Yellowstone : l’œuvre du bâtisseur (partie 2)

Poursuite de la visite

Nous passerons quatre jours dans le parc du Yellowstone, l’un des points forts de ce périple dans l’Ouest des États Unis. Nous logeons à Island Park, une petite localité située dans l’état de l’Idaho, à environ une trentaine de kilomètres de l’entrée Ouest du parc. Par la route 20, nous franchissons tous les jours le Targhee pass (2 156 m d’alt.) un col qui marque la ligne de partage des eaux entre le Sud-Est Idaho et le Sud-Ouest de l’état du Montana, mais aussi entre le Pacifique et l’Atlantique. Juste au Nord du col se trouve le lac Hebgen, il sert de réservoir à la Madison River. Celle-ci est un affluent du Missouri qui lui se connecte en aval au fleuve Mississippi. Un long voyage débouchant au final dans le golfe du Mexique.

Sur les rives de la Madison River
(Photo : André Laurenti)

Je suis impatient de retrouver les battements de ce monde fascinant. De jour en jour, nous allons de découverte en étonnement, je ne sais plus où donner de l’objectif.
Par petites touches, les geysers déposent  autour des bassins de fines particules de silice. Cette fragile peau se cristallise, se fige sur l’eau bouillante et façonne des décors de dentelle.
Les sels minéraux dissous et les minuscules organismes (bactéries, algues) vivant dans des conditions extrêmes, apportent leur touche magique de coloris, évoquant la palette d’un peintre. L’artiste compose et jongle avec les couleurs, créant des œuvres aux noms évocateurs : source émeraude, piscine de cuir, fontaine pot de peinture, source de porcelaine etc… chaque pas est un véritable enchantement.

Les dépôts de silice édifient de mini restanques
(Photo : André Laurenti)

Volcanisme de point chaud

Yellowstone est considéré comme étant un volcanisme de point chaud, nommé aussi point chaud de « Snake River Plain Yellowstone ». Il serait à’origine d’une série de caldeiras, dont « Island Park Caldera », la « Henry’s Fork Caldera » et la « Bruneau-Jarbidge », qui ont formé la zone volcanique de Snake River Plain. Le point chaud se situe actuellement sous la caldeira de Yellowstone. La carte ci-dessous, montre la migration de la plaque tectonique vers l’Ouest jusqu’à 14 Ma avec un changement de direction entraînant un déplacement Sud-Ouest de 12 Ma à aujourd’hui . Des travaux récents ont montré que l’ensemble de ce volcanisme a été influencé depuis 20 Ma, par la subduction (1).

Évolution dans le temps du point chaud de Yellowstone
(Source : document pédagogique (1))

Sheepeater Cliff

Avant de nous rendre à « Mammoth Hot Springs » un peu plus au Nord, nous faisons une halte pique nique à « Sheepearter Cliff ». On s’installe au pied d’une paroi composée d’orgues basaltiques formées par une coulée de lave, il y a environ 500 000 ans. Ces colonnes représentent la principale attraction du site.

Les colonnes basaltiques de « Cheepeater Cliffs »
(Photo : André Laurenti)
Détail des orgues basaltiques
(Photo : André Laurenti)

Au pied de cette paroi, des centaines de blocs de colonnes effondrées offrent d’excellents abris à une faune plutôt curieuse, habituée à la présence humaine. Une marmotte à ventre jaune, prend elle aussi la pose déjeuner. Elle partage son territoire avec un spermophile rayé que nous rencontrons un peu partout durant ce voyage.

Le petit spermophile rayé observe depuis un bloc de colonne basaltique
(Photo : André Laurenti)
La marmotte à ventre jaune
(Photo : André Laurenti)

Mammoth Hot Springs

Une autre forme de paysage remarquable observé à Yellowstone, c’est bien le grand complexe de sources chaudes de « Mammoth Hot Springs ». L »eau chargée en dioxyde de carbone riche en acide, dissout le calcaire contenu dans les roches. Ainsi, pendant des milliers d’années, ces eaux chargées en carbonate de calcium ont déposé sur une colline leur chimie, bâtissant ainsi en cristallisant, des terrasses de calcaire et des vasques appelées travertins. Par endroit, en ajoutant à l’eau une pincée d’oxyde de fer, les travertins prennent des teintes plus chaudes en rouge. Dans ce site une fois de plus exceptionnel, une centaine de sources dépose plusieurs tonnes de calcaire pas jour. Mammoth compose avec la météo et les saisons, le spectacle n’est jamais le même, suivant les périodes et le volume d’eau.

Sur le site de « Mammoth Hot Springs » plusieurs tonnes de calcaire se déposent par jour
(Photo : André Laurenti)
Circonstance fatale
(Photo : André Laurenti)
Lower terraces – « Mammoth Hot Springs »
(Photo : André Laurenti)
Les travertins de « Mammoth hot Springs »
(Photo : André Laurenti)
« Canary Spring »
(Photo : André Laurenti)
Concrétions et vasque de « Canary Spring »
(Photo : André Laurenti)
Terre fragile et vaporeuse, en équilibre
(Photo : André Laurenti)

Ce complexe se situe en dehors de la limite de la caldeira. Cependant, on considère qu’il en fait partie car l’eau chaude qui alimente Mammoth proviendrait de « Norris Geyser Basin », après avoir cheminé en souterrain vers le Nord, le long d’une ligne de faille, parallèle à la Grand Loop Road (N°89), de Norris à Mammoth. Durant son transport, cette eau surchauffée se refroidit légèrement avant de faire surface à Mammoth (env. 80° c).

