Sultanat d’Oman

Stage de géologie au Sultanat d’Oman

C’est au début de l’année 2014 que Thierry, accompagnateur de randonnées à thème géologique au club de Mouans-Sartoux et membre de L.A.V.E., m’a fait connaître l’existence de l’association Meta Odos. Au programme de cette année figurait entre autre, « les ophiolites de Chypre et le volcanisme de Santorin », mais ce voyage qui m’intéressait tout particulièrement, était déjà complet. Un second, prévu au Sultanat d’Oman était également bouclé, lorsqu’à la dernière minute, une place s’est libérée. J’ai aussitôt saisi cette occasion, heureux d’y retrouver l’ami Thierry, ce proche voisin grassois rencontré pour la première fois sur les coulées de lave à Hawaii.
Ainsi, du 1er au 15 mars 2014, me voilà embarqué pour un stage de géologie au Sultanat d’Oman. Le groupe est d’un niveau élevé avec comme principaux intervenants : Hervé Bertrand du laboratoire de Géologie de Lyon, Christophe Noblet de Géo-Explor, sans oublier la participation de Barrie Bolton venu d’Australie, Urs Scharer (professeur de géologie à l’université de Nice) et Bouloton Jacky (géologue à l’université de Clermont Ferrand). Ce périple long de 2 700 km dont 500 environ de piste, nous a permis d’observer les différentes couches géologiques provenant d’une lithosphère océanique, venue s’échouer au nord de Mascate, il a de cela 80 Ma. Nous avons pu examiner les structures des principales unités, crustales et mantelliques de ce plancher océanique dans le jabal Al Akhdar et aussi de découvrir le désert de sable de Wahaybah jusqu’à la hauteur de l’île Masirah au sud de la capitale.

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La corniche de Muttrah à Mascate la capitale d'Oman. (Photo : André Laurenti)
La corniche de Muttrah à Mascate la capitale d’Oman.
(Photo : André Laurenti)
L'agglomération de Mascate regroupe environ 1 090 797 habitants (année 2008) (Photo : André Laurenti)
L’agglomération de Mascate regroupe 1 090 797 habitants (année 2008)
(Photo : André Laurenti)

Présentation générale

Le Sultanat d’Oman est un pays du Moyen Orient situé au sud-est de la péninsule Arabique. Il s’étend sur 1 760 km et représente une superficie de 309 500 km2, soit environ la moitié de notre hexagone. Peuplé par 3 154 000 habitants (10,2 habitants au km2), sa situation méridionale forme un véritable trait d’union entre l’Inde et l’Afrique. Du nord au sud-est, là, où la plupart des villes sont situées comme Mascate la capitale, Matrah et Suhar, le relief se fait très montagneux, dominé par le Jabal Shams à 3 075 m d’altitude. La partie centrale occupée par une vaste plaine désertique est constituée par les dunes de sable de Wahaybah tandis qu’au sud-ouest commence le grand désert de l’Ar Rub’ al Khali formant la frontière avec l’Arabie Saoudite. Quant à son littoral, il est baigné par le golfe d’Oman au nord-Est et la mer d’Arabie au sud-est. Le territoire Omanais est bordé par les Émirats arabes unis au nord, l’Arabie saoudite à l’ouest et le Yémen au sud-ouest.
Oman s’est fait connaître au sein du sport cycliste par l’organisation chaque année en début de saison, du tour d’Oman. Cette compétition se déroule sur six jours avec l’arrivée d’une étape en montagne. L’ascension décisive du Jabal Al Akhdar a vu la victoire de l’italien Vincenzo Nibali en 2012 et en 2016.

Vincenzo Nibali (Photo : André Laurenti)
Vincenzo Nibali
(Photo : André Laurenti)

La Grande Mosquée du Sultan Qaboos

Nous prenons la route en direction de Sohar, mais à environ 35 km de Mascate, un arrêt s’impose pour visiter la Grande Mosquée. Cet édifice imposant se situe proche de la localité de Bawshar. Les travaux de construction commencèrent en 1995, elle fut inaugurée le 4 mai 2001. Atteignant une superficie de 416 000 m2, elle peut accueillir jusqu’à 20 000 fidèles. A l’intérieur, dans la grande salle de prière, un lustre spectaculaire réunissant 1 122 ampoules, mesure 8 mètres de diamètre pour une hauteur de 14 m et pèse la bagatelle huit tonnes.

La Grande Mosquée (Photo : André Laurenti)
La Grande Mosquée avec l’un des minarets haut de 45 m
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les pierres utilisées pour la construction furent importées d’Inde et taillées à Mascate
(Photo : André Laurenti)
Le projet est l’œuvre de deux architectes, l'un omanais et l'autre londonien (Photo : André Laurenti)
Le projet est l’œuvre de deux architectes, l’un omanais et l’autre londonien
(Photo : André Laurenti)
L'impressionnant lustre de 8 tonnes (Photo : André Laurenti)
L’impressionnant lustre de huit tonnes
(Photo : André Laurenti)

Nous reprenons la route en longeant le littoral et atteignons la ville de Sohar, le point le plus au nord de ce voyage. Cette citée fut fondée au IIIe millénaire avant J.C., ses principales attractions sont le souk en bordure de mer et sa forteresse. Sohar possède un excellent marché aux poissons. Nous en profitons pour acheter quelques pièces que l’on fait découper sur place pour le repas du soir.

Le marché aux poissons de Sohar (Photo : André Laurenti)
Le marché aux poissons de Sohar
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous poursuivons une quinzaine de kilomètres plus loin, jusque dans le lit du wadi al Jizzi. A cet endroit, figure un affleurement remarquable à ne pas manquer, une folle exubérance du monde.

Les dessous intimes de notre planète

La destination d’Oman est un véritable lieu mythique des géologues de la planète, c’est le seul pays au monde dont la partie Nord de son territoire est en grande partie recouverte par l’échouage du plancher océanique lié à la fermeture de la mer Téthys. Ce charriage comprend une partie du manteau supérieur, la croûte océanique et la couverture des dépôts sédimentaires. Des couches internes de notre planète inaccessibles et non visibles par l’homme.
Une dorsale océanique est une frontière délimitée par la divergence (l’écartement) de deux plaques tectoniques, elle se situe sous l’eau à environ 2 500 m de profondeur et constituée d’une chaîne de volcans formée précisément par cet écartement.
Il y a 100 Ma, l’expansion océanique de la Téthys est contrôlée par une dorsale rapide séparant les plaques de l’Eurasie et de l’Arabie, similaire à l’actuelle dorsale Est Pacifique.
Entre 100 et 95 Ma, un changement géodynamique inverse le mouvement des deux plaques, ainsi débute un long voyage de rapprochement. Il y a 80 Ma la nappe ophiolitique, au lieu de plonger et disparaître par subduction dans le manteau comme dans la plupart des cas, a choisi plutôt l’air libre en venant s’échouer sur la marge continentale Arabique par obduction.
Ce charriage à la manière d’un bulldozer d’un plancher océanique, s’est donc effectué à partir d’un mouvement progressif de fermeture du golfe d’Oman, rapprochant l’Eurasie de l’Arabie. Ce trésor géologique hors du commun, est très prisé pour ses affleurements les mieux conservés d’ophiolites qui s’étirent sur environ 500 km de long dans le jabal Al Akhdar. La lithologie des affleurements en place de cet échouage permet de visualiser les dessous intimes de notre planète, habituellement imprenables.

Grâce au climat désertique, les conditions d’affleurements sont optimales et constitue une exceptionnelle école de géologie à l’air libre, une véritable aubaine évitant de plonger à des profondeurs presque inaccessibles sous un océan pour en étudier les formations.

Sur le lieu mythique des géologues du monde entier (Photo : André Laurenti)

« Géotimes » un lieu mythique des géologues

Nous remontons le wadi Jizzi et atteignons les premiers affleurements remarquables. Des amoncellements de laves en coussin (pillow-lavas) et aussi en forme de doigts, de gants, se dressent devant nous. Nous nous trouvons au pied du célèbre affleurement « Geotimes » nommé ainsi pour avoir fait la une du magazine scientifique dans les années 70. Ces laves formées à une profondeur de 3 300 m dans le golfe d’Oman, comportent des craquelures de rétraction lié au refroidissement de surface au contact de l’eau, ou encore présentent pour les pillow une prismation radiale. On peut également observer une première génération de basaltes, c’est à dire la lave vomie sur la fissure océanique, traversée par une deuxième génération de basalte plus clair, avec des dykes aux bordures figées.

Le célèbre affleurement « Geotimes » dans le wadi Jizzi. Photo : André Laurenti)
Le célèbre affleurement « Geotimes » dans le wadi Jizzi.
Photo : André Laurenti)

Trois épisodes volcaniques (tous trois basaltiques) ont été reconnus au toit de l’ophiolite, respectivement V1, V2 et V3 de bas en haut. Les laves V1, les plus abondantes, forment 1000 à 1500 mètres de pillow-lavas. Ces laves ont été alimentées par le complexe filonien à l’axe de la paléodorsale lors de l’expansion océanique. Les laves V2 ne sont pas présentes partout. Leur épaisseur atteint 1000 mètres. Elles se présentent également en pillow-lavas et en coulées massives. Elles se distinguent des laves V1 par leur couleur verdâtre et reposent directement sur les laves V1 ou n’en sont séparés que par une mince couche de terres d’ombre (retombées des fumeurs noirs). A l’affleurement Geotimes, on peut observer deux dykes nourriciers des laves V2 recoupant les pillow-lavas V1. Les laves V3 sont plutôt localisées et constituent d’épaisses coulées massives bien prismées sur 200 mètres d’épaisseur. Elles sont séparées des laves V2 par un épisode sédimentaire de 15 à 30 mètres d’épaisseur.

Détail d'un pillow lava (lave en coussin) pillow à prismation radiale. (Photo : André Laurenti)
Détail d’un pillow lava (lave en coussin) pillow à prismation radiale.
(Photo : André Laurenti)
Lave en forme de doigts de gants comportant des craquelures de rétraction (en croûte de pain) lié au refroidissement avec le contact de l'eau. (Photo : André Laurenti)
Lave en forme de doigts de gants comportant des craquelures de rétraction (en croûte de pain) lié au
refroidissement avec le contact de l’eau.
(Photo : André Laurenti)

Cette croûte océanique a été poussée pendant près de 20 Ma à des centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. L’échouage se poursuit encore de nos jours, mais pour l’instant ce mouvement n’a pas encore connu de collision continentale. Dans 2 Ma, une chaîne montagneuse naîtra et les ophiolites seront comprimées, déstabilisées, renversées et deviendront un peu comme celles du massif de Chenaillet dans les Alpes qui ont été transportées et hissées à 2 500 m d’altitude sur les hauteur du Col du Montgenèvre.

A l’ombre du fumeur noir

Lors de la deuxième nuit, le campement est dressé au pied d’un ancien fumeur noir dont nous faisons l ‘ascension (Latitude 24°190477 – Longitude 56° 528007). Lors de son obduction la lithosphère océanique a charrié avec elle comme par magie, ce qui fut jadis une source hydrothermale située à 2 300 mètres sous l’océan et l’a déposée sur le continent, comme c’est le cas ici pour la colline de Zuha, véritable amas sulfuré correspondant à l’accumulation de plusieurs fumeurs. La durée de vie d’une cheminée peut-être de plusieurs décennies ou siècles. Lors de sa création sous l’eau, il y a 100 Ma, le panache chargé en minéraux a constitué un monticule polymétallique composé de particules métallifères riches en manganèse.

