leur épaisseur atteint 1000 mètres. Elles se présentent également en pillow-lavas et en coulées massives. Elles se distinguent des laves V1 par leur couleur verdâtre et reposent directement sur les laves V1 ou n’en sont séparés que par une mince couche de terres d’ombre (retombées des fumeurs noirs). A l’affleurement Geotimes, on peut observer deux dykes nourriciers des laves V2 recoupant les pillow-lavas V1. Les laves V3 sont plutôt localisées et constituent d’épaisses coulées massives bien prismées sur 200 mètres d’épaisseur. Elles sont séparées des laves V2 par un épisode sédimentaire de 15 à 30 mètres d’épaisseur.

Détail d'un pillow lava (lave en coussin) pillow à prismation radiale. (Photo : André Laurenti)
Détail d’un pillow lava (lave en coussin) pillow à prismation radiale.
(Photo : André Laurenti)
Lave en forme de doigts de gants comportant des craquelures de rétraction (en croûte de pain) lié au refroidissement avec le contact de l'eau. (Photo : André Laurenti)
Lave en forme de doigts de gants comportant des craquelures de rétraction (en croûte de pain) lié au
refroidissement avec le contact de l’eau.
(Photo : André Laurenti)

Cette croûte océanique a été poussée pendant près de 20 Ma à des centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. L’échouage se poursuit encore de nos jours, mais pour l’instant ce mouvement n’a pas encore connu de collision continentale. Dans 2 Ma, une chaîne montagneuse naîtra et les ophiolites seront comprimées, déstabilisées, renversées et deviendront un peu comme celles du massif de Chenaillet dans les Alpes qui ont été transportées et hissées à 2 500 m d’altitude sur les hauteur du Col du Montgenèvre.

A l’ombre du fumeur noir

Lors de la deuxième nuit, le campement est dressé au pied d’un ancien fumeur noir dont nous faisons l ‘ascension (Latitude 24°190477 – Longitude 56° 528007). Lors de son obduction la lithosphère océanique a charrié avec elle comme par magie, ce qui fut jadis une source hydrothermale située à 2 300 mètres sous l’océan et l’a déposée sur le continent, comme c’est le cas ici pour la colline de Zuha, véritable amas sulfuré correspondant à l’accumulation de plusieurs fumeurs. La durée de vie d’une cheminée peut-être de plusieurs décennies ou siècles. Lors de sa création sous l’eau, il y a 100 Ma, le panache chargé en minéraux a constitué un monticule polymétallique composé de particules métallifères riches en manganèse.

La colline de Zuha représente le vestige d'un fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
La colline de Zuha représente le vestige d’un fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
En prenant de la hauteur on découvre l'étendu aride de la région. (Photo : André Laurenti)
En prenant de la hauteur,depuis ce fumeur noir, on découvre l’étendue très aride de la région.
(Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet du fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet du fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
Au sommet du fumeur noir. (Photo : Thierry De Gouvenain)
Au sommet du fumeur noir.
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Campement (Photo : André Laurenti)
Campement au pied du fumeur noir
(Photo : André Laurenti)
La nuit tombe au pied du fumeur noir, l'acacia du désert se détache en ombre chinoise. (Photo : André Laurenti)
La nuit tombe au pied du fumeur noir, l’acacia du désert se détache en ombre chinoise.
(Photo : André Laurenti)
Au premier plan le nappage de roche noire est appelé « terre d'ombre ». (Photo : André Laurenti)
Au premier plan le nappage de roche noire est appelé « terre d’ombre ».
(Photo : André Laurenti)
Montagne prismée, on peut observer dans ce site les 3 phases V1-V2-V3, des affleurements uniques sur un endroit réduit. (Photo : André Laurenti)
Montagne prismée, on peut observer dans ce site les 3 phases V1-V2-V3, des affleurements uniques sur un endroit réduit.
(Photo : André Laurenti)
De bas en haut on peut voir des basaltes très altérés, au dessus des radiolarites et le tout recouvert par un nappage de « terre d'ombre ». (Photo : André Laurenti)
De bas en haut on peut voir des basaltes très altérés, au dessus des radiolarites
et le tout recouvert par un nappage de « terre d’ombre ».
(Photo : André Laurenti)

Dans les environs de ce fumeur, on a pu remarquer un nappage noir de roche appelé « terre d’ombre » riche en métaux. Il s’agit d’accumulation des retombées du panache hydrothermal déposée à distance. Ces terres d’ombre recouvrent une couche de radiolarites, une strate sédimentaire qui renferme des radiolaires, c’est à dire des petites coques siliceuses d’organismes de taille comprise entre 1 mm et 1 cm vivant dans les mers chaudes et qui ont été protégées de toute dissolution par ces dépôts de « terre d’ombre ».

Terre d'ombre au premier plan face au fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
Terre d’ombre au premier plan face au fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
Nature morte (Photo : André Laurenti)
Nature morte sur terre d’ombre
(Photo : André Laurenti)

Le complexe filonien

Après avoir vu les différents épanchements superficiels de cette dorsale rapide (lave et le nappage des fumeurs noirs), il est intéressant de voir ce qu’il y a en dessous, de voir l’intérieur de cette véritable usine chimique de recyclage des roches, avec avant tout, les passages par lesquels va se faufiler la lave et qu’on appelle le complexe filonien, mais comment se forment-ils ?. Par étirement des deux plaques océaniques, l’épais couvercle de basalte du réservoir magmatique va se fissurer verticalement sur une zone de faiblesse et laisser le passage au magma qui va remonter en surface et donner des pillow lavas. Au bout de quelques temps, l’éruption va s’arrêter, le basalte se fige dans la fissure, il devient un filon et en même temps un point dur. Mais ce n’est pas terminé, si on étire une seconde fois, il va se reformer une fissure, parallèlement à la première, et souvent même à côté. Si l’on répète cette opération plusieurs fois, l’espace compris entre le réservoir et les pillows superficiels sera constitué d’un cortège de filons ou de dykes côte à côte. Là encore, nous avons eu l’occasion d’observer tout cela à l ‘air libre sans avoir à entrer dans les entrailles de la terre. Nous observons dans ce wadi un réseau de dykes verticaux, placés les uns contre les autres, caractéristiques de ceux que l’on peut voir sur un axe d’accrétion d’une dorsale rapide standard (10 cm / an) et qui vont nourrir à la surface les coulées.

Complexe de dykes en feuillet d'ordre métrique à droite enraciné dans les gabbros. (Photo : André Laurenti)
Complexe de dykes en feuillet d’ordre métrique à droite enraciné dans les gabbros.
(Photo : André Laurenti)

Poursuivons notre plongée à l’air libre en suivant les filons vers le bas. Ces derniers nous conduisent directement dans la chambre magmatique qui se trouve dans la lithosphère, l’ultime palier dans lequel vient se stocker le magma avant sa sortie en surface.

Le moho du wadi Far

Cet étonnant voyage dans les entrailles de la terre nous fait découvrir à présent le Moho, une limite mise en évidence par Andrija Mohorovicic en 1909, comprise entre 8 et 10 km de profondeur sous les croûtes océaniques et qui correspond à la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre, c’est à dire l’endroit où l’on observe des modifications brutales de la vitesse de propagation des ondes sismiques. Dans le wadi Far à 3,5 km au sud de la localité Al Abyad, le Moho se présente comme une limite généralement nette entre la base de la croûte terrestre gabbroïque et le manteau. La croûte située au dessus du moho comprend des piles de gabbros lités, en dessous du moho figure la dunite et plus bas l’harzburgites. (lat : 23° 26.603’N – long : 57° 39.432’E)

Le wadi Haymiliyah (Photo : André Laurenti)
Le wadi al Haylayn peu après le village du même nom
(Photo : André Laurenti)
Les gabbros lités à alternance de lits clairs et sombres dans le wadi Haymiliyah. (Photo : André Laurenti)
Les gabbros lités à alternance de lits clairs et sombres dans le wadi al Haylayn.
(Photo : André Laurenti)
Le Moho constitue la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre (limite de la partie sombre avec les gabbros supérieurs) (Photo : André Laurenti)
Le Moho constitue la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre (limite de la partie sombre avec les gabbros supérieurs)
(Photo : André Laurenti)

Le manteau d’Oman est constitué principalement de harzburgites, auxquelles s’associent parfois des dunites, ainsi que des pyroxénites. On observe au sein de ce manteau trois principaux types de filons :

  • 1) des filons de gabbros réactifs, aux limites floues avec la péridotite : ils représentent le collectage in situ des gouttelettes de magma

  • 2) des filons de gabbros intrusifs, aux bords francs : ils correspondent aux zones de transfert du magma en route vers la chambre magmatique

  • 3) des filons plus tardifs traduisent des circulations de fluides hydrothermaux. Les filons réactifs et intrusifs se forment respectivement au niveau du manteau asthénosphérique (T>1150°C) et lithosphérique (T<1150°C.

La remontée de magma à travers le manteau peut se faire de deux manières : d’une part par fracturation hydraulique avec un magma qui ouvre sa voie en fracturant la péridotite par la pression qu’il exerce à la pointe de la colonne de liquide. D’autre part par écoulement poreux : le magma percole entre les joints de grains de la péridotite (notamment créés par la dissolution des pyroxènes de la harzburgite).

Les pods de chromite

Au cours de ce voyage nous avons pu échantillonner dans une carrière très serpentinisée, quelques morceaux de chromite, principal minerai de chrome. On dénombre environ 500 pods de chromite au sein de l’ophiolite d’Oman, qui ont été exploités de façon artisanale. Dans l’excavation que nous avons pu voir, environ 700 tonnes y ont été extraites. La chromite cristallise précocement, autour de 1 200°C, avant l’olivine, à partir du magma basaltique, dans des chenaux de transfert de magma au sein de la zone de transition. Ce minéral très dense (d=5) précipite à la verticale des chenaux et sédimente lorsqu’il rencontre un obstacle (zones en baïonnette des chenaux).

Après cette exploration anatomique de notre planète, un moment de tourisme nous remet les pieds sur terre. Nous faisons une halte dans la petite ville de Nakhal baignée par le wadi Ar Raqueem et dominée par l’imposant Fort. De forme irrégulière, cet édifice a été bâti sur le rocher dont il épouse le profil pour se préserver des envahisseurs.

Le fort de Rustaq (Photo : André Laurenti)
Le fort de Nakhal
(Photo : André Laurenti)

Le Wadi Bani Awf

Peu après la localité de Nakhal, nous empruntons la piste en direction du Jabal Shams (la montagne du soleil) situé tout en haut d’un plateau. Ce secteur montagneux est lacéré par de profondes vallées et de canyons étroits. Dans sa première partie, la piste évolue le long de la rivière, se faufilant dans une gorge aux parois escarpées jusqu’au village pittoresque de Bilad Sayt. Cette localité nichée dans l’étreinte protectrice des montagnes, conserve son charme et le sens de la solitude rurale. Le choix d’implantation sur le flanc d’un éperon, permet de laisser libre les espaces plats pour les cultures et pour sa traditionnelle palmeraie. Ce patchwork de champs accentue la beauté du site, bien à l’écart de l’agitation et du stress des villes.
La piste se fait plus cahoteuse et s’élève dans la montagne vers un autre village situé à l’écart de cette voie de communication et que l’on domine un peu plus haut.

