Etna – l’éruption de 2002

Quand l’Etna se fâche

Après un an et trois mois de répit l’Etna, l’un des volcans le plus actif d’Europe, s’est à nouveau réveillé dimanche 27 octobre 2002. Alors qu’il avait menacé l’an passé, les constructions de la station de Sapienza sur la partie sud du volcan, le Mongibello comme l’appelle les siciliens, s’est acharné cette fois-ci sur son versant nord, détruisant presque toutes les infrastructures d’accueil de la station de Piano Provenzana. Face à l’ampleur de la situation, à l’issue d’une réunion extraordinaire du conseil des ministres, le gouvernement italien a déclaré aussitôt l’état d’urgence dans la région.

Le versant nord de l'Etna (Photo : André Laurenti)
Le versant nord de l’Etna
(Photo : André Laurenti)

Réveil brutal au nord de l’Etna

Tout a commencé très tôt le dimanche 27 octobre, il était deux heures du matin exactement, lorsque la terre se met subitement à trembler, plusieurs secousses ébranlent les hôtels et les restaurants de la petite station de Piano Provenzana située sur le versant Nord-Est de l’Etna. Tout le monde est réveillé et s’inquiète, les secousses se poursuivent à une cadence plus rapprochée. Sans tarder les carabiniers arrivent en urgence et procèdent immédiatement à l’évacuation générale. Un groupe de seize français qui se trouvait à ce moment là dans la station de ski, en a été quitte pour une grande frayeur. Les pensionnaires évacuèrent aussitôt en hâte l’hôtel en abandonnant leurs affaires sur place. A 3 h 08 le trémor provoque l’ouverture d’une fissure et l’apparition immédiate de fontaines de lave en amont à 2300 mètres d’altitude, tout proche de la station. Quatre bouches éruptives s’activent progressivement le long de cette fracture longue d’un kilomètre environ. La première se situe dans la zone appelée « Coccinelle », la deuxième au niveau du Monte Corvara et les deux autres à proximité des Monti Umberto et Margherita. Les différents bras de lave se rejoignent pour former alors une grande coulée qui envahit aussitôt la station. Le bâtiment de l’école de ski de fond est détruit ainsi que deux hôtels, cinq restaurants et toutes les cabanes de souvenirs. De cette station construite fin 60 début 70, seul subsiste le restaurant Provenzana épargné par la lave, mais il a tout de même subi de graves dégâts par l’activité sismique. Un front de lave de 200 mètres de large progresse entre 100 et 150 mètres à l’heure, dévaste ensuite la magnifique forêt de pins Laricio.
Pendant ce temps là, sur le flanc Sud, une autre fracture parallèle à celle de 2001 s’est ouverte à 2800 m d’altitude environ, au Piano del Lago, formant une boutonnière alimentée par trois bouches. Cette activité génère des fontaines de lave et un panache spectaculaire de cendre. Comme en 2001 l’Etna se déchaîne à nouveau.

Récit de visite

Vendredi 1er novembre soit, cinq jours après le commencement de l’éruption de l’Etna, Jacques, sa femme Monique, Luc fondateur de l’association Vulcain et membre de l’association L.A.V.E., Jean-Max et moi même, arrivons tardivement vers 23h sur les pentes de l’Etna.

Nous débarquons au port de Palerme et prenons la route pour l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Nous débarquons au port de Palerme à 19h et prenons aussitôt la route pour l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

En cette veille de week-end, et sous un ciel constellé d’étoiles, l’espace pour camper est restreint, en amont de Nicolosi des barrages mis en place par les carabiniers empêchent de se rendre à la station sauf autorisation. Aussi, il est bien difficile de trouver un emplacement tranquille à l’écart du réseau routier, le moindre recoin est discrètement occupé par des aventuriers en quête d’une idylle sicilienne. L’Etna posséderait-il des vertus cachées qu’on ignore ? quoi qu’il en soit, nous ne dévoilerons pas ces lieux intimes que la montagne des montagnes elle seule, garde en secret. Nous installons finalement le campement dans les carrières situées au dessus de la petite ville de Nicolosi à 600 mètres d’altitude.
L’activité du volcan est encore importante sur le versant sud, une colonne incandescente d’une hauteur considérable s’échappe du nouveau cône adventif.

