Vulcano (Italie)

Dans l’antre d’un volcan

Connaissez-vous les îles Eoliennes ? Petites îles enchantées, égrainées au gré des vents et situées à l’ouest du détroit de Messine entre la botte continentale italienne et la Sicile. Elles sont plus connues des italiens sous le nom de Lipari.
Eparpillées sur la mer Thyrrhénienne, ces sept îles portent les noms de Vulcano, Lipari, Salina, Stromboli, Panaréa, Alicudi et Filicudi.
Toutes représentent d’anciens cônes volcaniques sous-marins, aussi plages de cendres, grottes de lave, fleurs et parfums, villages adorables font de cet archipel un lieu paradisiaque. Il émane, en général, une certaine harmonie des couleurs et des formes. La fierté de ce peuple accueillant se résume à un orgueil de n’être né ni en Italie, ni en Sicile, ni en Grèce. Cependant en découvrant un après l’autre, ces petits villages de pêcheurs tout enveloppés de blanc, ces ouvertures colorées, on ne peut s’empêcher d’évoquer l’île de « Zorba ».
Non loin de chez nous, la Sicile n’est certes pas le bout du monde. Palerme demeure seulement à une heure d’avion de Nice. Sur place, des liaisons fréquentes « d’Aliscafe » (aéroglisseurs) permettent de se rendre sur l’île de votre choix.

(Carte : André Laurenti)
(Carte : André Laurenti)

Vulcano est l’île la plus méridionale de l’archipel, ma première visite a eu lieu en 1989 en compagnie de Ghislaine et de quelques amis. Plus tard, je retournai seul sur cette île enchanteresse, en juillet 2001 après un séjour sur l’Etna, puis à nouveau en avril 2003 avec l’association Vulcain.
Constituées d’une lave très pâteuse, les éruptions de ce volcan se manifestent par de fortes explosions de cendre et de blocs s’élevant très haut, en forme de pin parasol : ce sont les éruptions « Vulcaniennes ». Les coulées y sont rares et toujours visqueuses. A lui tout seul, Vulcano définit un type même du volcanisme.

<center>(Carte : André Laurenti)
(Carte : André Laurenti)

Rencontre du guide

Un ferry nous mène sur l’île qui donna son nom à tous les volcans de la terre, Vulcano. Ce lieu extraordinaire porte à juste titre le nom de Vulcain, le Dieu du feu et du travail des métaux identifié au dieu grec Héphaïstos. Il y aurait installé l’une de ses forges. En descendant du bateau, sur le quai nous attend Guy de Saint-Cyr, guide volcanologue. Passionné de géologie, de spéléologie et d’alpinisme, Guy est un aventurier au passé élogieux, jugez-en plutôt.
En 1960 il part avec sa femme, vivre chez les Lapons nomades du Grand Nord, peu de temps après il prend la direction du Stromboli.
En 1964, au large de l’Islande, il est la deuxième personne à accoster sur l’île de Surtsey à peine sortie des eaux et encore en violente éruption. Toujours en Islande, il effectue la traversée du désert volcanique de Namaskard.
En 1967, il s’intéresse aux colères de l’Etna en Sicile. De 1969 à 1974, il réalise un film documentaire sur le Stromboli.
C’est en sa compagnie que nous allons apprendre à mieux connaître les phénomènes volcaniques durant une bonne semaine.
Les îles Eoliennes se situent sur une ligne de fracture. La croûte terrestre qui a une épaisseur moyenne de 50 à 70 km, n’a que 12 km sous les Eoliennes.