La colline de Zuha représente le vestige d'un fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
La colline de Zuha représente le vestige d’un fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
En prenant de la hauteur on découvre l'étendu aride de la région. (Photo : André Laurenti)
En prenant de la hauteur,depuis ce fumeur noir, on découvre l’étendue très aride de la région.
(Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet du fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet du fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
Au sommet du fumeur noir. (Photo : Thierry De Gouvenain)
Au sommet du fumeur noir.
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Campement (Photo : André Laurenti)
Campement au pied du fumeur noir
(Photo : André Laurenti)
La nuit tombe au pied du fumeur noir, l'acacia du désert se détache en ombre chinoise. (Photo : André Laurenti)
La nuit tombe au pied du fumeur noir, l’acacia du désert se détache en ombre chinoise.
(Photo : André Laurenti)
Au premier plan le nappage de roche noire est appelé « terre d'ombre ». (Photo : André Laurenti)
Au premier plan le nappage de roche noire est appelé « terre d’ombre ».
(Photo : André Laurenti)
Montagne prismée, on peut observer dans ce site les 3 phases V1-V2-V3, des affleurements uniques sur un endroit réduit. (Photo : André Laurenti)
Montagne prismée, on peut observer dans ce site les 3 phases V1-V2-V3, des affleurements uniques sur un endroit réduit.
(Photo : André Laurenti)
De bas en haut on peut voir des basaltes très altérés, au dessus des radiolarites et le tout recouvert par un nappage de « terre d'ombre ». (Photo : André Laurenti)
De bas en haut on peut voir des basaltes très altérés, au dessus des radiolarites
et le tout recouvert par un nappage de « terre d’ombre ».
(Photo : André Laurenti)

Dans les environs de ce fumeur, on a pu remarquer un nappage noir de roche appelé « terre d’ombre » riche en métaux. Il s’agit d’accumulation des retombées du panache hydrothermal déposée à distance. Ces terres d’ombre recouvrent une couche de radiolarites, une strate sédimentaire qui renferme des radiolaires, c’est à dire des petites coques siliceuses d’organismes de taille comprise entre 1 mm et 1 cm vivant dans les mers chaudes et qui ont été protégées de toute dissolution par ces dépôts de « terre d’ombre ».

Terre d'ombre au premier plan face au fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
Terre d’ombre au premier plan face au fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
Nature morte (Photo : André Laurenti)
Nature morte sur terre d’ombre
(Photo : André Laurenti)

Le complexe filonien

Après avoir vu les différents épanchements superficiels de cette dorsale rapide (lave et le nappage des fumeurs noirs), il est intéressant de voir ce qu’il y a en dessous, de voir l’intérieur de cette véritable usine chimique de recyclage des roches, avec avant tout, les passages par lesquels va se faufiler la lave et qu’on appelle le complexe filonien, mais comment se forment-ils ?. Par étirement des deux plaques océaniques, l’épais couvercle de basalte du réservoir magmatique va se fissurer verticalement sur une zone de faiblesse et laisser le passage au magma qui va remonter en surface et donner des pillow lavas. Au bout de quelques temps, l’éruption va s’arrêter, le basalte se fige dans la fissure, il devient un filon et en même temps un point dur. Mais ce n’est pas terminé, si on étire une seconde fois, il va se reformer une fissure, parallèlement à la première, et souvent même à côté. Si l’on répète cette opération plusieurs fois, l’espace compris entre le réservoir et les pillows superficiels sera constitué d’un cortège de filons ou de dykes côte à côte. Là encore, nous avons eu l’occasion d’observer tout cela à l ‘air libre sans avoir à entrer dans les entrailles de la terre. Nous observons dans ce wadi un réseau de dykes verticaux, placés les uns contre les autres, caractéristiques de ceux que l’on peut voir sur un axe d’accrétion d’une dorsale rapide standard (10 cm / an) et qui vont nourrir à la surface les coulées.

Complexe de dykes en feuillet d'ordre métrique à droite enraciné dans les gabbros. (Photo : André Laurenti)
Complexe de dykes en feuillet d’ordre métrique à droite enraciné dans les gabbros.
(Photo : André Laurenti)

Poursuivons notre plongée à l’air libre en suivant les filons vers le bas. Ces derniers nous conduisent directement dans la chambre magmatique qui se trouve dans la lithosphère, l’ultime palier dans lequel vient se stocker le magma avant sa sortie en surface.

Le moho du wadi Far

Cet étonnant voyage dans les entrailles de la terre nous fait découvrir à présent le Moho, une limite mise en évidence par Andrija Mohorovicic en 1909, comprise entre 8 et 10 km de profondeur sous les croûtes océaniques et qui correspond à la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre, c’est à dire l’endroit où l’on observe des modifications brutales de la vitesse de propagation des ondes sismiques. Dans le wadi Far à 3,5 km au sud de la localité Al Abyad, le Moho se présente comme une limite généralement nette entre la base de la croûte terrestre gabbroïque et le manteau. La croûte située au dessus du moho comprend des piles de gabbros lités, en dessous du moho figure la dunite et plus bas l’harzburgites. (lat : 23° 26.603’N – long : 57° 39.432’E)

Le wadi Haymiliyah (Photo : André Laurenti)
Le wadi al Haylayn peu après le village du même nom
(Photo : André Laurenti)
Les gabbros lités à alternance de lits clairs et sombres dans le wadi Haymiliyah. (Photo : André Laurenti)
Les gabbros lités à alternance de lits clairs et sombres dans le wadi al Haylayn.
(Photo : André Laurenti)
Le Moho constitue la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre (limite de la partie sombre avec les gabbros supérieurs) (Photo : André Laurenti)
Le Moho constitue la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre (limite de la partie sombre avec les gabbros supérieurs)
(Photo : André Laurenti)

Le manteau d’Oman est constitué principalement de harzburgites, auxquelles s’associent parfois des dunites, ainsi que des pyroxénites. On observe au sein de ce manteau trois principaux types de filons :

  • 1) des filons de gabbros réactifs, aux limites floues avec la péridotite : ils représentent le collectage in situ des gouttelettes de magma

  • 2) des filons de gabbros intrusifs, aux bords francs : ils correspondent aux zones de transfert du magma en route vers la chambre magmatique

  • 3) des filons plus tardifs traduisent des circulations de fluides hydrothermaux. Les filons réactifs et intrusifs se forment respectivement au niveau du manteau asthénosphérique (T>1150°C) et lithosphérique (T<1150°C.

La remontée de magma à travers le manteau peut se faire de deux manières : d’une part par fracturation hydraulique avec un magma qui ouvre sa voie en fracturant la péridotite par la pression qu’il exerce à la pointe de la colonne de liquide. D’autre part par écoulement poreux : le magma percole entre les joints de grains de la péridotite (notamment créés par la dissolution des pyroxènes de la harzburgite).

Les pods de chromite

Au cours de ce voyage nous avons pu échantillonner dans une carrière très serpentinisée, quelques morceaux de chromite, principal minerai de chrome. On dénombre environ 500 pods de chromite au sein de l’ophiolite d’Oman, qui ont été exploités de façon artisanale. Dans l’excavation que nous avons pu voir, environ 700 tonnes y ont été extraites. La chromite cristallise précocement, autour de 1 200°C, avant l’olivine, à partir du magma basaltique, dans des chenaux de transfert de magma au sein de la zone de transition. Ce minéral très dense (d=5) précipite à la verticale des chenaux et sédimente lorsqu’il rencontre un obstacle (zones en baïonnette des chenaux).

Après cette exploration anatomique de notre planète, un moment de tourisme nous remet les pieds sur terre. Nous faisons une halte dans la petite ville de Nakhal baignée par le wadi Ar Raqueem et dominée par l’imposant Fort. De forme irrégulière, cet édifice a été bâti sur le rocher dont il épouse le profil pour se préserver des envahisseurs.

Le fort de Rustaq (Photo : André Laurenti)
Le fort de Nakhal
(Photo : André Laurenti)

Le Wadi Bani Awf

Peu après la localité de Nakhal, nous empruntons la piste en direction du Jabal Shams (la montagne du soleil) situé tout en haut d’un plateau. Ce secteur montagneux est lacéré par de profondes vallées et de canyons étroits. Dans sa première partie, la piste évolue le long de la rivière, se faufilant dans une gorge aux parois escarpées jusqu’au village pittoresque de Bilad Sayt. Cette localité nichée dans l’étreinte protectrice des montagnes, conserve son charme et le sens de la solitude rurale. Le choix d’implantation sur le flanc d’un éperon, permet de laisser libre les espaces plats pour les cultures et pour sa traditionnelle palmeraie. Ce patchwork de champs accentue la beauté du site, bien à l’écart de l’agitation et du stress des villes.
La piste se fait plus cahoteuse et s’élève dans la montagne vers un autre village situé à l’écart de cette voie de communication et que l’on domine un peu plus haut.

La piste qui mène à Jabal Shams (Photo : André Laurenti)
La piste mène à Jabal Shams (la montagne du soleil)
(Photo : André Laurenti)
Village (Photo : André Laurenti)
Village de Bilad Sayt situé sur le versant Nord-Est des monts Hajar
(Photo : André Laurenti)
La piste poursuit son ascension dans un paysage minéral et aride. (Photo : André Laurenti)
La piste poursuit son ascension dans un paysage minéral et aride, tout en bas la vallée profonde d’où nous venons.
(Photo : André Laurenti)

Le 8 mars, après une nuit dans un bungalow de Jebel Shams à environ 2000 mètres d’altitude, nous partons randonner au petit matin dans le canyon de Jabrin. Il s’agit d’une véritable entaille profonde dans le djebel Akhdar, le principal massif des monts Hajar et dont le point culminant est le djebel Shams (alt. 3075 m). Un sentier de bergers fleurte tout le long avec le précipice dans un décor minéral impressionnant et tourmenté. De corniche en balcon, il conduit et se termine en cul de sac à un village abandonné au nom de As Sab et dont les terrasses de culture dégringolent jusqu’au bord d’un vide vertigineux. Les maisons faites de pierre et de pisé en partie écroulées, blotties contre et même sous la roche, dominent les restanques suspendues. Une source approvisionnait le village, une vasque est encore présente au dessus du village ce canyon le wadi Nakhr.

Départ du sentier pour le grand Canyon. (Photo : André Laurenti)
Départ du sentier pour le grand Canyon.
(Photo : André Laurenti)
Le cours d'eau tout au fond donne une idée de la profondeur du canyon. (Photo : André Laurenti)
Le cours d’eau tout au fond donne une idée de la profondeur du canyon.
(Photo : André Laurenti)
Au fond du canyon, la flèche indique la position du village. (Photo : André Laurenti)
Au fond du canyon, la flèche indique la position du village.
(Photo : André Laurenti)
On devine les planches de culture en terrasse. (Photo : André Laurenti)
On devine les planches de culture en terrasse.
(Photo : André Laurenti)
Le village abandonné (Photo : André Laurenti)
Le village abandonné d’As Sab abrité par des barres rocheuses
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En descendant de la montagne, nous retrouvons les petites oasis et ses villages pittoresques au charme oriental.

Au dessus de la palmeraie, un ancien village se fait discret. (Photo : André Laurenti)
Au dessus de la palmeraie, un ancien village se fait discret.
(Photo : André Laurenti)

Nous faisons étape ce soir à Tanuf, une localité située au pied du djebel Akhdar entre Al Hamra et Nizwa. A proximité de notre campement est implanté l’ancien village en ruine qui fut bombardé par la Royal Air Force britannique en 1957 pour mettre fin à un mouvement de révolte.

Village (Photo : André Laurenti)
L’ancien village de Tanuf
(Photo : André Laurenti)
Les ruines de Tanuf (Photo : André Laurenti)
Les ruines de Tanuf
(Photo : André Laurenti)

Dans la localité de Bahla, a été construit à la fin du XVIIe siècle Jabreen Castel. Cet édifice se différencie des autres forts par le fait qu’il n’a pas été construit en période de guerre, mais plutôt en temps de paix. Ce palais de forme rectangulaire comprend trois niveaux flanqués de deux tours à chaque extrémité en diagonale, et possède à l’intérieur de nombreuses salles destinées aux repas, aux audiences, aux réunions, il y a aussi une bibliothèque et des salles de classe.

Le fort (Photo : André Laurenti)
L’imposant Jabreen Castel
(Photo : André Laurenti)
Fort (Photo : André Laurenti)
Cet édifice a été construit à la fin du XVIIe siècle
(Photo : André Laurenti)

Plus loin dans la vallée, nous atteignons Nizwa la perle de l’islam, la ville la plus visitée d’Oman. Elle représente le cœur du pays avec ses forts, ses cités mystérieuses abandonnées, ses habitations empilées comme des contreforts soutenant la montagne.