Samedi 2 novembre 2002

Au petit matin, en passant la tête à travers l’ouverture de la tente et dans la fraîcheur ambiante de ce mois de novembre, le spectacle est saisissant. Nous sommes tous surpris par l’ampleur du panache qui se dirige fort heureusement vers le Sud-ouest et nous épargne des retombées désagréables de cendre.

Vision depuis notre campement de l'éruption de novembre 2002. (Photo : André Laurenti)
Vision depuis notre campement de l’éruption de novembre 2002.
(Photo : André Laurenti)

Après avoir obtenu les autorisations à la mairie de Nicolosi et bavardé avec quelques connaissances venus pour la circonstance, nous nous rendons à la station de Sapienza. A côté de nous, un autre groupe accompagné par le volcanologue de renom Jacques-Marie Bardintzeff se prépare, notre ami Gilbert fait parti de ce séjour organisé par Terra Incognita. Nous débutons vers 11 h la longue ascension par la piste des 4 x 4. Elle s’élève brutalement au dessus de la station de Sapienza jusqu’à l’ancienne arrivée de la « Funivia ». Grâce à Jacques-Marie et Gilbert, nous faisons la connaissance de Patrick Allard, volcanologue au CEA. Il nous apprend que l’éruption est en baisse de régime, avec l’arrêt total sur le versant Nord et au Sud des coulées pratiquement stoppées pour l’instant.

Préparatif à la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Préparatifs à la station de Sapienza devant le refuge du Club Alpin Italien et le départ du téléphérique.
(Photo : André Laurenti)

Le bouleversement considérable du secteur causé par l’éruption de 2001, a entraîné une modification de son tracé, celui-ci est désormais plus pentu. En contre bas, la station de Sapienza refait peau neuve, elle efface petit à petit les stigmates de la précédente éruption, mais reste dubitative sur son avenir. Qui sortira vainqueur de ce combat mythique entre l’homme qui « construit » et le volcan qui applique sa loi volcan ? Mais, on peut aussi se poser la question, qui des deux est le véritable bâtisseur en matière de développement durable ?

Après l'éruption de 2001, la station de Sapienza est en plein travaux. (Photo : André Laurenti)
Après l’éruption de 2001, la station de Sapienza est en plein travaux.
(Photo : André Laurenti)

La liaison routière vers Zafferana coupée par la coulée de 2001 a été rétablie, et un immense parking est en cours d’aménagement, il sera consolidé par d’imposants murs de soutènement. Mais tout cela reste au conditionnel, si bien sûr, l’Etna le tolère…

Nous nous acheminons petit à petit vers l'éruption. (Photos : Jacques Faure)
Nous nous acheminons petit à petit vers l’éruption.
(Photos : Jacques Faure)
Jacques saisit les moments forts. (Photo : André Laurenti)
Jacques saisit les moments forts de cette éruption.
(Photo : André Laurenti)
Un panorama peu commun. (Photo : André Laurenti)
Devant nous un panorama hors du commun, une petite croix blanche dépasse à peine la couche de cendre, en 1999 elle était à plus de 2 mètres au dessus du sol.
(Photo : André Laurenti)

Tout en haut et à l’extrémité de la piste, le bâtiment de la « Funivia » a subi l’an passé, les assauts répétés des coulées de lave. Il a été entièrement dévasté par une langue de de lave qui a pénétré à l’intérieur de l’édifice.

