Sultanat d’Oman

Stage de géologie au Sultanat d’Oman

C’est au début de l’année 2014 que Thierry, accompagnateur de randonnées à thème géologique au club de Mouans-Sartoux et membre de L.A.V.E., m’a fait connaître l’existence de l’association Meta Odos. Au programme de cette année figurait entre autre, « les ophiolites de Chypre et le volcanisme de Santorin », mais ce voyage qui m’intéressait tout particulièrement, était déjà complet. Un second, prévu au Sultanat d’Oman était également bouclé, lorsqu’à la dernière minute, une place s’est libérée. J’ai aussitôt saisi cette occasion, heureux d’y retrouver l’ami Thierry, ce proche voisin grassois rencontré pour la première fois sur les coulées de lave à Hawaii.
Ainsi, du 1er au 15 mars 2014, me voilà embarqué pour un stage de géologie au Sultanat d’Oman. Le groupe est d’un niveau élevé avec comme principaux intervenants : Hervé Bertrand du laboratoire de Géologie de Lyon, Christophe Noblet de Géo-Explor, sans oublier la participation de Barrie Bolton venu d’Australie, Urs Scharer (professeur de géologie à l’université de Nice) et Bouloton Jacky (géologue à l’université de Clermont Ferrand). Ce périple long de 2 700 km dont 500 environ de piste, nous a permis d’observer les différentes couches géologiques provenant d’une lithosphère océanique, venue s’échouer au nord de Mascate, il a de cela 80 Ma. Nous avons pu examiner les structures des principales unités, crustales et mantelliques de ce plancher océanique dans le jabal Al Akhdar et aussi de découvrir le désert de sable de Wahaybah jusqu’à la hauteur de l’île Masirah au sud de la capitale.

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La corniche de Muttrah à Mascate la capitale d'Oman. (Photo : André Laurenti)
La corniche de Muttrah à Mascate la capitale d’Oman.
(Photo : André Laurenti)
L'agglomération de Mascate regroupe environ 1 090 797 habitants (année 2008) (Photo : André Laurenti)
L’agglomération de Mascate regroupe 1 090 797 habitants (année 2008)
(Photo : André Laurenti)

Présentation générale

Le Sultanat d’Oman est un pays du Moyen Orient situé au sud-est de la péninsule Arabique. Il s’étend sur 1 760 km et représente une superficie de 309 500 km2, soit environ la moitié de notre hexagone. Peuplé par 3 154 000 habitants (10,2 habitants au km2), sa situation méridionale forme un véritable trait d’union entre l’Inde et l’Afrique. Du nord au sud-est, là, où la plupart des villes sont situées comme Mascate la capitale, Matrah et Suhar, le relief se fait très montagneux, dominé par le Jabal Shams à 3 075 m d’altitude. La partie centrale occupée par une vaste plaine désertique est constituée par les dunes de sable de Wahaybah tandis qu’au sud-ouest commence le grand désert de l’Ar Rub’ al Khali formant la frontière avec l’Arabie Saoudite. Quant à son littoral, il est baigné par le golfe d’Oman au nord-Est et la mer d’Arabie au sud-est. Le territoire Omanais est bordé par les Émirats arabes unis au nord, l’Arabie saoudite à l’ouest et le Yémen au sud-ouest.
Oman s’est fait connaître au sein du sport cycliste par l’organisation chaque année en début de saison, du tour d’Oman. Cette compétition se déroule sur six jours avec l’arrivée d’une étape en montagne. L’ascension décisive du Jabal Al Akhdar a vu la victoire de l’italien Vincenzo Nibali en 2012 et en 2016.

Vincenzo Nibali (Photo : André Laurenti)
Vincenzo Nibali
(Photo : André Laurenti)

La Grande Mosquée du Sultan Qaboos

Nous prenons la route en direction de Sohar, mais à environ 35 km de Mascate, un arrêt s’impose pour visiter la Grande Mosquée. Cet édifice imposant se situe proche de la localité de Bawshar. Les travaux de construction commencèrent en 1995, elle fut inaugurée le 4 mai 2001. Atteignant une superficie de 416 000 m2, elle peut accueillir jusqu’à 20 000 fidèles. A l’intérieur, dans la grande salle de prière, un lustre spectaculaire réunissant 1 122 ampoules, mesure 8 mètres de diamètre pour une hauteur de 14 m et pèse la bagatelle huit tonnes.