Pour cette première visite de Vulcano, Guy de Saint-Cyr sera notre guide. (Photo : André Laurenti)
Pour cette première visite de Vulcano, Guy de Saint-Cyr sera notre guide.
(Photo : André Laurenti)
Guy mène le groupe. (Photo : André Laurenti)
Guy mène le groupe.
(Photo : André Laurenti)
Traversée de la fissure et le rideau de gaz provoquant des quintes de toux. (Photo : André Laurenti)
Traversée de la fissure et le rideau de gaz provoquant des quintes de toux.
(Photo : André Laurenti)

La patrie d’Eole

En ce mois d’avril 1989, sans s’en rendre compte, Ghislaine et moi, avons fait un saut au pays de l’étrange. Quoi de plus séduisant que Vulcano, la patrie du Dieu Eole pour se dépayser. Les vents y furent enfermés pour qu’ils ne troublent point les hommes.
Le village de Porto-Levante se situe carrément au pied du volcan et défit la colère du monstre assoupi. Depuis le développement du tourisme, Porto s’est considérablement étendu et semble ignorer la brûlante menace qui le domine. Désert jusqu’au VIe siècle, aujourd’hui de luxueuses villas sont éparpillées anarchiquement de ci delà, toutes blanchies, et font un curieux contraste avec le noir du sol. Ce bout de terre regroupe tout de même plus de 700 habitants et vie essentiellement du tourisme.

Le village de Porto-Levante se situe carrément au pied du volcan, on distingue juste après Vulcanello et en arrière plan l'île de Lipari. (Photo : André Laurenti)
Le village de Porto-Levante se situe carrément au pied du volcan, on distingue juste après Vulcanello et en arrière plan l’île de Lipari.
(Photo : André Laurenti)

Sur cette île, comme la plupart des autres, on ne trouve pas d’eau. Autrefois, l’eau de pluie était recueillie dans des citernes. De nos jours, de grands bassins sont alimentés constamment par bateaux-citernes. Dans le commerce, on la trouve sous forme de brique en carton. Partout des affiches rappellent qu’il faut éviter de gaspiller le précieux liquide.
Au porte de l’agglomération, au pied des rochers Faraglioni, les bains de boue et de mer de Porto-Levante possèdent des vertus thérapeutiques que l’on attribue aux émanations de gaz. Cependant, il faut être vigilant car par endroits, la température peut atteindre près de 100°, gare aux pieds sensibles. Après avoir hésité, nous nous y précipitons et trouvons cela bien agréable. Après s’être badigeonné de boue, nous faisons quelques pas sur le sable et c’est un autre plaisir, le rinçage dans la mer limpide, réchauffée par des solfatares sous-marins. Des multitudes de bulles viennent éclater à la surface, l’eau est tiède, un vrai régal. Cette mare a vu le jour au cours d’un forage entrepris dans les années 70 par une filiale de la société AGIP. Lors de ma visite en 2001, j’ai constaté que l’accès au bain de boue était devenu payant.

Les bains de boue de Porto-Levante possèdent des vertus thérapeutiques, l'accès libre en 1989 est aujourd'hui payant. (Photo : André Laurenti)
Les bains de boue de Porto-Levante possèdent des vertus thérapeutiques. D’accès libre en 1989 les bains sont aujourd’hui payant.
(Photo : André Laurenti)
Le rinçage se fait dans la mer limpide, réchauffée par d'autres solfatares sous-marins. (Photo : André Laurenti)
Le rinçage se fait dans la mer limpide, réchauffée par d’autres solfatares sous-marins.
(Photo : André Laurenti)
A proximité des bains de boue, partout le sol glougloute. (Photo : André Laurenti)
A proximité des bains de boue, partout le sol glougloute.
(Photo : André Laurenti)

Il faut s’habituer à marcher sur ces terrains convulsionnés, comme il faudra s’accoutumer à l’odeur d’œuf pourri provoqué par l’hydrogène sulfureux omniprésente dans les secteurs en effervescence.
Nous nous rendons dans le Nord de l’île, découvrir la « vallée des monstres ». Il s’agit de concrétions laviques arborant avec une pointe d’imagination, des formes animales ou autre. Ici, le moindre bloc de lave le plus commun se transforme en silhouette noire fantomatique, émergeant des lumières du premier matin du monde. Ces créatures étranges sont les œuvres d’un petit volcan appelé Vulcanello.