Arrivée du téléphérique détruit par l'éruption de 2001. (Photo : André Laurenti)
Le terminal du téléphérique a été détruit par l’éruption de 2001.
(Photo : André Laurenti)
Le bâtiment a été dévasté par l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Le bâtiment a été dévasté par l’Etna.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Black and white Il n'est pas rare qu'un chien vous suive sur l'Etna. (Photo : André Laurenti)
« Black and white »
Il n’est pas rare qu’un chien errant vous accompagne sur l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons enfin sur les lieux, heureux de se retrouver ensemble devant ce si beau spectacle qu’une fois de plus l’Etna nous offre. Jean-Max pour qui c’est sa première éruption, n’en croit pas ses yeux. Fidèle équipier de mon club de cyclotourisme, c’est aujourd’hui son véritable baptême du feu. Sportif endurant et montagnard à l’occasion, il reste fasciné par ces moments forts et intenses, il a d’ors et déjà décidé de renouveler l’expérience. Lui aussi vient d’être contaminé par ce virus inguérissable.

Au bord du chemin la Madone veille. (Photo : André Laurenti)
Au bord du chemin la Madone veille.
(Photo : André Laurenti)

Au cours d’une pose, devant nous se trouve à peine dépassant du sol, une croix blanche. Luc se souvient de l’avoir photographier en 1999, elle était à plus de 2m au dessus du sol. Il est vrai que le paysage a sacrément changé dans ce secteur.

L'éruption est qualifiée de vulcanienne. (Photo : André Laurenti)
Pour les volcanologues Jean-Claude Tanguy et Jacques-Marie Bradintzeff que nous avons rencontrés sur place, le dynamisme strombolien est devenu vulcanien, c’est à dire plus de gaz et des cendres plus fines.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Cendre et bombes tombent abondamment sur le cône voisin de gauche, le Monte Frumento Supino
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
L'éruption Photos : André Laurenti
En 3 jours d’éruption la ville de Catane a reçu 2,5 kg de cendre par mètre carré
Photos : André Laurenti
A plusieurs reprises l'aéroport de Catane sera fermé à cause du nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
A plusieurs reprises l’aéroport de Catane a été fermé à cause du nuage de cendres.
(Photo : André Laurenti)
Le soleil couchant est masqué par le nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
Le ciel flamboie, le soleil couchant est masqué par le sombre nuage de cendres.
(Photo : André Laurenti)

Les projections extrêmement denses sous la forme d’une colonne éruptive très haute, fusent à plus de 400 mètres de hauteur. L’incandescence est visible de jour mais elle est souvent masqué par le panache et les jets de cendres noires situés au premier plan.

Les fontaines de lave sont masquées par l'épais nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
Les fontaines de lave sont masquées par les émissions de cendre.
(Photo : André Laurenti)
Le spectacle est saisissant. (Photo : André Laurenti)
Le spectacle est saisissant.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Selon l’I.N.G.V. de Catane, à l’intérieur du cratère se trouve trois bouches bien distinctes. La première située au sud-est comporte une activité fumerollienne. La seconde placée au nord-est produit les magnifiques fontaines de lave. Et enfin la troisième, positionnée au sud-ouest, se manifeste par des explosions phréato-magmatiques avec des gerbes cypressoïdes très caractéristiques.
Contrairement à l’an passé, le bruit de l’éruption n’est pas fort, il est plutôt comparable à celui du ressac de la mer. Quant à la coulée de lave qui prenait la direction il y a quelques jours, de l’Osservatorio Astrofisico di Piano Vetore, celle-ci n’est plus alimentée.
Nous établissons de 17 heures jusqu’à 20 heures, notre poste d’observation tout en haut du Laghetto, ce tout jeune cône formé lors de l’éruption de 2001 et que j’ai vu naître. A sa naissance, il était beaucoup plus excité et surtout extrêmement plus bruyant que son voisin dont on ignore pour le moment le nom, mais au bout de vingt jours il s’est très vite calmé. Patrice Visieloff une connaissance fou aussi de volcan et rencontré juste au pied du cône, se joint à nous. Le vent petit à petit change de direction et commence à nous amener les cendres fines du panache. Nous levons le camp et redescendons à Sapienza.