La piste qui mène à Jabal Shams (Photo : André Laurenti)
La piste mène à Jabal Shams (la montagne du soleil)
(Photo : André Laurenti)
Village (Photo : André Laurenti)
Village de Bilad Sayt situé sur le versant Nord-Est des monts Hajar
(Photo : André Laurenti)
La piste poursuit son ascension dans un paysage minéral et aride. (Photo : André Laurenti)
La piste poursuit son ascension dans un paysage minéral et aride, tout en bas la vallée profonde d’où nous venons.
(Photo : André Laurenti)

Le 8 mars, après une nuit dans un bungalow de Jebel Shams à environ 2000 mètres d’altitude, nous partons randonner au petit matin dans le canyon de Jabrin. Il s’agit d’une véritable entaille profonde dans le djebel Akhdar, le principal massif des monts Hajar et dont le point culminant est le djebel Shams (alt. 3075 m). Un sentier de bergers fleurte tout le long avec le précipice dans un décor minéral impressionnant et tourmenté. De corniche en balcon, il conduit et se termine en cul de sac à un village abandonné au nom de As Sab et dont les terrasses de culture dégringolent jusqu’au bord d’un vide vertigineux. Les maisons faites de pierre et de pisé en partie écroulées, blotties contre et même sous la roche, dominent les restanques suspendues. Une source approvisionnait le village, une vasque est encore présente au dessus du village ce canyon le wadi Nakhr.

Départ du sentier pour le grand Canyon. (Photo : André Laurenti)
Départ du sentier pour le grand Canyon.
(Photo : André Laurenti)
Le cours d'eau tout au fond donne une idée de la profondeur du canyon. (Photo : André Laurenti)
Le cours d’eau tout au fond donne une idée de la profondeur du canyon.
(Photo : André Laurenti)
Au fond du canyon, la flèche indique la position du village. (Photo : André Laurenti)
Au fond du canyon, la flèche indique la position du village.
(Photo : André Laurenti)
On devine les planches de culture en terrasse. (Photo : André Laurenti)
On devine les planches de culture en terrasse.
(Photo : André Laurenti)
Le village abandonné (Photo : André Laurenti)
Le village abandonné d’As Sab abrité par des barres rocheuses
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En descendant de la montagne, nous retrouvons les petites oasis et ses villages pittoresques au charme oriental.

Au dessus de la palmeraie, un ancien village se fait discret. (Photo : André Laurenti)
Au dessus de la palmeraie, un ancien village se fait discret.
(Photo : André Laurenti)

Nous faisons étape ce soir à Tanuf, une localité située au pied du djebel Akhdar entre Al Hamra et Nizwa. A proximité de notre campement est implanté l’ancien village en ruine qui fut bombardé par la Royal Air Force britannique en 1957 pour mettre fin à un mouvement de révolte.

Village (Photo : André Laurenti)
L’ancien village de Tanuf
(Photo : André Laurenti)
Les ruines de Tanuf (Photo : André Laurenti)
Les ruines de Tanuf
(Photo : André Laurenti)

Dans la localité de Bahla, a été construit à la fin du XVIIe siècle Jabreen Castel. Cet édifice se différencie des autres forts par le fait qu’il n’a pas été construit en période de guerre, mais plutôt en temps de paix. Ce palais de forme rectangulaire comprend trois niveaux flanqués de deux tours à chaque extrémité en diagonale, et possède à l’intérieur de nombreuses salles destinées aux repas, aux audiences, aux réunions, il y a aussi une bibliothèque et des salles de classe.

Le fort (Photo : André Laurenti)
L’imposant Jabreen Castel
(Photo : André Laurenti)
Fort (Photo : André Laurenti)
Cet édifice a été construit à la fin du XVIIe siècle
(Photo : André Laurenti)

Plus loin dans la vallée, nous atteignons Nizwa la perle de l’islam, la ville la plus visitée d’Oman. Elle représente le cœur du pays avec ses forts, ses cités mystérieuses abandonnées, ses habitations empilées comme des contreforts soutenant la montagne.

Ville (Photo : André Laurenti)
Ancien village avec ses maisons empilées comme des contreforts soutenant la montagne
(Photo : André Laurenti)
L'oasis (Photo : André Laurenti)
La grande oasis de Nizwa
(Photo : André Laurenti)

Des dunes à la mer d’Arabie

Le voyage se poursuivit ensuite vers des terrains moins chaotiques, au relief plus doux. Nous voici dans le désert de Ramlat al Wahaybah, l’un des plus grands champs de dunes à l’Est du pays. Les dunes s’étendent à perte de vue, un sable ocre perturbé par la présence de quelques dromadaires, mais ou règne une grande solitude auquel vient s’ajouter le silence absolu si caractéristique du désert. Cette étendue de sable d’environ 80 km de large par 200 km de longueur, est tout de même habitée par trois mille bédouins éleveurs de chèvres et de dromadaires, malgré un soleil de plomb.

A la limite des premières dunes, c'est le réveil (Photo : André Laurenti)
A la limite des premières dunes, c’est le réveil
(Photo : André Laurenti)
A la recherche d'une inspiration. (Photo : Thierry De Gouvenain)
A la recherche d’une inspiration
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Ondulation (Photo : André Laurenti)
Les dunes se colore à l’aube et au crépuscule
(Photo : André Laurenti)
On ne sait jamais, une panne et si vite arrivée ! (Photo : André Laurenti)
On ne sait jamais, une panne et si vite arrivée !
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Après la traversé du désert, une halte s'impose au garage du coin pour gonfler les pneus (Photo : André Laurent)
Après la traversée du désert, une halte s’impose au garage du secteur pour gonfler les pneus
(Photo : André Laurenti)
Nous atteignons la mer d'Arabie accueillis par des enfants (Photo : André Laurenti)
Nous atteignons la mer d’Arabie sous les regards amusés des enfants
(Photo : André Laurenti)
Nous atteignons enfin la mer d'Arabie (Photo : André Laurenti)
Un peu de bois ramassé au bord des pistes, permettra de faire quelques grillades
(Photo : André Laurenti)
L'astre disparaît petit à petit (Photo : André Laurenti)
L’astre s’enfonce petit à petit dans la mer d’Arabie
(Photo : André Laurenti)

Le littoral au Sud-Est de Mascate est très varié avec ses plages de sable et ses criques. Al Wasta Governate est une vaste zone composée de marais salants et de crêtes rocheuses, c’est là où nous avons choisi de nous poser. Le long du littoral, la plage est souvent accessible par des pistes quelquefois précédées par des bancs de sable dont il faut se méfier. Entre la route et la plage, des cabanes de pêcheurs souvent délabrées sont dispersées. Après la traversée du désert, nous plantons nos tentes sur de petites dunes, à deux pas de la mer. Une écharpe de sable blanc borde à n’en plus finir l’eau turquoise et claire de la mer d’Arabie. La plage s’endort, bercée par le doux ressac des vagues, telle une mélopée composée d’amertume et d’amour.

Paysage surprenant par rapport à ceux que nous avons vu jusqu'à présent (Photo : André Laurenti)
Paysage surprenant par rapport à ceux que nous avons vu jusqu’à présent
(Photo : André Laurenti)
(photo : André Laurenti)
(photo : André Laurenti)

Non loin de la plage, de petites étendues de sel affleurent, témoin d’un climat aride avec des taux élevés d’évaporation. Ces sebkhas sont couverts de croûtes de sel craquelées et hérissées. La région est surtout connue pour ses zones humides, elle représente un sanctuaire pour la faune avec en particulier des flamants roses, des hérons et autres oiseaux, grands amateurs de micro organismes.

Les micro organismes qui colorent l'eau constituent une friandise pour les oiseaux. (Photo : André Laurenti)
Les micro organismes qui colorent l’eau constituent une friandise idéale pour les oiseaux.
(Photo : André Laurenti)
Croûte de sel (Photo : André Laurenti)
Formation de croûtes de sel (sebkha)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : Thierry De Gouvenain)
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Bonne pêche ! (Photo : André Laurenti)
Bonne pêche !
(Photo : André Laurenti)
Les boutres, embarcations emblématiques du pays Photo : André Laurenti)
Les boutres, embarcations emblématiques du pays
Photo : André Laurenti)

Raz al Jinz représente l’un des sites de nidification des tortues de mer. Après avoir parcouru des milliers de kilomètres, les tortues viennent pondre sur la plage. Il faudra ensuite attendre cinquante jours pour voir sortir les bébés. C’est à ce moment que va commencer le voyage le plus dangereux de leur vie jusqu’à la mer en évitant les nombreux prédateurs. 1 à 2 seulement sur 1000 atteindront le grand bleu.
A la tombée de la nuit et avec quelques volontaires, nous descendons sur une plage pour tenter de voir ces tortues. Nous découvrons des traces sur le sable, mais pas de tortue.

L'une des plages (Photo : André Laurenti)
L’une des plages où viennent pondre les tortues
(Photo : André Laurenti)
A défaut de tortues (Photo : André Laurenti)
A défaut de tortues
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons le port pittoresque de la ville de Sour. Cette ville de 67 000 habitants est située au sud de la capitale.

la phare marque l'entrée du port de Sour (Photo : André Laurenti)
Le phare marque l’entrée du port de Sour
(Photo : André Laurenti)

Plissement en forme d’œil

Non loin de Sour, au détour d’un virage dans une gorge étroite, se dessine dans les strates épaisses de calcaire, une structure circulaire surprenante, un plissement de roche ressemblant à un énorme œil . Il s’agit de couches sédimentaires formées il y a environ 250 millions d’années (Permien) au fond de l’océan de la Téthys. Comme pour les ophiolites, ces roches ont été poussées sur le continent et pliées par des forces colossales. Le calcaire chauffé par les pressions exercées et les roches sus-jacentes, l’on rendu plus malléable, plus élastique, permettant d’être plié comme de la pâte à modeler, donnant ainsi cette forme d’œil.

L'oeil (Photo : André Laurenti)
Un plissement en forme d’œil
(Photo : André Laurenti)

Cet autre exemple extrêmement tourmenté, montre là encore, le plissement exercé sur la roche. Celle-ci a été pliée par la pression énorme et mise en rotation autour de 270 ° dans le sens des aiguilles d’une montre.

Plissement en rotation de la roche
(Photo : André Laurenti)
Autre plissement spectaculaire (Photo : André Laurenti)
Autre plissement spectaculaire d’un secteur extrêmement tourmenté
(Photo : André Laurenti)

Un peu plus loin, nous observons des schistes vieux de 300 Ma. Il s’agit d’un calcaire à haute teneur en argile ou en silice qui ont subi d’énormes pressions, provoquant une recristallisation de la roche.

Schiste de 300 Ma (Photo : André Laurenti)
Schiste de 300 Ma
(Photo : André Laurenti)

Le voyage au Sultanat d’Oman se termine le long des côtes rocheuses d’émeraude que d’admirables criques pénètrent.

La côte (Photo : André Laurenti)
La côte rocheuse pénétrée par d’admirables criques
(Photo : André Laurenti)

Près de Bandar Khayran, la mangrove Al Khayran est l’une des plus importantes de la région avec ces arbres qui vivent dans un milieu salé. La végétation dense fournit un abri idéal pour les poissons, les écrevisses et les oiseaux.