Ville (Photo : André Laurenti)
Ancien village avec ses maisons empilées comme des contreforts soutenant la montagne
(Photo : André Laurenti)
L'oasis (Photo : André Laurenti)
La grande oasis de Nizwa
(Photo : André Laurenti)

Des dunes à la mer d’Arabie

Le voyage se poursuivit ensuite vers des terrains moins chaotiques, au relief plus doux. Nous voici dans le désert de Ramlat al Wahaybah, l’un des plus grands champs de dunes à l’Est du pays. Les dunes s’étendent à perte de vue, un sable ocre perturbé par la présence de quelques dromadaires, mais ou règne une grande solitude auquel vient s’ajouter le silence absolu si caractéristique du désert. Cette étendue de sable d’environ 80 km de large par 200 km de longueur, est tout de même habitée par trois mille bédouins éleveurs de chèvres et de dromadaires, malgré un soleil de plomb.

A la limite des premières dunes, c'est le réveil (Photo : André Laurenti)
A la limite des premières dunes, c’est le réveil
(Photo : André Laurenti)
A la recherche d'une inspiration. (Photo : Thierry De Gouvenain)
A la recherche d’une inspiration
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Ondulation (Photo : André Laurenti)
Les dunes se colore à l’aube et au crépuscule
(Photo : André Laurenti)
On ne sait jamais, une panne et si vite arrivée ! (Photo : André Laurenti)
On ne sait jamais, une panne et si vite arrivée !
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Après la traversé du désert, une halte s'impose au garage du coin pour gonfler les pneus (Photo : André Laurent)
Après la traversée du désert, une halte s’impose au garage du secteur pour gonfler les pneus
(Photo : André Laurenti)
Nous atteignons la mer d'Arabie accueillis par des enfants (Photo : André Laurenti)
Nous atteignons la mer d’Arabie sous les regards amusés des enfants
(Photo : André Laurenti)
Nous atteignons enfin la mer d'Arabie (Photo : André Laurenti)
Un peu de bois ramassé au bord des pistes, permettra de faire quelques grillades
(Photo : André Laurenti)
L'astre disparaît petit à petit (Photo : André Laurenti)
L’astre s’enfonce petit à petit dans la mer d’Arabie
(Photo : André Laurenti)

Le littoral au Sud-Est de Mascate est très varié avec ses plages de sable et ses criques. Al Wasta Governate est une vaste zone composée de marais salants et de crêtes rocheuses, c’est là où nous avons choisi de nous poser. Le long du littoral, la plage est souvent accessible par des pistes quelquefois précédées par des bancs de sable dont il faut se méfier. Entre la route et la plage, des cabanes de pêcheurs souvent délabrées sont dispersées. Après la traversée du désert, nous plantons nos tentes sur de petites dunes, à deux pas de la mer. Une écharpe de sable blanc borde à n’en plus finir l’eau turquoise et claire de la mer d’Arabie. La plage s’endort, bercée par le doux ressac des vagues, telle une mélopée composée d’amertume et d’amour.

Paysage surprenant par rapport à ceux que nous avons vu jusqu'à présent (Photo : André Laurenti)
Paysage surprenant par rapport à ceux que nous avons vu jusqu’à présent
(Photo : André Laurenti)
(photo : André Laurenti)
(photo : André Laurenti)

Non loin de la plage, de petites étendues de sel affleurent, témoin d’un climat aride avec des taux élevés d’évaporation. Ces sebkhas sont couverts de croûtes de sel craquelées et hérissées. La région est surtout connue pour ses zones humides, elle représente un sanctuaire pour la faune avec en particulier des flamants roses, des hérons et autres oiseaux, grands amateurs de micro organismes.

Les micro organismes qui colorent l'eau constituent une friandise pour les oiseaux. (Photo : André Laurenti)
Les micro organismes qui colorent l’eau constituent une friandise idéale pour les oiseaux.
(Photo : André Laurenti)
Croûte de sel (Photo : André Laurenti)
Formation de croûtes de sel (sebkha)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : Thierry De Gouvenain)
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Bonne pêche ! (Photo : André Laurenti)
Bonne pêche !
(Photo : André Laurenti)
Les boutres, embarcations emblématiques du pays Photo : André Laurenti)
Les boutres, embarcations emblématiques du pays
Photo : André Laurenti)

Raz al Jinz représente l’un des sites de nidification des tortues de mer. Après avoir parcouru des milliers de kilomètres, les tortues viennent pondre sur la plage. Il faudra ensuite attendre cinquante jours pour voir sortir les bébés. C’est à ce moment que va commencer le voyage le plus dangereux de leur vie jusqu’à la mer en évitant les nombreux prédateurs. 1 à 2 seulement sur 1000 atteindront le grand bleu.
A la tombée de la nuit et avec quelques volontaires, nous descendons sur une plage pour tenter de voir ces tortues. Nous découvrons des traces sur le sable, mais pas de tortue.

L'une des plages (Photo : André Laurenti)
L’une des plages où viennent pondre les tortues
(Photo : André Laurenti)
A défaut de tortues (Photo : André Laurenti)
A défaut de tortues
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons le port pittoresque de la ville de Sour. Cette ville de 67 000 habitants est située au sud de la capitale.

la phare marque l'entrée du port de Sour (Photo : André Laurenti)
Le phare marque l’entrée du port de Sour
(Photo : André Laurenti)

Plissement en forme d’œil

Non loin de Sour, au détour d’un virage dans une gorge étroite, se dessine dans les strates épaisses de calcaire, une structure circulaire surprenante, un plissement de roche ressemblant à un énorme œil . Il s’agit de couches sédimentaires formées il y a environ 250 millions d’années (Permien) au fond de l’océan de la Téthys. Comme pour les ophiolites, ces roches ont été poussées sur le continent et pliées par des forces colossales. Le calcaire chauffé par les pressions exercées et les roches sus-jacentes, l’on rendu plus malléable, plus élastique, permettant d’être plié comme de la pâte à modeler, donnant ainsi cette forme d’œil.

L'oeil (Photo : André Laurenti)
Un plissement en forme d’œil
(Photo : André Laurenti)

Cet autre exemple extrêmement tourmenté, montre là encore, le plissement exercé sur la roche. Celle-ci a été pliée par la pression énorme et mise en rotation autour de 270 ° dans le sens des aiguilles d’une montre.

Plissement en rotation de la roche
(Photo : André Laurenti)
Autre plissement spectaculaire (Photo : André Laurenti)
Autre plissement spectaculaire d’un secteur extrêmement tourmenté
(Photo : André Laurenti)

Un peu plus loin, nous observons des schistes vieux de 300 Ma. Il s’agit d’un calcaire à haute teneur en argile ou en silice qui ont subi d’énormes pressions, provoquant une recristallisation de la roche.

Schiste de 300 Ma (Photo : André Laurenti)
Schiste de 300 Ma
(Photo : André Laurenti)

Le voyage au Sultanat d’Oman se termine le long des côtes rocheuses d’émeraude que d’admirables criques pénètrent.

La côte (Photo : André Laurenti)
La côte rocheuse pénétrée par d’admirables criques
(Photo : André Laurenti)

Près de Bandar Khayran, la mangrove Al Khayran est l’une des plus importantes de la région avec ces arbres qui vivent dans un milieu salé. La végétation dense fournit un abri idéal pour les poissons, les écrevisses et les oiseaux.

La mangrove Al Khayran (Photo : André Laurenti)
L’épaisse mangrove Al Khayran
(Photo : André Laurenti)

Références :

Les sources de cet article proviennent du fascicule remis à chaque participant. La majorité des documents présentés proviennent du Laboratoire de Tectonophysique de l’Université de Montpellier avec comme auteurs : Adolphe Nicolas et toute son équipe, notamment Emmanuel Ball.

Sulawesi (Indonésie)

En septembre 2005, c’est le retour en Indonésie mais cette fois pour découvrir l’archipel de Sulawesi plus connu sous le nom des Célèbes. Située entre Bornéo et les Moluques, la Sulawesi est traversée par l’équateur, le climat y est relativement chaud.

Jeannine, Maurice et moi même faisons connaissance de John qui sera notre guide durant 15 jours.

Pour se dégourdir les jambes, nous débutons le voyage par une promenade dans le parc de loisir de Bantimurung, riche en variété de papillons. C’est aussi un excellent endroit pour savourer un instant de fraîcheur.

En fin d’après midi c’est en pirogue que nous naviguons sur le lac Tempe, une belle balade qui nous mène dans un village de pêcheurs constitué de maisons flottantes. Des maisons à la dérive formant un village sans nom.

Au bout de deux jours nous entrons en pays Toraja, la région chère à John.

Le pays Toraja se prête merveilleusement à la balade de village à village, entre les rizières et dans des paysages magnifiques.

Les maisons torajas sur pilotis appelées Tongkonan, aux toits de bambou arqué, ressembleraient aux bateaux sur lesquels les Torajas arrivèrent en Sulawesi depuis probablement l’Indochine il y a 2000 ans avant JC. Leur riche décoration reflète la position sociale des propriétaires. Sur ce poteau qui symbolise le mât du navire, on cloue les cornes des bêtes abattues, un signe de richesse.

Ce peuple refoulé vers l’intérieur des terres par les nouveaux arrivants étaient encore chasseurs de têtes il y a quelques décennies. Les Torajas sont fiers avenants et gais.

Randonner sur cette terre, c’est l’occasion d’entrer en contact avec les habitants, dans leurs occupations quotidiennes et de voir combien ils vivent en harmonie avec la nature. On voit ici comment le bambou est utilisé.

Le peuple de chrétien animiste serait arrivé ici, chassé par les Bugis de religion islamistes, ils ont donc appris à cultiver et sont devenus d’excellents fermiers cultivateurs sachant utiliser la moindre parcelle de terrain. La civilisation Toraja comprend selon les estimations entre 300 000 et 600 000 personnes disséminées sur 3 500 km2 environ.

La randonnée est aussi l’occasion de rencontrer les enfants. Curieux ils accourent sur notre passage et vous saluent en criant « Hello mister » ils rajoutent parfois « Gulagula » qui veut dire bonbons.

Chez le peuple Toraja, le moindre évènement inauguration d’une maison, mariage etc… est l’occasion pour organiser une cérémonie. A cet occasion des dizaines de cochons enfermés dans des cages en bambou attendent d’être sacrifiés.

Dans la tradition Torajanais, les obsèques sont des cérémonies les plus honorées. L’ordre successoral est assez étrange : l’héritage n’échoit pas aux descendants, mais aux parents qui assurent au mieux le bien être du défunt, ou qui sacrifiera le plus de buffle lors des funérailles.

Au cours d’une cérémonie on construit des maisons, on réalise des extensions destinées à accueillir les invités. Au centre de la place sont sacrifiés les buffles dont l’importance détermine le bien être dans l’au-delà.

Quelques mois après cette cérémonie, une 2ème fête a lieu au cours de laquelle on érige un mannequin de bois Tau-Tau à l’effigie du défunt. Les ossements sont placés dans un catafalque derrière de petites portes de bois dans la roche. Les Tau-Tau prennent place au balcon et veillent sur les vivants.

Les défunts les plus riches seront portés dans une niche taillée dans une paroi rocheuse. Le mort sera entouré de toute sorte d’objet qui l’aura accompagné durant sa vie. Cela peut -être par exemple un paquet de cigarettes si le défunt était un fumeur.

Rantepao est en quelque sorte la capitale du pays Toraja.

Avec sa tour eiffel.

Nous quittons le pays Toraja pour nous rendre à Manado au nord de la Sulawesi, chez le peuple des Minahasa, le pays des gens souriants.

Sans tarder nous embarquons pour l’île de Bunaken, une île réputée dans toute l’Asie pour la beauté et la richesse exceptionnelle de ses fonds marins.

A bord d’un trimaran local nous nous rendons dans le parc national de Tongkoko. C’est l’occasion de voir des macaques, des kalaos et surtout d’apercevoir l’un des plus petits mammifères de la planète le tarsius.

La Sulawesi était entre le XVI et le XVII ème siècle renommée à travers le monde comme étant le fournisseur d’épices. Noix muscade et clous de girofle embaument les rues des villages.

