Tenerife (Canaries)

Tenerife : une île exceptionnelle pour les volcanophiles

Tenerife est la plus grande des sept îles de l’archipel des Canaries avec ses 2084 km2. Environ 300 km la séparent du continent africain. Deux voyages m’ont permis de découvrir seulement une partie de cet île, le premier en solo en décembre 2011 et le second en mai 2013 à l’occasion de l’assemblée générale de l’association LAVE. Durant les deux séjours, j’ai logé dans la station balnéaire de Puerto Santiago située dans la partie ouest de l’île de Tenerife, à l’ensoleillement maximum, juste en face l’île de la Gomera. A l’extrémité de la ville, on y découvre son sympathique port, jadis dédié à la pêche artisanale et aujourd’hui, bien évidemment voué à l’accueil touristique. A proximité de Puerto Santiago, se dressent les célèbres falaises de « Los Gigantes », dont une radio locale porte même ce nom. Cette localité possède un atout majeur pour les volcanophiles, celui d’être très proche du district volcanique le plus récent de l’île et également non loin des pentes du seigneur de Tenerife, le Teide fier avec ses 3 718 m.

Puerto Santiago avec en arrière plan les falaises de "los Gigantes" (Photo : André Laurenti)
Puerto Santiago avec en arrière plan les falaises de « los Gigantes »
(Photo : André Laurenti)

L’île de Tenerife s’est formée progressivement à partir de trois volcans bouclier, tout d’abord le centre 11 Ma, ensuite le massif du Teno à l’ouest 6,7 Ma et celui de l’Anaga à l’est 4,5 Ma.
France qui m’héberge dans un confortable appartement de cette ville, a eu le coup de foudre pour Tenerife, elle n’en est d’ailleurs plus repartie. L’intérêt qu’elle porte aux volcans lui fait aimer encore plus ce lieu dont l’histoire géologique depuis la création de l’île, n’a à présent plus vraiment de secret pour elle. Dès mon arrivée, France m’a apporté cartes, dépliants et de magnifiques ouvrages de Juan Carlos Carracedo volcanologue et directeur de l’observatoire volcanologique des Canaries. Ces livres constituèrent l’essentiel de mes lectures durant cette semaine.

Puerto Santiago et au loin l'île de la Gomera en forme de volcan bouclier. (Photo : André Laurenti)
Puerto Santiago et au loin l’île de la Gomera avec sa forme carctéristique de volcan bouclier.
(Photo : André Laurenti)

Le volcan « Chineyro »

Le sac est bouclé pour cette première journée et sur les conseils de France, je me dirige vers le volcan Chineyro. Depuis la route TF 38 qui monte en direction du Teide sur les hauteurs d’Abeque, un chemin forestier part à gauche en direction du Chineyro (alt. 1 551m), un cône volcanique situé sur la dorsale nord-ouest dans le parc naturel de la « Corona Forestal ». Ce volcan rappelle qu’une activité persiste encore sur l’île, il a en effet produit le 18 novembre 1909, la toute dernière éruption sur Tenerife pendant une dizaine de jours, avec un volume de lave émis d’environ 11 millions de m3. L’événement a été précédé par des tremblements de terre qui ont commencé en juillet 1908 et se sont intensifiés les derniers jours, juste avant l’éruption. Puis tout s’est déchaîné vers 14h30 avec un fort tremblement de terre, suivi d’un bruit souterrain et une chaleur intense au niveau du sol. Simultanément à l’intérieur de l’ancien cratère du Chineyro, s’est formé une colonne de scories et de cendres accompagnée d’explosions rythmées. Les coulées se sont dirigées vers l’ouest en direction de Santiago del Teide et ont menacé les localités de Arguayo, Las Manchas et Tamaimo. Cette éruption de type fissurale a provoqué des dommages au terrain et aux propriétés.

Le volcan Chineyro (Photo : André Laurenti)
Le volcan Chineyro (alt. 1 551 m)
(Photo : André Laurenti)

Le volcan Samara

Une seconde balade me conduit un peu plus haut sur le cône monogénique de Samara (1 936 m d’alt. ) formé par une seule éruption fissurale typique, de caractère strombolien. Il appartient tout comme le Chineyro à la zone volcanique la plus récente de Tenerife. L’éruption du Samara est difficile à dater, peut-être entre 2600 et 3900 ans. Elle a tout de même produit une coulée de lave d’une superficie d’environ 1,8 km2.