Dans la vallée des montres, le plus connu est l’ours , mais en cherchant bien on peut en découvrir d’autres.
(Photo : André Laurenti)

Ce cône, composé de deux cratères de forme égueulée, naquit en l’an 183 ou 126 avant J.-C, l’une de ces coulées donna naissance à cette fameuse « vallée des monstres ». Pendant longtemps cet îlot resta séparé de Vulcano par un petit bras de mer. Mais vers 1550, il entra à nouveau dans une phase d’activité intense. Les coulées de lave obstruèrent alors l’étroit canal qui les séparait. De nos jours, une mince anse de cendre soude les deux cônes.

Depuis le sommet du cône de Vulcanello, on peut voir la mince anse qui soude les deux îles. (Photo : André Laurenti)
Depuis le sommet du cône de Vulcanello, on peut voir la mince anse qui soude les deux îles.
(Photo : André Laurenti)

A l’intérieur du cratère envahi par une végétation de maquis, nous pénétrons dans une galerie où l’on extrayait l’alun, un minerai aux propriétés astringentes. Vers 1800, à l’endroit où se dressent les rochers « faraglioni », se développa l’industrie d’extraction du soufre, de l’alun en grande quantité et de l’acide borique. Aux environs de 1850 un écossais, du nom de Stevenson, acheta toute l’île et améliora les installations existantes. La dernière éruption du XIXe siècle, en août 1888, mit fin tragiquement à l’exploitation en tuant les mineurs. Elle détruisit en même temps toutes les illusions de Stevenson.

Vers 1800, se développa l'industrie d'extraction du soufre au niveau des rochers "Faraglioni". On peut apercevoir les entrées de quelques galerie. (Photo : André Laurenti)
Vers 1800, se développa l’industrie d’extraction du soufre au niveau des rochers « Faraglioni ». On peut apercevoir les entrées de quelques galerie.
(Photo : André Laurenti)

Un paradis sur l’enfer

Le jour suivant, Vulcano est enfin notre objectif. L’énorme cône tronqué, aux flancs escarpés, égratignés de rides profondes, plonge abruptement dans les flots.
Le cône de la Fossa s’édifie sur les ruines d’un volcan primitif, le cratère del Piano qui se détruisit lui-même au cours d’une violente explosion, anéantissant toute sa partie nord-est, formant une vaste caldeira.
Vulcano compte parmi les volcans les plus dangereux de la terre. Il représente aux yeux des spécialistes le volcanisme type des plus violents.
Il est surveillé par l’observatoire de Lipari situé juste en face, grâce à de nombreux appareils de mesures.

Le cône de la Fossa s'édifie sur les ruines d'un volcan primitif dont on devine l'immense caldeira qui l'entoure. (Photo : André Laurenti)
Le cône de la Fossa s’édifie sur les ruines d’un volcan primitif
dont on devine l’immense caldeira qui l’entoure.
(Photo : André Laurenti)

Nous grimpons sur les lèvres d’un cratère qui est légèrement incliné vers le nord. Le matériel ne sera pas laissé au hasard, partout des acides rongent, il faut apprendre à les reconnaître. Prudence également avec les appareils photos, les gaz extrêmement corrosifs endommagent le matériel électronique et rend terne tout ce qui est argentique y compris les bracelets de montres et les bijoux. Délestés de nos sacs nous entamons le tour du cratère. Nous franchissons des rideaux de fumée provoquant des quintes de toux à n’en plus finir.

En 1988 une longue faille s'est ouverte sur la crête sommitale augmentant ainsi la densité des fumerolles. (Photo : André Laurenti)
En 1988 une longue faille s’est ouverte sur la crête sommitale augmentant ainsi la densité des fumerolles.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

De la moindre fissure s’échappent des composés soufrés à des températures élevées. Déambulant dans cet environnement peu commun je prends plaisir à figer les merveilleux cristaux de soufre sur la pellicule, à saisir cet univers d’or éphémère en apnée. Le spectacle est saisissant, jamais je n’ai vu de pareilles cristallisations. En Islande, elles n’étaient pas autant fournies, pas aussi colorées. Le moindre orifice est constellé de fines aiguilles jaunes, en observant de plus près, certaines prennent des allures de petites feuilles de fougère cristallisées aussi belles que fragiles. J’ai la sensation d’explorer un monde sous-marin où à chaque trou, on s’attend à voir apparaître la gueule dentée d’une murène. Dans certains évents gazeux, j’aperçois des perles d’eau juvénile comme des gouttelettes de sueur. La sublimation du soufre s’obtient à partir d’une température de 110° environ, à 200° le soufre devient rouge, plus chaud encore, il vire au brun.