La mangrove Al Khayran (Photo : André Laurenti)
L’épaisse mangrove Al Khayran
(Photo : André Laurenti)

Références :

Les sources de cet article proviennent du fascicule remis à chaque participant. La majorité des documents présentés proviennent du Laboratoire de Tectonophysique de l’Université de Montpellier avec comme auteurs : Adolphe Nicolas et toute son équipe, notamment Emmanuel Ball.

Namibie, un fascinant monde à l’envers

Du 1er au 17 avril 2016 l’association «Meta Odos Formations» a proposé un stage de géologie en Namibie avec comme intervenant : Olivier Bourgeois professeur de géologie au laboratoire de Planétologie de l’Université de Nantes. Ce périple de plus de 4 200 km en majorité de piste, a permis de se plonger au cœur d’une histoire géologique qui s’étend sur plus de deux milliards d’années. Nous avons pu observer le magmatisme lié à la rupture continentale, la géomorphologie des zones arides et l’orogenèse précambrienne.

Windhoek la capitale (Photo : André Laurenti)
Windhoek la capitale
(Photo : André Laurenti)

Située en Afrique australe, la Namibie fait frontière au sud et à l’est avec l’Afrique du Sud, un peu plus haut et toujours à l’est avec le Bostwana et la Zambie, puis au nord avec l’Angola. Son territoire de 825 418 km2, presque une fois et demi la France, abrite seulement 2 millions d’habitants. La langue officielle est l’anglais, mais il existe plus de vingt langues parlées par les différentes ethnies. La république de Namibie est un état indépendant depuis mars 1990, elle est à une nuit de vol de l’Allemagne dont elle fut une ancienne colonie de 1884 à 1915. Il n’y a qu’une heure de décalage entre la France et la Namibie, mais dès le lendemain de notre arrivée, hémisphère sud oblige, nous sommes passés à l’heure d’hiver.
La capitale Windhoek qui veut dire « coin du vent », regroupe environ 325 800 habitants, elle est implantée au centre du pays à 1 700 m d’altitude.


Carte de l’itinéraire, cliquer sur le rectangle blanc en haut à droite pour agrandir
(Carte : Google maps)

Un monde à l’envers

En arrivant en Namibie, il faut d’abord s’habituer à rouler à gauche et à prendre les giratoires dans le bon sens. Mais ce n’est pas tout, la température surprend également avec des 40 ° à l’intérieur des terres à 1500 m d’altitude et plus on se rapproche de l’océan, plus il fait froid. Il y a aussi le relief qui habituellement se forme par soulèvement comme dans les Alpes, ce n’est pas le cas en Namibie où celui-ci se forme par érosion, par creusement dans les immenses plateaux.
Le terme de « pass » signifie dans l’esprit d’un européen, un col, un passage entre deux montagnes reliant deux vallées, des obstacles très recherchés par le cyclotouriste et collectionneur de cols que je fus. En Namibie les cols sont peu nombreux et le « pass » correspond très souvent au franchissement d’un relief creusé par l’érosion, c’est à dire une descente jusqu’au point bas d’un cours d’eau et sa remontée sur le plateau, bref un « pass » en négatif.

Un relief creusé par l'érosion dans les immenses plateaux (Photo : André Laurenti)
« Moon Landscape » : un relief creusé par l’érosion dans les immenses plateaux qui se perdent à l’horizon
(Photo : André Laurenti)

Une longue aventure commence en Namibie

Après une nuit dans l’avion, nous débarquons vers 6h30 sur le tarmac de l’aéroport international Hosea Kutako de Windhoek. Le levé de soleil embrase progressivement l’unique piste. Une fois les démarches administratives réglées, nous embarquons dans un mini-bus affrété par notre loueur de véhicules pour la capitale, située à l’ouest à environ une cinquantaine de kilomètres. Très vite au cours du trajet, nous sommes mis dans l’ambiance avec déjà quelques clichés africains, des cous de girafes dépassant une maigre végétation, un peu plus loin quelques singes.
Le groupe prend possession des cinq véhicules, nous serons rejoint en soirée par un sixième équipage. Peu après, nous nous dirigeons vers un supermarché effectuer le ravitaillement. Nous profitons ensuite d’être au centre ville pour déjeuner et déambuler quelques instants dans la zone piétonne de la capitale. C’est l’occasion de découvrir exposés au beau milieu de la « Post Street mall », des fragments de la météorite de Gibeon tombée à proximité de la localité qui porte le même nom au sud du pays. Les fragments se sont éparpillés sur une zone elliptique de 275 km par 100 km et sa masse connue avant l’impact était de 26 tonnes.

Les fragments de la météorite de Gibeon (Photo : André Laurenti)
Les fragments de la météorite de Gibeon exposés sur « Post Street mall » dans la capitale
(Photo : André Laurenti)

C’est enfin le départ pour une longue aventure à travers le pays. Nous circulons en direction du nord, le long des déformations tectoniques du graben (fossé d’effondrement) de Windhoek formé au Crétacé à l’ère tertiaire. Il est bordé par des affleurements du socle métamorphique du précambrien. Plus au nord à gauche, pointe le Mont Etjo (2 082 m d’altitude) constitué par des grès rouges du Permo-Trias que nous découvrirons demain dans le Waterberg. On y observe aussi au passage, les buttes témoins d’Omatako (2286 m d’altitude) en forme de deux tétons et constitués de basalte du jurassique.
Nous quittons la piste B1 pour prendre à droite la C22 en direction d’Okakarara, la nuit tombe et plus loin à gauche à la lueur des phares nous atteignons le lieu de la première étape. Après 340 km depuis l’aéroport, le petit convoi s’immobilise dans notre premier camping à la ferme dénommé Hamakari. Peu éloigné de la localité d’Otjiwarango, « Hamakari Guest Farm » représente un point idéal pour des excursions vers le plateau sauvage du Waterberg .

Dimanche 3 avril : le parc du Waterberg – 315 km

A une cinquantaine de kilomètres du camping, nous pénétrons dans le parc national du Waterberg. D’une superficie de 405 km², ce parc a été déclaré réserve naturelle en 1972.
Une randonnée permet de nous hisser tout en haut de parois verticales constituées de grès rouges, à environ 1 700 m d’altitude. Dans ces rochers, il faut rester vigilant car il y a des serpents, Olivier en a vu un qui s’est glissé sous un roc. Au terme de l’ascension, nous découvrons en guirlande sur les branches d’un arbuste, une longue mue en deux morceaux. Olivier la décroche méticuleusement et l’enroule autour d’un carton pour l’apporter à sa fille passionnée de serpents. Depuis ce belvédère, une vue panoramique embrasse la vaste savane du Kalahari qui s’étend à perte de vue de façon poignante. Il s’agit d’un ancien désert sur lequel une végétation arborescente a poussé.

La vaste plaine du Kalahari vue depuis le plateau du Waterberg (Photo : André Laurenti) (
La savane du Kalahari vue depuis le plateau du Waterberg
(Photo : André Laurenti)
Le grés rouge du plateau de Waterberg (Photo : André Laurenti)
Le grès rouges du plateau de Waterberg
(Photo : André Laurenti)
La mue d'un serpent découvert dans un arbre. (Photo : André Laurenti)
La mue d’un serpent découverte dans un arbre et tenue par Jean-Yves à gauche et Olivier.
(Photo : André Laurenti)
Accouplement de sauterelles. (Photo : André Laurenti)
Accouplement de criquets.
(Photo : André Laurenti)

Le Waterberg est une caractéristique géologique importante et spectaculaire dans le paysage. Ce relief tabulaire se dresse au dessus des plaines du Kalahari entre 1650 et 1700 mètres d’altitude. Le Waterberg est une relique de l’érosion d’une enveloppe de grès datant de 180 Ma, qui couvrait une grande partie de la Namibie. Ce grès continental est oxydé par la présence de fer et la porosité de la roche accentue son érosion sous forme de sable rouge, c’est ce qui colore le sol de la plaine du Kalahari.
Au pied du Waterberg, une mission s’est installée pour protéger la tribu de Herero. Ce site a été tristement marqué par l’histoire. En effet, c’est dans les contreforts du Waterberg que le peuple Herero a perdu au début du XXe siècle, la dernière bataille contre les allemands . Empêchés d’accéder aux sources par ces derniers, ce peuple a été contraint de fuir dans le Kalahari et aussi vers l’actuel Botswana. Des milliers ont été tués par les Allemands et beaucoup d’entre eux ont perdu la vie dans le désert du Kalahari en raison du manque de nourriture et d’eau, mais aussi par des sources qui ont été empoisonnées, d’autres sont morts dans des camps de concentration, les prémices de ce que l’on connaîtra plus tard en Europe.
Nous reprenons la route et traversons les interminables étendues plates du Kalahari et arrivons en fin de journée au camping d’Okaukuejo, situé à 17 km de l’entrée sud du parc national d’Etosha.
Un étang éclairé tout proche du camping permet de voir s’abreuver les animaux pendant la nuit. Ce soir, une famille de rhinocéros patauge dans l’eau. La Namibie abrite 95 % de la population mondiale de rhinocéros noirs.

Un rhinocéros vient s'abreuver au point d'eau. (Photo : André Laurenti)
La nuit les animaux viennent s’abreuver au point d’eau.
(Photo : André Laurenti)

Lundi 4 avril : Le parc national d’Etosha – 280 km

En ce lundi 4 avril nous pénétrons tôt le matin dans le parc national d’Etosha (grand vide). D’une superficie de 22 270 km2, il représente le deuxième plus grand parc de la Namibie. La présence de nombreux points d’eau a permis à une grande variété d’animaux de s’installer en toute quiétude devenant un véritable paradis de la faune sauvage. Il a été recensé pas moins de 114 mammifères et 340 oiseaux.
A l’intérieur de ce parc se trouve le PAN, une véritable porte ouverte sur le vide. Il s’agit en fait d’un immense bassin salé de 4 800 km2 ouvert à l’Est vers le Kalahari. A la saison des pluies, le pan d’Etosha se recouvre d’eau et attire d’importantes colonies de flamants roses. Sur ses bords, une croûte d’altération dure appelée « calcrète », correspond à un dépôt typique des régions désertiques. A l’inverse de nos massifs calcaires, l’eau saturée de minéraux dissous dans le sol, va de bas en haut en exsurgence. La nappe phréatique en pression et en pente vers le centre du pan, crée des puits artésiens. L’eau une fois à la surface du sol, dépose des minéraux formant une croûte fine de calcaire à la surface en s’évaporant.

Le pan d'Etosha (Photo : André Laurenti)
En arrière plan le pan d’Etosha, un immense bassin salé de 4 800 km2
(Photo : André Laurenti)

Chacun part librement au hasard des pistes et des différents recoins pour découvrir la faune locale. Nous y découvrons avec enchantement les zèbres et les springboks, l’antilope la plus commune dont le nom a inspiré la célèbre équipe de rugby à XV de l’Afrique du Sud, sans oublier aussi les gnous, les Oryx appelés l’antilope du désert, les grands koudous, les autruches, bref toute la grande panoplie des animaux d’Afrique.