La Grande Mosquée (Photo : André Laurenti)
La Grande Mosquée avec l’un des minarets haut de 45 m
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les pierres utilisées pour la construction furent importées d’Inde et taillées à Mascate
(Photo : André Laurenti)
Le projet est l’œuvre de deux architectes, l'un omanais et l'autre londonien (Photo : André Laurenti)
Le projet est l’œuvre de deux architectes, l’un omanais et l’autre londonien
(Photo : André Laurenti)
L'impressionnant lustre de 8 tonnes (Photo : André Laurenti)
L’impressionnant lustre de huit tonnes
(Photo : André Laurenti)

Nous reprenons la route en longeant le littoral et atteignons la ville de Sohar, le point le plus au nord de ce voyage. Cette citée fut fondée au IIIe millénaire avant J.C., ses principales attractions sont le souk en bordure de mer et sa forteresse. Sohar possède un excellent marché aux poissons. Nous en profitons pour acheter quelques pièces que l’on fait découper sur place pour le repas du soir.

Le marché aux poissons de Sohar (Photo : André Laurenti)
Le marché aux poissons de Sohar
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous poursuivons une quinzaine de kilomètres plus loin, jusque dans le lit du wadi al Jizzi. A cet endroit, figure un affleurement remarquable à ne pas manquer, une folle exubérance du monde.

Les dessous intimes de notre planète

La destination d’Oman est un véritable lieu mythique des géologues de la planète, c’est le seul pays au monde dont la partie Nord de son territoire est en grande partie recouverte par l’échouage du plancher océanique lié à la fermeture de la mer Téthys. Ce charriage comprend une partie du manteau supérieur, la croûte océanique et la couverture des dépôts sédimentaires. Des couches internes de notre planète inaccessibles et non visibles par l’homme.
Une dorsale océanique est une frontière délimitée par la divergence (l’écartement) de deux plaques tectoniques, elle se situe sous l’eau à environ 2 500 m de profondeur et constituée d’une chaîne de volcans formée précisément par cet écartement.
Il y a 100 Ma, l’expansion océanique de la Téthys est contrôlée par une dorsale rapide séparant les plaques de l’Eurasie et de l’Arabie, similaire à l’actuelle dorsale Est Pacifique.
Entre 100 et 95 Ma, un changement géodynamique inverse le mouvement des deux plaques, ainsi débute un long voyage de rapprochement. Il y a 80 Ma la nappe ophiolitique, au lieu de plonger et disparaître par subduction dans le manteau comme dans la plupart des cas, a choisi plutôt l’air libre en venant s’échouer sur la marge continentale Arabique par obduction.
Ce charriage à la manière d’un bulldozer d’un plancher océanique, s’est donc effectué à partir d’un mouvement progressif de fermeture du golfe d’Oman, rapprochant l’Eurasie de l’Arabie. Ce trésor géologique hors du commun, est très prisé pour ses affleurements les mieux conservés d’ophiolites qui s’étirent sur environ 500 km de long dans le jabal Al Akhdar. La lithologie des affleurements en place de cet échouage permet de visualiser les dessous intimes de notre planète, habituellement imprenables.

Grâce au climat désertique, les conditions d’affleurements sont optimales et constitue une exceptionnelle école de géologie à l’air libre, une véritable aubaine évitant de plonger à des profondeurs presque inaccessibles sous un océan pour en étudier les formations.

Sur le lieu mythique des géologues du monde entier (Photo : André Laurenti)

« Géotimes » un lieu mythique des géologues

Nous remontons le wadi Jizzi et atteignons les premiers affleurements remarquables. Des amoncellements de laves en coussin (pillow-lavas) et aussi en forme de doigts, de gants, se dressent devant nous. Nous nous trouvons au pied du célèbre affleurement « Geotimes » nommé ainsi pour avoir fait la une du magazine scientifique dans les années 70. Ces laves formées à une profondeur de 3 300 m dans le golfe d’Oman, comportent des craquelures de rétraction lié au refroidissement de surface au contact de l’eau, ou encore présentent pour les pillow une prismation radiale. On peut également observer une première génération de basaltes, c’est à dire la lave vomie sur la fissure océanique, traversée par une deuxième génération de basalte plus clair, avec des dykes aux bordures figées.