Le volcan Samara. (Photo : André Laurenti)
Le volcan Samara (alt. 1 936 m).
(Photo : André Laurenti)
Le cratère égueulé du Samara. (Photo : André Laurenti)
Le Samara est formé par deux petits cratères.
(Photo : André Laurenti)

Le paysage de ce site est colonisé par le pin des Canaries (Pinus canariensis). Il occupe en grande partie la ceinture forestière des flancs du massif du Teide, jusqu’à environ 2000 m d’altitude. Ses aiguilles sont longues, fines et souples et groupées par trois. France m’a raconté qu’en 2007, poussé par un fort vent, un terrible incendie a dévasté du nord vers l’ouest, une grande partie de cette ceinture végétale. France qui adore randonner au milieu de cette nature exceptionnelle, a failli quitter l’île écœurée par un tel désastre. Quatre ans après, on ne se rend plus compte de rien, la couverture végétale a totalement ressuscité en effaçant le passage du feu, seul les fûts noircis portent encore les stigmates de ce qui a failli être une catastrophe. Le pin des Canaries dont l’écorce en pelure d’oignons est très épaisse, a la faculté de supporter relativement bien les feux de forêt. Au fil des millénaires il s’est adapté aux conditions extrêmes de ce milieu volcanique, on le soupçonne d’avoir signé une alliance avec le feu .

Le pin des Canaries (Photo : André Laurenti)
L’incendie qui a ravagé cette forêt n’est plus qu’un mauvais souvenir
(Photo : André Laurenti)

La Botija

Sur les hauteurs du Samara et au dessus de la couronne végétale, s’édifie un autre cône volcanique, celui de la Botija. Tout autour de ce volcan, des bombes remarquables jonchent le sol. En se refroidissant, le phénomène de rétraction a craquelé la surface, imitant ainsi l’épaisse peau d’un pachyderme.

Des bombes ressemblant à une carapace de pachyderme. (Photo : André Laurenti)
Des bombes ressemblant à une carapace de pachyderme.
(Photo : André Laurenti)

Au sommet du cratère de la Botija (2 122 m d’alt.), le paysage est exceptionnel avec au premier plan un autre cône, le Reventada (l’éventré), et en arrière plan, bien au dessus, le Pico Viejo, et enfin l’imposant Teide tatoué par deux chenaux de lave partant de son sommet.
Le cratère de la Botija aux formes sensuelles, a produit des coulées d’un volume estimé à 52 500 000 m3 et qui ont recouvert une superficie d’environ 10,5 km2. La lave s’est déversée vers la côte ouest sur 13,8 km. Le cratère éruptif est bien conservé ainsi que les coulées, excepté celles descendues vers la zone côtière trop urbanisée.

Le site éruptif de la Botija est bien conservé. (Photo : André Laurenti)
Le site éruptif de la Botija est bien conservé, depuis son sommet le sage pointe son doigt vers le Teide.
(Photo : André Laurenti)

Las Cañadas

A l’étage au dessus, à quelques dizaine de minutes de la côte, le dépaysement est total. Avec une telle entrée en matière, ici il faut prendre le temps de prendre son temps. Dans ce trésor sorti des entrailles de la terre, le massif volcanique impressionne, intrigue, impose le respect et le silence. Je me sens dans mon élément et les sensations sont multipliées dans cet espace façonné par Vulcain et dépourvu d’installations humaines.

Las Canadas (Photo : André Laurenti)
La vaste plaine d’Ucanca bordée par les murailles de « Las Cañadas »
(Photo : André Laurenti)
Au centre de la caldeira un îlot de roche ancienne d'un monde disparu. (Photo : André Laurenti)
Au centre de la plaine d’Ucanca émerge un îlot de roche ancienne d’un monde disparu.
(Photo : André Laurenti)
La vaste plaine d'Ucanca (Liano de Ucanca) dans laquelle un petit lac se forme au printemps. (Photo : André Laurenti)
Dans cette plaine un petit lac se forme au printemps.
(Photo : André Laurenti)