Famille de zèbre (Photo : André Laurenti)
Famille de zèbres de Burchell
(Photos : André Laurenti)

Le springbock (Photo : André Laurenti)
Le springbock qui a inspiré la célèbre équipe de rugby à XV d’Afrique du Sud
(Photos : André Laurenti)

Namibie

L'autruche commune (Photo : André Laurenti)
L’autruche commune
(Photos : André Laurenti)

NamibieNamibie

Le kori bustard (Photo : André Laurenti)
L’outarde kori, l’oiseau le plus lourd au monde et capable de voler
(Photo : André Laurenti)
L'oryx ou gemsbok est aussi l'emblème de la Namibie (Photo : André Laurenti)
L’oryx ou gemsbok est aussi l’emblème de la Namibie
(Photo : André Laurenti)
Les gnous bleus à queue noire (Photo : André Laurenti)
Les gnous bleus à queue noire
(Photo : André Laurenti)
L'impala peut sauter des distances de plus de 10 m. (Photo : André Laurenti)
L’impala peut sauter des distances de plus de 10 m.
(Photo : André Laurenti)
L'éléphant (Photo : André Laurenti)
L’éléphant
(Photo : André Laurenti)

Vers midi, nous avons comme point de ralliement le poste d’Halali situé au centre du parc, à mi-chemin entre Okaukuejo et Namutoni, au pied d’une colline de dolomite. Mais à midi tout le monde n’est pas là, certains seront retardés par un troupeau d’éléphants occupant carrément le milieu de la piste.
En fin de journée, nous sortons à l’Est du parc par la « Von Lindequist Gate » et poursuivons la piste encore une cinquantaine de kilomètres, jusqu’à la ferme « Sachsenheim ».

La girafe (Photo : André Laurenti)
La girafe
(Photos : André Laurenti)

Namibie

Namibie

Mardi 5 avril : Sachsenheim farm – Opuwo – 425 km

Nous poursuivons l’itinéraire vers le nord-est en direction d’Oshakati, la capitale de l’Ovamboland. Peu avant d’arriver dans la ville, un véhicule de police nous intercepte. Les agents nous donnent quelques consignes de vigilance afin d’éviter les vols. Ils informent leurs collègues de notre arrivée dans la ville.
Nous arrivons au couché du soleil au camping situé sur les hauteurs de la ville d’Opuwo.

Couché de soleil sur les hauteurs de Opuwo (Photo : André Laurenti)
Couché de soleil sur les hauteurs de Opuwo
(Photo : André Laurenti)

Mercredi 6 avril : Opuyo – les chutes d’Epupa – 185 km

Nous passons quelques heures chez le peuple rouge des Himbas à proximité de la localité d’Opuyo dans le désert du Kaokoland (terre lointaine). Chaque famille vit dans un enclos délimité par une palissade en bois pour protéger les troupeaux des animaux prédateurs. A l’intérieur, des huttes servent d’abris à la communauté et d’autres sont destinées au stockage des céréales. Les Himbas continuent à préserver leur style de vie traditionnel. Les femmes à la poitrine dénudée s’enduisent la peau et les cheveux d’une crème réalisée à partir de graisse animale et de la poudre d’hématite pour se protéger du soleil ardent et des insectes.

Une femme Himba et son enfant dans la ville d'Opuwo (Photo : André Laurenti)
Une femme Himba et son enfant dans la ville d’Opuwo
(Photo : André Laurenti)
Mode de transport (Photo : André Laurenti)
Transport en commun à Opuwo
(Photo : André Laurenti)
Chez les Himbas (Photo : André Laurenti)
Chez les Himbas
(Photo : André Laurenti)
Coiffure des Himbas (Photo : André Laurenti)
Coiffure caractéristique du peuple Himba
(Photo : André Laurenti)
Enfants Himbas (Photo : André Laurenti)
Une petite fille Himba tient dans ses bras son petit frère
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

L’habitat et lieu de vie des Himbas se résument à des choses simples, à l’essentiel permettant la vie, une hutte coiffée d’un toit de chaume et un foyer.

L'habitat Himbas (Photos : André Laurenti)
L’habitat Himbas
(Photos : André Laurenti)

Un arrêt permet d’observer des calcaires métamorphisés (marbre), un peu plus loin la halte s’impose pour admirer le premier baobab. A partir de là, ils feront parti du paysage jusqu’au terme de l’étape.

Le premier baobab (Photo : André Laurenti)
Le premier baobab
(Photo : André Laurenti)

En fin de journée, nous arrivons aux chutes d’Epupa dans l’extrême nord de la Namibie, une oasis surprenante à la frontière avec l’Angola. Un sentier le long du cours d’eau permet d’admirer les cataractes avant la tombée de la nuit.

Les chutes d'Epupa à la frontière de l'Angola (Photo : André Laurenti)
Les chutes d’Epupa à la frontière de l’Angola
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Epupa (Photo : André Laurenti)
Epupa
(Photo : André Laurenti)
La journée se termine sur les berges du fleuve (Photo : André Laurenti)
La journée se termine sur les berges du fleuve Epupa
(Photo : André Laurenti)

Petit à petit, l’oasis s’enveloppe de crépuscule. Au cours de la nuit, un orage éclate, la pluie n’est pas très forte, mais ce sont surtout les rafales de vent qui se font redoutables. Une bourrasque friponne soulèvera suffisamment une tente pour en faire tomber la petite échelle d’accès. Les palmiers s’agitent, des palmes desséchées se décrochent et tombent au sol. L’une d’entre elles endommagera un de nos réchauds. Plus de peur que de mal, le calme revient très vite et chacun s’endort paisiblement.

Jeudi 7 avril : Epupa – Opuwo – Khowarib campsite – 345 km

Nous quittons le camping à 7h30 et refaisons le chemin à l’envers jusqu’à Opuwo. Grâce à la pluie de la nuit, la piste se fait moins poussiéreuse et à certains endroits l’eau a même fait son apparition dans les rivières, nous obligeant à effectuer un passage à gué pour franchir l’une d’elle.

Passage à gué (Photo : André Laurenti)
Passage à gué de notre convoi
(Photo : André Laurenti)
L'eau est une aubaine pour les troupeaux. (Photo : André Laurenti)
L’eau est une aubaine pour les troupeaux.
(Photo : André Laurenti)

Après une halte à Opuwo nécessaire au ravitaillement, nous poursuivons le périple vers le sud à travers le Kaokoland jusqu’à Warmquelle, une chaîne précambrienne. D’un site à l’autre, les heures de conduite dans un paysage uniforme sont parfois longues et monotones. Les vastes étendues plates recouvertes d’une maigre végétation vibrent sous la chaleur, les distances impressionnantes sans le moindre virage invitent à ne pas se laisser gagner par le sommeil.
Nous dormirons à « Khowarib campsite » sur les bords de la rivière Hoanib, à l’abri d’un magnifique défilé.

Un petit caméléon (Photo : André Laurenti)
Le lézard agama acueleata
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 8 avril : Khowarib – Igowati – 350 km

Peu après Palmwag, nous abandonnons la piste C 43 pour prendre la C 40. L’itinéraire se fait de plus en plus montagneux jusqu’à franchir le premier col, le « Grootberg pass ». Durant la montée nous avons pu apercevoir les trapps basaltiques d’Etendeka qui se sont formés à la fin du Jurassique (130 Ma), lors de l’ouverture de l’océan Atlantique Sud par rupture du paléo-continent Gondwana.

Les formations basaltique (Photo : André Laurenti)
Les formations basaltique d’Etendeka
(Photo : André Laurenti)

Contrairement aux couches géologiques extrêmement tourmentée des Alpes, en Namibie l’ordre géologique est respecté. Ainsi reposant sur le socle précambrien du Damara, on trouve d’abord des sédiments glacières et interglaciaires du carbonifère à l’époque où l’Afrique se trouvait au niveau du Pôle Sud, ensuite les grès d’Etjo du jurassique et enfin les fameux trapps d’Etendeka.

Les trapps (Photo : André Laurenti)
Les trapps d’Etendeka formant la couche supérieure du relief tablé
(Photo : André Laurenti)

Nous terminons la journée dans le camping d’Igowati proche de la localité de Khorixas. Comme chaque soir Jean-Yves et quelques personnes cuisinent pour tout le monde des repas simples et nourrissants. Sous une impressionnante voie lactée, c’est à chaque fois un banquet digne d’une fin d’album d’Astérix, des moments d’une exquise convivialité animés par l’intarissable Annie, sans oublier François et Alain. Le tout, arrosé par des breuvages d’Afrique du Sud et bien d’autres potions magiques qui après tout, aideront à bien dormir.

Un petit lézard (Photo : André Laurenti)
Rencontre avec un petit lézard
(Photo : André Laurenti)

A chaque arrêt géologique, les passants nous saluent amicalement, parfois des enfants et des femmes nous entourent. Plus loin, à l’ombre d’un acacia un vieil homme gémissant vient quémander des médicaments pour atténuer la douleur de son dos. Dans un autre lieu, une jeune femme nous offre des pastèques. Tout s’exprime à travers la douceur d’un geste, la tendresse d’un regard. Cette Afrique me traverse et m’imprègne de ses couleurs, de ses paysages, des rires et de la gentillesse des habitants.

Tendresse d'un regard (Photo : André Laurenti)
Tendresse d’un regard
(Photo : André Laurenti)

Samedi 9 avril : les Vingerklip – Twyfelfontein – 195 km

Nous arrivons dans la vallée étonnante de l’Ugad qui est déjà un avant goût de la Monument Valley aux Etats Unis. Les Vingerklip qui se dressent comme des forteresses, sont les restes géologiques des terrasses fluviatiles du fleuve Ugad. Le cours d’eau a entaillé le paysage il y a des millions d’années ne laissant plus que les terrasses actuelles. Ces butes témoins représentent un grand livre ouvert, montrant les différentes couches de conglomérat. Le Finger rock en équilibre tout en haut d’une colline dresse son doigt de 35 mètres de hauteur, son sommet est à 929 m d’altitude.

Les (Photo : André Laurenti)
Les Vingerklip des terrasses fluviatiles du fleuve Ugad
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
le doigt (Photo : André Laurenti)
Le Finger rock haut de 35 m
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Paysage (Photo : André Laurenti)
Panorama de cette vallée de l’Ugad
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En fin de journée, nous atteignons une autre merveille, le site archéologique de Twyfelfontein qui veut dire source douteuse. Il faut plutôt entendre une source douteuse par sa capacité et non par sa qualité.

L'entrée du site (Photo : André Laurenti)
L’entrée du site de Twyfelfontein
(Photo : André Laurenti)
Les grès rouges sur lesquels s'est développé l'art rupestre (Photo : André Laurenti)
Les grès rouges sur lesquels s’est développé l’art rupestre
(Photo : André Laurenti)

Accompagné d’un guide, nous partons découvrir des gravures et peintures rupestres. On peut y admirer une importante concentration avec plus de 2 500 pétroglyphes répertoriés, datant de 3 000 à 6 000 ans et réalisés sur des abris en grès rouges par les Khoikhoi, des chasseurs cueilleurs assimilés au groupe ethnique des Bushmens et plus tard par des éleveurs. Ils représentent la faune locale, mais aussi des empreintes d’animaux et des pas d’hommes.

