Stromboli (Italie)

Stromboli le 30 décembre 2002

Au nord de la Sicile, à l’ouest de la Calabre, les îles Éoliennes au nombre de sept, se dressent fièrement hors des flots.Toutes d’origine volcanique, elles doivent leur nom au dieu du Vent de l’Antiquité, Eole, qui y demeurait. Elles sont également appelées îles Lipari, du nom de l’île principale. Elles reposent sur le fond de la mer Tyrrhénienne dont la profondeur varie à cet endroit, entre 1 000 et 2 000 mètres.
Parmi ces îles, se trouve celle de Stromboli dont son célèbre volcan est en activité quasi permanente depuis au moins 2 500 ans. Caractérisé par la forme parfaite de son cône, les marins de l’Antiquité lui avaient donné le nom de « Strongyle » un mot grec qui veut dire « Toupie ». Quant à Homère, lui, disait de Stromboli qu’il était le phare de la Méditerranée. Avec ces 12km2 de superficie, le volcan est en réalité beaucoup plus grand qu’il ne le laisse paraître. Si l’île culmine à un peu plus de 920 mètres, l’appareil volcanique est posé à plus de mille mètres sur les fonds marins.

Stromboli que les anciens appelaient le phare de la Méditerranée pour sa régularité d'explosion environ toutes les 30 mn depuis 2 000 ans. (Photo : André Laurenti)
Stromboli que les anciens appelaient le phare de la Méditerranée pour sa régularité d’explosion environ toutes les 30 mn depuis 2 000 ans.
(Photo : André Laurenti)

Son activité normale

Le sommet est matérialisé par les falaises du Vancori (924 m) et celle du Pizzo (918 m). La terrasse éruptive se situe a environ 200 mètres en contre bas sur la partie nord-ouest de l’île. Depuis cette terrasse un énorme cône de déjection descend jusqu’à la mer, il s’agit de la Sciara del Fuoco, la cicatrice de feu, large de près d’un kilomètre cinq à la base. C’est dans ce couloir entonnoir que tombent les projections des bouches éruptives de la terrasse.
Les éruptions innombrables depuis les cinq bouches, une environ toutes les 20 à 30 minutes, sont caractérisées par l’éjection rythmique de lambeaux de lave, et de panaches de cendres.

Changement d’activité

En novembre 2002, le volcan a connu plusieurs semaines de forte activité qui ont été suivies, par une série d’événements importants et un changement total de son activité initiale.

Dégazage des cratères sommitaux. (Photo : André Laurenti)
Dégazage des cratères sommitaux.
(Photo : André Laurenti)

Chronologie des événements marquants

Le 28 décembre 2002 à 18 h 30, une très forte explosion recouvre de cendres le village de Stromboli; simultanément débute une nouvelle éruption effusive avec l’ouverture d’une fissure éruptive longue de 200 mètres. Après une courte pause, le 30 décembre 2002, une nouvelle petite coulée est émise en haut de la « Sciara del Fuoco ». A 13 h 15 et 13 h 22 deux effondrements majeurs de la « Sciara del Fuoco » se produisent soudainement. Deux masses considérables glissent brusquement vers la mer. Dans un panache énorme de poussières très fines, c’est respectivement 500 000 m3 et environ 20 000 000 m3 de débris volcaniques qui sont partis à la mer.

Petit éboulement dans la Sciara del Fuoco. (Photo : André Laurenti)
Petit éboulement dans la Sciara del Fuoco.
(Photo : André Laurenti)
Les coulées de lave provoquent des éboulements de blocs. (Photo : André Laurenti)
Les coulées de lave provoquent des éboulements de blocs.
(Photo : André Laurenti)

L’éboulement provoqua aussitôt une série d’ondes qui ont touché les côtes de Stromboli et de Ginostra faisant des dégâts aux édifices situés proches de la plage et blessant 6 personnes. La centrale hydroélectrique de l’île a été endommagée, privant Stromboli d’électricité et d’eau potable. La hauteur maximale de la vague a été de 8 mètres dans le quartier de Piscita et inférieure ailleurs. L’onde a transporté des blocs de béton de 3 m3 sur environ 20 mètres et a détruit de nombreux murs en pierre et en béton. Cette onde de choc s’est propagée jusqu’à Panarea, où 5 bateaux ont été endommagés, et Milazzo sur la Sicile (à 60 km de distance), où un pétrolier en cours de déchargement, a rompu ses amarres sous l’effet de la vague.

Dégâts provoqués par le tsunami sur les établissements situés proches de la mer. (Photo : André Laurenti)
Dégâts provoqués par le tsunami sur les établissements situés proches de la mer.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
De nombreux établissements de la frange côtière de San Vicenzo ont été dévastés.
(Photo : André Laurenti)

Les deux cicatrices laissées par les effondrements sont séparées par une crête rocheuse d’un volume identique à celui du premier glissement et peut aussi à tout moment s’effondrer. La menace d’un nouveau raz de marée est donc à prendre en considération.
Depuis la fin décembre 2002 l’activité explosive qui caractérise ce volcan (activité Strombolienne qui défini d’ailleurs tout genre d’activité similaire sur les volcans du monde entier), a cessé complètement et a été remplacée par trois coulées de lave qui ont tendance à régresser au fil des jours. Il ne pourra retrouver sont activité sommitale normale probablement que par une phase d’explosions violentes.