Le masque est indispensable pour observer de plus près la sublimation du soufre. (Photo : André Laurenti)
Le masque est indispensable pour observer de plus près la sublimation du soufre.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le soufre fondu semble à de l'ambre. (Photo : André Laurenti)
Le soufre fondu semble à de l’ambre.
(Photo : André Laurenti)
En observant de plus près, certaines concrétions prennent des allures de feuilles de fougère. (Photo : André Laurenti)
En observant de plus près, certaines concrétions prennent des allures de feuilles de fougère.
(Photo : André Laurenti)
J'ai la sensation d'explorer un monde sous-marin. (Photo : André Laurenti)
J’ai la sensation d’explorer le monde marin.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Plus haut, le sol est jonché de fragments de lave projetés lors de l’ultime éruption de 1886. Nous récoltons des petites bombes craquelées dites « bombe en croûte de pain ». Au cours de leur trajectoire à l’air libre, la surface de celles-ci se durcit alors que l’intérieur est encore fluide. Puis la croûte vitreuse se craquelle par dilatation et prend cet aspect si caractéristique.

Le cratère de la Fossa s'incline légèrement vers le nord. (Photo : André Laurenti)
Le cratère de la Fossa s’incline légèrement vers le nord.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

L’imprévu comme oreiller

En contrebas un profond entonnoir aux parois abruptes, débouche sur un croissant de terrasse intermédiaire et un fond plat.
N’ayant que très peu d’affinités avec la routine, je me dispense bien de l’emporter à la semelle de mes chaussures. Pour moi l’important c’est que l’imprévu me serve d’oreiller. L’art de se mettre dans des situations impossibles pour le relatif plaisir de ne pas dormir comme tout le monde me convient parfaitement. Je suis ravi d’apprendre que ce soir nous dormirons carrément au fond du cratère.

En arrière plan l'île de Lipari. (Photo : André Laurenti)
En arrière plan l’île de Lipari.
(Photo : André Laurenti)
En contrebas du cratère, avant d'atteindre le fond plat, une terrasse occupe la partie ouest du cône. (Photo : André Laurenti)
En contrebas du cratère, avant d’atteindre le fond plat, une terrasse occupe la partie ouest du cône.
(Photo : André Laurenti)

On détermine le danger d’un volcan par la consistance de sa lave. Vulcano contient un magma acide riche en silice qui se durcit très vite au sommet de la cheminée. Refroidie, il constitue un véritable bouchon emprisonnant les gaz. Pendant des périodes de plusieurs années, quelquefois plusieurs siècles, des pressions formidables, lentement, échauffent et sapent le bouchon. La phase gazeuse du magma joue l’action de dissolvant. Puis, vaincu par les forces titanesques, sans cesse croissantes, le volcan entre en éruption.
Il arrive que la résistance du bouchon soit supérieure à certaines zones de faiblesse du cône éruptif. Les pressions d’une puissance phénoménale, feront alors exploser en partie ou en totalité le cône volcanique, comme ce fut certainement le cas pour le cratère Del Piano.
On comprend mieux à présent pourquoi ce genre d’éruption prend très souvent des allures dévastatrices, catapultant des projectiles à des altitudes de 5 000 à 15 000 m. Une belle ascension en perspective ?
Au fond du cratère nous déroulons notre bivouac, bien à l’abri du vent et sur un sol à 30°. Guy s’affaire à réchauffer les boites de petits pois sur les vapeurs brûlantes. Il y en aura pour peu de temps, avec une rapidité et une efficacité digne d’un four à micro-ondes.