L'éruption vue depuis le cône du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
L’éruption vue depuis le cône du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Dimanche 3 novembre

Nous remontons tous les quatre sur la fracture sud. Le vent a changé de direction et emporte le panache de cendre en direction du sud-est au dessus du Laghetto. Nous nous installons cette fois ci, au sud du cône, sur une coulée de lave encore tiède de quelques jours à peine. Un dépôt de cendre suffisamment épais constitue un matelas confortable et fait le bonheur de tous. La chaleur naturelle du sol permet de résister au froid piquant de l’altitude. Rien de comparable avec nos montagnes des Alpes, ici nous nous offrons le luxe d’avoir le chauffage par le sol, un confort très appréciable que l’humble randonneur ne peut pas négliger. En grattant légèrement la couche de cendre la température augmente jusqu’à se brûler les doigts, Jacques en profite pour faire chauffer avec les moyens du bord l’eau nécessaire à la confection d’un bon café, toujours bienvenue dans des conditions extrêmes. Les explosions sont toujours aussi fournies, les projections arrosent le cône du Frumento Supino. Des fuseaux noirs encre, jaillissent dans le ciel en une succession de relais, similaires au fonctionnement des fusées pyrotechniques à plusieurs étages. Ils se détachent parfaitement sur les énormes panaches blancs de vapeur qui s’élèvent en arrière plan, des cratères sommitaux. Le brouillard envahi le site et retire par intermittence son rideau théâtral. Soudain, une odeur de caoutchouc brûlé se fait sentir, aussitôt chacun vérifie ses affaires, ses chaussures, rien pourtant d’anormal. Je réalise enfin qu’il s’agit de mon pied photo un peu trop enfoncé dans le sol pour une meilleure stabilité.
En fin de journée le brouillard est définitivement levé offrant ainsi un éclairage magnifique sur la scène. C’est le moment pour approcher d’un peu plus près le cône actif. Soudain à la tombé de la nuit, lors d’une explosion plus soutenue, une bombe arrive dans notre direction. Elle est dans un premier temps audible, chacun scrute le ciel sans succès, inquiets, angoissés, le bruit se rapproche, elle apparaît enfin. Elle tombe à une dizaine de mètres à côté d’un groupe de personnes distant d’une cinquantaine de mètres de nous, en amont. Tout le monde se replie en arrière dans le calme. Deux ou trois autres projectiles tomberont peu après, à leur emplacement. Nous reculons nous aussi. A trois reprises de petits éclairs zèbrent le panache sombre. Ils sont chacun suivis par une petite déflagration parfaitement audible. Un phénomène bien connu, lié à la décharge violente d’électricité statique provoquée par les frottements entre elles, des cendres volcaniques.

Le ciel se dégage enfin ! (Photo : André Laurenti)
Le ciel se dégage enfin !
(Photo : André Laurenti)
Le rencontre de l'eau et du magma provoque des éruptions cypressoides caractéristiques. (Photo : André Laurenti)
La rencontre de l’eau et du magma provoque des éruptions caractéristiques de forme cypressoïde.
(Photo : André Laurenti)

Lundi 4 novembre

Alors que l’activité se poursuit toujours sur la fracture sud, nous nous rendons vers le secteur nord par la route de Mareneve qui démarre depuis le village de Fornazzo. Trois jeunes de l’équipe scientifique de « Vulcania » dont Fabrice se joignent à notre petit groupe ainsi que Patrick Barois que nous rencontrons sur place.
La route est coupée par la lave à proximité de l’intersection avec celle qui monte à la station de Piano Provenzana.