C’est enfin l’approche des volcans qui commence et mon envie grandissante de fouler les terrains volcaniques. Sur les flancs du gunung Mahawu les cendres ont mis de la force dans la terre.

Ce strato-volcan surplombe la ville de Tomohon au centre du pays Minahasa. Les dernières éruptions ont eu lieu en 1952 – 1958 et 1977.

Depuis le bord du cratère on distingue 100 mètres plus bas un petit lac d’acide vert pâle, des marmites bouillonnantes, des solfatares et quelques faibles fumerolles qui sont émises sur son pourtour. Avec John nous descendons jusqu’à la terrasse qui surplombe le cratère, juste pour approcher de plus prêt.

En fin d’après midi c’est l’embarquement à bord d’un ferry traditionnel, plutôt rustique, pour 7 h de traversée qui nous mène sur l’île se Siau encore plus au nord et très proche des Philippines.

Le marché de Ulu est très pittoresque avec des fruits inconnus à peau de serpent et autre.
En Indonésie il n’y a pas de sots métiers, ici ce casseur de cailloux passe son temps à l’aide d’une massette à calibrer des cailloux destiné au soubassement de route etc…

Le petit village d’Ulu est situé au pied d’un volcan actif le Karangetang qui culmine à 1 782 mètres. L’accès au Karangetang n’est pas facile, nous montons jusqu’à 730 m d’altitude où nous installons les tentes dans la forêt.

L’extrême de la chaleur humide qui vous engourdit vous liquéfie dès le matin. Nous sommes obligés de rester couvert en raison des plantes et surtout de bêtes venimeuses.

Depuis que nous sommes sur cette île nous n’avons pas pu voir le sommet toujours enveloppé de nuage. L’accès au sommet est impossible par ici, cette seule voie d’accès est très risquée car elle emprunte le couloir dans lesquels descendent fréquemment les coulées de lave et aussi les nuées ardentes.

En janvier 2001 ce volcan a connu une activité explosive, le 28 janvier une coulée pyroclastique a dévalé les pentes sur plus de 1 500 m. Le 2 juin 2000 3 touristes ont été tués par une nuée ardente et en 1992 six habitants qui récoltaient des clous de girofle ont été tués aussi par une nué ardente.

On a vraiment le sentiment d’être sur une bombe à retardement dont on voit fumer la mèche sans en connaître la longueur.

En 45 mn de traversée en simple barque à moteur, nous débarquons sur l’île de Mahorok et Manung Pitaeng. Nous passerons la nuit à la belle étoile sur ce bout de terre appelé aussi l’île aux pirates.

De retour à Manado nous visitons le lac Linow étrangement coloré par les gaz sulfuriques dont d’innombrables bulles viennent éclater à la surface de l’eau

Java – Bali (Indonésie)

A la découverte des volcans gris – Juillet 2002

L’indonésien est le plus grand archipel au monde, il s’étale sur un arc de cercle de plus de 5 000 kilomètres entre la pointe nord de Sumatra à l’extrême Est d’Irian Jaya. Il comprend pas moins de 17 000 îles regroupant plus de 212 millions d’habitants, dont 115 millions se concentrent sur la seule île de Java soit 850 habitants au km2. Nulle part ailleurs qu’en Indonésie on ne trouve une plus grande densité de volcans. Ils sont très nombreux plus de 500 dont 128 sont toujours en activité. Ce volcanisme est la conséquence d’ une subduction expliquée par la convergence des plaques eurasiatique, indo-australienne et celle des Philippines. C’est le modèle d’un volcanisme gris dit de cordillère, particulièrement dangereux. Leur histoire est d’ailleurs jalonnée par de terribles catastrophes Pour ne citer que les plus importantes : l’éruption cataclysmale du Tambora en 1815 a provoqué la mort de 92 000 personnes, l’éruption du Krakatau en 1883 a provoqué l’explosion de l’île, générant un raz de marée dévastateur qui fit 36 000 morts. L’île de Java est véritablement la partie volcanique incontournable de l’archipel indonésien.

Après 17 h d’avion depuis Nice via Amsterdam et Kuala Lumpur en Malaisie, j’atterris enfin à Jakarta la capitale de l’Indonésie. Une véritable fourmilière de 9 M d’habitants.
En attendant l’arrivée des bagages, je fais la connaissance d’Odile et Yves, un couple de Grenoblois membre du Club Alpin. Pas question pour eux de rester à Jakarta, ils partent immédiatement en bus pour Bogor.
Il en est de même pour moi, je vais me diriger vers le volcan le plus proche. A peine sorti de l’aéroport, je prends le train pour la ville de Bandung, son altitude moyennement élevée offre une température beaucoup plus clémente que sur le littoral.

Le Papandayan

Au sud-est de Bandung se trouve un groupe de volcans dont le Galunggung qui a connu sa dernière éruption en 1982 et le Papandayan. Au petit matin un minibus volkswagen me conduit à Cisurupan situé au pied du Papandayan. Tout au long des 90 kilomètres qui séparent Bandung de Cisurupan, il est de coutume de rentabiliser au mieux le transport, alors le chauffeur racole et « entasse » les personnes récupérées tout au long du trajet. Nous atteindrons dans la souffrance des courbatures, le nombre de vingt cinq passagers à bord de ce bemo public, il est difficile même de voir défiler le paysage. Les déplacements dans ces conditions « extrême » sont certes pour nous européens inconfortables et inconscientes mais cela fait partie de la vie quotidienne locale et tout ce passe sans énervement, sans agressivité tout simplement dans cette bonne humeur qui caractérise en général les indonésiens et les indonésiennes.
Arrivée dans le petit village de Cisurupan, je change de moyen de locomotion, c’est sur une moto pétaradante que je ferai les dix derniers kilomètres restants jusqu’au départ du chemin pour le cratère Kawah Mas (cratère doré) du Papandayan.

Torrent fumant sortant du Papandayan. (Photo : André Laurenti)
Torrent fumant sortant du Papandayan.
(Photo : André Laurenti)
Je suis surpris de voir autant d'activité. (Photo : André Laurenti)
Je suis surpris par l’activité fumerollienne importante.
(Photo : André Laurenti)
L'intérieur de ce volcan est plutôt inquiétant. (Photo : André Laurenti)
L’intérieur de ce volcan est plutôt inquiétant.
(Photo : André Laurenti)


Le Papandayan (alt. 2 675 m) a une morphologie particulière, je suis surpris par l’activité fumerollienne très importante de ce volcan, avec des marmites de boue en ébullition, des vapeurs s’élèvent avec force de tous cotés. L’odeur de gaz y est insupportable, l’air est irrespirable, on sent le volcan vivre de toute part et cela a un peu quelque chose d’excitant. Autour de moi ça souffle, ça halète, ça siffle, des marmites de boue en ébullition sont concentrées dans son cratère ouvert vers l’est. L’état de ce volcan me rappelle des images d’un film de Maurice et Katia Krafft, les derniers instants d’un volcan prêt à entrer en éruption. Serai-je là, sur une véritable bombe à retardement ?

Le Papandayan. (Photo : André Laurenti)
Le cratère Kawah Mas qui veut dire cratère doré, porte bien son nom.
(Photo : André Laurenti)
De nombreux petits cratère fument un peu partout. (Photo : André Laurenti)
De nombreux petits évents fument un peu partout.
(Photo : André Laurenti)
Le soufre décore de nombreuses petites bouches. (Photo : André Laurenti)
Le soufre décore de nombreuses petites bouches.
(Photo : André Laurenti)

Sa dernière éruption remonte en 1772, une avalanche de débris détruisit une quarantaine de villages faisant prés de 3000 victimes. Au cours de cette éruption, le Papandayan a perdu une partie de son sommet. Au cours de cette violente éruption une quarantaine de villages furent détruits faisant près de trois mille victimes. Depuis la végétation a colonisé toute la partie sommitale, ce qui ne donne pas l’impression d’être au cœur d’un volcan actif. Un torrent d’eau soufrée traverse le cratère et prend par endroit des couleurs vertes et jaunes. L’activité du Papandayan est actuellement réduite, malgré tout il fait partie des volcans les plus dangereux de Java.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
De petites aiguilles de soufre décorent les roches. (Photo : André Laurenti)
De petites aiguilles de soufre décorent les roches.
(Photo : André Laurenti)

Quatre mois après ma visite, le Papandayan est entré en éruption. En effet, le 11 novembre 2002 exactement six bouches propulsèrent un panache imposant de cendres et de vapeurs jusqu’à 1000 m hauteur. Le 13 novembre entre 3 et 5000 personnes furent évacuées. L’éruption laissa dans la caldeira un paysage gris, désolé et sans vie. Mais, la zone géo-thermale, devenue méconnaissable, se rétablit petit à petit.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le masque est nécessaire dans cet enfer. (Photo : André Laurenti)
Le masque est nécessaire dans cet enfer acide.
(Photo : André Laurenti)


Je quitte l’entre du Papandayan, et redescendant à Cisurupan, juste en face, le Gunung Cikuray impose fièrement ses 2821 mètres.

Le Gunung Cikuray impose fièrement ces 2821 mètres. (Photo : André Laurenti)
Le Gunung Cikuray impose fièrement ses 2821 mètres.
(Photo : André Laurenti)

J’arrive à Pangandaran une délicieuse halte de farniente située sur la côte sud entre Bandung et Yogyakarta. Ce village de pêcheur est l’un des rares endroits de Java où l’on trouve de belles plages. Un décor tropical nacré, parfumé, dépourvu d’électricité, ce qui fait encore plus son charme. Une rencontre éphémère rend encore plus sublime ce lieu de rêve savourant le temps d’une nuit, la douceur javanaise. Fugitive beauté sous cette nuit étoilée, j’en garderai à jamais la mémoire.

Il est difficile de s’arracher à ces moments si voluptueux, je reprends la route le cœur chiffonné, la tête vers un ailleurs. J’arrive malgré tout à trouver mon chemin qui me conduit au bout de plusieurs heures à Yogyakarta. Je retrouve Jean-Bernard mon fidèle équipier d’aventure. Nous avions réalisé en 1985 un périple de quatre mois à vélo dans la Cordillère des Andes.
Yogyakarta, est la véritable capitale politique et morale du pays, elle est connue aussi pour son marcher aux oiseaux. Dans ses rues je découvre la civilisation du becak, un cyclo pousse actionné par un conducteur haut perché sur sa selle. Ce véhicule à trois roues, a une caisse assez basse et des garde boue généralement décorés de scènes kitsch. On en compte ici plus de 12 000 sillonnant les rues de Yogya.
Cette ville est aussi le meilleur endroit pour les achats de batik. Le tissu est lavé pour ôter l’amidon puis on procède à un bain de couleurs dans le teint le plus clair. Ensuite, les parties qui devront rester de cette couleur sont recouvertes de cire par points de sorte qu’elle s’étende absorbée par le tissu. L’opération se répète teint par teint graduellement plus foncés jusqu’à la coloration du dessin entier, un travail de patience et de minutie.

Le Merapi

Ce soir nous irons dormir à la belle étoile sur le flanc du volcan Merapi, mais avant nous faisons un petit crocher à l’observatoire de Yogya.
Considéré comme l’un des volcans les plus dangereux au monde, le Mérapi qui signifie « rouge feu » dresse fièrement ses 2 911 m d’altitude à 30 km seulement de Yogyakarta. 1.3 million d’habitants vivent au pied, prêts à défier les tempêtes du volcan. Les villages et les terres de culture couvrent les pentes jusqu’à 1 500 m. Au delà le gouvernement a décrété une zone interdite. Les produits des volcans permettent l’incroyable fertilité des sols, à Java et Bali, deux récoltes de riz peuvent avoir lieu dans la même année. On raconte même qu’il suffit de planter un bâton dans la terre pour que des feuilles poussent ! Ainsi, cette population a appris a cohabiter avec le monstre de feu dans le calme et la sérénité. Le volcan est certes généreux, mais quelques fois il emporte des vies. Les dernières éruptions meurtrières datent de 1930 – 1931, faisant 1 400 victimes, celle aussi de 1954, qui fit 54 victimes et enfin celle de 2010 qui provoqua la mort de 350 personnes et fit 150 blessés.