Guy s'affaire à réchauffer les boites de petits pois sur les vapeurs brûlantes. (Photo : André Laurenti)
Guy s’affaire à réchauffer les boites de petits pois sur les vapeurs brûlantes.
(Photo : André Laurenti)

Allongé, j’aperçois sur un fond étoilé le pourtour intégral du cratère. Lentement s’élèvent des écharpent vaporeuses. Un silence inquiétant règne et on ne peut s’empêcher de penser à cette puissance colossale présente à très peu de distance sous nos duvets. Pas plus à cet état de somnolence qui précède, souvent, les plus terribles colères. Plus le volcan reste longtemps inactif, plus son réveil risque d’être meurtrier.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le passé de Vulcano

Ce qui représente cette chambre éphémère pour ce soir, sera totalement bouleversée un de ces jours.
Du XIIIe au XVIe siècle, Vulcano a connu une éruption en moyenne tous les cent ans. De 1616 à 1693, huit éruptions ont eu lieu. De 1727 à 1786, six éruptions dont l’une a donné la coulée d’obsidienne de Pietre Cotte sur le flanc nord-ouest ; il s’est réveillé ensuite en 1873 jusqu’en 1876, puis à nouveau en 1878 jusqu’en 1879. Et enfin, la dernière, celle de 1886, elle a duré trois ans sans produire de coulée de lave et a détruit le village situé à ses pieds.
Depuis, le XXe siècle a été marqué par seulement des tentatives avortées.
De 1900 à 1950, la température des fumerolles a augmenté jusqu’à inquiéter les spécialistes italiens.
En 1913, à partir de la crête sommitale, une coulée de soufre liquide à 300° est descendue à proximité du village. Cette coulée très impressionnante avait la particularité, la nuit, de laisser apparaître une multitude de flammes bleues. Ce phénomène a constitué, à l’époque, une richesse pour l’île, le soufre se récupère et se vend.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En 1968, les 13-14 et 16 août, des secousses très importantes ont ébranlé Vulcano avec un épicentre situé pratiquement sous le cratère de la Fossa. La profondeur du foyer étant à 1 km, le bouchon du cratère était en train de se fissurer. Pendant une période de 15 jours, le cratère a été interdit. Les autorités de Porto Levante ont envisagé d’évacuer la population. Le 17 août, trois explosions importantes ont lieu à l’intérieur du cratère. L’une projette des petits blocs à une faible hauteur.
On ne peut pas appeler cela une éruption, ni une explosion, il s’agit tout simplement d’un jet de gaz un peu plus violent que d’habitude. Une poche de gaz qui s’est libérée. Tout est à nouveau rentré dans l’ordre par la suite.
En avril 1985 l’Institut Géophysique de Naples est venu effectuer des relevés. Il s’est aperçu que le niveau magmatique était en train de monter dans les cheminées de Vulcano et de Vulcanello. En 1986 la température des fumerolles est à nouveau en augmentation pour atteindre 550°C en 1989, juste quelques mois après notre visite. La crise cessera en 1990.

Chemin d'accès au cratère. (Photo : André Laurenti)
Chemin d’accès au cratère dans sa partie supérieure.
(Photo : André Laurenti)

En mai 1988, la partie Sud de l’île s’est soulevée de plus d’un centimètre, déstabilisant une importante masse de roche qui s’est éboulée directement dans la mer. Dans la même période, une longue faille s’est ouverte sur la crête sommitale augmentant ainsi la densité des fumerolles et leur température.
Sur le terrain de foot du village, deux campeurs ont été découverts inanimés, victimes d’émanations de CO2 provenant du sol.
Pour l’heure, on peut dire que depuis sa dernière éruption de la fin du XIXe siècle, le volcan s’est assoupi, son activité principale de pré-retraité se résume à une paisible manifestation fumerollienne.