Le célèbre affleurement « Geotimes » dans le wadi Jizzi. Photo : André Laurenti)
Le célèbre affleurement « Geotimes » dans le wadi Jizzi.
Photo : André Laurenti)

Trois épisodes volcaniques (tous trois basaltiques) ont été reconnus au toit de l’ophiolite, respectivement V1, V2 et V3 de bas en haut. Les laves V1, les plus abondantes, forment 1000 à 1500 mètres de pillow-lavas. Ces laves ont été alimentées par le complexe filonien à l’axe de la paléodorsale lors de l’expansion océanique. Les laves V2 ne sont pas présentes partout. Leur épaisseur atteint 1000 mètres. Elles se présentent également en pillow-lavas et en coulées massives. Elles se distinguent des laves V1 par leur couleur verdâtre et reposent directement sur les laves V1 ou n’en sont séparés que par une mince couche de terres d’ombre (retombées des fumeurs noirs). A l’affleurement Geotimes, on peut observer deux dykes nourriciers des laves V2 recoupant les pillow-lavas V1. Les laves V3 sont plutôt localisées et constituent d’épaisses coulées massives bien prismées sur 200 mètres d’épaisseur. Elles sont séparées des laves V2 par un épisode sédimentaire de 15 à 30 mètres d’épaisseur.

Détail d'un pillow lava (lave en coussin) pillow à prismation radiale. (Photo : André Laurenti)
Détail d’un pillow lava (lave en coussin) pillow à prismation radiale.
(Photo : André Laurenti)
Lave en forme de doigts de gants comportant des craquelures de rétraction (en croûte de pain) lié au refroidissement avec le contact de l'eau. (Photo : André Laurenti)
Lave en forme de doigts de gants comportant des craquelures de rétraction (en croûte de pain) lié au
refroidissement avec le contact de l’eau.
(Photo : André Laurenti)

Cette croûte océanique a été poussée pendant près de 20 Ma à des centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. L’échouage se poursuit encore de nos jours, mais pour l’instant ce mouvement n’a pas encore connu de collision continentale. Dans 2 Ma, une chaîne montagneuse naîtra et les ophiolites seront comprimées, déstabilisées, renversées et deviendront un peu comme celles du massif de Chenaillet dans les Alpes qui ont été transportées et hissées à 2 500 m d’altitude sur les hauteur du Col du Montgenèvre.

A l’ombre du fumeur noir

Lors de la deuxième nuit, le campement est dressé au pied d’un ancien fumeur noir dont nous faisons l ‘ascension (Latitude 24°190477 – Longitude 56° 528007). Lors de son obduction la lithosphère océanique a charrié avec elle comme par magie, ce qui fut jadis une source hydrothermale située à 2 300 mètres sous l’océan et l’a déposée sur le continent, comme c’est le cas ici pour la colline de Zuha, véritable amas sulfuré correspondant à l’accumulation de plusieurs fumeurs. La durée de vie d’une cheminée peut-être de plusieurs décennies ou siècles. Lors de sa création sous l’eau, il y a 100 Ma, le panache chargé en minéraux a constitué un monticule polymétallique composé de particules métallifères riches en manganèse.

