Erta Ale, le rendez-vous manqué

Du 23 février au 2 mars 2019, un groupe formé de treize personnes, dont six membres de L’Association Volcanique Européenne (L.A.V.E.) se sont rendus dans le Nord de l’Éthiopie. Cette aventure éthiopienne proposée par l’agence « Aventure et Volcans« , nous a conduit dans l’immense dépression du Danakil. Un lieu incontournable des passionnés de volcans, il nous a permis de rendre visite à l’Erta Ale (la montagne fumante).

Description de l’édifice

Ce bouclier actif d’une trentaine de kilomètres de diamètre à sa base et d’une dénivellation de 400 m, possède une caldeira elliptique allongée. Celle-ci, d’une superficie de 1,2 km2 et peu profonde, s’oriente selon un axe Nord-Nord-Ouest – Sud-Sud-Est. Elle abrite deux cratères en puits (pit cratere). Le premier au nord, mesure 335 m de diamètre et le second plus petit 140 m. Nous nous rendrons au bord de ce dernier.

Carte interactive des lieux réalisée par André Laurenti
(Source : Google map)

Cet édifice volcanique est particulièrement réputé pour la présence d’un lac de lave actif. Un phénomène rare de la planète, les lacs de lave se comptent sur les doigts des mains. Ils sont souvent éphémères, mais certains font un peu plus de résistance que d’autres.
L’Erta Ale n’est pas un solitaire, il fait partie d’une chaîne axiale orientée N-N-O – S-S-E. Elle a été construite par l’activité de fissures parallèles et se compose de six centres volcaniques principaux (1).

Camp de base avec en arrière plan le volcan bouclier Erta Ale « la montagne qui fume »
(Photo : André Laurenti)

Les préparatifs

Après avoir parcouru une piste extrêmement chaotique et pénible à travers les champs de lave, nous atteignons le point de départ pour l’Erta Ale. Chacun s’affaire à préparer les sacs en vu d’une ascension nocturne. Le matériel indispensable au sommet, sera transporté à dos de dromadaires.

L’ascension du volcan

C’est partie pour 9 km d’ascension facile, notre petite caravane se met en route vers 20h30. Tout commence par un passage sableux rendant la marche moins efficace. Heureusement, il ne sera pas trop long. Très vite, nous atteignons des coulées de lave anciennes améliorant le déplacement. L’ascension s’effectue à la frontale. Je balaye sans cesse le sol à la recherche du cheminement le moins élevé pour économiser mes efforts.
L’Erta Ale est un volcan plutôt bonhomme, d’une humeur chaude qui a tendance à se la couler douce. Il est capable de produire des rivières de lave fluide comme à Hawaii, mais depuis pas mal de temps, il excelle dans le lac de lave avec un regain d’activité à partir de 2015. Nous atteignons à plus de minuit, le sommet culminant à 613 m d’altitude. Les matelas sont aussitôt déposés dans des petits abris de pierre réunis au bord de la caldeira.

Sommet de l’Erta Ale
(Photo : André Laurenti)

Descente dans la caldeira

A présent, on se prépare à descendre dans la caldeira. La descente n’est pas bien longue, seulement une vingtaine de mètres de dénivellation. Un par un, nous posons nos pieds sur la plateforme qui fut envahi par les débordements du lac en 2016 et 2017. Progressivement nous nous approchons du puits abrupt et profond. Malheureusement, l’Erta Ale en a décidé autrement, le lac est aux abonnés absent. A la fin janvier 2017, une forte éruption fissurale a vidangé le réservoir de lave. Le lac est, d’après Michel notre guide, relativement réduit, il se situe à environ 100 mètres de profondeur. L’abondance de gaz et de vapeur, empêchent une bonne visibilité. Cette nuit, l’Erta en constante évolution, ne nous dévoilera pas ses plus beaux atouts. Tant pis pour ce rendez-vous manqué, il ne nous reste plus qu’à imaginer le magma bouillonnant au dessous.

Vapeur et gaz colorés révèlent la présence du lac de lave dans le cratère puits central
(Photo : André Laurenti)

Le volcan au petit matin

Après une courte nuit dans les abris de pierre, nous profitons du lever du jour pour contempler l’éclairage progressif de la caldeira.

En 2016 et 2017 les débordements du lac ont envahi la plateforme de la caldeira
(Photo : André Laurenti)

Peu après, nous redescendons au camp de départ. L’éclairage matinal, permet de découvrir à quoi ressemble ce volcan. Au loin et à l’ouest de l’Erta, au milieu des champs de lave pétrifiés, pointe un autre volcan bouclier. Il s’agit de l’Ale Bagu, appelé aussi Alebbagu ou encore Ummuna. Il culmine à 1031 m d’altitude et aucune éruption n’est connu de ce volcan.

Volcan bouclier Ale Bagu (alt. 1031 m)
(Photo : André Laurenti)

Certes, nous n’avons pas vu le lac, mais nous avons eu le privilège de fouler une future dorsale océanique à ciel ouvert en pleine formation. Voir comment s’opère la dérive des continents. Petit à petit un océan se mettra en place comme cela c’est passé à l’emplacement des Alpes, au jurassique supérieur, il y a 150 Ma.