Au pied du Teide s’étend la vaste plaine d’Ucanca (Llano de Ucanca), un terrain formé par la lave qui semble appartenir à un autre monde. Ce paysage bordé au sud par les remparts des Cañadas, était autrefois occupé par un immense volcan aujourd’hui disparu. La caldeira de « Cañadas » s’est formée il y a environ 170 000 ans, suite à un effondrement latéral de grande ampleur qui a carrément décapité le toit de l’île et a couvert d’un chaos de roches le fond de l’océan. Cette avalanche sous-marine généra un gigantesque tsunami. Après cet effondrement, l’activité volcanique s’est poursuivie avec des périodes de plusieurs siècles de repos. Les laves rejetées ont progressivement rempli la vaste plaine. Il en résulte aujourd’hui une grande dépression en forme de fer à cheval dans laquelle se dressent les « monuments naturels » les plus importants de l’île, les « Roques de Garcia ». Ce magnifique ensemble soutenu par des dykes et des necks sont constitués de fragments de basaltes, de phonolites et de tufs, les témoins du grand volcan disparu.

Le Teide depuis le site des "Roques de Garcia". (Photo : André Laurenti)
Les « Roques de Garcia », témoins du grand volcan disparu
(Photo : André Laurenti)
Ces monolithes de basalte sont d'anciennes cheminées volcaniques. (Photo : André Laurenti)
Ces monolithes de basalte sont d’anciennes cheminées volcaniques.
(Photo : André Laurenti)
Roqua de Garcia (Photo : André Laurenti)
Les Roques de Garcia
(Photo : André Laurenti)
Le site de la Cathédrale correspond à une ancienne cheminée volcanique (neck).
(Photo : André Laurenti)

Après le remplissage de la dépression, le magma connaît davantage de difficultés pour atteindre la surface. Au cours de leur ascension de fortes pressions s’exercent sous les laves durcies et vont générer la formation de laves plus visqueuses à forte teneur en silice telles que trachytes et phonolites. Dans les coulées phonolithiques on distingue de l’obsidienne, le verre de lave produit par un refroidissement rapide.

Le Teide

Comme on dit aux Canaries, le Teide est le vaisseau amiral de l’archipel, il culmine à 3 718 m d’altitude soit sur une hauteur totale de 7 200 m depuis le fond de l’océan et représente non seulement le point culminant de l’Espagne, mais il fait aussi parti des plus grandes constructions volcaniques terrestres, avec les volcans boucliers d’Hawaii et de la Réunion. Ce site exceptionnel a été déclaré Patrimoine de l’Humanité en 2007. A présent on considère que le Teide est en pré-retraite, il est en phase d’extinction et de stabilisation.
Lors de ma première venue sur Tenerife, je suis resté au pied du volcan à la découverte des moindres recoins. Je ne pouvais pas en rester là, deux ans plus tard à l’occasion de l’Assemblée Générale de LAVE, je profite du programme de l’organisation pour me rendre au sommet.
En empruntant le téléphérique, on arrive sur un replat situé à 3 550 m d’altitude, la suite pour atteindre le cône terminal se fait à pied à partir d’un confortable sentier aménagé. Juste au dessous du sommet, le chemin contourne par l’est le cratère timidement animé par des fumerolles déposant son soufre autour des évents. Tout en haut, comme sur la cheminée d’un navire, l’île entière dévoile ses formes et ses dentelures de la côte. On aperçoit aussi celles les plus proches comme la Gomera, la Palma et El Hiero.
Un parc National l’entoure et porte son nom, il est peuplé par une faune et colonisé par une végétation endémique riche d’une centaine d’espèces protégées.