Exceptionnelle coulée de lave en avril 2003. (Photo : André Laurenti)
Exceptionnelle coulée de lave en avril 2003.
(Photo : André Laurenti)
L'activité qui caractérise Stromboli a été remplacée par des coulées de lave. (Photo : André Laurenti)
L’activité qui caractérise Stromboli a été remplacée par des coulées de lave le 30 décembre 2002.
(Photo : André Laurenti)

Ainsi le 5 avril 2003 à 9 h 12, un forte explosion s’est produite au cratère nord-est et provoqua une violente expulsion de matériaux obstruant le conduit, suivi d’une fontaine de lave et puis d’un nuage de cendres supérieur à 1 000 m de hauteur. Le jet de cette explosion a été dirigé vers le village de Ginostra où des bombes ont touché une habitation, mais aussi la citerne d’eau d’une maison habitée dévastant le chemin de déserte et des plantations d’oliviers. Plus loin c’est le dallage de l’accès au cimetière qui a été trouée par l’impact du projectile. Selon les habitants, d’autres bombes sont tombées dans les campagnes, à proximité du port et enfin en mer. La déflagration a brisé de nombreuses vitres dans cette localité et une pluie de pierre ponce blonde, de petit calibre (1,5 cm) s’est abattue sur la partie est de Ginostra dans une zone bien limitée et en mer. Les vagues ont ramené les projectiles sur le rivage et dans le petit port de Ginostra, nous avons pu en récolter des échantillons grâce à Enzo le responsable du port. Ces ponces pourraient être le résultat d’une phase d’activité plus acide.
Sur les flancs du volcan en basse altitude d’autres bombes et blocs de grosses dimensions ont causé des incendies. Mais heureusement, les fortes pluies des jours précédents n’ont pas permis à ces foyers de se développer. Suite à cette explosion le volcan a perdu momentanément son activité habituelle, il y a donc menace à tout moment d’une nouvelle explosion.

Bâtiment touché à Ginostra par la chute d'une bombe lors de l'explosion du 5 avril 2003. (Photo : André Laurenti)
Bâtiment touché à Ginostra par la chute d’une bombe lors de l’explosion du 5 avril 2003.
(Photo : André Laurenti)
Impact d'une bombe devant le cimetière de Ginostra. (Photo : André Laurenti)
Impact d’une bombe devant le cimetière de Ginostra.
(Photo : André Laurenti)
Trou d'impact à Ginostra. (Photo : André Laurenti)
Trou d’impact à Ginostra.
(Photo : André Laurenti)
Enzo, le gardien du minuscule port de Ginostra, nous indique une nouvelle bombe. (Photo : André Laurenti)
Enzo, le gardien du minuscule port de Ginostra, nous indique une nouvelle bombe.
(Photo : André Laurenti)

Les mesures adoptées :
Durant notre visite, nous avons pu constater que d’importants instruments de surveillance et de mesures ont été déployés sur les flancs du volcan. Deux bouées ont été placées de part et d’autre de la « sciara del Fuoco » pour détecter le moindre mouvement anormal de la mer. En cas d’éboulement majeur, ce dispositif déclenche des sirènes dans les localités de l’île ainsi que dans les îles voisines. Un plan sous forme de dépliant a été élaboré, à la moindre sirène la population est invitée à se rendre sur des points bien définis suivant les quartiers et situés au moins à une vingtaine de mètres d’altitude. Tous les jours les spécialistes et la protection civile survolent à plusieurs reprises en hélicoptère, le volcan pour détecter la moindre anomalie.

Les autorités locales jouent avec le feu :
Comme nous venons de le voir, deux risques sont à prendre en considération sur Stromboli, celui d’un nouveau raz de marée et celui d’une violente explosion comme celle du 5 avril ou bien supérieure encore.
Malgré les mesures prises, nous avons constaté un certain nombres de dysfonctionnements qui peuvent mettre en péril la vie de nombreux touristes et vacanciers, de plus en plus présents sur l’île en raison de l’approche de la saison estivale.
En débarquant du bateau aucune information n’est proposée aux visiteurs.
En cas de raz de marée, le dépliant indiquant les zones de replis n’est publié qu’en langue italienne. Il est présent dans les commerces mais pas toujours mis en évidence. Il faut vraiment insister ou s’intéresser au sujet pour être au courant.
Par ailleurs nous avons compris que les volcanologues et scientifiques qui souhaiteraient montrer, faire partager leur travail et donner leur opinion, sont mis systématiquement de coté. Toute demande de renseignement doit passer par la protection civile qui n’est pas toujours d’humeur à répondre.
Bref, il est clair que les dirigeants locaux ne veulent surtout pas compromettre la saison touristique qui s’annonce prometteuse.
Cette confusion favorise la diffusion de nombreuses informations contradictoires si bien que même pour les habitants de l’île, il est difficile d’avoir des renseignements exacts !

Après cet excès d’humeur Stomboli a depuis retrouvé son calme tout en ayant conservé son activité habituelle qui le caractérise. Aujourd’hui Il continue à faire inlassablement son spectacle qui fait l’admiration de nombreux visiteurs.

Figure emblématique de San Viceno. (Photo : André Laurenti)
Figure emblématique de San Vincenzo.
(Photo : André Laurenti)

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