La colline de Zuha représente le vestige d'un fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
La colline de Zuha représente le vestige d’un fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
En prenant de la hauteur on découvre l'étendu aride de la région. (Photo : André Laurenti)
En prenant de la hauteur,depuis ce fumeur noir, on découvre l’étendue très aride de la région.
(Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet du fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet du fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
Au sommet du fumeur noir. (Photo : Thierry De Gouvenain)
Au sommet du fumeur noir.
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Campement (Photo : André Laurenti)
Campement au pied du fumeur noir
(Photo : André Laurenti)
La nuit tombe au pied du fumeur noir, l'acacia du désert se détache en ombre chinoise. (Photo : André Laurenti)
La nuit tombe au pied du fumeur noir, l’acacia du désert se détache en ombre chinoise.
(Photo : André Laurenti)
Au premier plan le nappage de roche noire est appelé « terre d'ombre ». (Photo : André Laurenti)
Au premier plan le nappage de roche noire est appelé « terre d’ombre ».
(Photo : André Laurenti)
Montagne prismée, on peut observer dans ce site les 3 phases V1-V2-V3, des affleurements uniques sur un endroit réduit. (Photo : André Laurenti)
Montagne prismée, on peut observer dans ce site les 3 phases V1-V2-V3, des affleurements uniques sur un endroit réduit.
(Photo : André Laurenti)
De bas en haut on peut voir des basaltes très altérés, au dessus des radiolarites et le tout recouvert par un nappage de « terre d'ombre ». (Photo : André Laurenti)
De bas en haut on peut voir des basaltes très altérés, au dessus des radiolarites
et le tout recouvert par un nappage de « terre d’ombre ».
(Photo : André Laurenti)

Dans les environs de ce fumeur, on a pu remarquer un nappage noir de roche appelé « terre d’ombre » riche en métaux. Il s’agit d’accumulation des retombées du panache hydrothermal déposée à distance. Ces terres d’ombre recouvrent une couche de radiolarites, une strate sédimentaire qui renferme des radiolaires, c’est à dire des petites coques siliceuses d’organismes de taille comprise entre 1 mm et 1 cm vivant dans les mers chaudes et qui ont été protégées de toute dissolution par ces dépôts de « terre d’ombre ».

Terre d'ombre au premier plan face au fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
Terre d’ombre au premier plan face au fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
Nature morte (Photo : André Laurenti)
Nature morte sur terre d’ombre
(Photo : André Laurenti)

Le complexe filonien

Après avoir vu les différents épanchements superficiels de cette dorsale rapide (lave et le nappage des fumeurs noirs), il est intéressant de voir ce qu’il y a en dessous, de voir l’intérieur de cette véritable usine chimique de recyclage des roches, avec avant tout, les passages par lesquels va se faufiler la lave et qu’on appelle le complexe filonien, mais comment se forment-ils ?. Par étirement des deux plaques océaniques, l’épais couvercle de basalte du réservoir magmatique va se fissurer verticalement sur une zone de faiblesse et laisser le passage au magma qui va remonter en surface et donner des pillow lavas. Au bout de quelques temps, l’éruption va s’arrêter, le basalte se fige dans la fissure, il devient un filon et en même temps un point dur. Mais ce n’est pas terminé, si on étire une seconde fois, il va se reformer une fissure, parallèlement à la première, et souvent même à côté. Si l’on répète cette opération plusieurs fois, l’espace compris entre le réservoir et les pillows superficiels sera constitué d’un cortège de filons ou de dykes côte à côte. Là encore, nous avons eu l’occasion d’observer tout cela à l ‘air libre sans avoir à entrer dans les entrailles de la terre. Nous observons dans ce wadi un réseau de dykes verticaux, placés les uns contre les autres, caractéristiques de ceux que l’on peut voir sur un axe d’accrétion d’une dorsale rapide standard (10 cm / an) et qui vont nourrir à la surface les coulées.

Complexe de dykes en feuillet d'ordre métrique à droite enraciné dans les gabbros. (Photo : André Laurenti)
Complexe de dykes en feuillet d’ordre métrique à droite enraciné dans les gabbros.
(Photo : André Laurenti)

Poursuivons notre plongée à l’air libre en suivant les filons vers le bas. Ces derniers nous conduisent directement dans la chambre magmatique qui se trouve dans la lithosphère, l’ultime palier dans lequel vient se stocker le magma avant sa sortie en surface.