La coulée a coupé la route desservant la station nord de Piano Provenzane. (Photo : André Laurenti)
La coulée a coupé la route desservant la station nord de Piano Provenzana.
(Photo : André Laurenti)

Juste avant de faire un tour d’horizon du site, nous ressentons trois ou quatre secousses qui trahissent une montée probable de magma.
Tout autour de la coulée la forêt de pins semble avoir résisté grâce à l’intervention de l’homme. Le jour même de l’éruption des équipes du Corpo Forestale, des Vigile del Fuoco et de la protection civile aidés par des hélicoptères bombardiers d’eau et des canadairs, ont tenté de réduire la propagation des incendies. Seule l’épaisse couche d’humus se consume encore, laissant s’échapper de-ci de-là, de petites fumées. Chose étonnante, on peut observer dans le sous bois, la présence de gros trous béants d’où part un réseau de petites galeries. Il s’agit en fait, d’emplacements de souches et de leurs racines qui se sont consumées petit à petit dans le sol. Des hélicoptères bombardiers d’eau continuent à arroser copieusement certains foyers épars. La coulée s’est divisée en deux bras l’une a pris la direction de la Contrada Pitarrone ou elle s’est arrêtée. L’autre branche au débit plus fort et d’une largeur de 400 mètres, s’est dirigée vers Linguaglossa, elle est passée derrière le Monte Crisimo à environ 1 150 mètres d’altitude, elle a stoppé sa progression le mardi 5 novembre 2002.

L'immense coulée a ouvert son passage dans la magnifique forêt de pins laricchio. (Photo : André Laurenti)
L’immense coulée toute fumante a ouvert son passage dans la magnifique forêt de pins Laricio.
(Photo : André Laurenti)

Nous tentons une approche de la station en empruntant la piste forestière à hauteur du refuge du Club Alpin Italien de Monte Baracca. En restant à niveau nous arrivons sans problème au bout de 45 minutes de marche au départ des téléskis. Le désastre est total, nous traversons la coulée encore tiède, pour mieux examiner la situation. Les bâtiments situés au départ des véhicules tout terrain ont totalement disparu ensevelie sous la coulée. Cette fois l’Etna n’a pas laissé d’ultimatum, pas même le temps suffisant à la communauté qui l’habite pour réagir, comme il l’avait fait l’an passé à la station de Sapienza. Sans aucun prélude, il a brusqué ses impulsions.
L’endroit est méconnaissable, seul l’hôtel restaurant édifié à proximité du téléski a été épargné par la lave, mais a subi d’importants dégâts à cause des séismes et aussi par le feu. Il fait office de point de repère dans ce paysage de désolation nappé d’une carapace monochrome. Une odeur de gaz domestique invite à rester vigilant.

Le seul bâtiment épargné a été complètement délabré par les secousses. (Photo : André Laurenti)
Le seul bâtiment épargné a été complètement ébranlé par les secousses.
(Photo : André Laurenti)
Des odeurs de gaz nous invitent à prendre du large, en arrière plan la coulée encore fumante. (Photo : André Laurenti)
Des odeurs de gaz nous invitent à prendre du large, en arrière plan la coulée encore fumante.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Une cascade de lave a totalement enseveli les bâtiments de la station. (Photo : André Laurenti)
La cascade de lave a enseveli à jamais les bâtiments de la station.
(Photo : André Laurenti)

Mardi 5 novembre

Nous ne sommes à présent plus que trois, Monique et Jacques sont partis rejoindre la famille à Messine. En empruntant la route de Mareneve par Linguaglossa, et peu avant d’arriver à la coulée qui barre la chaussée, des déformations importantes ont endommagé la voie. Sur une cinquantaine de mètres environ, toute une zone a été comprimée, la glissière métallique de sécurité est pliée à deux endroits, et le mur de soutènement du talus situé en face, a été littéralement soulevé.

Au cours de cette éruption de nombreux séismes se sont produits, décalant ici la chaussée. (Photo : André Laurenti)
Au cours de cette éruption de nombreux séismes se sont produits, cisaillant et décalant ici la chaussée d’une trentaine de centimètres.
(Photo : André Laurenti)
Ce mur de soutènement a été endommagé. (Photo : André Laurenti)
Ce mur de soutènement a subi de sérieux dommages.
(Photo : André Laurenti)

Nous essayons à présent d’atteindre par le village vacances de Mareneve, la fracture qui est à l’origine de cette coulée dévastatrice. Nous atteignons la station sans avoir malheureusement, la possibilité d’aller plus loin. La température a chuté, le ciel est de plus en plus sombre, et une pluie glaciale vient de faire son apparition. Nous faisons demi tour.