L'art rupestre (Photo : André Laurenti)
Le site archéologique de Twyfelfontein
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Après le site archéologique, le guide nous amène non loin de là, observer un troupeau d’éléphants autour d’un point d’eau. Une quinzaine d’individus composés d’adultes et d’éléphanteaux s’en donnent à cœur joie dans les eaux saumâtres de l’étang.
Nous passerons la nuit au camping d’Aba Huab Campsite.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Dimanche 10 avril : les trapps d’Etendeka – Skeleton Coast – Mile 108 – 300 km

Nous retraversons les trapps d’Etendeka en se rendant vers Torra Bay, nous faisons halte au pied d’un imposant rocher qui n’est autre qu’une dune fossile. En regardant de près, on y observe les fines strates de sable et leurs directions dictée par les vents dominants. Tout autour, l’érosion a façonné des paysages de montagnes tronconiques.

L'érosion est l'oeuvre de ces paysages (Photo : André Laurenti)
Ce rocher n’est autre qu’une dune fossile
(Photo : André Laurenti)
<center>Palmwag dans le Damaraland (Photo : André Laurenti)
Depuis la dune fossile, le paysage de Palmwag dans le Damaraland
(Photo : André Laurenti)

En descendant progressivement vers le littoral, on longe le « Koigab river », au loin, on commence à apercevoir un banc de brume au dessus de l’océan provoqué par la confrontation des courants froids du Bengale qui remonte la côte et l’air chaud de l’intérieur des terres. Nous atteignons la plate-forme littorale avec ses plages soulevées, un arrêt s’impose dans le delta de l’Uniab.

La plateforme littorale (Photo : André Laurenti)
La plate-forme littorale dans le delta de l’Uniab
(Photo : André Laurenti)
Un bras du delta de l'Uniab (Photo : André Laurenti)
Un bras du delta de l’Uniab et en arrière plan les brumes de l’océan.
(Photo : André Laurenti)

Le fleuve éphémère de l »Uniab coule seulement quelques jours par an. Un paysage de dunes s’affiche agrémenté par de petits étangs d’eau saumâtre bordés par des roseaux, un petit paradis pour les oiseaux. En descendant en direction de l’océan, on atteint le point haut d’une rupture de pente (knickpoint). Ce bras de l’Uniab tombe brutalement dans une gorge abrupte, un indice témoin d’un soulèvement du littoral océanique.

L'Uniab tombe brutalement dans une gorge abupte (Photo : André Laurenti)
L’Uniab s’enfonce brutalement dans une gorge abrupte
(Photo : André Laurenti)
Smoke on the water (Photo : André Laurenti)
« Smoke on the water »
(Photo : André Laurenti)

Nous parcourons à présent le littoral le long de la « Skeleton Coast » la côte des squelettes dont le nom s’inspire des nombreux ossements de baleines et des épaves des navires échoués signalées d’ailleurs, par des panneaux. On imagine aisément l’ambiance fantomatique sur cette plage avec ses brumes océanes.

La côte des squelettes (Photo : André Laurenti)
La côte des squelettes
(Photo : André Laurenti)

Nuit dans un camping sur la plage au lieu dit « Mile 108 ». La température est fraîche, veste et bonnet sont de sortie. Le feu allumé pour les grillades est vraiment appréciable.

Lundi 11 avril : Mile 108 – Brandberg White Lady – 255 km

Après quelques dizaines de kilomètres, l’arrêt s’impose au Cape Cross. Le navigateur portugais Diogo Cao a fait ériger une croix de pierre en 1486 marquant ainsi le point le plus au sud jamais atteint par les navigateurs européens. Ce cap abrite une importante colonie d’otaries à fourrure estimée à plus de 100 000 individus. L’atmosphère est nauséabonde, mais vaut tout de même le déplacement. Le gouvernement namibien autorise encore entre juillet et novembre, le massacre des jeunes otaries pour la fourrure. Malgré des vagues d’indignations de la part des organisations de protection des animaux, des dizaines de milliers de têtes sont abattus chaque année sur les plages namibiennes.

La population d'otarie à fourure du Cap Cross (Photo : André Laurenti)
La population d’otarie à fourrure du Cape Cross
(Photo : André Laurenti)
Le ténor du groupe (Photo : André Laurenti)
Le ténor du groupe
(Photo : André Laurenti)
Petit bonjour amical (Photo : André Laurenti)
Petit bonjour amical
(Photo : André Laurenti)
Leurs petites oreilles les différencient des phoques (Photo : André Laurenti)
Leurs petites oreilles les différencient des phoques
(Photo : André Laurenti)

Nous regagnons l’intérieur des terres et retrouvons la chaleur. La piste contourne de loin le massif du Brandberg.

Notre petit convoi s'immobilise pour une lecture de paysage (Photo : André Laurenti)
Notre petit convoi s’immobilise pour une lecture géologique
(Photo : André Laurenti)
Des paysages toujours aussi surprenant (Photo : André Laurenti)
Des paysages toujours aussi surprenant
(Photo : André Laurenti)

Nous passerons la nuit au camping de « Brandberg White Lady, situé au pied du massif du Brandberg en plein cœur du Damaraland.

Camping (Photo : André Laurenti)
Camping de Brandberg White Lady au petit matin
(Photo : André Laurenti)


Le Brandberg signifie « montagne de feu » en raison de sa couleur pourpre en fin de journée, ce pluton correspond à une intrusion granitique à l’époque où le sud de l’Afrique connaissait une importante activité volcanique souterraine. Ces formations représentent d’anciennes chambres magmatiques remontées lors de l’ouverture de l’Atlantique
entre 135 et 125 Ma. Le massif émerge de 2000 m au dessus d’un paysage extrêmement plat et a été révélé par l’érosion. La vue par satellite de ce pluton est d’ailleurs surprenante, ce massif ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre soit environ 450 km2. Ce relief accessible et la présence de l’eau ont fait un lieu de rencontre des Bushmens qui ont marqué leur passage à travers l’art rupestre.

Vue de satellite, le massif du Brandberg ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre (Source : Google maps)
Vue de satellite, le massif du Brandberg ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre
(Source : Google maps)

Mardi 12 avril : Brandberg – Spitzkoppe – 140 km

Au petit matin, nous randonnons dans le vallon du Tsisab situé à l’intérieur de ce massif du Brandberg. A l’entrée du vallon, des roches noires semblent différentes du reste, elles sont pourtant de même composition, mais avec une patine plus sombre qu’on appelle le vernis du désert. Nous montons progressivement en direction de la fameuse « White Lady » la Dame Blanche. Je fais le vide autour de moi et me concentre sur le rythme patient de mes pas porté par le souffle un peu court. Le long du sentier, quelques arbres ont été sérieusement malmenés. On raconte qu’un troupeau d’éléphants du désert a occupé le site au mois de novembre dernier et ces animaux se sont un peu défoulés sur la végétation.

La végétation a été (Photo : André Laurenti)
Quelques arbres ont été malmenés par des éléphants
(Photo : André Laurenti)

Un peu plus haut sur la droite, on aperçois le Konigstein « pierre du roi », il s’agit du point culminant de la Namibie avec ses 2573 m d’altitude. Le chemin emprunté est aussi celui du sommet, mais nous nous arrêterons bien avant, au lieu dit la Dame Blanche.

Le sommet (Photo : André Laurenti)
Tout au fond à droite le point culminant de la Namibie, le Konigstein à 2573 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Là, on y découvre des peintures rupestres. Cette vallée est un lieu spirituel du peuple bushmen, il y aurait environ 45 000 dessins répartis sous les nombreux abris sous roche. La Dame Blanche peinte il y a 2 000 ans, est la représentation la plus célèbre et mystérieuse de ce sanctuaire de l’art rupestre. Elle a suscité beaucoup d’interprétations et de controverses comme sur bien d’autres sites de ce type. Cet ancien peuple des lieux organisait des cérémonies rituelles destinées à de nombreuses causes notamment à la guérison et à faire pleuvoir. Pendant les danses rituelles, les sorciers portaient autour des chevilles des grelots fabriqués à partir de cocons d’insectes. Ils utilisaient aussi la queue des antilopes comme chasse-mouches. Ces danses duraient plusieurs heures et impliquaient beaucoup d’individus qui chantaient et applaudissaient.

Peintures (Photo : André Laurenti)
Quarante cinq mille peintures sont réparties sous les abris sous roche
(Photo : André Laurenti)
La qualité des peintures est remarquable (Photo : André Laurenti)
La qualité des peintures est remarquable
(Photo : André Laurenti)
La Dame Blanche "White Lady" est la peinture la plus célèbre du site (Photo : André Laurenti)
La Dame Blanche « White Lady » est la peinture la plus célèbre du site
(Photo : André Laurenti)

Ce massif du Brandberg si particulier a été classé patrimoine mondial par l’UNESCO le 3 octobre 2002 dans la catégorie nature et culture.
Nous poursuivons l’aventure et faisons route vers un camping du Spitzkoppe, un autre site aussi extraordinaire.
Ce soir nous dormirons dans une chambre de luxe hors du commun, pourtant loin des hôtels et des clubs med, nous dormirons en plein cœur d’une chambre magmatique. Tout le monde n’a pas la chance de passer la nuit dans un endroit pareil, d’autant plus qu’habituellement ces gigantesques réservoirs de volcans sont des zones souterraines et pourtant….

Les (Photo : André Laurenti)
Le massif du Spitzkoppe est remarquable
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Chaque soir, c’est un ravissement que de contempler la voie lactée dans son poudroiement d’étoiles. Au firmament scintille la croix du Sud. La lune, simple apostrophe au début du voyage, gonfle progressivement sa voile au fil des jours.

Mercredi 13 avril : Spitzkoppe – Welwitschia – 175 km

Au petit matin, l’énergie de l’aube frémit, les premiers rayons de soleil enroulent les crêtes de son écharpe de lumière. La chambre tout doucement, s’illumine de braises.

La chambre s'illumine (Photo : André Laurenti)
La chambre tout doucement s’illumine de braises
(Photo : André Laurenti)

Au sein du Damaraland, le massif du Spitzkoppe culmine à 1728 m d’altitude et forme un paysage d’une incroyable beauté. Tout comme le Brandberg, il s’agit aussi d’un pluton granitique correspondant à une chambre magmatique mise en place au jurassique. C’est encore l’érosion qui a mis à jour cet ancien réservoir à magma souterrain, en dégagent progressivement son enveloppe sédimentaire. En apparaissant à l’air libre, les roches magmatiques plus résistantes que les sédiments qui l’entouraient, se sont petit à petit décomprimées et fracturées (thermoclastie). C’est alors qu’a débuté un lent processus de désagrégation mécanique des roches sous l’effet des variations de températures, mais aussi par la présence de sel (haloclastie). Ce dernier en cristallisant exerce une pression importante et favorise aussi une érosion grain à grain voir même par desquamation. Les vents ont également un fort pouvoir abrasif et vient accentuer ce travail de desquamation et contribue à polir les arrêtes, façonnant le paysage actuel.