Eruption année 2006. (Photo : Atun Borguetou)
Le volcan Mérapi
(Photo année 2006 : Atun Borguetou)


C’est un énorme dôme d’éboulis dans un cratère égueulé, qui ne cesse de gonfler sous l’action de la pression. Ses éruptions se caractérisent par des nuées ardentes « awan panas » en indonésien et qui veut dire nuage chaux. A ce volcan andésitique, le risque associé aux lahars (coulée de boue qui se forment lorsque des pluies abondantes tombent sur les dépôts de cendres), constitue une seconde menace naturelle importante pour les populations.

Eruption année 2006 (Photo : Atun Borguetou)
Eruption année 2006
(Photo : Atun Borguetou)

Le Volcanological Survey of indonesia (V.S.I.), établi en 1920 et chargé de la surveillance des volcans indonésiens, a toujours étudié le Merapi d’une façon prioritaire. Dès 1924, un séismographe y fut installé, puis un observatoire complet fut établi à Yogyakarta en 1952. Depuis 1985, il est appelé Merapi Volcano Observatory (M.V.O.) et a été renommé Volcanology Technical Research Center (V.T.R.C.) en décembre 1997. Les diverses collaborations internationales (France, USA, Japon, Allemagne,…) ont fait du Merapi l’un des volcans le mieux surveillé au monde.

Les nuées ardentes constituent un risque volcanique majeur. (Photo : André Laurenti)
Les nuées ardentes constituent un risque volcanique majeur.
(Photo : André Laurenti)

Jean-Bernard, sa belle famille et moi même, montons passer la nuit à la belle étoile au dessus de l’observatoire de Babadan.

L'observatoire de Babadan situé sur les flancs du volcan. (Photo : André Laurenti)
L’observatoire de Babadan situé sur les flancs du volcan.
(Photo : André Laurenti)

Les avalanches de blocs incandescents ne sont pas très importantes. Pour réaliser cette photo j’ai dû laisser l’appareil en pose durant une bonne partie de la nuit. Au petit matin je n’avais plus de pile.

Des avalanches de blocs incandescents se produisent régulièrement. (Photo : André Laurenti)
Des avalanches de blocs incandescents se produisent régulièrement.
(Photo : André Laurenti)

En redescendant nous traversons des forêts de bambous de taille impressionnante. Au loin, face au Merapi, le Sumbing et le Sundoro dressent leur cône imposant.

En face du Merapi se dressent les volcans Sumbing et Sundoro. (Photo : André Laurenti)
En face du Merapi se dressent les volcans Sumbing et Sundoro.
(Photo : André Laurenti)

A l’ombre des volcans s’est épanouie une longue histoire et une culture florissante symbolisée ici par le temple bouddhique de Borobodur. Non loin de Yogyakarta, cet admirable édifice construit en pierre volcanique a été recouvert de cendres lors de la formidable éruption du Merapi en 1006. Ce joyau du patrimoine mondial, illustre les 10 degrés de transmutation humaine nécessaire pour passer de la réalité au Nirvana.

Nous quittons Yogyakarta pour Madium, la ville natale d’Atun la compagne de Jean-Bernard. La famille d’Atun habite à la campagne légèrement à l’écart de la ville et il est agréable de se balader dans les rizières toute proches.
Nous quittons Madium au petit matin et arrivons au village de Ranopani (2 200m) dans le courant de l’après midi. C’est d’ici que partent les ascensions pour le volcan Semeru, le point culminant de l’île de Java avec ses 3 676 m.

Voir le récit sur l’ascension du Semeru

Nous arrivons le soir fatigués de ces deux journées éreintantes, mais satisfait de cette belle ascension. La nuit fut réparatrice, si Jean-Bernard nous quitte, Odile, Yves et moi même poursuivons l’aventure à pied vers d’autres volcans. Nous retrouvons nos porteurs pour effectuer cette fois la liaison Ranopani, Cemoro Lawang en traversant l’immense caldeira du Tengger. Nous quittons les campagnes luxuriantes de Ranopani pour descendre dans la caldeira du Tengger grande par ses 11 km de diamètre et ses sept volcans.

Nous descendons dans l'immense caldeira de Tengger. (Photo : André Laurenti)
Nous descendons dans l’immense caldeira de Tengger.
(Photo : André Laurenti)
Le desert de sable volcanique de la caldeira de Tengger. (Photo : André Laurenti)
Le paysage lunaire de la caldeira de Tengger.
(Photo : André Laurenti)

La traversée du désert de sable volcanique ne représente pas vraiment de difficulté, seule la montée finale vers le village de Cemoro Lawang se fait un peu ressentir après l’ascension de la veille. Cette localité située sur le bord de l’immense caldeira est sans aucun doute le meilleur emplacement tout près des volcans.

La Batok à droite et le Bromo à gauche. (Photo : André Laurenti)
La Batok à droite et le Bromo à gauche.
(Photo : André Laurenti)

A 3h15 du matin c’est le réveil général, nous partons à 4h assister au lever du soleil depuis le mont Penanjakan à 2 702 m d’altitude. Le paysage apparaît par petites touches successives avec en toile de fond le Semeru que nous avons gravi. La caldeira de Tengger est parmi la plus belle au monde, seul un poète pourrait décrire cet enchantement. Au premier plan, le volcan Batok strié de profondes ravines à l’aspect d’un flanc renversé, à côté de ce gateau le cratère fumant du Bromo et tout au loin le Semeru.

Seul un poete pourrait en décrire cet enchantement. (Photo : André Laurenti)
Seul un poète pourrait en décrire cet enchantement.
(Photo : André Laurenti)
Au loin le Semeru nous lance un dernier signe. (Photo : André Laurenti)
Au loin le Semeru nous lance un dernier signe.
(Photo : André Laurenti)

Le Bromo (alt. 2 329 m) incarne le dieu Brahma, il est vénéré par le peuple hindouiste Tengger qui vit dans cette région montagneuse reculée. Chaque année la cérémonie du Kesada consiste à faire des offrandes au volcan. Deux cent cinquante marches sont à gravir pour atteindre le bord de son cratère. Ses colères, peu fréquentes peuvent faire des victimes, le 6 juin 2004 une éruption phréatique imprévisible a provoqué la mort de trois touristes et fait 7 blessés. Son cratère laisse échapper le panache blanc d’une activité fumerollienne permanente.

Le cône raviné du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le cône raviné du Bromo.
(Photo : André Laurenti)
Du haut des 250 marches on distingue le temple. (Photo : André Laurenti)
Du haut des 250 marches on distingue tout au fond le temple hindou.
(Photo : André Laurenti)
Le cratère du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le cratère du Bromo avec en tout arrière plan le flanc renversé du Batok.
(Photo : André Laurenti)
La bouche est (Photo : André Laurenti)
Le Bromo maquille sa bouche de soufre
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le Batok depuis le cratère du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le Batok depuis le cratère du Bromo.
(Photo : André Laurenti)
Le temple hindou au pied du Batok. (Photo : André Laurenti)
Le temple hindou au pied du Batok.
(Photo : André Laurenti)

Nous partons le lendemain un peu plus vers l’est, plus exactement à Paltuding au pied du volcan Kawah Idjen. Les ascensions se succèdent, réveil à 4h pour un départ à 5h. A la lueur des frontale nous partons pour ce volcan qui culmine à 2 600 m d’altitude. Le sentier s’enfonce parmi de hautes herbes sèches et, après quelques kilomètres, attaque enfin les pentes du volcan. La poussière brune est désormais mouchetée de cailloux jaunes qui nous indiquent la route à suivre car c’est du soufre pur. Tout à coup, parmi la végétation devenue luxuriante, le bruit grandissant de crissements saccadés nous parvient et, au détour d’un virage, j’aperçois un Indonésien descendre rapidement le sentier en trottinant. Il porte sur ses épaules une palanche dont les deux paniers en bambou tressé plient sous le poids des blocs de soufre qu’ils contiennent et émettent ce bruit caractéristique. Le porteur disparaît bientôt, tout aussi promptement qu’il était apparu. Plus haut, un autre homme s’accorde un moment de repos, assis sur un rocher il fume une kretek, ces fameuses cigarettes parfumées au clou de girofle qui leur donne cette saveur inimitable. Torse nu, le pantalon en lambeaux brûlé par les gaz volcaniques, l’homme, maigrichon et de petite taille, ne parait pas fait pour ce travail pénible de mineur. Je ne parviens même pas à soupeser la palanche qu’il transporte… Des années de dur labeur lui ont complètement déformé les épaules. Le sentier devient plus raide et glissant. Bientôt, le vieil observatoire volcanologique du Kawah Idjen apparaît et, derrière lui, quelques baraques en bois. Nous atteignons sans encombre les bords du cratère, la végétation est brûlée par les gaz acides.

Sur le bord du cratère, la végétation est brulée par les gaz. (Photo : André Laurenti)
Sur le bord du cratère, la végétation est brulée par les gaz acides.
(Photo : André Laurenti)

Devant nous, un paysage surréaliste, le plus grand réservoir d’acide sulfurique et chlorhydriques au monde. Kawah Idjen signifie cratère vert, il a comme dimensions 700 m de long par 600, une profondeur de 200 m soit un volume de 36 millions de m3 d’acide. Nous descendons parmi des amas de blocs saupoudrés de poussières sulfureuses. L’odeur piquante et irritante du dioxyde de soufre nous assaille de plus en plus.

Le lac acide (Photo : André Laurenti)
Le plus grand réservoir d’acide sulfurique.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)


Deux navigations en canot pneumatique ont été effectuées les 7 et 10 décembre 1998 par le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff et Nicolas Hulot. Les mesures effectuées dans cette soupe de satan ont donné une température de 24,6 à 24,9 pour un pH de 0.45.

L'air est irrespirable. (Photo : André Laurenti)
La solfatare libère du dioxyde de soufre en abondance.
(Photo : André Laurenti)
Le lac. (Photo : André Laurenti)
Depuis 1968 des hommes exploitent le soufre.
(Photo : André Laurenti)
Exploitation du soufre (Photo : André Laurenti)
Ces tubes permettent de canaliser le soufre liquide.
(Photo : André Laurenti)
Les exploitants opèrent sans protection. (Photo : André Laurenti)
Les exploitants opèrent sans protection.
(Photo : André Laurenti)


Une solfatare manifeste une importante activité sur le bord sud du lac. Elle libère du dioxyde de soufre en abondance. Depuis 1968, une mine y a été ouverte. Un ingénieux système de tuyaux de 10m de long et de 50cm de diamètre, permet de canaliser le soufre liquide orange qui cristallise en masse jaune citron. Débité en grandes plaques, le soufre est alors porté à dos d’hommes. 200 forçats du soufre transportent des charges de 70 à 90 kg dans des paniers jusqu’à la pesé situé à 4 km de là, et cela tout en dénivelée. Ainsi, de cette manière 5 à 6 tonnes de soufre sont extraites chaque jour.

Les paniers peuvent atteindre 80 kg (Photo : André Laurenti)
Les paniers peuvent atteindre 70 à 90 kg
(Photo : André Laurenti)
La pesé située à environ 4 km du lieu d'extraction. (Photo : André Laurenti)
La pesé située à environ 4 km du lieu d’extraction.
(Photo : André Laurenti)
L'attente avant de connaitre le poids transporté. (Photo : André Laurenti)
L’attente avant de connaître le poids transporté.
(Photo : André Laurenti)
Un camion transportera le soufre à l'usine de traitement. (Photo : André Laurenti)
Un camion transportera le soufre à l’usine de traitement.
(Photo : André Laurenti)

Dans l’après midi, nous descendons dans la benne d’un camion au port de Banyuwangi point de passage pour atteindre celui de Gilimanuk sur l’île de Bali. Nous traversons sur un ferry vétuste le mince détroit de Bali. Sur Bali notre route se sépare, Odile et Yves poursuivront leur voyage plus à l’est.