Luc et Jean-Max dans ce paysage de désolation. (Photo : André Laurenti)
Luc et Jean-Max dans ce paysage de désolation.
(Photo : André Laurenti)

Nous nous dirigeons à présent vers Santa Venerina pour se rendre compte des effets causés par l’activité sismique sur le bâti. En effet, le mardi 29 octobre à 11 h 10 heure locale, une secousse d’une magnitude de 4.4 sur l’échelle de Richter a été localisé dans la zone de « Contrada Pomazzo » au nord-ouest de Milo et a agité toute la province de Catane. Elle a été ressenti par les habitants des localités de Zafferana Etnea, Milo, Pedara et Nicolosi. Ce tremblement de terre qualifié comme étant d’origine tectonique, a provoqué de nombreux dégâts surtout à Santa Venerina. Des centaines de bâtiments ont été plus ou moins endommagés et les écoles ont été fermées. Des répliques ont suivi dans la soirée dont la plus forte a atteint la magnitude de 4.1. Plus d’un millier de personnes durent quitter leurs logements et campèrent sous des tentes de la Protection Civile.

Fissures en croix au droit des ouvertures, une pathologie caractéristique des séismes. (Photo : André Laurenti)
A Santa Venerina, fissures en croix au droit des ouvertures, une pathologie caractéristique des sollicitations sismiques sur les bâtiments.
(Photo : André Laurenti)
Autre dommage. (Photo : André Laurenti)
Autre dommage.
(Photo : André Laurenti)

L’ampleur des dégâts est liée à la faible profondeur du foyer sismique, mais il dépend aussi de la vétusté de certains édifices et de l’absence de liaison entre les structures rigides et les panneaux de remplissage des constructions. Ces séismes sont probablement provoqués par des ruptures et des glissements sur de petites failles ou fractures, lors de la mise en pression de la chambre et des conduits magmatiques, ou par de petites déstabilisations du flanc du volcan. La dimension de ces failles qui s’activent sont de l’ordre de quelques centaine de mètres maximum et les magnitudes obtenues ne peuvent excéder 4 à 5 comme cela a d’ailleurs été le cas à Santa Venerina .
Nous retournons à Sapienza sur le versant sud de l’Etna. Le froid est piquant et durant la nuit, la neige fera son apparition.

Depuis la plaine le spectacle est impressionnant. (Photo : André Laurenti)
Depuis la plaine le spectacle est impressionnant.
(Photo : André Laurenti)

Durant cette éruption le panache de cendre a copieusement saupoudré toute la région, suivant la direction des vents. C’est certes une aubaine pour les cultures, mais quelques fois ennuyeux pour les habitants dont la poussière pénètre partout.

On hésite pas à employer les grands moyens avec ce "chasse cendre". (Photo : André Laurenti)
On hésite pas à employer les grands moyens avec ce « chasse cendre ».
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Notre land nous a permis d’accéder en tous lieux particulièrement sur les pistes du versant nord. (Photo : André Laurenti)
Notre land nous a permis d’accéder en tous lieux particulièrement sur les pistes du versant nord.
(Photo : André Laurenti)

Mercredi 6 novembre

Ce matin, pour notre dernier jour et comme il est de tradition en Sicile, l’Etna s’est fait une beauté, il a revêtu son costard blanc et noir pour saluer notre départ. Il a une bonne mine le bougre et une fière allure avec sa pipe allumée. L’activité coté sud se poursuit sans baisse de régime et toujours avec des explosions phréato-magmatiques que nous distinguons parfaitement bien à la jumelle depuis le parking de l’hôtel Corsaro.