L'arrivée du téléphérique se situe a environ 200 m sous le sommet du Teide. (Photo : André Laurenti)
L’arrivée du téléphérique se situe à environ 200 m sous le sommet du Teide sur le replat de la Rambletta à environ 3 550 m.
(Photo : André Laurenti)
La partie sommitale du Teide depuis l'arrivée du téléphérique. (Photo : André Laurenti)
El Pitôn, la partie sommitale du Teide depuis le replat de l’arrivée du téléphérique.
(Photo : André Laurenti)
Le cratère sommital du Teide. (Photo : André Laurenti)
Le cratère sommital du Teide avec en arrière plan la muraille de Las Cañadas .
(Photo : André Laurenti)
La dorsale Nord-Est de l'île vue depuis le sommet du Teide. (Photo : André Laurenti)
La dorsale Nord-Est de l’île vue depuis le sommet du Teide.
(Photo : André Laurenti)
Cristallisation de soufre dans le cratère du Teide. (Photo : André Laurenti)
Cristallisation de soufre dans le cratère du Teide.
(Photo : André Laurenti)

Le temps est magnifique et la longue descente du sommet vers l’Est est de toute beauté. On atteint le refuge d’Altavista (alt. 3 270 m), une étape incontournable aux randonneurs désireux d’assister au lever de soleil au sommet du Teide. Cet établissement a une capacité pour accueillir 60 personnes.

Le refuge (Photo : André Laurenti)
Le refuge d’Altavista à 3 270 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)

Un volcan ovipare ?

Un peu plus bas, le chemin descend sous le versant nord de la Montana Blanca (alt. 2 750 m). D’étranges formations appelées « los Huevos del Teide », se démarquent du paysage. Le nom un peu plus scientifique des « œufs du Teide » est boule d’accrétion. Celles-ci se forment quand une coulée descend sur une pente très prononcée. Certains fragments de lave solidifiés en roulant sur la surface de lave en fusion, accumulent des couches de lave, comme le fait une boule de neige. Ce phénomène est frappant parce que certaines de ces boules de couleur sombre sont éparpillées sur les ponces de couleur claire provenant de la « Montana Blanca ».

Boule de lave (Photo : André Laurenti)
Boule de lave
(Photo : André Laurenti)
Les œufs du Teide. (Photo : André Laurenti)
Les œufs du Teide.
(Photo : André Laurenti)
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Un véritable œuf de Pâques siège au pied de la Montana Blanca
(Photo : André Laurenti)
On devine sur les zones claires les boules de lave qui proviennent de la coulée de droite. (Photo : André Laurenti)
On devine sur la zone claire tout en bas, les boules de lave qui proviennent de la coulée de droite.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Rosa de piedra

Tenerife possède un complexe exceptionnel de toute beauté, on y découvre parfois des formations étranges comme cette « Rosa de piedra ». Sur une coulée appartenant au groupe de Montana de Emmidio et datant d’environ 30 000 ans, on est surpris par un caprice de la nature résultat d’un refroidissement. La lave s’est écoulée dans un conduit plus ou moins cylindrique. Le refroidissement périphérique a entraîné un phénomène de retrait et une disjonction radiale en gerbes de prismes perpendiculaires à la parois cylindrique, donnant cette forme en pétale. On observe le même phénomène à l’intérieur des pillow lavas (lave en coussins). La « Rosa de piedra » se trouve au nord, sur la route menant au volcan Teide TF 21, depuis la Orotava au kilomètre 22,4.

La Piedra Rosa (Photo : André Laurenti)
La « Rosa de piedra », résultat d’un refroidissement en périphérie d’un conduit plus ou moins cylindrique
(Photo : André Laurenti)

Eruption de Garachico de 1706

La ville de Garachico fondée en 1496, avait pris de l’importance sur la côte nord de Tenerife, on y trouvait cinq couvents, un hôpital, des maisons bourgeoises et surtout le plus important port de commerce de l’île qui rayonnait vers les Indes, les Amériques et l’Europe jusqu’à la fin fatidique du 5 mai 1706.
Le port était en forme de fer à cheval, il offrait aux navires qui venaient de toute part, un excellent abri aux humeurs de la mer.
A environ 8 kilomètres en amont de la commune, une éruption fissurale s’est produite à cette époque formant le cratère de l’Arenas Negras ou Garachico. Celle-ci a débuté à environ 1300 m d’altitude, le flot de lave atteignit la cité à 3h30 le 5 mai 1706 et détruisit le port à 21h le même jour.