Le moho du wadi Far

Cet étonnant voyage dans les entrailles de la terre nous fait découvrir à présent le Moho, une limite mise en évidence par Andrija Mohorovicic en 1909, comprise entre 8 et 10 km de profondeur sous les croûtes océaniques et qui correspond à la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre, c’est à dire l’endroit où l’on observe des modifications brutales de la vitesse de propagation des ondes sismiques. Dans le wadi Far à 3,5 km au sud de la localité Al Abyad, le Moho se présente comme une limite généralement nette entre la base de la croûte terrestre gabbroïque et le manteau. La croûte située au dessus du moho comprend des piles de gabbros lités, en dessous du moho figure la dunite et plus bas l’harzburgites. (lat : 23° 26.603’N – long : 57° 39.432’E)

Le wadi Haymiliyah (Photo : André Laurenti)
Le wadi al Haylayn peu après le village du même nom
(Photo : André Laurenti)
Les gabbros lités à alternance de lits clairs et sombres dans le wadi Haymiliyah. (Photo : André Laurenti)
Les gabbros lités à alternance de lits clairs et sombres dans le wadi al Haylayn.
(Photo : André Laurenti)
Le Moho constitue la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre (limite de la partie sombre avec les gabbros supérieurs) (Photo : André Laurenti)
Le Moho constitue la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre (limite de la partie sombre avec les gabbros supérieurs)
(Photo : André Laurenti)

Le manteau d’Oman est constitué principalement de harzburgites, auxquelles s’associent parfois des dunites, ainsi que des pyroxénites. On observe au sein de ce manteau trois principaux types de filons :

  • 1) des filons de gabbros réactifs, aux limites floues avec la péridotite : ils représentent le collectage in situ des gouttelettes de magma

  • 2) des filons de gabbros intrusifs, aux bords francs : ils correspondent aux zones de transfert du magma en route vers la chambre magmatique

  • 3) des filons plus tardifs traduisent des circulations de fluides hydrothermaux. Les filons réactifs et intrusifs se forment respectivement au niveau du manteau asthénosphérique (T>1150°C) et lithosphérique (T<1150°C.

La remontée de magma à travers le manteau peut se faire de deux manières : d’une part par fracturation hydraulique avec un magma qui ouvre sa voie en fracturant la péridotite par la pression qu’il exerce à la pointe de la colonne de liquide. D’autre part par écoulement poreux : le magma percole entre les joints de grains de la péridotite (notamment créés par la dissolution des pyroxènes de la harzburgite).

Les pods de chromite

Au cours de ce voyage nous avons pu échantillonner dans une carrière très serpentinisée, quelques morceaux de chromite, principal minerai de chrome. On dénombre environ 500 pods de chromite au sein de l’ophiolite d’Oman, qui ont été exploités de façon artisanale. Dans l’excavation que nous avons pu voir, environ 700 tonnes y ont été extraites. La chromite cristallise précocement, autour de 1 200°C, avant l’olivine, à partir du magma basaltique, dans des chenaux de transfert de magma au sein de la zone de transition. Ce minéral très dense (d=5) précipite à la verticale des chenaux et sédimente lorsqu’il rencontre un obstacle (zones en baïonnette des chenaux).

Après cette exploration anatomique de notre planète, un moment de tourisme nous remet les pieds sur terre. Nous faisons une halte dans la petite ville de Nakhal baignée par le wadi Ar Raqueem et dominée par l’imposant Fort. De forme irrégulière, cet édifice a été bâti sur le rocher dont il épouse le profil pour se préserver des envahisseurs.

Le fort de Rustaq (Photo : André Laurenti)
Le fort de Nakhal
(Photo : André Laurenti)

Le Wadi Bani Awf

Peu après la localité de Nakhal, nous empruntons la piste en direction du Jabal Shams (la montagne du soleil) situé tout en haut d’un plateau. Ce secteur montagneux est lacéré par de profondes vallées et de canyons étroits. Dans sa première partie, la piste évolue le long de la rivière, se faufilant dans une gorge aux parois escarpées jusqu’au village pittoresque de Bilad Sayt. Cette localité nichée dans l’étreinte protectrice des montagnes, conserve son charme et le sens de la solitude rurale. Le choix d’implantation sur le flanc d’un éperon, permet de laisser libre les espaces plats pour les cultures et pour sa traditionnelle palmeraie. Ce patchwork de champs accentue la beauté du site, bien à l’écart de l’agitation et du stress des villes.
La piste se fait plus cahoteuse et s’élève dans la montagne vers un autre village situé à l’écart de cette voie de communication et que l’on domine un peu plus haut.