Vasques minérales étonnantes à observer
(Photo : André Laurenti)
Ces dépôts de dentelles semblent artificiels et pourtant…
(Photo : André Laurenti)
Ce paysage semble être une photo en noir et blanc colorisée
(Photo : André Laurenti)
« Mound and Jupiter Terraces »
(Photo : André Laurenti)
Terrasses en travertin
(Photo : André Laurenti)
Étrange formation naturelle
(Photo : André Laurenti)
Ruissellement pétrifié
(Photo : André Laurenti)
Il n’est pas rare de voir, les pattes dans l’eau chaude, s’aventurer le pluvier Kildir
(Photo : André Laurenti)

Non loin de là, au pied de la colline, se trouve le « Liberty Cap » une curieuse formation de pierre de 3 mètres de hauteur, ressemblant à un menhir d’Obélix. Il s’agit du dépôt d’une ancienne source jaillissante, un peu comme une stalagmite, mais au lieu de se former par la chute lente et continue de goutte d’eau calcaire, celle-ci s’est formée par le bas, grâce à la remontée en surface d’une source chaude.
Une mission d’exploration géologique de 1871 donna le nom de bonnet de la liberté, rappelant le bonnet phrygien symbole de la révolution française, mais qui a été aussi la représentation de la liberté lors de la guerre d’indépendance aux États Unis.

« Liberty Cap » haut de 3,00 m
(Photo : André Laurenti)
« White Dome Geyser » montre comment c’est formé le menhir de « Liberty Cap »
(Photo : André Laurenti)

Yellowstone River

La rivière Yellowstone est un affluent du Missouri, la longueur de son cours est de 1050 km. Elle s’écoule en ce lieu, dans un profond canyon long de 39 km et d’une profondeur variant de 240 à 370 m. Sa largeur est de 400 m dans sa partie la plus étroite, et 1200 m dans sa section la plus grande. La coupe de cette gorge est en forme de V, classique de type fluvial plutôt que glaciaire.  Les couleurs des parois sont le résultat d’altération. Les gaz acides ont altéré les roches, les transformant en argiles colorées où domine le jaune. On peut voir plusieurs geysers jaillissant dans cette rivière. L’eau érode les terrains altérés creusant davantage la gorge. Dans ce paysage géologiquement actif, les différents bassins du parc tombent abruptement en escalier dans plus d’une centaine d’endroits. En amont des chutes se sont formées à la jonction d’une coulée de lave et de sédiments lacustres glaciaires.
Un chemin aménagé comportant 328 marches permet d’approcher les Lower Falls.

La rivière Yellowstone plonge ici de 95 mètres
(Photo : André Laurenti)
La puissance de l’eau érode les terrains altérés et creuse davantage la gorge
(Photo : André Laurenti)
le canyon de la Yellowstone River
(Photo : André Laurenti)
Point de vue « Upper Falls »
(Photo : André Laurenti)

Les basaltes sous forme d’intrusions appelées sills, sont visibles dans le grand canyon du Yellowstone près de Tower Falls, à l’endroit où la rivière érode les roches tendres et altérées. Un sill est par définition une couche de roche magmatique qui s’est infiltrée horizontalement entre les couches plus anciennes de roches. Les prismes se développent perpendiculaires aux surfaces de refroidissement (1).

Les orgues basaltiques près de Tower Falls
(Photo : André Laurenti)
Écroulement d’une colonne basaltique
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Fountain Paint Pot

Le district appelé « Lower Geyser Basin », avec la fontaine Pot de Peinture est une partie située sur des sédiments glaciaires instables au dessus de roche solide.
Le geyser de Clepysdra est presque en activité permanente. Il prend du repos lorsque ses voisins sont en éruption.

Un bosquet de pins tordus a été envahi par les sources chaudes
(Photo : André Laurenti)
Le geyser de Clepsydra
(Photo : André Laurenti)
Bulle en train d’éclater
(Photo : André Laurenti)
Éclatement d’une bulle de boue
(Photo : André Laurenti)

Une mare de boue varie selon les saisons. Au début de l’été, les boues sont minces et aqueuses par les pluies et la neige abondante. Vers la fin de l’été les boues sont plus épaisses. Ce type de source brasse une soupe composée de minéraux argileux et de fines particules de silice.
La rhyolite de la région est principalement composée de quartz et de feldspath. Les acides des vapeurs et de l’eau de ce milieu, altèrent le feldspath dans un minéral argileux appelé kaolinite.
La tribu indienne Crow avait l’habitude de peindre leurs tipis avec cette boue.

Silex Spring
(Photo : André Laurenti)
Le « Great Fountain Geyser »
(Photo : André Laurenti)
Les abords du « Great Fountain Geyser »
(Photo : André Laurenti)

Le « Great Fountain Geyser » est un geyser de type fontaine, situé proche du lac Firehole et de « Lower Geyser Basin ». Il jaillit toutes les 9 à 15 heures et sa hauteur maximale selon sa forme, varie entre 23 et 67 mètres. Sa durée est habituellement d’environ une heure, mais il est capable de jouer les prolongations et dépasser plus de deux heures.

A suivre voir la partie 3

Sources documentaires :

1 – Gourgaud Alain, Noblet Christophe, Jolivel Jean-Yves – Découverte géologique de l’ouest des USA – document pédagogique 2016 – 179 pages

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