Copie et interprétation libre réalisée d'un artiste non identifié par Ubaldo Bordanova Moreno (1898) (Colection particulière de D. Luis Lopez de Ayata y Aznar, XI Marques de Villafuerte)
Copie et interprétation libre d’un artiste non identifié, réalisée par Ubaldo Bordanova Moreno (1898)
(Collection particulière de D. Luis Lopez de Ayata y Aznar, XI Marques de Villafuerte)

Cette éruption a duré une quarantaine de jours, elle s’est achevée le 13 juin 1706. De type strombolienne cette activité aurait produit un volume de 55 millions de m3 de lave couvrant une superficie de 10,8 km2. Cette éruption marqua la fin de la période faste de la ville de Garachico, en effet, les laves détruisirent les terres de culture, une partie de la cité et obstruèrent une grande partie du port de commerce totalement inutilisable. C’est à partir de ce moment là, que la ville Santa Cruz de Tenerife prit de l’importance et que son port devint le principal de l’île.
Parmi les éruptions historiques connus de Tenerife, c’est la seule à avoir produit de cette manière des dommages matériels considérables.
Le Castillo de San Miguel fut construit entre 1575 et 1577 sur l’ordre de Philippe II pour la protection de Garachico. Au pied du Castillo, l’entrée de la lave dans la mer a formé des labyrinthes qui actuellement constituent des piscines naturelles réputées.

La petite ville de Garachico et la "Roque de Garachico" en mer. (Photo : André Laurenti)
La petite ville de Garachico.
(Photo : André Laurenti)
La petite ville de Garachico (Photo : André Laurenti)
Garachico, et son ancien port envahi par la lave
(Photo : André Laurenti)
Garachico (Photo : André Laurenti)
Garachico et son petit îlot appelé la Roque de Garachico
(Photo : André Laurenti)

Le barranco de Masca

Les sorties de terrain effectuées avec LAVE ont permis entre autre de découvrir le Barranco de Masca. Il s’agit d’une gorge étroite et profonde que l’on parcourt à pied depuis la localité de Masca située à environ 600 m d’altitude et descendant jusqu’au niveau de la mer.

Masca, le point de départ pour une descente tout le long jusqu'à l'océan. (Photo : André Laurenti)
Masca, le point de départ pour une descente tout le long jusqu’à l’océan.
(Photo : André Laurenti)
Le site est propice aux phoenix canariensis. (Photo : André Laurenti)
Le site est propice aux phoenix canariensis.
(Photo : André Laurenti)
Dyke (Photo : André Laurenti)
Un dyke semblable à un dos osseux ou écailleux d’un dinosaure n’est qu’un filon d’alimentation en lave du vieux volcan bouclier du Teno.
(Photo : André Laurenti)

La descente se fait par un sentier sinueux sans difficulté pour des personnes marchant normalement. A l’heure du pique nique, on s’installe dans un endroit frais et ombragé. Je suis agréablement surpris par la familiarité d’une toute petite mésange voletant autour de mois et s’approchant de plus en plus, sautant de branche en branche, elle fini par venir manger dans ma main.

Mesange bleue (Photo : Maurice Lachal)
Mésange bleue
(Photo : Maurice Lachal)
A défaut de canaris, une mésange de Tenerife. (Photo : Norbert Choisi)
A défaut de canaris, voilà une belle mésange bleue de Tenerife.
(Photo : Norbert Choisi)

Nous traversons au cours de cette descente les affleurements du vieux volcan bouclier du Teno, faisant apparaître des coulées et de très nombreux dykes. Cet empilement impressionnant de strates représente un grand livre ouvert de géologie et de volcanologie. Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans les profondeurs de la gorge, il révèle son histoire. Dame nature a ici, quartier libre pour s’exprimer telle cette arche au bord du chemin. Elle fait aussi de la mixité sociale en offrant une multitude d’abris à des oiseaux de toute espèce.

Cette arche montre le long travail de l'érosion. (Photo : André Laurenti)
Cette arche montre le long travail de l’érosion.
(Photo : André Laurenti)
L'eau n'est pas abondante. (Photo : André Laurenti)
L’eau est bien présente, mais peu abondante.
(Photo : André Laurenti)

Nous débouchons sur une plage de gros galets. Le retour se fait en bateau, l’embarcation nous mène jusqu’au port de Los Gigantes.