L'arche du Spitzkoop (Photo : André Laurenti)
L’arche du Spitzkoppe
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous randonnons dans ces roches rouges à la découverte d’arches et de ces formes en boule, une folle exubérance d’un monde cyclopéen obtenues par altération tropicale du granite.
Un peu plus loin, un chemin de câble permet de nous hisser en haut du massif et atteindre des abris sous roche où apparaissent des
gravures rupestres.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Un personnage dans les rochers donne une échelle de ce site
(Photo : André Laurenti)
Lézard (Photo : André Laurenti)
Lézard multicolore
(Photo : André Laurenti)


On peut voir aussi dans ce massif, le daman, un petit mammifère qui réside à l’année dans les rochers du Spitzkoppe. Ils ont la particularité d’avoir quatre doigts aux pattes avant et trois à l’arrière. Ces doigts sont protégés par des sabots excepté un doigt à l’arrière qui possède une griffe. On repère sa présence par ses déjections blanchâtres sur les parois.

Les damans sont des petits mamifères plantigrades (Photo : André Laurenti)
Les damans sont des petits mammifères plantigrades
(Photo : André Laurenti)
Les damans vivent dans les rochers dans lesquels ils se protègent du soleil (Photo : André Laurenti)
Les damans vivent dans les rochers où ils se protègent des ardeurs du soleil
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous quittons ce lieu magique et faisons route vers le Welwitschia Drive. La welwitschia mirabilis est une plante aux feuilles métriques qui résiste aux conditions extrêmes. On recense environ 6000 spécimens dans le désert du Namib, les plus vieux auraient 2000 ans. La plus grande plante possède des feuilles de 2 m de large et de plus de 6 m de longueur.
L’étape du jour se termine au Camping rustique dans le « Welwitschia Drive ».

La plante (Photo : André Laurenti)
La welwitschia mirabilis
(Photo : André Laurenti)

Jeudi 14 avril : Welwitschia – Amagama River camp – 390 km

Nous retrouvons le littoral atlantique avec une halte à Walvis Bay, la baie des baleines. Cette ville portuaire de 85 000 habitants est un point stratégique pour le commerce maritime du pays, c’est l’unique endroit sur la façade Atlantique, pouvant accueillir un port en eau profonde.
Une grande colonie de flamants roses attirée par les salines, s’offre en spectacle.

Les flamants roses (Photo : André Laurenti)
Les salines de Walvis Bay attirent Les flamants roses
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous nous arrêtons à Solitaire, un lieu dit complètement isolé composé de trois maisons. Ce curieux endroit servant de lieu d’exposition à des carcasses de véhicules et de pièces mécaniques de toute sorte, était un unique poste d’essence. De nos jours, il y a une épicerie et même un hôtel, mais pas davantage.
La journée se termine à l’Agama River camp.

Les précipitations à Solitaire (Photo : André Laurenti)
Les précipitations à Solitaire
(Photo : André Laurenti)
Sur la route de (Photo : André Laurenti)
Sur la piste de Sesriem
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 15 avril : Amagama River Camp – Sossusvlei – 310 km

Le départ se fait à 6h45 au lever du soleil avec comme destination Sesriem. De là, une route goudronnée longue d’une soixantaine de kilomètres, nous conduit au départ d’une piste ensablée permettant d’atteindre Sossusvlei, 2 à 3 km plus loin. Nous dégonflons les pneus, et c’est parti pour un passage assez chaotique longeant le lit d’une rivière qui vient se perdre dans le sable.

Aux portes de (Photo : André Laurenti)
Les portes de Sossusvlei au cœur du désert du Namib
(Photo : André Laurenti)

Nous voici enfin au cœur du désert du Namib, fin prêt pour une promenade à pied parmi les dunes de Sossusvlei et de Dead Vlei. Le sable provient du fleuve Orange faisant frontière naturelle au sud du pays, entre la Namibie et l’Afrique du Sud. Ces dunes sont longitudinales et orientées Nord-Sud, une disposition dictée par la somme vectorielle des vents. Le sous sol renferme des dunes fossiles de 3Ma, une datation effectuée à partir des œufs d’autruches découverts dans ces formations.
Le soleil est déjà fort, des vagues de sable ondulent sur les flancs des dunes. Chaque pas me rappelle le sable du Tassili et cette sagesse du désert. Blottis dans une cuvette bordée de hautes dunes, un ancien marais asséché nappe d’argile blanche le fond plat. Un paysage irréel sorti d’une œuvre de Salvador Dali. Autrefois, ce marais était alimenté par une rivière et avait permis à des acacias de pousser. Mais, comme un désert est une nature vivante, les dunes ont entouré le marais et ont fait obstacle à toute arrivée d’eau. Ainsi, les arbres sont morts il y aurait de cela 900 ans, noircis par un soleil implacable, le climat extrêmement sec les protège de toute décomposition.

Les dunes (Photo : André Laurenti)
Les dunes de Sossusvlei situées dans le parc national de Namib-Naukluft
(Photo : André Laurenti)
Dunes (Photo : André Laurenti)
Le site de Dead Vlei avec ses acacias morts
(Photo : André Laurenti)
Dune (Photo : André Laurenti)
Dunes oranges caractéristiques du Namib
(Photo : André Laurenti)
L'argile prismée (Photo : André Laurenti)
L’argile prismée formant le fond de l’ancien marais
(Photo : André Laurenti)

Une partie du groupe part à l’assaut d’une dune, moi je préfère arpenter cette argile craquelé, tourner autour de chaque arbre pour figer encore plus ce paysage fascinant. Je m’aventure sur la crête d’une dune plus modeste pour voir un autre marais asséché. Entre ciel et sable je marche d’un pas lent en canard, le flanc moins exposé aux ardeurs du soleil est davantage porteur. Seul dans mes pensées, je m’évade au royaume de l’imaginaire, j’inscris dans le sable des traces éphémères. Le vent qui soudain se lève me ramène à la réalité. Sur le chemin du retour, les petits grains de sable dansent sous le souffle chaud du vent. En haut de la grande dune, j’aperçois les silhouettes des collègues, les premiers commencent à descendre.

Paysage (Photo : André Laurenti)
Paysage irréel de Dead Vlei
(Photo : André Laurenti)

Non loin de l’entrée du parc se trouve le canyon de Sesriem, où des siècles d’érosion ont incisé une gorge étroite, une véritable entaille dans le sol. L’eau de la rivière Sesriem y est présente uniquement lors des rares périodes où la pluie tombe sur les monts Naukluft. Les galets imbriqués et inclinés les uns contre les autres indiquent le sens du courant de type torrentiel. Nous descendons dans cette gorge étroite qui plonge jusqu’à 30 à 40 m plus bas. L’ombre appréciable à cette heure de la journée, apaise les ardeurs du soleil. Les parois montrent clairement les couchent des différentes crues.

Le canyon de Sesriem (Photo : André Laurenti)
Le canyon de Sesriem
(Photo : André Laurenti)

Nous reprenons la route en direction du Spreetshoogte Pass, où nous passerons notre dernière nuit sur le flanc d’une colline dominant une vaste plaine. Nos hôtes du camping nous ont confectionné un délicieux repas sous les étoiles, à base d’oryx et de légumes.

Samedi 16 avril : Spreetshoogte – Windhoek – 180 km

La piste vers Windhoek marque la fin du voyage, pas de tente à monter ce soir, nous passerons la nuit dans l’avion d’Air Namibia qui nous ramènera à Franckfort.
Jusqu’où l’association Méta Odos va t-elle nous conduire ? Elle nous a déjà permis de nous projeter en limite du Moho et du manteau, de gravir un fumeur noir au Sultanat d’Oman, de dormir dans une chambre magmatique en Namibie, va t-elle nous conduire un jour jusqu’au noyau ? à suivre…

THE END (Photo : André Laurenti)
THE END
(Photo : André Laurenti)

A voir

La vidéo avec Muriel Robin qui s’est rendue chez les Himbas dans le cadre de l’émission « En terre inconnue« 

Les monts du Cantal

La 30eme A.G. de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) s’est tenue du 14 au 16 mai 2016 à la station de Super Lioran dans le Cantal. En compagnie de Jacques Drouin, un ami de longue date, nous avons occupé au maximum ce week-end en effectuant quelques randonnées au cœur du massif volcanique cantalien, l’un des plus vastes strato-volcans d’Europe.

Le puy Griou (Photo : André Laurenti)
Le puy Griou culmine à 1 690 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)

La porte du Lion

La première balade a eu pour point de départ le lavoir de Lagoutte près de la localité de Thiézac. Un chemin bucolique traverse les vertes campagnes de la vallée de la Cère encore très humide par les pluies de la veille. Peu après, le chemin s’élève pour atteindre le hameau de Niervèze. De là, on y découvre l’architecture préservée de la chaumière traditionnelle de Granier, ainsi qu’un four à pain, un bâti exceptionnel du XVII et XVIIIe siècle. Plus loin, blotti au fond d’un vallon ombragé, l’un des cinq moulins qui existaient autrefois le long du ruisseau de Niervèze.
Nous pénétrons dans une hêtraie et arrivons sous les falaises du chaos de Casteltinet. Au pied des parois, d’énormes blocs rocheux s’amoncellent. Nous entamons une descente un peu glissante et arrivons devant la porte du Lion.

La chaumière traditionnelle au hameau de Nièrvèze (Photo : André Laurenti)
La chaumière traditionnelle au hameau de Niervèze
(Photo : André Laurenti)
Le moulin sur le ruisseau de Niervèze (Photo : André Laurenti)
Le moulin restauré sur le ruisseau de Niervèze
(Photo : André Laurenti)

Dans ce site chaotique, les glaciers en se retirant ont provoqué la décompression des roches, formant ces détachements en bloc, de brèches volcaniques. Certains rochers revêtent des formes curieuses donnant cette arche de pierre appelée porte du Lion.

La porte du Lion (Photo : André Laurenti)
La porte du Lion façonnée dans des brèches volcaniques
(Photo : André Laurenti)

Le Pas de Cère

La balade nous mène dans la localité de Vic-sur-Cère rendue célèbre pour ses thermes. Nous effectuons une randonnée dans les gorges du Pas de Cère. Cet ancien verrou glaciaire de la vallée de Cère représente l’un des sites emblématiques du Carladès. La rivière tumultueuse s’est frayée un passage dans la gorge étroite et ombragée. Le sentier s’élève dans une forêt de hêtres pour atteindre le belvédère de la cascade de la Roucolle.

La Cère (Photo : André Laurenti)
La rivière Cère
(Photo : André Laurenti)
La chute (Photo : André Laurenti)
La cascade de la Roucolle
(Photo : André Laurenti)
La Cère (Photo : André Laurenti)
Les gorges de la Cère
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le puy Griou

Le choix du jour s’est porté sur le puy Griou situé dans la zone centrale de ce stratovolcan. Nous partons du col de Font de Cère (alt. 1289 m) et longeons dans un premier temps l’une des pistes de ski de Super Lioran, puis le bois de combe Nègre. En face de la combe, pointe fièrement le Téton de Vénus (alt. 1669 m).