Quant à moi, les vacances s’achèvent, j’en profite avant le retour en France de faire en solo l’ascension du Batur à 1 717 m. Il y a bien sûr plus haut avec le volcan Agung le plus élevé de Bali, pointant à plus de 3 000 m, mais je ne me sens pas de tenter l’aventure. Je me contente donc du Batur et de ses paysages. Il s’agit d’un complexe de cratères inscrits à l’intérieur de deux caldeiras, la première formée il y a 20 000 ans et la seconde il y a 50 000 ans. Le site renferme d’anciennes coulées de lave, un lac, et les traces des dernières éruptions de juillet 1999 et février 2000.

La caldeira du Batur est occupé par un lac. (Photo : André Laurenti)
La caldeira du Batur est occupé par un lac.
(Photo : André Laurenti)

Le Batur est d’escalade très facile. Le sol est chaud par endroit, et les fumerolles nombreuses. J’atteins le sommet au levé du soleil. Les singes profitent des premiers rayons de soleil pour se réchauffer. Au sud-est le mont Agung 3 142 m apparaît juste derrière le mont Abang.

Le levé du soleil tout en haut du Batur. (Photo : André Laurenti)
Le levé du soleil tout en haut du Batur.
(Photo : André Laurenti)
Le gunung Agou. (Photo : André Laurenti)
Le mont Agung 3 142 m en arrière masqué par le mont Abang.
(Photo : André Laurenti)
Sur les flancs du volcan. (Photo : André Laurenti)
Sur les flancs du volcan.
(Photo : André Laurenti)
Les cratères du Batur. (Photo : André Laurenti)
Les cratères du Batur.
(Photo : André Laurenti)
Le Batur le dernier volcan de ce voyage. (Photo : André Laurenti)
Le Batur le dernier volcan de ce voyage.
(Photo : André Laurenti)

Bali est l’île bénie des dieux, elle respire encore le charme et la beauté face à l’invasion touristique, ainsi les balinais conservent leur calme et leurs coutumes. Quel plaisir de voir, au petit matin, hommes et femmes déposer leurs offrandes devant leur demeure et décorer de fleurs les marches des habitations. Après ses nombreuses ascensions, il est temps de savourer la douceur des rizières verdoyantes, celles-ci dessinent de jolies courbes où danse la lumière.

Les balinais ont un calendrier de fêtes très chargé, dont certaines sont dédiées aux volcans. Ces montagnes incarnent les forces du bien, les forces de la vie, ils sont aussi à l’origine du monde. A l’opposé, la mer est le domaine des forces du mal, des ancêtres et de la mort. A Kuta une cérémonie anime la ville. Le gamelan, orchestre de gongs, cymbales et tambours, accompagne la procession. Tous ont revêtu leur tenue de cérémonie sarung brun foncé ou noir, chemise noire ou veste blanche pour certains turban noir ou jaune, ceinture sacrée jaune. En cette occasion, un agneau sera sacrifié sur l’océan indien à l’abri des regards.

Ainsi s’achève ce tout premier voyage en Indonésie, sur cette plage de Kuta très fréquentée par les surfeurs australiens, Kuta qui fut tristement célèbre trois mois plus tard, par le double attentat le 12 octobre 2002.

Népal : le tour des Annapurnas

Tour des Annapurnas – novembre 1987

Le Népal est un petit royaume coincé entre deux géants, l’Inde et la Chine. C’est ce petit état que Ghislaine et moi avons choisi pour aller randonner sur les sentiers des géants de l’Himalaya, le tour des Annapurnas. Le Népal évoque encore pour certains, la drogue et les hippies, mais tout cela n’est que passé, cette époque est pratiquement révolue et nul ne s’en plaint.
Le grand tour des Annapurnas commence à Dumré, dans un premier temps nous remonterons la vallée de la Marsyandi pour atteindre après sept jours de marche, le village de Manang à 3 500 m d’altitude. Puis nous franchirons le Thorung La un col situé à 5 400 m d’altitude, la principale difficulté de cette randonnée. Le retour se fera par la vallée de la Kali Gandaki et nous terminerons ce circuit sur les rives pittoresques du lac de Pokhara.

Omniprésent au Népal les yeux fascinants de Bouddha voit tout du haut du grand stupa.
(Photo : André Laurenti)
Un des nombreux petits temples de Katmandou.
(Photo : André Laurenti)

Au centre du plateau népalais, Katmandou la capitale se situe à 1 340 m d’altitude. Son nom signifie en dialecte tibétain des Newars « Maisons de bois », elle est une sorte de ville musée avec ses innombrables temples, pagodes, palais et gompas. Le modernisme n’a heureusement pas gommé ce patrimoine d’exception, les fenêtres de certaines maisons sont de véritables chefs d’œuvres de bois sculpté. Des sanctuaires cachés dans des recoins, dans de petites cours nous déconcertent un peu. Très vite nous nous laissons emporter dans un dédale inextricable de venelles aussi surprenantes les unes que les autres. Au delà de Dubar Square, la vie est très intense, boutiques et marchés animent ces ruelles dans un parfum d’épices et d’encens. Les pilotes de rickshaw et les cyclistes slaloment avec une incroyable vélocité. Nous sommes pris comme dans un manège, dans un tourbillon qui nous arrache soudainement à la routine quotidienne. Tous les styles de vie se côtoient, toutes les époques se frôlent, nous sommes au cœur de Katmandou.

Les étales sont bien fournis. (Photo : André Laurenti)
Les étals du marché sont bien fournis.
(Photo : André Laurenti)

Au Dragon Hôtel le jour se lève, après les démarches administratives nous avons pu obtenir le visas et notre permis de treck indispensable pour effectuer le tour des Annapurnas. Une carte officielle que nous devrons faire tamponner dans certains points du parcours. Enfin, c’est le grand départ, désormais le destin est entre nos mains sur un terrain de choix pour une moisson d’images hors du commun.

Les jeunes vendeuses d'oranges de Katmandou. (Photo : André Laurenti)
Les jeunes vendeuses d’oranges de Katmandou.
(Photo : André Laurenti)
La rue est un théâtre, ici une maman masse son bébé. (Photo : André Laurenti)
La rue est un théâtre, ici une maman masse son bébé.
(Photo : André Laurenti)

« Namasté », c’est avec cette jolie expression que l’on vous salut partout. Elle signifie à la fois « soyez le bienvenu, bonjour, au revoir, heureux de faire votre connaissance, bonne route, mais sa signification profonde est en réalité celle-ci : « que toutes vos bonnes qualités soient bénies et protégées par les dieux ». Alors, dans ces conditions, comment résister à la tentation de visiter ce pays.
Nous démarrons notre aventure à Dumré, un village situé à 450 m d’altitude sur la route de Katmandou à Pokhara. Dans la plaine verdoyante de la Marshiandi, les paysans cultivent de façon rudimentaire. Les habitations aux chevelures de chaume divisent les champs cultivés en terrasses.

Un moment idéal pour éventer le grain. (Photo : André Laurenti)
Un moment idéal pour éventer le grain.
(Photo : André Laurenti)

Le portage est le moyen de transport le plus commun, que ce soit pour les besoins d’un village ou bien à la solde de touristes. Nous serons les témoins de ces longues marches titubantes, de ces parcours violents, de ces convois humains parfois difficiles à dépasser. Régulièrement de petits murets de pierres « les Chautaras » offrent aux porteurs et à nous aussi, un moyen de soulager le dos et de savourer un instant de repos.
Les enfants réclament sans cesse des bonbons, une demande créé par des touristes certes, pleins de bonnes intentions, mais c’est aussi le plus sûr moyen d’offrir en prime la carie dentaire, car les népalais mangent très peu sucré.
La vallée de la Marshandi se creuse progressivement, la haute montagne se rapproche. De frêles ponts suspendus nous dandinent au dessus des tourbillons d’écumes de la Marshandi.
Au grès de l’altitude ou le temps s’écoule sans heurt, l’habitat se fait plus montagnard.
Au détour de la vallée apparaît la face Est de l’Annapurnas II (7939 m), tandis que dans le dos, c’est le Manaslu qui pousse sa cime à 8156 m.
Après chaque journée de marche, nous trouvons sans difficulté un « loge » pour passer la nuit. Le soir, il est agréable de se rassembler autour du feu au milieu de la pièce principale. La didi confectionne des chapatis et sert le thé brûlant dans des gobelets en inox.
Depuis le départ, les distances n’existent plus et le temps parait s’oublier, il est difficile de s’arracher à de tels lieux. Stupas, chortens, drapeaux à prières, pierres gravées de sutras, l’orée de l’univers tibétain s’ouvre à nos yeux sous l’auspice des Annapurnas. Les moulins à prières restent des objets inertes tant que la main du dévot ne lui aura pas imprimé sa rotation.
Le pays des neiges est bien là, l’homme semble avoir apprivoisé l’inaccessible. De Pisang à Manang, le vent est chargé de convoyer le message vers les cieux. Manang sera le dernier village important de cette vallée, défiant de son plateau désertique les grandes murailles de glace.

L'habitat se fait plus tibétain. (Photo : André Laurenti)
L’habitat se fait plus tibétain.
(Photo : André Laurenti)

Nous nous accordons une journée de repos avant d’affronter le redoutable Thorung La. Le village de Manang constitue une limite psychologique dans le Tour des Annapurnas. A partir de là, beaucoup de randonneurs rebroussent chemin, à cause de l’altitude, ou bien peut-être par manque de confiance et de persévérance. Des conférences sur le sujet sont même données à Manang, ce qui incite parfois certains à renoncer.

A partir de Manang on commence à rencontrer des troupeaux de yacks. (Photo : André Laurenti)
A partir de Manang on commence à rencontrer des troupeaux de yacks.
(Photo : André Laurenti)

Nous profitons de cette journée pour balader sur les hauteurs de Manang et dépasser les 4 000 m. Nous nous dirigeons pour cela vers un monastère creusé dans la roche, un lama nous reçoit. Au cours d’une brève cérémonie, en faisant par à-coups tintinnabuler une clochette, il nous offre un navet et nous pose délicatement un collier de laine autour du cou. Tout ce rituel rassurant devrait nous permettre de franchir le col dans de bonnes conditions.

Le lama nous reçoit dans son monastère, une brève cérémonie permettra de franchir le col. (Photo : André Laurenti)
Le lama nous reçoit dans son monastère, une brève cérémonie permettra d’aider à franchir le col.
(Photo : André Laurenti)

Avant le passage du col, nous passons la nuit au refuge de Thorung Phedi à plus de 4 000 m, puis vers 4h du matin nous entamons l’ascension à la lueur des frontales. Au loin, les loupiotes des personnes parties plus tôt, permettent d’indiquer le direction à prendre. A partir de 5 000 m l’altitude se fait sentir, nous avons la sensation d’être écraser par le poids du sac. On multiplie de courts arrêts et péniblement nous arrivons enfin au sommet, quelle joie mutuelle nous anime, Gigi essuie quelques larmes, elle n’avait jamais atteint pareille altitude et ne savait pas si elle allait y arriver. Je suis sûr que le lama y est pour quelque chose. L’inquiétude est à présent derrière nous, de plus les conditions météorologiques sont excellentes, malgré l’eau gelée dans les gourdes, la présence du soleil permet d’ôter la doudoune, la polaire est suffisante.

Le jour est levé, le sommet approche.
(Photo : André Laurenti)
Ghislaine et moi atteignons enfin le col du Thorung La à 5 414m.
(Photo : André Laurenti)
Progressivement nous descendons dans la vallée de la Kali Gandaki. (Photo : André Laurenti)
Progressivement nous descendons dans la vallée de la Kali Gandaki.
(Photo : André Laurenti)

La descente sur Muktinath, le prochain village semble interminable, nous aurons marché ce jour là, près de neuf heures pour atteindre notre lieu de chute. Le paysage environnant devient désertique, il est l’œuvre patiente de l’érosion. Dans cet univers minéral, la nature a un côté fascinant fait de poussière et de vent. Un dernier clin d’œil en direction du Thorung La, puis au détour d’une colline, un troisième huit mille apparaît, le Daulaghiri (8 167 m).
Après le village de Jarkot, le chemin emprunte le versant ubac de la montagne, puis à l’extrémité de celui-ci, le paysage se fait en corniche surplombant les innombrables méandres de la Kali Gandaki. Le soleil couchant déploie sur le paysage toutes ses gammes d’or et de pourpre, il joue de nos ombres en les déformant, en les étirant à n’en plus finir, se prenant pour Modigliani. Les yeux dans la lumière, nous avançons l’âme animé d’une certaine joie de vivre, des moments éphémères certes, mais doté d’une telle intensité, une sorte de nirvana. Je me sens soudain étrangement habité par une certitude, celle d’être vraiment à ma place. Je savoure un présent instantané dont je m’applique à ne pas perdre la moindre miette.