Débouché des gorges de Masca sur l'océan. (Photo : André Laurenti)
Débouché des gorges de Masca sur l’océan.
(Photo : André Laurenti)

La Cueva del viento

En ce jeudi du mois de décembre, je me rends en compagnie de France mon hôte de Puerto Santiago, à la Cueva del Viento. France y travaille depuis quelques temps, elle effectue les visites en français. Etant le seul français ce jour là, France me fait l’honneur de m’accompagner dans les entrailles de la terre.

France à gauche explique les formations de lave pahoeoe provenant du Pico Viejo. (Photo : André Laurenti)
France à gauche expliquant les formations de lave pahoehoe provenant du Pico Viejo.
(Photo : André Laurenti)

La Cueva del Viento est un ensemble de tunnels de lave qui se situe dans le sous-sol de la vallée de los Vinos à Icod. Ce réseau s’est formé il y a environ 27 000 ans dans les coulées de laves basaltiques correspondant à la première phase éruptive du Pico Viejo, le petit frère du grand Teide.

L'entrée de la Cueva del Viento. (Photo : André Laurenti)
L’entrée de la Cueva del Viento.
(Photo : André Laurenti)

La Cueva del Viento dont le nom provient des courants d’air qui circulent à l’intérieur, est la cinquième galerie la plus longue au monde avec ses 18 kilomètres à ce jour topographiés. Ce vaste réseau labyrinthique souterrain possède de nombreuses ramifications encore inexplorées, et qui pourront permettre d’augmenter sa longueur et pourquoi pas en faire le réseau le plus important au monde après Hawaii.

Présence de banquette latérale. (Photo : André Laurenti)
Présence dans ce boyau d’une banquette latérale et de stalactites de lave.
(Photo : André Laurenti)

Ce tube est organisé sur trois niveaux superposés dans lesquels on y observe entre autre des stalactites de lave et des banquettes latérales. La particularité de ce lieu est aussi sa faune cavernicole, une source constante de nouvelles découvertes. Il abrite environ 190 espèces connues, la plupart des invertébrés. Parmi ces espèces vivant dans l’obscurité, quinze se sont révélées nouvelles pour la science. Il a été découvert aussi des restes fossiles de vertébrés notamment des rats, des lézards géants et bien d’autres qui ont totalement disparu de Tenerife.

Un site exceptionnel menacé

Ce site exceptionnel n’a pas fini de livrer ses secrets, mais pour l’heure il est malheureusement peu respecté au niveau de l’environnement. En surface les installations humaines profitent de ce réseau naturel pour déverser les eaux usées et bien d’autres détritus de tous genres, souillant ainsi plus de 1,5 km de galerie. Actuellement, les autorités locales des Canaries reconnaissent le site, mais ne s’investissent pas suffisamment pour assainir une bonne fois pour toute les lieux, la station d’épuration et la reprise des réseaux d’assainissement, tardent à voir le jour.

Ancienne aire de battage. (Photo : André Laurenti)
Toute proche de la Cueva del Viento, une ancienne aire de battage.
(Photo : André Laurenti)

La végétation

La route TF 445 nous mène en direction du phare de Teno à l’extrémité de la dorsale Nord-Ouest. Le littoral est bordé par des falaises basaltiques, fatiguées par les assauts incessants des vagues océanes. Sur une marge étroite une flore particulière composée de figuiers de Barbarie et d’euphorbes candélabre colonisent cet espace. En regardant d’un peu plus près, les euphorbes prennent des allures de personnages de bande dessinée.

Euphorbe candélabre (Photo : André Laurenti)
Euphorbe candélabre
(Photo : André Laurenti)
Bienvenue au pays des des "euphorbiens". (Photo : André Laurenti)
Bienvenue au pays des « euphorbiens ».
(Photo : André Laurenti)

Plus haut autour du Teide, sur ce sol rocailleux, une végétation en buisson prend des formes arrondies sans doute pour améliorer leur résistance face aux variations de températures et aux vents parfois violents. Très haut sur le Teide les petites touffes de descurainai bourgaeana à fleurs jaunes en hommage au pharmacien François Descurain, décorent le paysage.

Les petits buissons de descurainai bourgaeana. (Photo : André Laurenti)
Les petites touffes de descurainai bourgaeana.
(Photo : André Laurenti)

Toujours sur les versants du Teide, pousse la Tajinaste rouge. Lorsqu’elle est en fleur la vipérine (Tajinaste) est plutôt rouge, elle est l’une des 65 espèces endémiques peuplant le Teide. La vipérine fleurit une seule fois dans sa vie puis meurt, elle peut atteindre 3 m de hauteur.