Des névés sont encore présents, au loin le Téton de Vénus (alt. 1669 m) (Photo : André Laurenti)
Les névés sont encore présents, au loin pointe le Téton de Vénus (alt. 1669 m)
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons assez rapidement le col de Rombière (alt. 1549 m). Le sentier se fait plus doux et prend la direction du sud-ouest jusqu’au pied du Griou.

Le puy Griou à gauche et (Photo : André Laurenti)
Le puy Griou à gauche et à droite le Griounou
(Photo : André Laurenti)

Nous attaquons les pentes plus sévères de cette pyramide de phonolite. Le puy Griou se situe au centre d’un stratovolcan complètement démantelé par l’érosion fluviale et glacière. Pas tout jeune, il se serait formé il y a 6 Ma environ.
Depuis son sommet, un panorama magnifique permet de distinguer au Nord-Ouest le puy Mary (alt. 1783m) et au Sud-Est le Plomb du Cantal (alt. 1855 m).

Le puy Marie (Photo : André Laurenti)
Le puy Mary (alt. 1783 m)
(Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet avec à gauche le Peyre-Arse (alt. 1806 m) et à droite le Téton de Vénus (Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet avec à gauche le Peyre-Arse (alt. 1806 m) et à droite le Téton de Vénus
(Photo : André Laurenti)

Après le sommet, nous contournons par le Nord la montagne en empruntant un sentier très agréable qui s’enfonce en partie dans une belle forêt de hêtres. Nous bouclons ainsi ce circuit en regagnant le point de départ.

Le sentier s'enfonce dans une hêtraie (Photo : André Laurenti)
Le sentier s’enfonce dans une hêtraie
(Photo : André Laurenti)
Au pied du Griou quelques jonquilles (Photo : André Laurenti)
Au pied du Griou des jonquilles marquent le printemps
(Photo : André Laurenti)
A l'Est, on distingue le Plomb du Cantal (Photo : André Laurenti)
Au Sud-Est, on distingue sur une ligne de crête un petit mamelon, il s’agit du Plomb du Cantal (alt. 1855 m)
(Photo : André Laurenti)

Le Plomb du Cantal

Pour ce dernier jour, nous partons par le GR 400 depuis le col de Prat de Bouc (alt. 1396 m) à l’est du Plomb du Cantal. La météo bien fraîche est au beau fixe. Un petit torrent d’argent serpente dans les pâturages au grand bonheur des troupeaux.

Cours d'eau (Photo : André Laurenti)
Au pied du Plomb du Cantal, un petit torrent serpente dans les pâturages
(Photo : André Laurenti)

La montée régulière longe le vallon du Lagnon. le sentier bien exposé au soleil traverse malgré tout quelques névés.

La vallée (Photo : André Laurenti)
La crête domine le Rau de Livemade au Sud
(Photo : André Laurenti)
Les premières anémones (Photo : André Laurenti)
Les premières anémones
(Photo : André Laurenti)

Nous finissons par atteindre ce qui représente le point culminant des Monts du Cantal avec ses 1855 m d’altitude. Le Plomb du Cantal est le point le plus élevé des restes de ce que fut l’un des plus grands strato-volcans d’Europe avec ses 2500 km2. Eteint depuis 3 Ma, sa hauteur estimée dépassait largement plus de 3000 m d’altitude et était plus gros que l’Etna actuel. Né il y a environ 13 millions d’années, il s’est édifié puis détruit entre 8,5 et 7 Ma. Durant la période comprise entre 7,5 et 6,5 Ma, s’ensuit la mise en place des intrusions phonolitiques. Il terminera sa vie par une activité basaltique et basanitique entre 5,5 et 4,5 Ma.

Depuis le sommet s'étend un magnifique panorama (Photo : André Laurenti)
Depuis le sommet s’étire une belle ligne de crête dominant la vallée de la Cère
(Photo : André Laurenti)
On distingue le Puy Griou à droite et le Puy Mary (Photo : André Laurenti)
On distingue le Puy Griou en contrebas à droite et le Puy Mary
(Photo : André Laurenti)
Terminons cet agréable séjour avec des fleurs (Photo : André Laurenti)
Terminons ce bien agréable séjour auvergnat avec des fleurs
(Photo : André Laurenti)

Reflets niçois

Je prends toujours du plaisir à flâner dans la ville de Nice, longer la Promenade des Anglais et sa baie des Anges, s’étalant à n’en plus finir jusqu’à la ligne de partage entre ciel et eau. J’aime suspendre le temps du Nice moderne, en mêlant fuyantes et reflets, mais aussi du Nice ancien, en jouant avec les ocres des façades, sans négliger un petit arrêt du Nice festif.
Nice est un enchantement de couleurs, de lumière et de délicieuses senteurs du « Cours Saleya ». « Roba Capeu » fendant la mer en véritable proue de navire, où souffle parfois un vent en démence. La colline du château surplombant les empilements de toits rouges, le port Lympia et ses pittoresques pointus. Combien de lieux où il fait bon se poser et contempler !

Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Hôtel Ibis promenade des Anglais
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
L'Arénas (Photo : André Laurenti)
Le quartier d’affaires de l’Arénas
(Photo : André Laurenti)
Résistance (Photo : André Laurenti)
Résistance urbaine
(Photo : André Laurenti)
Hôtel (Photo : André Laurenti)
Radisson Blu Hôtel
(Photo : André Laurenti)
Parc Phoenix (Photo : André Laurenti)
Parc floral Phoenix
(Photo : André Laurenti)
Pleine voile (Photo : André Laurenti)
Pleine voile en baie des Anges
(Photo : André Laurenti)
Carnaval de Nice (Photo : André Laurenti)
Carnaval de Nice 1995 roi du cinéma
(Photo : André Laurenti)
Carnaval de Nice (Photo : André Laurenti)
Carnaval de Nice 1995 roi du cinéma
(Photo : André Laurenti)
Musée d'Art Moderne (Photo : André Laurenti)
Musée d’Art Moderne et d’Art Contemporain (M.A.M.A.C.)
(Photo : André Laurenti)
Acropolis (Photo : André Laurenti)
Palais des Congrès Nice Acropolis et la Tête Carrée de Sacha Sosno
(Photo : André Laurenti)
Place Garibaldi (Photo : André Laurenti)
Place Garibaldi
(Photo : André Laurenti)
Cours Saleya (Photo : André Laurenti)
Cours Saleya
(Photo : André Laurenti)
Place Masséna (Photo : André Laurenti)
Place Masséna
(Photo : André Laurenti)
Place Masséna (Photo : André Laurenti)
Place Masséna
(Photo : André Laurenti)
Les pointus (Photo : André Laurenti)
Les pointus du port Lympia
(Photo : André Laurenti)
Les Pointus (Photo : André Laurenti)
Les Pointus du port Lympia
(Photo : André Laurenti)
Pointus (Photo : André Laurenti)
Le pointu niçois
(Photo : André Laurenti)
Passage du Belem en 2013 (Photo : André Laurenti)
Escale du « Belem » en octobre 2013
(Photo : André Laurenti)
La grande lunette de l'observatoire de Nice (Photo : André Laurenti)
La grande lunette de l’observatoire de Nice
(Photo : André Laurenti)
Au dessus des toits (Photo : André Laurenti)
Au dessus des toits
(Photo : André Laurenti)

Etna – l’éruption de 2001

L’éruption du 17 juillet au 8 août 2001

Je n’oublierai jamais d’avoir assisté en spectateur privilégié au paroxysme du 24 juin 2001 offert par cet intermittent de spectacle hors du commun. Un show progressif de trois heures sans rappel qui s’est ensuite renouvelé à intervalles irréguliers jusqu’au matin du 17 juillet, avec les mêmes caractéristiques, signant par la même occasion son 17eme et dernier paroxysme de l’année 2001.
Mais l’Etna n’avait pas dit son dernier mot, il a décidé d’un poing rageur de marquer à sa manière le début du XXIe siècle.
Le 13 juillet, les appareils de surveillance s’affolent soudainement, des milliers de secousses sont enregistrées par les stations. Des symptômes bien différents de ceux précédant les paroxysmes, ils annoncent sans doute une activité beaucoup plus importante. En effet, le 19 juillet vers 22h30, le verdict tombe, un imposant panache s’élève tout à coup du Piano del Lago à 2500 m, un cône est en train de naître. Des flots de lave s’échappent aussi d’une fracture à 2100 m juste derrière la station sud de Sapienza. Ce n’est pas tout, au total sept points d’émissions plus ou moins importants situés sur la rift zone Nord et Sud marqueront cette éruption mémorable.

Carte des coulées de l'éruption 2001 réalisée par Gilbert Mahoux et front d'une coulée avec en arrière plan l'activité du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Carte des coulées de l’éruption 2001 réalisée par Gilbert Mahoux et le front d’une coulée avec en arrière plan l’activité du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

En route vers l’Etna

Je ne pensais pas revoir l’Etna de sitôt, je venais tout juste de reprendre mon travail et me voilà à nouveau en train de préparer mon sac et repartir en direction de la Sicile.
Depuis le 18 juillet l’activité a totalement changé et s’est considérablement amplifiée, à tel point que les autorités ont décrété l’état d’urgence.
Le déplacement vers la Sicile se fera cette fois en Land-Rover depuis le midi de la France en compagnie d’Elisabeth et Luc fondateurs de l’association Vulcain des amies de Maurice et Katia Krafft. La descente vers le sud a été, certes éprouvante, mais fort heureusement la récompense était au rendez-vous et valait bien ce sacrifice.

A notre arrivée sur les lieux, l'Etna semble en feu. (Photo : André Laurenti)
Dès notre arrivée, en montant depuis Zafferana, l’Etna fait feu de toutes parts, avec à gauche le panache généré par le « Sylvestri 4 », au centre l’activité du « Laghetto » et à droite le cône Sud-Est.
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 27 juillet 2001

Très vite, nous prenons contact avec notre fidèle ami Giuseppe, « Pippo » pour les intimes, il est d’ailleurs, particulièrement sollicité depuis le commencement de l’éruption. A 18h nous nous réunissons dans son appartement d’Acireale. D’autres collègues, tous membres de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) sont au rendez-vous, dont Alain membre fondateur et secrétaire, Gilbert, Christian. Ils sont venus de toutes parts, tous impatients et prêts à partir vers de nouvelles aventures sur l’Etna. Le groupe de neuf personnes se répartit en trois véhicules et le petit convoie prend la direction de la station de Sapienza (Etna Sud) par la route de Zafferana. Nous nous heurtons à un premier barrage, seul Pippo a l’autorisation de passer. Certes, nous obtiendrons les papiers nécessaires le lendemain, mais ce soir là, il fallait coûte que coûte trouver une solution pour passer. Nous finissons par déjouer l’attention des carabiniers en contournant discrètement à pied par la forêt le barrage, et cela malgré la présence de chiens d’une propriété environnante qui, les bougres, nous avaient repéré et n’arrêtaient pas d’aboyer. Heureusement l’obscurité de la nuit nous rend peu visible. Après un véritable parcours de combattant, nous débouchons plus haut sur la route. Nous retrouvons enfin Pippo, il effectuera plusieurs voyages pour amener l’équipe au complet sur le site tant convoité.