La piste qui mène à Jabal Shams (Photo : André Laurenti)
La piste mène à Jabal Shams (la montagne du soleil)
(Photo : André Laurenti)
Village (Photo : André Laurenti)
Village de Bilad Sayt situé sur le versant Nord-Est des monts Hajar
(Photo : André Laurenti)
La piste poursuit son ascension dans un paysage minéral et aride. (Photo : André Laurenti)
La piste poursuit son ascension dans un paysage minéral et aride, tout en bas la vallée profonde d’où nous venons.
(Photo : André Laurenti)

Le 8 mars, après une nuit dans un bungalow de Jebel Shams à environ 2000 mètres d’altitude, nous partons randonner au petit matin dans le canyon de Jabrin. Il s’agit d’une véritable entaille profonde dans le djebel Akhdar, le principal massif des monts Hajar et dont le point culminant est le djebel Shams (alt. 3075 m). Un sentier de bergers fleurte tout le long avec le précipice dans un décor minéral impressionnant et tourmenté. De corniche en balcon, il conduit et se termine en cul de sac à un village abandonné au nom de As Sab et dont les terrasses de culture dégringolent jusqu’au bord d’un vide vertigineux. Les maisons faites de pierre et de pisé en partie écroulées, blotties contre et même sous la roche, dominent les restanques suspendues. Une source approvisionnait le village, une vasque est encore présente au dessus du village ce canyon le wadi Nakhr.

Départ du sentier pour le grand Canyon. (Photo : André Laurenti)
Départ du sentier pour le grand Canyon.
(Photo : André Laurenti)
Le cours d'eau tout au fond donne une idée de la profondeur du canyon. (Photo : André Laurenti)
Le cours d’eau tout au fond donne une idée de la profondeur du canyon.
(Photo : André Laurenti)
Au fond du canyon, la flèche indique la position du village. (Photo : André Laurenti)
Au fond du canyon, la flèche indique la position du village.
(Photo : André Laurenti)
On devine les planches de culture en terrasse. (Photo : André Laurenti)
On devine les planches de culture en terrasse.
(Photo : André Laurenti)
Le village abandonné (Photo : André Laurenti)
Le village abandonné d’As Sab abrité par des barres rocheuses
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En descendant de la montagne, nous retrouvons les petites oasis et ses villages pittoresques au charme oriental.

Au dessus de la palmeraie, un ancien village se fait discret. (Photo : André Laurenti)
Au dessus de la palmeraie, un ancien village se fait discret.
(Photo : André Laurenti)

Nous faisons étape ce soir à Tanuf, une localité située au pied du djebel Akhdar entre Al Hamra et Nizwa. A proximité de notre campement est implanté l’ancien village en ruine qui fut bombardé par la Royal Air Force britannique en 1957 pour mettre fin à un mouvement de révolte.

Village (Photo : André Laurenti)
L’ancien village de Tanuf
(Photo : André Laurenti)
Les ruines de Tanuf (Photo : André Laurenti)
Les ruines de Tanuf
(Photo : André Laurenti)

Dans la localité de Bahla, a été construit à la fin du XVIIe siècle Jabreen Castel. Cet édifice se différencie des autres forts par le fait qu’il n’a pas été construit en période de guerre, mais plutôt en temps de paix. Ce palais de forme rectangulaire comprend trois niveaux flanqués de deux tours à chaque extrémité en diagonale, et possède à l’intérieur de nombreuses salles destinées aux repas, aux audiences, aux réunions, il y a aussi une bibliothèque et des salles de classe.

Le fort (Photo : André Laurenti)
L’imposant Jabreen Castel
(Photo : André Laurenti)
Fort (Photo : André Laurenti)
Cet édifice a été construit à la fin du XVIIe siècle
(Photo : André Laurenti)

Plus loin dans la vallée, nous atteignons Nizwa la perle de l’islam, la ville la plus visitée d’Oman. Elle représente le cœur du pays avec ses forts, ses cités mystérieuses abandonnées, ses habitations empilées comme des contreforts soutenant la montagne.

