L’Etna – les paroxysmes de 2001 (Sicile)

Paroxysmes de l’Etna des 22 et 24 juin 2001

Depuis le 7 mai 2001 très exactement, l’Etna le plus grand volcan actif de l’Europe, défraie régulièrement la chronique. En effet, le cratère sud-est, l’un des quatre cratères sommitaux actifs, connaît des éruptions paroxysmales en moyenne tous les deux à trois jours, qui durent environ trois heures et même parfois plus.
J’ai eu la chance de pouvoir observer deux paroxysmes de l’Etna, celui de vendredi 22 et du dimanche 24 juin 2001.
Ce départ un peu précipité, ne s’est pas fait au hasard. Depuis quelques semaines, je prenais régulièrement des nouvelles du volcan par l’intermédiaire d’un site internet qui divulgue quotidiennement des informations sur l’activité en cours. Les paroxysmes étaient de plus en plus rapprochés et devenaient réguliers, dans ces conditions les chances de pouvoir assister à une éruption dans un minimum de temps étaient grandes.
Arrivé au pied de l’Etna, je m’informe de la situation du volcan. C’est l’occasion de retrouver à Aciréale, mon ami Giuseppe SCARPINATI, un volcanophile comme moi, un passionné de cette montagne magique qu’il parcourt depuis sa plus tendre enfance. Giuseppe dit « Pippo », possède une parfaite connaissance de l’Etna et me livre la clef de la stratégie à adopter. A l’occasion d’un sympathique déjeuner chez lui, il m’indique deux points d’observations idéals pour voir les paroxysmes, il s’agit du Monte Zoccolaro (1 739 m) qui domine la Valle del Bove et le Pizzi Deneri situé au-dessus de l’ancien observatoire sur le versant nord-est de l’Etna. Ses conseils me seront extrêmement précieux et je lui en suis très reconnaissant.

Depuis quelques jours les paroxysmes sont devenus réguliers en intervalles de temps, si cela perdure une éruption devrait avoir lieu ce soir.
Avec deux amis de Strasbourg venus me rejoindre durant trois jours pour la circonstance, nous passons la nuit du jeudi 21 au vendredi 22 au Pizzi Deneri (2 847 m) à attendre l’éruption prévue en soirée, voire au petit matin. Mais en vain, l’Etna en avait décidé autrement. Nous passons la nuit blottis contre les murs de l’observatoire abandonné sans pouvoir y entrer, un petit vent glacial nous empêche de dormir, la neige tombée la veille est encore bien présente en cette fin du mois de juin. Au petit matin le ciel est dégagé, nous quittons les lieux vers 9h. Deux petites fumerolles à peine visibles apparaissent, une sur le flanc Nord du cratère sud-est, la seconde au pied du  » Levantino « . Mais cela ne nous incite pas à rester davantage, nous avons eu peut-être tort.

L'observatoire du Pizzi Deneri abandonné, nous passerons la nuit contre ce bâtiment à attendre une éruption qui n'aura pas lieu. (Photo : André Laurenti)
L’observatoire du Pizzi Deneri abandonné, nous passerons la nuit contre ce bâtiment sans pouvoir y entrer et à attendre une éruption qui n’aura pas lieu.
(Photo : André Laurenti)
Nous avons peu dormi en raison du froid. L'éruption n'a pas eu lieu. (Photo : André Laurenti)
Nous avons peu dormi en raison du froid. L’éruption n’a pas eu lieu.
(Photo : André Laurenti)

Plus tard, alors que nous étions confortablement installés à l’ombre de la pinède du camping de Nicolosi, en train de récupérer un peu des efforts et aussi de la nuit blanche passée dans le froid (il avait neigé la veille au cours de la matinée), un bruit sourd se fait soudainement entendre vers 18h. Le 9ème paroxysme depuis mai avait débuté. Nous partons sans attendre vers le point d’observation le plus proche, le Monte Zoccolaro. Lorsque nous arrivons, l’activité explosive du cratère sud-est était déjà bien entamée.

Un panache s'élève haut dans le ciel. (Photo : André Laurenti)
Un panache s’élève haut dans le ciel.
(Photo : André Laurenti)

Un panache de cendre éclairé par le soleil couchant, s’élève en colonne à plus de 3 000 m d’altitude, accompagné par de violentes explosions qui deviennent de plus en plus fortes, si puissantes d’ailleurs qu’on pouvait parfaitement voir les ondes de décompression qui précèdent les détonations. Décrivant un arc, elles s’élevaient dans le ciel à une vitesse inouïe. Au même moment des blocs importants étaient projetés sur les flancs du cratère.
Le vent amène dans notre direction le panache de cendre et c’est une pluie fine de scories qui tombe sur notre poste d’observation. Par ailleurs, depuis la fracture ouverte située sur le flanc nord à hauteur moyenne du cratère sud-est et sur laquelle se situe le cratère  » Levantino « , la lave s’épanche rapidement en prenant la direction de la Valle del Bove. Le paroxysme se terminera vers 20h50 avec encore quelques soubresauts jusqu’à 21h25.