Descente de l’Erta Ale
(Photo : André Laurenti)
En arrière plan des hornitos, il s’agit de cônes de lave solidifiée de faibles tailles
(Photo : André Laurenti)
Lave cordée ou « pahoehoe » caractéristique de ce type de volcan
(Photo : André Laurenti)

Historique

En raison de sa situation isolée et l’instabilité politique pendant plusieurs décennies, le volcan Erta Ale n’a été étudié qu’à partir des années soixante. Il a été découvert pour la première fois par les européens en 1841 et a été gravi en 1873.
En décembre 1967 Haroun Tazieff constate sur ce volcan une activité permanente. Il retournera en décembre 1971 où l’expédition atteindra le rivage du lac de lave. A cet occasion, de nombreux prélèvements seront effectués (2).

Source documentaire

1 – Chazot Gilles, Jolivel Jean-Yves : découverte géologique et culturelle de l’Ethiopie – année 2017
2 – Haroun Tazieff – « A l’écoute de la terre » inaf.fr

Paréidolie volcanique

La paréidolie (du grec ancien para, « à côté de », et eidôlon, diminutif d’eidos, « apparence, forme »), est l’illusion de percevoir des formes humaines ou animales à partir d’objets divers ou d’éléments naturels d’un paysage.
Chacun d’entre-vous a déjà eu l’occasion de deviner des silhouettes, des visages, des formes déjà connues qui ont une signification.
Les paysages volcaniques en perpétuelle transformation, sont riches en formes familières et fantastiques, les exemples ne manquent pas. Je prends souvent du plaisir à arpenter ces terrains parfois hostiles, à la recherche du moindre phénomène aléatoire. Suivant l’heure de la journée, les jeux de la lumière et des ombres peuvent révéler des formes éphémères connues, on ajoutera alors, un zeste d’imagination afin de donner un sens. L’orientation du sujet a également son importance, selon où l’on se place, on peut soudain voir apparaître une créature fantastique.
Certains lieux, ou roches sont même devenus célèbres, comme par exemple la « vallée des Monstres » sur Vulcano dans l’archipel des îles Eoliennes (Italie), « la rose de pierre » à Tenerife, ou « l’arbre de pierre » sur l’altiplano bolivien.

« L’ours de Vulcanelo » – Valle dei Mostri – île de Volcano (Italie)
(Photo : André Laurenti)
« Le dahu » – Valle dei Mostri – île de Vulcano (Italie)
(Photo : André Laurenti
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Celui qu'on appelle De Gaulle sur l'île de Stromboli
(Photo : André Laurenti)
« Le gardien du volcan » – Etna (Italie)
(Photo : André Laurenti)




Celui qu’on appelle « De Gaulle » sur l’île de Stromboli
(Photo : André Laurenti)
« Le cœur d’El Tatio » – site hydrothermal à 4280 m d’altitude dans le nord du Chili
(Photo : André Laurenti)
« L’indicateur » – Tenerife (archipel des Canaries)
(Photo : André Laurenti)
« Le Diablotin » – Tenerife (archipel des Canaries)
(Photo : André Laurenti)
« Piedra Rosa » – Tenerife (archipel des Canaries)
(Photo : André Laurenti)

Quand on randonne sur l’Etna, il n’est pas rare qu’un chien errant vous accompagne, mais de là, à voir surgir soudain sa tête dans une éruption?

« Testa di Cane » – éruption phréato-magmatique de 2001 de l’Etna (Italie)
(Photo : André Laurenti)

Sur les bouleaux de l’Etna, à défaut de cœurs gravés, les écorces portent fièrement des « tatouages » naturels bien particuliers. S’agit-il d’une stratégie collective d’appartenance ? d’une vénération en vers leur hôte tolérant ? ou tout simplement, une poésie de la nature. Cette silhouette de volcan admirablement représentée, relève d’un nouveau talent naturel, le « Tree Art ».

« Tree Art 1 »écorce de bouleau sur l’Etna (Italie)
(Photo : André Laurenti)
« Tree Art 2 » – écorce de bouleau sur l’Etna (Italie)
(Photo : André Laurenti)

Dans les Andes boliviennes, des paysages semblent sortir de l’imagination de Salvador Dalí. L’endroit porte d’ailleurs le nom de désert Dali.

« Arbol de Piedra » – à 4750 m d’altitude sur l’altiplano bolivien
(Photo : André Laurenti)

Dans les méandres de la Belham River sur l’île de Montserrat, les lahars (coulées de boue) provenant de l’éruption de la Soufrière Hills, ont tout détruit en aval, déposant roches et bois morts.

« Scrat l’écureuil » – Soufrière Hills de Montserrat
(Photo : André Laurenti)

Sur l’île volcanique de Tenerife, au phare de Teno, les euphorbes prennent des allures de personnages de bandes dessinées. Bienvenue dans le monde des euphorbiens !

« Bécassine » – Tenerife (archipel Canaries)
(Photo : André Laurenti)
« Lapinou » – Lanzarote (archipel des Canaries)
(Photo : André Laurenti)
« Équilibre » – Tassili n’Ajer (Algérie)
(Photo : André Laurenti)
« Tortue etnaenne » – Etna (Italie)
(Photo : André Laurenti)

Ce « lonzo maison », n’est ni plus ni moins qu’un fût d’arbre pétrifié au milieu de dépôts clairs dans le parc national de « Petrified Forest » en Arizona (U.S.A.).

« Lonzo maison » – Arizona (U.S.A.)
(Photo : André Laurenti)

Remerciements à Vincent Kulesza pour sa conférence sur la paréidolie, un sujet dont je me suis inspiré pour réaliser cette page.