L’Estérel (France)

Présentation

Entre Saint-Raphaël et la Napoule, lorsqu’on traverse par la corniche ou par le chemin de fer le massif du l’Estérel, le voyageur tombe sous le charme d’un paysage coloré et contrasté. Ce très ancien relief cristallin hors du commun doit probablement son nom à une terre si difficile à cultiver que les Romains la qualifiaient de « sterilis ». Les occitans l’appellent l’Esterèu.
Ce décor impressionnant était hanté au XVIIIe siècle par le brigand Gaspard de Besse qui détroussait les voyageurs et agents du fisc.
Sur la côte extrêmement découpée, le relief et la mer s’interpénètrent. Des pointes escarpées alternent avec de minuscules plages. Cette couleur rouge de la roche on la doit à la rhyolite appelée à tort « porphyres rouges de l’Estérel ». La rhyolite de densité 2.3 à 2.6 g/cm3 est une roche vitreuse composée de quartz, de feldspath, d’amphibole et de biotite.

Depuis le pic du Cap Roux (453 m), on embrasse un paysage remarquable de la corniche de l'Estérel jusqu'au delà de Saint-Tropez, mais aussi le massif métamorphique des Maures et les rochers du Saint-Pilon (442 m) au premier plan. (Photo : André Laurenti)
Depuis le pic du Cap Roux (453 m), on embrasse un paysage remarquable de la corniche de l’Estérel jusqu’au delà de Saint-Tropez, mais aussi le massif métamorphique des Maures et les rochers du Saint-Pilon (442 m) au premier plan.
(Photo : André Laurenti)

Un paysage issus d’une longue histoire géologique

L’origine géologique de la région est à rechercher dans des âges très reculés de l’ère primaire. En effet, l’histoire de la formation de ce massif de faible altitude (point culminant Mont Vinaigre 614 m) remonterait au Stéphanien, il y a 290 millions d’années. Des failles verticales orientées Nord Sud sont à l’origine d’effondrements avec la mise en place de bassins marécageux ou lacustres. Un peu plus tard au Permien (280 Ma) un mécanisme de distension donne naissance au nord du massif à de grandes cassures orientées Est Ouest.

Le mont Vinaigre point culminant du massif de l'Estérel. (Photo : André Laurenti)
Le mont Vinaigre (alt. 614 m) point culminant du massif de l’Estérel.
(Photo : André Laurenti)
la tour de guet implantée sur le mont Vinaigre sert de poste de surveillance pour les incendies. (Photo : André Laurenti)
La tour de guet implantée sur le mont Vinaigre sert de poste de surveillance pour les incendies.
(Photo : André Laurenti)

Cette ouverture au droit des failles permet le passage de laves en quantité modeste provoquant des coulées calco alcaline de rhyolite et des débordements d’ignimbrites selon la dynamique de la bouteille de champagne. Ces magmas sont caractérisés par une forte teneur en silice et surtout une très forte teneur en gaz dissous.
Au permien inférieur, le paysage a tendance à ce niveler à cause des coulées d’ignimbrites de plus en plus puissantes qui remplissent les creux auxquels viennent s’ajouter les dépôts de sédiments issus de l’érosion du relief. Ces nuées représentent ce que le volcanisme peut produire de pire en terme de force de destruction. Ces coulées proviennent des grandes fissures du Nord et du Nord-est. La principale que l’on rencontre vient de Maure Vieille au dessus de Théoule et barre le secteur Est effondré.
Le drainage du bassin qui s’effectuait d’ouest en est se trouve ainsi barré, c’est alors que se forme un petit lac.
Plus tard, une vallée perce le barrage au sud de Maure Vieille.
Une deuxième grande coulée d’ignimbrite recouvre les reliefs et barre à nouveau la dépression à l’Est. Un nouveau lac se forme avec dépôt de tufogrès.

Au bord de la piste qui mène à la maison forestière de la Duchesse, on devine la fluidalité parallèle au sens de l'écoulement et la formation de prismes perpendiculaire aux surfaces de refroidissement. Nous sommes en dessous du Mont Vinaigre, et vu le pendage de cette formation, le point d'émission est donc plus haut. (Photo : André Laurenti)
Au bord de la piste qui mène à la maison forestière de la Duchesse, on observe la fluidalité parallèle au sens de l’écoulement et la formation de prismes perpendiculaires aux surfaces de refroidissement.
Nous sommes en dessous du Mont Vinaigre, et vu le pendage de cette formation, le point d’émission est donc plus haut.
(Photo : André Laurenti)
Cette fluidalité presque verticale en forme de crête de coq constitue un point de sortie dont les abords sont érodés. (Photo : André Laurenti)
Non loin du mont Vinaigre, la fluidalité presque verticale en forme de crête de coq constitue un point de sortie dont les abords sont érodés.
(Photo : André Laurenti)