Au cours de la nuit la neige a fait son apparition. (Photo : André Laurenti)
Au cours de la nuit la neige a fait son apparition.
(Photo : André Laurenti)

Mais nous ne pouvons pas partir comme ça, nous avons encore une mission à mener, celle d’aller voir la fracture nord. Nous nous rendons à Linguaglossa puis à Mareneve, et nous accédons en Land Rover, à la piste qui mène au pied du cône adventif du Monte Nero, cela représente environ treize kilomètres. Nous gagnons un temps précieux car la météo est à nouveau défavorable. Arrivés au départ du sentier, et au bout d’une trentaine de minutes de marche nous atteignons la fameuse fracture nord celle qui est responsable de la destruction de Piano Provenzana. Tout autour c’est le chaos le plus total. Pour avoir randonné l’an passé dans le secteur, je ne reconnais plus du tout les lieux, tout est bouleversé. Le sol est jonché de matériaux éjectées par les fontaines de lave. Dans leur chute, elles ont effeuillé les branches de plusieurs petits bosquets, transformant les arbustes en véritables squelettes desséchés. Dans ce paysage meurtri, pas un souffle de vie ne subsiste.

Au pied du Monte Nero les fumerolles sont présentes. (Photo : André Laurenti)
Au pied du Monte Nero les fumerolles sont présentes.
(Photo : André Laurenti)
Spectacle de désolation sur la fracture nord. (Photo : André Laurenti)
Spectacle de désolation sur la fracture nord.
(Photo : André Laurenti)

Les scories crissent et s’effritent sous nos pas comme si nous marchions sur des cristaux de glace. Je grimpe sur un petit mamelon qui surplombe la fracture. Tout à coup, je ressens une secousse. Luc et Jean-Max en contre bas, se sont aperçus de rien. Soudain un bruit imperceptible de cailloux qui s’éboulent captive notre attention, nous retenons notre souffle pour mieux écouter. Sur une longueur de cinquante mètres environ, des petits cailloux dégringolent un talus. Aussitôt sur une même longueur, des volutes de vapeur s’en échappent. Sans hésiter un instant, nous reculons rapidement, un dernier regard derrière nous, fausse alerte, tout s’est arrêté, le calme sinistre est revenu.
Nous ne pourrons malheureusement pas visiter en détail toute la fracture, le brouillard enveloppe une fois de plus le site. Nous quittons ce paysage endeuillé pour regagner le LandRover. Nous descendons dans un sous bois sur un tapis de feuilles de rouille automnale avant d’atteindre une clairière déjà blanchie par les flocons de neige. Encore une suprême coquetterie de l’Etna avant notre départ.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Notre mission s’est achevée là, satisfait d’avoir pu mener à bien l’ensemble des observations prévues. Pour cela, nous remercions très sincèrement les autorités locales de nous avoir accordé l’accès à toutes les zones réglementées.

Sur le bateau qui nous mène de Palerme à Gêne, nous nous remémorons un à un les souvenirs de ce rêve éphémère, une sorte de nostalgie nous envahie. Nous appréhendons déjà de retrouver cette société qui nous sépare chacun de notre côté, alors que l’Etna lui, a tant fait pour tous nous réunir. Nous ne pouvons pas rester insensible à sa formidable vocation de rassembler et d’accueillir toute cette foule de passionnés, d’assoiffés de nature, d’amateurs de choses simples, d’amoureux de la vie…

L'évolution (Photo : André Laurenti)
Situation en août 2014 de cet immense plateau où se sont édifiés le Laghetto en 2001 et le Monte Barbagallo en 2002 et 2003
(Photo : André Laurenti)

Après notre visite l’éruption s’est poursuivi jusqu’au 28 janvier 2003 au soir. A cette date toute activité sismique a cessé au niveau de la fracture éruptive, avec une baisse constante des émissions de SO2. Depuis ce jour, la lave a également cessé de couler. La fin de l’éruption qui aura donc commencé le 27 Octobre 2002 s’est terminée officiellement le 28 Janvier 2003 à 22h40 après 94 jours d’activité. Plus tard, il a été décidé d’appeler cette boutonnière le « Monte Barbagallo ».

A notre ami

Nous dédions cette page à notre regretté Jacques qui nous a quitté trop vite et dont les cendres ont été dispersées sur ce volcan qu’il affectionnait tant.

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