Dans un étroit corridor ou les vents s’affrontent, nous atteignons la vallée de la Kali Gandaki dans laquelle coule le fleuve aux mille deltas. Cet immense canyon a toujours été l’une des grandes voies de communication entre les hauts plateaux tibétains et les plaines du Gange. Sans cesse, nous croisons les caravaniers du Mustang descendu à Pokhara pour y faire des échanges commerciaux.
Après la rude montagne, reprenons notre souffle et retrouvons la vie paisible des villages, chacun s’affaire à sa besogne quotidienne.

La vallée de la Kali Gandaki. (Photo : André Laurenti)
La vallée de la Kali Gandaki.
(Photo : André Laurenti)

Le chemin joue avec la Kaligandaki, il saute d’une rive à l’autre, puis s’élance à l’assaut d’une colline pour rejoindre un village et pour nous offrir comme un adieu, une vue saisissante sur l’Annapurna Dakshin, le Dhaulagiri et le Machapuchare (alt. 6 993 m).

Le Machapuchare (6993 m), son non signifie queue de poisson en raison de son double sommets. (Photo : André Laurenti)
Le Machapuchare (6993 m), son non signifie queue de poisson en raison de son double sommet. Il n’a jamais été gravi car cette montagne est sacrée par les népalais.
(Photo : André Laurenti)
Autre vue sur le Machapuchare. (Photo : André Laurenti)
Autre vue sur le Machapuchare.
(Photo : André Laurenti)
C’est un émerveillement à chaque contour d’un relief.
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons la plaine et enfin la ville de Pokhara terme de cette aventure. Un endroit idéal pour reprendre un peu d’énergie, le grand rêve s’achève sur les rives reposantes du lac de Pokhara.
Nous avons marché pendant 18 jours et perdu cinq kilos chacun sur ce chemin des porteurs, un chemin qui ne s’arrête jamais et pourrait durer toute une vie. Une piste immuable, hors de l’espace et du temps. Que les yeux de Bouddha veillent avec sérénité et compassion à ce que beauté et harmonie continuent à régner sur ce pays béni.

Semeru (Java – Indonésie)

L’ascension du Semeru (3 676 m)

Le Semeru est un strato-volcan qui se situe dans la partie orientale de Java. Il représente le point culminant de cette île mais aussi l’un des volcans des plus actifs et des plus dangereux d’Indonésie. Il se distingue par sa forme conique quasi-parfaite et se caractérise par son activité strombolienne avec une explosion environ toutes les vingt minutes. Son ascension est considérée comme une classique de l’alpinisme.

Je rejoints à Yogyakarta Jean-Bernard, un équipier d’expédition de longue date, qui termine sa troisième année sabbatique à Java. En compagnie d’Atun son épouse Indonésienne, ils ont tous les deux profité de cette coupure pour élever leurs enfants à la campagne plus exactement à Madium, là où habitent les parents d’Atun. Au moment des préparatifs, je retrouve par hasard dans la rue, juste devant l’appartement de Jean-Bernard, Odile et Yves un couple que j’ai rencontré quelques jours auparavant à l’aéroport de Jakarta. Ils sont tous les deux membres du Club Alpin Français (C.A.F.) à Grenoble et sont très intéressés par l’ascension du Semeru. Widodo un jeune voisin indonésien souhaiterait également se joindre à notre groupe. A bord de la voiture de Jean-Bernard, nous quittons tous ensemble Yogyakarta pour faire étape chez les parents d’Atun à Madium. Situé au milieu des rizières, le site est agréable et reposant.

Nous laissons au petit matin Madium et nous arrivons au village de Ranopani (2 200 m) dans le courant de l’après midi. C’est d’ici que partent les ascensions pour le volcan Semeru, le point culminant de l’île de Java avec ses 3 676 m.
Nous trouvons un logement chez Tasrip, l’unique auberge rustique du village. Nous occupons notre temps à la préparation des sacs et des affaires et à glaner des informations sur l’activité du volcan. Tasrip nous dit que le Semeru est un volcan français car il est visité majoritairement par des randonneurs de ce pays.
Nous recrutons quatre porteurs qui nous acheminerons le matériel jusqu’au camp de base à plus de 3 000 m.
Avec Jean-Bernard, nous rendons visite au prêtre protestant du village. Il nous reçoit en compagnie de sa femme dans sa confortable maison. Puis peu après, un groupe de français revient du sommet. Il loge également chez Tasrip. Nous dînons tous ensemble et c’est aussi l’occasion de récolter un peu plus d’informations. La soirée se termine par la danse du cheval ou les acteurs entrent en trance en se réincarnant. A l’aide de décoction à base de plantes, les danseurs peuvent devenir incontrôlables.

Aux premières heures de la matinée lorsque le ciel est parfaitement dégagé, je me rends sur les berges silencieuses du petit lac de Ranopani situé à l’entrée du village. C’est l’unique endroit où le cône parfait du Semeru se dévoile. Au dessus des futés encore plongées dans l’ombre du matin, le sommet est depuis un moment, inondé de lumière. De là, le Semeru semble proche, très proche et pourtant il faudra toute une journée de marche pour arriver à son pied. Soudain, un champignon blanc s’élève depuis le cratère, le panache aussitôt déformé est emporté vers l’ouest par les vents d’altitude avant de s’estomper dans l’atmosphère.

Depuis le village de Ranopani, le géant de Java produit des explosions environ toutes les 20 mn. (Photo : André Laurenti)
Depuis le village de Ranopani, le géant de Java produit des explosions environ toutes les 20 mn.
(Photo : André Laurenti)

Le départ vers le Semeru reste au village un événement, comme lorsqu’une expédition part pour l’ascension d’un sommet difficile et dangereux. Quelque fois on n’en revient pas.Il n’y a pourtant pas de difficultés techniques mais il s’agit d’un volcan actif et un volcan demeure imprévisible.Le risque est donc bien réel.
Tasrip, sa femme, le prêtre et sa compagne, ainsi que quelques habitants sont là pour saluer le départ. Malgré l’isolement, ce peuple paisible a le sourire presque éternellement accroché au visage. Il a la mentalité dure et tendre des gens de montagne.D’abord discrets et observateurs, ils vous adoptent, puis vous apportent une confiance touchante. Au moment de partir, un léger frisson me traverse le dos comme si le volcan allait nous garder.
Nous passons au poste de contrôle du village signaler notre départ et signer le registre. La liste est longue et confirme ce que nous a dit Tasrip. Beaucoup de français viennent effectivement faire cette ascension. Mais nous ne serons pas les seuls, car en cette période de vacances scolaires les étudiants indonésiens en profitent pour faire des excursions. C’est d’ailleurs un plaisir de voir autant de jeunes faire de la randonnée. Moins bien équipés et entraînés, ils n’arriveront pas tous au sommet, mais l’essentiel n’est-il pas de se retrouver le soir au bivouac autour d’un bon feu de camp.

Le sentier commence par traverser en direction du sud-ouest, une campagne généreuse avec des choux, des poireaux et des oignons dopés à la cendre fertilisante du volcan sacré.
Puis, nous atteignons très vite le monde souverain d’une forêt humide exubérante avec ses fougères arborescentes, des arbres de haute futait. Au bout d’une dizaine de kilomètres, nous descendons légèrement vers le lac de Rano Kumbolo (2 400 m), un lieu paisible qui invite à se ressourcer.Nous marquons une pause délicieuse au bord de l’eau. Il était temps de reprendre des forces car la suite se complique avec le passage d’un col. La montée est longue et se fait tout en sous bois. Nous basculons ensuite vers une grande clairière envahie d’herbes hautes. Plus loin à 18 km du lac environ, nous atteignons la dernière clairière située au pied du volcan. Arcopodo, c’est là où viennent s’installer de nombreux randonneurs. Nous décidons de poursuivre jusqu’à la limite de la forêt. La pente à travers le sous bois est raide et par endroit ,on utilise les racines des arbres mises à nu par les pluies, pour se hisser.

L'ascension du Semeru se fait en deux jours. (Photo : André Laurenti)
L’ascension du Semeru se fait en deux jours.
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons enfin sur un petit replat à plus de 3 000 m d’altitude, que nous investissons rapidement pour en faire notre camp. Vingt mètres plus haut, la végétation s’arrête brutalement. Un autre univers commence sans vie, celui de la cendre. La fraîcheur commence à nous saisir et les porteurs ne sont pas encore arrivés.

Le campement est installé à la limite de la forêt et des pentes désertiques du volcan. (Photo : André Laurenti)
Le campement est installé à la limite de la forêt et des pentes désertiques du volcan.
(Photo : André Laurenti)

La nuit a été courte. A 2 heures du matin, nous déjeunons et commençons l’ascension. Widodo, le collègue indonésien qui est venu de Yogyakarta pour faire l’ascension ne se sent pas de monter et préfère rester dormir au campement avec les porteurs.
La pente est raide et le sol instable.Nous avançons au rythme de deux pas en avant un pas en arrière. Très vite, je m’essouffle. J’avance à petits pas serrés en zigzagant entre les ravines qui lacèrent partout les flancs du cône. Je m’arrête un instant, puis repart, et aussitôt j’entends mon pouls battre dans les tympans. A l’aide d’un bâton, je cherche à taton les sols de meilleure portance sans trop perdre de vue les quelques jalons qui indiquent le passage théorique. Je suis la lueur des frontales de mes camarades qui s’éloignent de plus en plus de moi. Cette ascension me semble interminable et inhumaine. Petit à petit, le jour commence à poindre à l’horizon. Le sommet est à présent plus loin, je tiens le bon cap. Enfin, je rejoins Odile, Yves et Jean-Bernard devant le drapeau qui matérialise le final. Ils ont déjà vu une explosion et quelques incandescences.

Le sommet du Semeru est à 3 670 m d'altitude. (Photo : André Laurenti)
Le sommet du Semeru est à 3 670 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)

Tout autour, le décor est monochrome constellé de matériaux projetés par le volcan. La pente s’infléchit en direction du cratère actif. Une arête souligne l’ancien cratère, séparée du nouveau seulement par une petite combe. Un vent balaie sans relâche le sommet, le froid se fait vif, mais le soleil ne tarde pas à réchauffer l’atmosphère de ses rayons généreux.

On distingue à gauche le petit panache du volcan Bromo. (Photo : André Laurenti)
On distingue à gauche le petit panache du volcan Bromo.
(Photo : André Laurenti)
L'ombre de la forme caractéristique des volcans gris. (Photo : André Laurenti)
L’ombre de la silhouette caractéristique des volcans gris.
(Photo : André Laurenti)
Le bord de l'ancien cratère. (Photo : André Laurenti)
Le bord de l’ancien cratère.
(Photo : André Laurenti)

Soudain, un bruit sourd retentit. Un panache gris de cendres apparaît et s’élève en bourgeonnant et en se décuplant au dessus de nos têtes. Quelques projections atteignent l’extérieur des lèvres du cratère. Par prudence, nous attendrons d’autres explosions avant d’approcher davantage.