Une vallée perce à nouveau le barrage mais cette fois-ci dans la partie nord-est du massif. Cette vallée entaille le haut de la coulée à l’ouest (Baisse des Charretiers).
Le poids considérable des coulées reposant sur le vide formé par la vidange du réservoir magmatique lors de gigantesques éruptions, provoque un phénomène de subsidence de la partie centrale de la dépression permienne.
Dans cette zone d’effondrement se forme un grand lac où se déposent des sédiments très fins contenant des micas provenant des roches métamorphiques des Maures et du Tanneron. Ces roches sont appelées psammites.
Après cette phase de volcanisme fissural, de vrais volcans vont s’édifier comme celui de Maure Vieille. Il s’agit d’un strato volcan dont les coulées de lave alternent avec les couches constituées de projections de cendres et de lapillis. Une explosion plus violente détruit l’appareil et donne naissance à une caldeira d’explosion. Lors de cette explosion un énorme nuage se développe et les cendres vont se déposer sous forme de cinérites (une roche formée par l’agglomération de cendres), ils constituent de nos jours un niveau de repère.
Le magma est alors presque complètement dégazé, son degré d’explosivité est quasiment nul. Il donne naissance à des extrusions de dômes soit dans le lac post ignimbritique, soit sur les reliefs le bordant au nord. Trois de ces dômes se mettent en place dans l’ancien exutoire du lac. Il s’agit de la Baisse des Charretiers, des Collets Redons et de Maure Vieille.
Au permien supérieur, des émissions gazeuses liées à un volcanisme basique enrichissent les eaux en CO2, Ca++ et F. Il en résulte un dépôt de calcaire à fluorite.

Beaucoup plus tard à l’ère tertiaire, il y a environ 61 millions d’années, une série de sills d’esterellite apparaît de part et d’autre d’Aigue Bonne.
Enfin, la masse la plus importante d’estérellite se met en place dans une direction nord ouest – sud est.
Plus tard encore, à la fin de l’ère tertiaire, vers 5 ou 6 millions d’années, la Provence bascule en Méditerranée. Le réseau hydrographique s’oriente alors de nord au sud.

Le Pic de l'Ours qui culmine à 492 m, est constitué de rhyolite de coulée supérieure. (Photo : A. Laurenti)
Le Pic de l’Ours qui culmine à 492 m, est constitué de rhyolite de coulée supérieure.
(Photo : A. Laurenti)

Ces dépôts que l’on peut encore voir dans les Alpes-Maritimes

Les nombreuses manifestations éruptives ont produit d’énormes quantités de cendres. Leur altération parfois mêlées à du sable fin aurait donné les schistes rouges ou rouge violacé permiens. Ils affleurent dans une large bande de Fréjus jusqu’à Toulon. Dans les Alpes-Maritimes, on les retrouve sur le bord sud du massif du Mercantour, de St Sauveur-sur-Tinée jusqu’à Tende, où les roches passent des teintes violacées au vert. Enfin ces schistes rouges, appelées aussi pélites, forment le Dôme de Barrot, où leur épaisseur dépasse encore 1 000 m. Ils sont omniprésents dans les gorges du Cians et de Daluis.

Particularité

A la sortie de Saint-Raphaël, en allant vers l’Est, au bout du port de Santa Lucia, se trouve un site d’un intérêt particulier. On y observe sur le sentier des douaniers, face à l’île du Lion de Terre, des prismes de trachyte. Le pendage des prismes est faible et laisse supposer qu’on se trouve proche ou carrément sur un point d’émission de lave.
Ce lieu exceptionnel dans la région, est totalement dépourvu sur le terrain d’explications et laissé à la négligence des hommes (canettes, bétonnage etc…). Une démarche auprès du Conseil Général du Var pourrait aider à faire connaître ce site remarquable et le préserver de toute dégradation.

Le pendage des prismes laisse supposer qu'on se trouve sur un point d'émission de lave. (Photo : André Laurenti)
Le pendage des prismes laisse supposer qu’on se trouve sur un point d’émission de lave.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
En arrière plan le rocher du Lion. (Photo : André Laurenti)
En arrière plan l’île du Lion de Terre.
(Photo : André Laurenti)
Le volcanisme de l’Estérel est terminé depuis fort longtemps, mais rien n’interdit de rêver, de s’abandonner à la contemplation du paysage lorsque la lumière rougeoyante du couchant joue sa grande fantasmagorie sur les rochers du Cap Roux.

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Source documentaire :
ROMAIN Jacqueline Promenades à thème géologique dans les Maures et l’Esterel – collection équilibres – Éditions Serre.

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