Ville (Photo : André Laurenti)
Ancien village avec ses maisons empilées comme des contreforts soutenant la montagne
(Photo : André Laurenti)
L'oasis (Photo : André Laurenti)
La grande oasis de Nizwa
(Photo : André Laurenti)

Des dunes à la mer d’Arabie

Le voyage se poursuivit ensuite vers des terrains moins chaotiques, au relief plus doux. Nous voici dans le désert de Ramlat al Wahaybah, l’un des plus grands champs de dunes à l’Est du pays. Les dunes s’étendent à perte de vue, un sable ocre perturbé par la présence de quelques dromadaires, mais ou règne une grande solitude auquel vient s’ajouter le silence absolu si caractéristique du désert. Cette étendue de sable d’environ 80 km de large par 200 km de longueur, est tout de même habitée par trois mille bédouins éleveurs de chèvres et de dromadaires, malgré un soleil de plomb.

A la limite des premières dunes, c'est le réveil (Photo : André Laurenti)
A la limite des premières dunes, c’est le réveil
(Photo : André Laurenti)
A la recherche d'une inspiration. (Photo : Thierry De Gouvenain)
A la recherche d’une inspiration
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Ondulation (Photo : André Laurenti)
Les dunes se colore à l’aube et au crépuscule
(Photo : André Laurenti)
On ne sait jamais, une panne et si vite arrivée ! (Photo : André Laurenti)
On ne sait jamais, une panne et si vite arrivée !
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Après la traversé du désert, une halte s'impose au garage du coin pour gonfler les pneus (Photo : André Laurent)
Après la traversée du désert, une halte s’impose au garage du secteur pour gonfler les pneus
(Photo : André Laurenti)
Nous atteignons la mer d'Arabie accueillis par des enfants (Photo : André Laurenti)
Nous atteignons la mer d’Arabie sous les regards amusés des enfants
(Photo : André Laurenti)
Nous atteignons enfin la mer d'Arabie (Photo : André Laurenti)
Un peu de bois ramassé au bord des pistes, permettra de faire quelques grillades
(Photo : André Laurenti)
L'astre disparaît petit à petit (Photo : André Laurenti)
L’astre s’enfonce petit à petit dans la mer d’Arabie
(Photo : André Laurenti)

Le littoral au Sud-Est de Mascate est très varié avec ses plages de sable et ses criques. Al Wasta Governate est une vaste zone composée de marais salants et de crêtes rocheuses, c’est là où nous avons choisi de nous poser. Le long du littoral, la plage est souvent accessible par des pistes quelquefois précédées par des bancs de sable dont il faut se méfier. Entre la route et la plage, des cabanes de pêcheurs souvent délabrées sont dispersées. Après la traversée du désert, nous plantons nos tentes sur de petites dunes, à deux pas de la mer. Une écharpe de sable blanc borde à n’en plus finir l’eau turquoise et claire de la mer d’Arabie. La plage s’endort, bercée par le doux ressac des vagues, telle une mélopée composée d’amertume et d’amour.

Paysage surprenant par rapport à ceux que nous avons vu jusqu'à présent (Photo : André Laurenti)
Paysage surprenant par rapport à ceux que nous avons vu jusqu’à présent
(Photo : André Laurenti)
(photo : André Laurenti)
(photo : André Laurenti)

Non loin de la plage, de petites étendues de sel affleurent, témoin d’un climat aride avec des taux élevés d’évaporation. Ces sebkhas sont couverts de croûtes de sel craquelées et hérissées. La région est surtout connue pour ses zones humides, elle représente un sanctuaire pour la faune avec en particulier des flamants roses, des hérons et autres oiseaux, grands amateurs de micro organismes.