Un champignon de cendres s'élève dans le ciel. (Photo : André Laurenti)
Un champignon de cendres s’élève dans le ciel.
(Photo : André Laurenti)
Situé en contrebas, le cratère n'est pas visible et il est bien trop dangereux d'en approcher. (Photo : André Laurenti)
Situé en contrebas, le cratère n’est pas visible et il est bien trop dangereux d’en approcher.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Des projections atteignent la combe séparant le nouveau de l'ancien cratère. (Photo : André Laurenti)
Des projections atteignent la combe séparant le nouveau de l’ancien cratère.
(Photo : André Laurenti)
On ne peut pas aller au delà en raison des projections. (Photo : André Laurenti)
On ne peut pas aller au delà en raison des projections.
(Photo : André Laurenti)

Je savoure cette victoire personnelle comme une belle revanche sur une santé défaillante. Il règne un silence de cathédrale interrompu tout les quarts d’heure par le bruit sourd des explosions. A présent, un mélange de joie et d’apaisement m’envahit ; j’ai le sentiment d’avoir rempli une mission. Je reste immobile scrutant l’horizon. Au loin, on devine le volcan Bromo avec ses volutes de vapeur. Tout en bas, une mer de nuages dévore progressivement la forêt jusqu’au pied du volcan, laissant émerger comme des îles, le haut des collines.
Nous restons quelques heures avant de redescendre au campement et de retourner dans la journée à Ranopani. Nous arrivons le soir fatigués de ces deux journées éreintantes mais satisfaits de cette si belle randonnée.

Karangetang

Île de Siau – nord Sulawesi – (Indonésie)

Le volcan Karangetang se trouve à l’extrémité nord de l’île de Siau au nord de la Sulawesi à 8 h 00 de bateau de la ville de Manado. Ce stratovolcan culmine à 1 784 m et comporte 5 cratères sommitaux suivant une ligne nord sud. Il est l’un des volcans les plus actifs de l’Indonésie avec plus de 40 éruptions enregistrées depuis 1675.
En 1974 une coulée de lave a atteint la petite ville d’Ulu et a gagné ensuite la mer. Aujourd’hui les stigmates de cette coulée ont presque disparu, les blocs ont été concassés en tout petits fragments par les habitants de l’île et utilisés pour divers aménagements. Plus tard, en 1982, une nuée ardente a tué huit personnes qui récoltaient les clous de girofle dans la forêt.

Le volcan Karangetang culmine à 1784 m d'altitude. (Photo : André Laurenti)
Le volcan Karangetang culmine à 1784 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)

Après 8 h 00 de traversée à bord d’un ferry, nous posons le pied sur l’île de Siau vers 1 h 00 du matin. Nous nous dirigeons d’un pas décidé vers un hôtel rustique pour terminer la nuit et récupérer du voyage.
Au matin nous découvrons l’agglomération d’Ulu, avec son marché pittoresque grouillant de monde, où se mêle les parfums d’épices et les odeurs nauséabondes. Un peu partout sur les trottoirs les clous de girofle et les noix muscade sèchent au soleil et embaument les quartiers. Il est vrai que cette île est réputée pour ses épices de qualité. Nous sommes apparemment les seuls touristes aussi la population, enfants et adultes nous interpellent sans cesse « Hello mister, where you go ».
Durant la journée le sommet du volcan est resté encapuchonné de nuage, nous ne savons pas à quoi il ressemble.
Dans l’après midi, un transfert en « bemo » (petit véhicule de transport) nous conduit à un petit village situé à 500 m d’altitude au pied du volcan. Là, un porteur nous attend. Nous bouclons les sacs à dos et nous voilà partis sur un sentier ombragé très agréable et qui s’enfonce progressivement dans la forêt. Le sol est infecté de iules jaunes et noirs que nous essayons d’éviter tant bien que mal. Au bout d’une heure de marche, nous traversons des coulées récentes avant d’atteindre le lieu de campement situé à 730 mètres d’altitude.

Coulée de lave assez récente que nous avons traversée pour atteindre le campement dans la forêt. (Photo : André Laurenti)
Coulée de lave assez récente que nous avons traversée pour atteindre le campement dans la forêt.
(Photo : André Laurenti)

C’est sur cette coulée que nous pourrons observer le sommet du volcan, le seul endroit bien dégagé. Mais pour l’instant il est toujours dans les nuages. En revanche, la vue en direction de la mer est remarquable avec ses nombreuses îles.

La coulée permet d'avoir une vue dégagée sur les îles. (Photo : André Laurenti)
La coulée permet d’avoir une vue dégagée sur les îles.
(Photo : André Laurenti)

Tout le monde s’affaire à monter sa tente dans cette forêt bruyante animée par le chant persistant des cigales. John et le porteur ramènent du bois pour le feu et griller le poisson pour le diner.
Ce soir, le Karangetang ne se montrera pas, il restera enveloppé d’une couverture nuageuse,
Alors que nous venions de terminer le repas, John est attiré soudainement par quelque chose qui bouge au dessus de sa tente. Dans l’obscurité il s’approche avec prudence et saisi aussitôt un bâton, il s’agit d’un scolopendre et celui-ci est de taille. John en a peur car au cours de son enfance, il a été piqué par ce gros mille-pattes venimeux, il a eu une forte fièvre pendant trois jours. D’un geste rapide il l’envoie dans le feu.
Avant de se coucher nous rentrons toutes les affaires dans la tente pour éviter de désagréables surprises. A l’intérieur la chaleur est suffocante, pas le moindre brin d’air, sans bouger je ruisselle de sueur, la nuit sera longue.
Au petit matin, nous redescendons à Ulu sans avoir aperçu le Karangetang. Durant la journée le temps ne sera pas avec nous, de fortes averses tombent par intermittence.
Au lendemain le manteau nuageux commence enfin à se dissiper et finalement à dévoiler le volcan. D’abondantes fumeroles s’échappent du sommet. En soirée nous ne distinguerons pas de rougeoiement .

Le volcan depuis la petite ville d'Ulu. (Photo : André Laurenti)
Le volcan depuis la petite ville d’Ulu.
(Photo : André Laurenti)
Le Karangetang constitue une menace pour la petite ville d'Ulu. (Photo : André Laurenti)
Le Karangetang constitue une menace pour la petite ville d’Ulu.
(Photo : André Laurenti)

Le gunung Mahawu

Sulawesi (Indonésie)

Le gunung Mahawu qui culmine à 1 324 m d’altitude, est situé à l’est du volcan Lokon – Empung. Ce strato-volcan comme son voisin, surplombe la ville de Tomohon au centre du pays Minahasa. Les dernières éruptions ont eu lieu en 1952 – 1958 et 1977.
Un sentier permet d’atteindre en une heure la lèvre extérieure du grand cratère. Il s’élève dans un premier temps, au dessus d’une campagne extrêmement riche et fertile. Les paysans y cultivent minutieusement les carottes, les oignons, les potirons et les choux. Cette abondance de légumes permet aux habitants de vivre correctement. Maurice grand amateur de piments scrute les plantations à la recherche de cette épice de feu.

Grâce à la présence du volcan le sol est extrêmement fertile. (Photo : André Laurenti)
Grâce à la présence du volcan le sol est extrêmement fertile.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

L’ascension n’est pas difficile mais c’est toujours la chaleur et le taux d’humidité qui incommodent. John qui est en grande forme marche beaucoup trop vite et janine n’arrête pas de lui dire de ralentir.
Au sommet on distingue 100 mètres plus bas le fond du cratère aux parois abrutes. On peut y voir un petit lac d’acide vert pâle, des marmites bouillonnantes, des solfatares et quelques fumerolles qui sont émises sur son pourtour. Avec John nous descendons jusqu’à la terrasse qui surplombe le cratère, juste pour approcher de plus prêt.

Cratère du Mahawu. (Photo : André Laurenti)
Cratère du Mahawu.
(Photo : André Laurenti)
Petits lacs de boue et d'acide du Mahawu. (Photo : André Laurenti)
Petits lacs de boue et d’acide du Mahawu.
(Photo : André Laurenti)

Comme c’est le cas sur la plupart des volcans indonésiens, le week-end le Mahawu reçoit la visite de nombreux jeunes étudiants qui viennent camper et profiter de ces lieux reposants.
Le ciel commence à se couvrir et la pluie fera son apparition à la descente.

Les trois petits lacs de couleurs différentes. (Photo : André Laurenti)
Les trois petits lacs de couleurs différentes.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Vers l'ouest le volcan Lokon pris depuis le cratère du Mahawu. (Photo : André Laurenti)
Vers l’ouest le volcan Lokon pris depuis le cratère du Mahawu.
(Photo : André Laurenti)
Sur le chemin du Mahawu. (Photo : André Laurenti)
Sur le chemin du Mahawu.
(Photo : André Laurenti)

L’ascension du Gunung Lokon

Sulawesi – Indonésie septembre 2005

Le Gunung Lokon culmine à 1 595 m au nord-ouest de la ville de Tomohon, il représente un ensemble volcanique qui est constitué de deux strato-volcans : le Lokon et l’Empung 1 340 m.
Sur le plan historique, le Lokon a connu durant le XXème siècle environ 16 éruptions. Ces sauts d’humeur ont principalement produit des panaches de cendres petits à modérés qui ont de temps en temps endommagé des cultures et des habitations. Des formations de dômes de lave et des coulées pyroclastiques se sont également produites. En février et mars 2003, il a donné quelques signes de réveil.

Le vallon asséché seul itinéraire possible pour atteindre le col puis le volcan. (Photo : André Laurenti)
Le vallon asséché seul itinéraire possible pour atteindre le col puis le volcan.
(Photo : André Laurenti)

Le cratère actif appelé Tompalvan se situe à 1 140 m au niveau du col qui sépare les deux volcans. Le Tompalvan possède une paroi verticale sur presque la totalité de la circonférence du cratère. Toutefois on peut descendre et atteindre une terrasse située 50 m plus bas pour approcher les fumerolles et les dépôts de soufre. Partie à pied depuis l’hôtel de Tomohon à 10 h 20, nous traversons une grande carrière d’extraction de roches volcaniques. Dans sa partie inférieure, elle est exploitée par des engins mécaniques mais plus haut c’est l’homme qui l’exploite avec ses propres mains. Comme les bagnards de Cayenne, ces gens passent leur temps à casser les cailloux à la massette un par un. Au cours de la journée femmes et enfants viennent à leur tour apporter leur aide. C’est au bout de la carrière que l’ascension commence. Le passage se fait dans le fond d’un torrent asséché d’une dizaine de mètres de large et dont l’eau a poli et mis à nu la roche. De part et d’autre, la végétation est constituée d’herbes hautes coupantes, de quelques fougères arborescentes et de rares palmiers.

La roche volcanique lissée et polie par le ruissellement de l'eau. (Photo : André Laurenti)
La roche volcanique lissée et polie par le ruissellement de l’eau.
(Photo : André Laurenti)

Quelques ressauts se franchissent assez facilement John notre jeune guide grimpe avec agilité. L’air est pesant chaud et humide sans le moindre souffle, Maurice et moi suons à grosses gouttes, il est plus de 11 h et le soleil nous brûle la peau. Nous faisons des haltes répétées pour s’abreuver et se protéger un instant des rayons. Puis une pente régulière permet d’arriver progressivement jusqu’au col. Le sol est jonché de ponce et d’obsidienne nettement moins pure que celle de Lipari dans les îles Éoliennes. Nous arrivons enfin dans l’univers désertique et minéral du volcan, pas à pas le Tompalvan nous ouvre sa gueule. A l’intérieur, l’haleine blanche des fumerolles s’échappent de la paroi jouxtant le Lokon. John et moi descendons jusqu’à la terrasse, les fumerolles ne semblent pas être chargées en gaz, il s’agit plutôt de vapeur d’eau. Le masque n’est pas nécessaire, elles sont respirables, et ne provoquent pas de quintes de toux ni de picotements des yeux. John ramasse quelques plaques de soufre encore très chaudes que je range soigneusement dans un sac prévu à cet effet. Le temps ensuite de faire quelques photos et nous montons rejoindre Maurice. Il est plus de treize heures et la faim commence à se faire sentir, comme dit John « une bouteille qui pleure bien méritée nous attend « .

Depuis le bord nous surplombons le cratère et ses fumerolles. (Photo : André Laurenti)
Depuis le bord nous surplombons le cratère et ses fumerolles.
(Photo : André Laurenti)
Depuis la terrasse nous surplombons directement le cratère. (Photo : André Laurenti)
Depuis la terrasse nous surplombons directement le cratère.
(Photo : André Laurenti)
John notre jeune accompagnateur Toraja. (Photo : André Laurenti)
John notre jeune accompagnateur Toraja.
(Photo : André Laurenti)