La Tajinaste rouge a aussi son charme en hiver. (Photo : André Laurenti)
La Tajinaste rouge a aussi son charme en hiver.
(Photo : André Laurenti)
La Tajinaste rouge au printemps, une espèce endémique. (Photo : André Laurenti)
La Tajinaste rouge au printemps, une espèce endémique.
(Photo : André Laurenti)
Détail de la fleur. (Photo : André Laurenti)
Détail de la fleur.
(Photo : André Laurenti)

Narices del teide

En ce dernier jour passé sur Tenerife à l’occasion de l’Assemblée Générale de L.A.V.E. un petit groupe irréductibles composé de sept membres de l’association dont moi même, part découvrir le Pico Viejo le voisin immédiat du Teide. Depuis le mirador de Chio situé dans la caldeira de Las Canadas, nous prenons la direction du sommet, un cratère adventif du Teide qui culmine à 3 105 m d’altitude, le deuxième plus haut sommet de Tenerife. Un peu trop difficile pour moi, à mi parcours je quitte le groupe et me contente d’atteindre les Narices del Teide (les narines du Teide) situées sur le flanc sud du Pico Viejo. Le chemin s’élève en douceur et se déroule tel un serpentin au creux d’un univers minéral coloré.

En s'élevant petit à petit le panorama devient sublime, avec au loin l'île de la Gomera. (Photo : André Laurenti)
En s’élevant petit à petit le panorama devient sublime, avec au loin l’île de la Gomera.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laaurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les Narices sont proches. (Photo : André Laurenti)
Les Narices del Teide sont proches.
(Photo : André Laurenti)
Cratère supérieur des Narices del Teide. (Photo : André Laurenti)
Cratère supérieur des Narices del Teide.
(Photo : André Laurenti)

Un site qui a été le théâtre d’une éruption fissurale du 9 juin au 14 septembre 1798 et très bien décrite par un jeune naturaliste insulaire de l’époque, Bernardo Cologan.
Le 9 juin 1798, l’île de Tenerife est habituellement calme, il y faisait chaud, mais comme très souvent une brise des alizés vient rafraîchir l’atmosphère. Les habitants des villages s’affairent à préparer les fêtes de l’été qui approche.
Soudain, à la première heure de l’après midi, on entendit un grondement et aussitôt la terre s’est mise à trembler. Ce phénomène fit même sursauter les habitants de la vallée de la Orotava qui n’observaient pourtant rien de particulier dans les environs. Ce n’est qu’à la tombée de la nuit, qu’une lueur rouge accompagnée par quelques grondements apparut en direction du Teide et commença à inquiéter sérieusement la population. L’éruption qui a en parti détruit la ville de Garachico quatre vingt douze ans plus tôt, était encore dans la mémoire collective.
Depuis sa maison de Puerto de la Cruz, le jeune Bernardo Cologan sentit que le volcan s’était réveillé. Amateur de sciences c’était une grande occasion pour cet homme de 26 ans de vivre une éruption volcanique. Très vite il ne perd pas de temps, il réuni les affaires nécessaires pour une longue marche vers le Teide. Ayant auparavant parcouru les nombreux sentiers du secteur, il connait les chemins et surtout les moindres raccourcis. Avide de découverte et d’expérience, Bernardo n’écoute même pas son père qui tante de le dissuader.
A l’aide d’une mule chargée en eau, en aliments et en vêtements chauds, il part en compagnie de deux assistants. Ils arrivent dans la caldeira à la tombée de la nuit, grâce à la présence de la lune, ils peuvent poursuivre leur marche. Les grondements incessants et les vibrations du sol se poursuivent, mais l’éruption n’est toujours pas visible ! où donc est elle ? Épuisés, ils continuent à marcher, soudain, au détour du chemin juste après les Roques de Garcià, le spectacle apparaît enfin. En plusieurs points sur le flanc sud du Pico Viejo, la lave jaillie ponctuée par des détonations effrayantes.
Tous les évents se sont ouverts pendant les sept premier jour, Bernardo en décrit ce grand moment :
Les explosions du volcan sont de nature différente, elles ressemblent à un coup de tonnerre et parfois au bruit d’une grande masse en ébullition dans un immense chaudron. Les explosions sont aussi rapides qu’une décharge d’artillerie. Les torrents de lave qui surgissent des différents cratères, ont formé des épaisseurs de roche de vingt pieds de haut et ces coulées avançaient de douze pieds toutes les deux heures. Bernardo remarquait que cette roche en fusion avait une odeur et qu’on pouvait l’approcher sans crainte. Les bombes projetées ont une durée de trajectoire depuis le cratère jusqu’au sol de dix à quinze secondes.
Selon Bernardo, il est difficile de décrire une telle éruption, aucune peinture ne peut en donner une idée précise. Il serait impossible de reproduire pareil décor même avec une imagination fertile, surtout dans l’obscurité, le silence de la nuit et les grondements de la montagne répétés par l’écho.
Soudain, décrit-il, l’embrasement général vient illuminer le désert de roches. Les projections en fusion sillonnent l’atmosphère, se heurtent entre elle, se brisent et dispersent le feu dans toutes les directions. Ces éruptions se produisent jusqu’à sept fois par minute et sont accompagnées par des débordements de lave.
C’est ainsi que Bernardo et ses collaborateurs ont été les premiers témoins oculaires de cette éruption.
Un an plus tard, le naturaliste Alexander Von Humboldt visita l’île, il rédigea une description de cette éruption à partir des écrits de Bernardo. Il considéra ce récit comme étant l’un des plus précis témoignage avec celui de Nicolas Segundo de Franchi.
Cette éruption a produit quatre cônes parfaitement bien conservés situés sur une même ligne nord sud. Les coulées de lave sont restées contenues dans la caldeira et se sont répandues jusqu’au pied des Roques de Garcià.