L'île de Lipari depuis Vulcanello. (Photo : André Laurenti)
L’île de Lipari depuis Vulcanello avec en arrière plan les deux cônes de l’île de Salina.
(Photo : André Laurenti)

Simulation faite en 1989

Les spécialistes de l’Institut ont collecté les relevés des températures, ils ont tenu compte de tous les séismes récents, dont les derniers datent de février 1989, ils ont analysé les gaz et ont noté les différentes compositions chimiques, ils ont pris en compte les variations du sol et mesuré les différences d’influence magnétique. Toutes ces informations ont été collectées dans un ordinateur qui a digéré tout cela. On lui a demandé ensuite ce que sera la prochaine éruption et, si possible, l’endroit où elle aura lieu.
La machine électronique a répondu qu’il y avait deux possibilités. La première, l’éruption aura lieu dans le cratère actuel de la Fossa. Le cône futur atteindra 200 m de hauteur et sa base sera tangente à Vulcanello.
La seconde, plus minime, serait une éruption sous-marine qui se produirait dans la baie juste en face les bains de boue. Elle donnerait naissance à un petit cône d’une centaine de mètres de hauteur et suffisant pour obstruer toute la baie.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Dans les zones de retombées pyroclastiques, il pourrait se produire une éruption phréatique. En effet, en cas de faille sous le niveau de la mer, celle-ci étant en correspondance avec la cheminée volcanique, une grosse quantité d’eau de mer entrerait en contact avec le conduit éruptif en pleine surchauffe. Cette eau serait instantanément vaporisée. La vapeur emprisonnée provoquerait une explosion importante. Toute la partie de mer entre Vulcano et Vulcanello constitue la zone probable de ce type d’explosion phréatique. Un raz de marée suivrait aussitôt, avec une vague pouvant atteindre 10 à 15 m.

L'île de Lipari et ses petits îlots en arrière plan. (Photo : André Laurenti)
L’île de Lipari et ses petits îlots en arrière plan.
(Photo : André Laurenti)

En attendant, ce peuple fataliste recueilli sur ce lopin de lave, à un endroit où les sursauts du volcan accordent provisoirement à l’homme, le village éparpillé de Porto-Levante, poursuit une existence paisible sans se soucier du grave danger qui les menace.

Le cône de la Fossa sur l'île Vulcano avec en arrière plan les deux tétons de l'île Salina. (Photo : André Laurenti)
Le cône de la Fossa sur l’île Vulcano avec en arrière plan les deux tétons de l’île Salina.
(Photo : André Laurenti)
A gauche les limites de la caldeira dans laquelle s'inscrit le cône de la Fossa. (Photo : André Laurenti)
A gauche les limites de la caldeira dans laquelle s’inscrit le cône de la Fossa.
(Photo : André Laurenti)

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Sources :

– Revue trimestrielle « Eruption » n° 1 – pages 16 – 17 – année 2003

Remerciements à Guy de Saint-Cyr pour toutes les informations fournies lors de notre visite inoubliable en avril 1989 et qui ont permis de réaliser cette page.

3 réflexions au sujet de « Vulcano (Italie) »

  1. Merci de votre beau blog.
    De retour des Iles Eoliennes – juin 2016 – je me suis permis de mettre un lien dans mon « article » sur mon séjour sur Vulcano et en ferai pareillement pour Stromboli quand je trouverai le temps. Bonne continuation

  2. Du rêve et en même temps des souvenirs. Merci de votre page. je prépare …si je m ‘en sors un voyage pour ma tite famille dans les iles éoliennes.
    un professeur passionné a fait le voyage pour moi et 25 autres élèves en 1989 aussi … un voyage inoubliable et je compte bien faire de même pour mes élèves…. Mais avant il faut que j ‘ose y retourner avec ma famille.
    je me souviendrai toujours de ce voyage difficile camping sac à dos et pataugas… comme le meilleur voyage de ma vie d ‘ado. zero confort mais une communion forte du groupe avec la nature.
    Je ne suis pas prof de bio mais de lettres et d ‘histoire en Lycée Pro et entre histoire et lettres grâce à Timothée de Fombelle ( il evoque salina et alicudi) je compte bien faire un Transeurope iles Eoliennes.
    si vous avez des pistes encore chaudes…je suis preneuse.
    merci
    MMe Métreau

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