Les micro organismes qui colorent l'eau constituent une friandise pour les oiseaux. (Photo : André Laurenti)
Les micro organismes qui colorent l’eau constituent une friandise idéale pour les oiseaux.
(Photo : André Laurenti)
Croûte de sel (Photo : André Laurenti)
Formation de croûtes de sel (sebkha)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : Thierry De Gouvenain)
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Bonne pêche ! (Photo : André Laurenti)
Bonne pêche !
(Photo : André Laurenti)
Les boutres, embarcations emblématiques du pays Photo : André Laurenti)
Les boutres, embarcations emblématiques du pays
Photo : André Laurenti)

Raz al Jinz représente l’un des sites de nidification des tortues de mer. Après avoir parcouru des milliers de kilomètres, les tortues viennent pondre sur la plage. Il faudra ensuite attendre cinquante jours pour voir sortir les bébés. C’est à ce moment que va commencer le voyage le plus dangereux de leur vie jusqu’à la mer en évitant les nombreux prédateurs. 1 à 2 seulement sur 1000 atteindront le grand bleu.
A la tombée de la nuit et avec quelques volontaires, nous descendons sur une plage pour tenter de voir ces tortues. Nous découvrons des traces sur le sable, mais pas de tortue.

L'une des plages (Photo : André Laurenti)
L’une des plages où viennent pondre les tortues
(Photo : André Laurenti)
A défaut de tortues (Photo : André Laurenti)
A défaut de tortues
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons le port pittoresque de la ville de Sour. Cette ville de 67 000 habitants est située au sud de la capitale.

la phare marque l'entrée du port de Sour (Photo : André Laurenti)
Le phare marque l’entrée du port de Sour
(Photo : André Laurenti)

Plissement en forme d’œil

Non loin de Sour, au détour d’un virage dans une gorge étroite, se dessine dans les strates épaisses de calcaire, une structure circulaire surprenante, un plissement de roche ressemblant à un énorme œil . Il s’agit de couches sédimentaires formées il y a environ 250 millions d’années (Permien) au fond de l’océan de la Téthys. Comme pour les ophiolites, ces roches ont été poussées sur le continent et pliées par des forces colossales. Le calcaire chauffé par les pressions exercées et les roches sus-jacentes, l’on rendu plus malléable, plus élastique, permettant d’être plié comme de la pâte à modeler, donnant ainsi cette forme d’œil.

L'oeil (Photo : André Laurenti)
Un plissement en forme d’œil
(Photo : André Laurenti)

Cet autre exemple extrêmement tourmenté, montre là encore, le plissement exercé sur la roche. Celle-ci a été pliée par la pression énorme et mise en rotation autour de 270 ° dans le sens des aiguilles d’une montre.

Plissement en rotation de la roche
(Photo : André Laurenti)
Autre plissement spectaculaire (Photo : André Laurenti)
Autre plissement spectaculaire d’un secteur extrêmement tourmenté
(Photo : André Laurenti)

Un peu plus loin, nous observons des schistes vieux de 300 Ma. Il s’agit d’un calcaire à haute teneur en argile ou en silice qui ont subi d’énormes pressions, provoquant une recristallisation de la roche.

Schiste de 300 Ma (Photo : André Laurenti)
Schiste de 300 Ma
(Photo : André Laurenti)

Le voyage au Sultanat d’Oman se termine le long des côtes rocheuses d’émeraude que d’admirables criques pénètrent.

La côte (Photo : André Laurenti)
La côte rocheuse pénétrée par d’admirables criques
(Photo : André Laurenti)

Près de Bandar Khayran, la mangrove Al Khayran est l’une des plus importantes de la région avec ces arbres qui vivent dans un milieu salé. La végétation dense fournit un abri idéal pour les poissons, les écrevisses et les oiseaux.

La mangrove Al Khayran (Photo : André Laurenti)
L’épaisse mangrove Al Khayran
(Photo : André Laurenti)

Références :

Les sources de cet article proviennent du fascicule remis à chaque participant. La majorité des documents présentés proviennent du Laboratoire de Tectonophysique de l’Université de Montpellier avec comme auteurs : Adolphe Nicolas et toute son équipe, notamment Emmanuel Ball.

2 réflexions au sujet de « Sultanat d’Oman »

  1. Quelles sont les conditions physiques pour entreprendre avec métaodos ce voyage ?
    Beaucoup de marche, conditions du couchage ?

    Merci pour vos réponses.

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