Nous montons nous poster au nord-est du cratère Silvestri supérieur derrière la station de Sapienza. Le spectacle est saisissant, au dessus de nos têtes une fracture s’est ouverte dans la nuit du 17 au 18 juillet. Celle-ci forme une boutonnière appelée pour le moment « Silvestri 4 », elle se compose de trois bouches actives situées à environ 2150 m. Une bouche éructe sans cesse tandis que les deux autres se manifestent par intermittence. A partir de cette boutonnière un véritable torrent de feu descend tout droit, évoluant en fonction du relief, puis part vers l’ouest presque en angle droit, en contournant le cône du « Silvestri Supérieur » sur lequel nous nous trouvons.

La coulée émise par la boutonnière juste derrière la station sud de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
La coulée émise par la boutonnière juste derrière la station sud de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)
Le flot de lave contourne le cône du Sylvestri supérieur. (Photo : André Laurenti)
Le flot de lave contourne le cône du « Sylvestri supérieur ».
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la bouche supérieure. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la bouche supérieure de la boutonnière.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

La lave descend ensuite à l’est de la station de Sapienza, coupe la route 92 menant à Zafferana en passant très prêt de deux restaurants et dévale pleine pente le long du flanc ouest des cratères « Silvestri inférieurs » en direction du Sud.
Au niveau de la station, la coulée s’élargit sur un replat, elle atteint à cet endroit une cinquantaine de mètres de large.

La coulée a recouvert la route qui mène à zafferana depuis la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
La coulée a traversé la route 92 qui mène à zafferana depuis la station de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)
Le flot de lave descend en direction de la ville de Nicolosi dont on aperçoit les lumières. (Photo : André Laurenti)
Le flot de lave descend en direction de la ville de Nicolosi dont on aperçoit les lumières.
(Photo : André Laurenti)

Au bord de cette coulée on observe de nombreuses enclaves siliceuses et sableuses probablement arrachées au soubassement sédimentaire du volcan. Il s’agit de lambeaux de sable blanc pris dans la gangue de magma et vitrifiés sur une faible épaisseur au niveau de la zone de contact. Un bel échantillon enrichira ma collection de roches volcaniques.

Vision de la boutonnière depuis l'ouest de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Vision de la boutonnière depuis l’ouest de la station de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)

Le lendemain matin, à la station de Sapienza, d’importants moyens matériels sont entrés en action. Nous observons le balais incessant des engins de chantier, pelles mécaniques, percuteurs, bulldozers et camions. La protection civile et l’armée italienne s’affairent nuit et jour pour tenter de canaliser la lave en édifiant des digues de terre et de roche. Le but étant de protéger les bâtiments de la station en évitant que la coulée s’élargisse et les détruise. L’opération semble efficace, mais rencontre parfois des difficultés. En effet, par moment des débordements se produisent, des blocs incandescents viennent stopper leur course contre les murs des constructions, les pompiers veillent et arrosent la roche en fusion pour la refroidir et limiter les dégâts.

La protection civile et l'armé italienne travaillent nuit et jour pour canaliser la lave. (Photo : André Laurenti)
La protection civile et l’armée italienne travaillent nuit et jour pour canaliser la lave.
(Photo : André Laurenti)
La construction de digue pour détourner la lave semble efficace. (Photo : André Laurenti)
La construction d’une digue pour détourner la lave semble efficace.
(Photo : André Laurenti)
Les pompiers protègent les bâtiments de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Les pompiers protègent les bâtiments des débordements de la coulée canalisée.
(Photo : André Laurenti)

Sur un promontoire élevé à l’abri des coulées, de nombreuses chaînes de télévisions couvrent l’événement et attendent aussi l’entrée des coulées de lave dans Nicolosi. Si les médias présentaient une situation alarmiste, cela n’inquiétait pas trop les habitants. En effet, le front de lave ne progresse plus vraiment, il a atteint une zone plate et a tendance à se refroidir. Finalement la coulée stoppera sa course au bord des carrières à 4 km de la ville.

De nombreuses chaînes de télévision relatent l'événement. (Photo : André Laurenti)
De nombreuses chaînes de télévision relatent l’événement.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza sous le regard des caméras de télévisions.
(Photo : André Laurenti)

Situation au Piano del Lago

L’activité derrière la station de Sapienza n’est pas la seule, plus haut au Piano del Lago (alt. 2500 m) à la base du cône de la Cisternazza, de nombreuses fractures parallèles sont apparues et se dirigent en direction du sud traversant la piste et passant de chaque côté de la Montagnola. Le 17 juillet à 7h30 une forte secousse est ressentie à la station de Sapienza. Au même moment une nouvelle fracture s’ouvre au pied du Sudestino (cratère Sud-Est) à 3000 m en direction du Sud et libère des fontaines de lave. En fin d’après midi une nouvelle bouche se forme entre 2700 et 2800 m d’altitude rejetant des fragments de lave et d’importantes coulées de lave. Le 19 juillet, peu avant 18h, un cratère extrêmement explosif se forme. En trois jours d’éruption il atteindra une hauteur de 100 m, c’est celui qu’on appellera le « Laghetto ». Dans la nuit du 25 au 26 une ouverture se produit sur le flanc sud de ce cône, libérant la lave qui descend sur l’arrivée du téléphérique. La coulée s’appuiera sur le mur nord du bâtiment sans pénétrer à l’intérieur, brûlant une partie du toit. Elle continuera sa course et se séparera en deux bras dont l’un rejoindra la coulée générée par le Sylvestri 4. Le 28 juillet les puissantes explosions ont projeté des bombes de plusieurs m3 suffisamment loin pour atteindre le bâtiment du terminal du téléphérique endommageant sérieusement la construction.

Vue panoramique des points d'activité. (Photo : André Laurenti)
Vue panoramique des points d’activité avec à droite le Laghetto, à gauche les cratères sommitaux et au centre les coulées de lave fumantes.
(Photo : André Laurenti)

28 juillet montée au Laghetto

Cette après midi nous avons rendez-vous avec Pippo au restaurant la « Nuova Quercia », nous rejoignons aussi Boris Behncke volcanologue à l’I.N.G.V. de Catane. Boris accorde quelques interview à la presse et nous partons tous ensemble pour se rendre au Laghetto. Une équipe de télévision de la CNN est aussi de la partie soit un groupe de plus de quinze personnes. Nous nous rendons en voiture sur le site de l’observatoire d’astrophysique proche du cratère Monte Vetore à 1700 m d’altitude, juste en aval de la station de Sapienza. Nous nous préparons en chaussant les godillots de montagne, en mettant les guêtres et des gants de protection sans oublier le casque dans le sac à dos. Puis nous démarrons l’ascension à l’écart une fois de plus des carabiniers et avec plus de 1000 m de dénivellation. Boris et Pippo mènent la marche à une allure soutenue gravissant les pénibles coulées anciennes aux blocs instables et coupants. L’absence de chemin rend la montée peu aisée, si bien qu’à mi parcours l’équipe de télévision abandonne, plus haut d’autres personnes rebrousserons chemin. La montée n’est pas toujours directe, il faut tenir compte des coulées actives en les contournant. Après quelques brefs arrêts pour se restaurer notre groupe fortement réduit se trouve enfin en tête à tête avec un « Laghetto » en pleine forme.

Un cône de 100 m de hauteur s'est formé en trois jours d'éruption. (Photo : André Laurenti)
Un cône de 100 m de hauteur s’est formé en trois jours d’éruption.
(Photo : André Laurenti)
Ses explosions sont extrêmement violentes et font trembler le sol. (Photo : André Laurenti)
Ses explosions sont extrêmement violentes et font trembler le sol.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
On distingue les impacts des bombes sur le flanc du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Les éruptions en coup de canon sont extrêmement puissantes faisant vibrer le sol. Le choc d’une explosion fera d’ailleurs tomber ma gourde posée à même le sol. Par moment, en dehors du cratère actif au sud et au nord du cône, de violentes explosions phréato-magmatiques avec des jets cypressoïdes caractéristiques, projettent des blocs dans toutes les directions, prudence nous restons à distance. A l’emplacement du Laghetto, il n’était pas rare de voir se former à la fin du printemps, lors de la fonte des neiges un petit lac, d’où le nom de « Piano del Lago ». Ainsi, le magma montant vaporise ces eaux d’infiltration provoquant ce type d’explosions imprévisibles et dangereuses.

Activité phréatomagmatique au sud du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité phréatomagmatique au sud du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)
Panache noir caractéristique des éruptions phréatomagmatiques. (Photo : André Laurenti)
Panache noir jais et dense, caractéristique des éruptions phréato-magmatiques.
(Photo : André Laurenti)
Autre activité phréatomagmatique au nord du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Autre activité phréato-magmatique au nord du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Au cours de la nuit une activité strombolienne plus spectaculaire prend le relais.

Activité strombolienne sur le Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne sur le Laghetto.
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne au Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne au Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Nous quittons les lieux tard dans la nuit, la descente dans les blocs instables est longue et harassante. En arrivant à notre véhicule, je n’ai même pas envie de manger, je me faufile directement dans mon duvet et m’endors aussitôt.
Au petit matin, je suis réveillé par une voix murmurant à peine « mais c’est André ? », il s’agit de connaissances de l’association Lave attirées eux aussi par les tribulations de l’Etna. Je me rends compte alors, que je me suis endormi carrément au beau milieu du chemin.

La Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Le Laghetto en activité avec le terminal du téléphérique.
(Photo : André Laurenti)

Le soir nous choisissons le lieu pour dormir en fonction de la direction du panache de cendre, soit l’observatoire à l’ouest, soit le « Renard » à l’Est. Malgré ces précautions, tous les matins je me réveille recouvert de particules fines.
Le 31 juillet nous montons sur les coulées observer leur progression vers l’ouest.

Une petite coulée descend lentement vers l'ouest. (Photo : André Laurenti) (
Une petite coulée descend lentement vers l’ouest.
(Photo : André Laurenti)
Le front de la coulée avance par éboulement de blocs. (Photo : André Laurenti)
Le front de la coulée avance lentement par éboulements de blocs.
(Photo : André Laurenti)

L’activité semble enfin s’essouffler. A la station de Sapienza on a limité les dégâts et évité le pire.
Le 8 août l’Etna s’accorde une période de repos, mais jusqu’à quand ?
Malgré la saison estivale bien entamée, il faudra penser à la reconstruction notamment celle du téléphérique, de ses installations et réaménager aussi la station de Sapienza bien embarrassée par l’épaisseur de lave la traversant et qui a modifiée la topographie.

La station de Sapienza a évité le pire. (Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza a évité le pire.
(Photo : André Laurenti)
Les cabanes de souvenirs ont eu chaud. (Photo : André Laurenti)
Les cabanes de souvenirs ont eu chaud.
(Photo : André Laurenti)
Les coulées ont léché le restaurant "la Capannina". (Photo : André Laurenti)
Les coulées ont léché le restaurant « la Capannina ».
(Photo : André Laurenti)
Le restaurant a été légèrement touché. (Photo : André Laurenti)
Le restaurant a été légèrement touché.
(Photo : André Laurenti)

Au cours de cette éruption, la lave a recouvert une superficie d’environ 5,5 km2 soit trente millions de m3 de magma. Le trafic aérien a également été perturbé par les nuages de cendre, l’aéroport international de Catane a été fermé à plusieurs reprises.