Le Pico Viejo et sur son flanc les Narices del Teide (Photo : André Laurenti)
Le Pico Viejo et sur son flanc de couleur sombre les Narices del Teide
(Photo : André Laurenti)
Puerto Santiago, en attendant la navette pour l'aéroport. (Photo : Fabrice Fillias)
Puerto Santiago, en attendant la navette pour l’aéroport.
(Photo : Fabrice Fillias)

Sources et sites internet

Site internet de France : Tenerife-autrement

Site internet de : la Cueva del Viento

Carracedo Juan Carlos : El Volcan Teide : Volcanologia, interpretacion de paisajes e itinerarios comentados – Distribution officiel el dia – (3 volumes)

2 réflexions au sujet de « Tenerife (Canaries) »

  1. passionnant a lire, surtout apres le voyage que nous venons de faite a tenerife ! en effet cette ile est fabuleuse et tellement contrastée!
    merci pour ce vecu

  2. Bonjour,

    Mille merci pour votre article.
    Nous revenons de Tenerife, une Ile qui nous donne envie d’y découvrir encore et encore de nouveaux paysages.
    C’est la 2ème année que nous y allons et comptons bien y retourner.
    Tout d’abord pour la plongée, mais notamment pour El Teide, que dire WAOUUHHHH ???, jamais je n’ai vu un panorama comme celui ci, à couper le souffle. Je me sentais tellement bien, tellement petite !!!
    Un paysage lunaire qui me fait encore rêver.
    Nous avons pris le téléphérique, et avons pu admirer et observer, comme vous le dites si bien, les moindres recoins.
    Le guide nous a proposé de poser notre main à un endroit précis, 50°C, j’étais tout simplement émerveillée…
    Nous avons pu observer, admirer le coucher de soleil, pour finir de contempler les étoiles, une merveille, un ciel étoilé qui restera à jamais gravé dans ma mémoire…
    J’ai pris énormément de photos, j’en posterai quelques une prochainement, bien sur elle n’égale pas les clichés d’André Laurenti ! Merci de m’avoir donné encore plus l’envie de découvrir ce paysage volcanique, nous comptons passer une nuit au refuge d’Altavista ?, merci aussi de m’avoir donné le nom de la tajinaste rouge, je n’ai malheureusment pas eu l’opportunité de la voir fleuri, peut être lors de mon prochain passage !!!
    Céline

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