Au coucher du soleil, l'activité s'intensifie. (Photo : André Laurenti)
Au coucher du soleil, l’activité s’intensifie.
(Photo : André Laurenti)
L'activité à son paroxysme. (Photo : André Laurenti)
L’activité à son paroxysme.
(Photo : André Laurenti)

Le dimanche 24 juin 2001, mes amis sont partis, je change alors de camping pour me rapprocher de la partie Nord de l’Etna, je m’installe dans celui de Milo en aval de Fornazzo. Puis je me rends seul au Piano Provenzana pour randonner toute la journée autour du Monte Nero (2 057 m) et du Monte Ponte di Ferro.
Vers 16h30 je prends la route Mareneve en direction du camping, et dans une partie dégagée, je m’arrête pour observer le cône sud-est et le cratère « Levantino ».
J’aperçois soudain d’importantes fumerolles sur les flancs et à la base des deux appareils alors qu’il n’y avait rien le matin. Je fais aussitôt demi-tour, pas de temps à perdre l’éruption est imminente. Je boucle mon sac à dos, il est 17h30 et me voilà à nouveau parti pour trois heures d’ascension, dure journée.

A 18h54 je suis à la cote 2 400 m, surprise, face à moi un énorme panache brun s’élève soudain du cratère Nord-Est, cette manifestation n’était pas prévue au programme. Cependant, aucune détonation ne se fait entendre, pas même un bruit sourd, je poursuis donc mon ascension à un rythme soutenu en gardant un œil sur le Nord-Est .

Le panache sur le cratère nord-est m'inquiète car le chemin passe juste dessous. (Photo : André Laurenti)
Le panache sur le cratère nord-est m’inquiète car le chemin passe juste dessous.
(Photo : André Laurenti)
En montant vers le cratère Sud-Est, apparait soudain sur le Nord-Est, un panache de cendres. (Photo : André Laurenti)
En montant vers le cratère Sud-Est, apparaît soudain sur le Nord-Est, un panache de cendres.
(Photo : André Laurenti)

A 20h24 j’arrive enfin au Piano del Concazze et à l’ancien observatoire situé au pied du Pizzi Deneri. Je pensais rencontrer quelques inconditionnels de volcans, mais non, personne dans les environs. Je suis seul dans cet univers minéral où tout est fait de silence et de vent. Seul le crissement de mes pas sur la cendre grise vient troubler cette tranquillité éphémère.
J’atteins le sommet, une coulée débute sur la fissure radiale située sur le flanc Nord du cratère Sud-Est. L’activité va très vite en crescendo. De petites fontaines de lave se mettent en action et viennent grossir le débit existant.

Positionné sur le Pizzi Deneri (2 847 m) l'éruption du Sud-Est débute à 20h45. (Photo : André Laurenti)
Positionné sur le Pizzi Deneri (2 847 m) l’éruption du Sud-Est débute à 20h45.
(Photo : André Laurenti)

Puis à 20h45, le cratère sud-est entre à son tour en scène et s’anime pour commencer par de petites explosions avec de faibles projections de lave qui atteignent timidement les lèvres du cône sommital. Ensuite la cadence s’accélère, s’intensifie pour jaillir d’une manière explosive, en quelque sorte à la  » Strombolienne « . Pour un amoureux de volcans ce soir là j’ai atteint le mythique graal avec une éruption qui dépasse la fiction ! Une gerbe subliminale de désir jaillit du cratère, puis se succède à un rythme effréné, l’Etna dévoile ses plus beaux atouts.

L'éruption strombolienne commence. (Photo : André Laurenti)
L’éruption strombolienne commence.
(Photo : André Laurenti)
Ce paroxysme du dimanche 24 juin 2001 est le 10eme depuis le mois de mai. (Photo : André Laurenti)
Ce paroxysme du dimanche 24 juin 2001 est le 10eme depuis le mois de mai.
(Photo : André Laurenti)
Des flots de lave dévalent dans le Val del Bove. (Photo : André Laurenti)
Des flots de lave dévalent dans le Val del Bove.
(Photo : André Laurenti)

Les gerbes effusives s’élèvent à présent entre 200 et 300 m de hauteur, je me demande jusqu’où l’Etna va t-il aller dans sa démesure. Je reste émerveillé comme un enfant devant son premier sapin de Noël faisant feu de toutes ses lumières. Mon premier paroxysme, c’est l’Etna qui me l’a offert à l’occasion d’un show en privé inoubliable, comme s’il avait voulu me récompenser de la patience et de tous les efforts pour venir jusqu’à lui. Je ressens alors comme un sentiment de complicité, avec un point commun remarquable, celui de se consumer magnifiquement.

Détail du Levantino sur le flanc du cône actif. (Photo : André Laurenti)
Détail du Levantino sur le flanc du cône actif.
(Photo : André Laurenti)

Le somptueux spectacle atteint à présent son apogée. Au pied du  » Levantino  » les coulées abondantes se répandent sur un large front vers l’Est et le Nord. De temps en temps, des explosions beaucoup plus fortes projettent d’énormes lambeaux de lave et font en même temps avec une synchronisation parfaite, grandir les fontaines de lave de la fracture et du  » Levantino « . A 23h40 le cratère sud-est se calme, les émissions de lave se poursuivront tard dans la nuit pendant encore une heure ou deux. Au petit matin le calme est revenu, les rayons de soleil teintent les cônes sommitaux, quelques rares lambeaux de neige subsistent encore, mais toute activité à pratiquement disparu, comme s’il ne s’était rien passé.

Au petit matin le calme est revenu comme s'il ne s'était rien passé. (Photo : André Laurenti)
Au petit matin le calme est revenu comme s’il ne s’était rien passé.
(Photo : André Laurenti)

Une réflexion sur « L’Etna – les paroxysmes de 2001 (Sicile) »

  1. MAGNIFIQUE !!! je buvais vos paroles, je découvris une montagne, un volcan, je marchais vers lui et je fus seule avec lui , et vous devant lui ;;l’instant où il m’offrait sa beauté enflammée;;;;

    MERCI , votre récit est très bien exposé et ces photos si magnifiques ;;;merci pour le partage !!

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