Île de Fogo (Cap Vert)

L’éruption du volcan Fogo

Parti du 15 au 21 décembre 2014 avec un groupe d’Aventure et Volcans, ce voyage spécial volcan nous a permis de nous rendre sur l’éruption du Pico Fogo qui a débuté le 22 novembre au soir sur l’archipel du Cap Vert. Grâce à nos guides natifs de la zone sinistrée, nous avons pu pénétrer dans « Chã das caldeira » au pied du volcan et approcher les différents points d’activité.
Outre les journalistes et les photographes, notre groupe a été le premier à avoir été autorisé à pénétrer dans cette caldeira, dont l’accès a été interdit par les autorités locales depuis le début de l’éruption.

Pendant l'éruption, l'unique accès à la caldeira était contrôlé tous les jours par la police. (Photo : André Laurenti)
Pendant l’éruption, l’unique accès à la caldeira était contrôlé tous les jours par la police
(Photo : André Laurenti)

Présentation

L’archipel volcanique du Cap Vert révélé par les chansons de la célèbre Cesária Évora, comprend dix îles et huit îlots situés à environ 500km à l’ouest des côtes sénégalo-mauritaniennes et à 1 750km au sud de l’archipel des Canaries. Cette poignée d’îles toute d’origine volcanique, est dominée par l’imposant volcan Fogo qui culmine à 2 829 m au dessus du niveau de la mer, soit 7 000 m depuis le plancher océanique. Ce volcan formé sur l’île du même nom (476 km2), représente l’appareil le plus actif de l’ensemble des îles de point chaud de l’Atlantique centrale regroupant les Açores, les Canaries et le Cap Vert.

Cette galette de lave avance inexorablement formant des bourrelets de sable. (Photo : André Laurenti)
Cette galette de lave avance inexorablement formant des bourrelets de sable.
(Photo : André Laurenti)

Le Pico do Fogo s’inscrit dans la grande caldeira de Chã en forme de fer à cheval. Elle est large d’environ neuf kilomètres, formée par un effondrement latéral de grand volume vers l’Est. C’est dans cette dépression entre le cône volcanique et le pied du rempart de la caldeira que sont venus s’installer depuis plus d’un siècle les villages de Portela, Boca Fonte et Bangaeira. Ce site possédait des terres fertiles non touchées par les laves anciennes et récentes, celles-ci propices à la culture de la vigne avec une production viticole unique, fournissant un vin surnommé « manecon » ou « vinho do Fogo » qui n’est pas exportable. On y trouve également une modeste arboriculture fruitière, quelques cultures céréalières et un élevage de chèvres dont le lait donne un excellent fromage.

Le Pico Fogo (2 828 m d'altitude) et la boutonnière active située au pied sur le flanc nord-ouest. (Photo : André Laurenti)
Le Pico Fogo (2828 m d’altitude) et la boutonnière active située au pied sur le flanc nord-ouest.
(Photo : André Laurenti)

L’éruption de 2014

Le Fogo est entré en éruption le 22 novembre 2014 à 21h GMT, provoquant l’évacuation de populations proches du volcan et la coupure de l’unique route pavée qui dessert et traverse la caldeira de Chã. Il s’agit de l’éruption la plus importante depuis la toute dernière survenue en 1995 et qui a produit environ 30 millions de m3 de lave en un mois et demi d’activité.
Cette éruption comme celle de 1995, est fissurale, elle s’est produite dans la partie haute de la caldeira de Chã à environ 2 100 et 2 200 m d’altitude, au pied sud-ouest du cône volcanique. Plusieurs évents se sont ouverts le long de cette fissure environ six, produisant des fontaines de lave, des coulées basaltiques, des cendres et des gaz.
Cette éruption a gravement affecté les activités humaines sans heureusement faire de victimes. Le 26 novembre une branche nord de la coulée de lave a commencé par atteindre le village de Portela, détruisant plusieurs bâtiments dont le siège du Parc Naturel Fogo. Au fil des jours, le front de lave a poursuivi son avancée et son travail de destruction. Début décembre le Centre de santé, la Mairie, l’école et l’hôtel ont été détruits. Plusieurs citernes et réservoirs et des centaines d’hectares de terres agricoles sont désormais perdus recouverts par la lave. Le 7 décembre la coulée atteint la localité de Bangaeira provoquant d’importantes destructions. Pendant quelques semaines, l’aéroport de Sao Felipe a été fermé.

La boutonnière orientée nord-ouest sur le flanc du Pico Fogo. (Photo : André Laurenti)
La boutonnière orientée nord-ouest sur le flanc du Pico Fogo.
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la boutonnière observée dans la nuit du 16 au 17 décembre 2014. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la boutonnière observée dans la nuit du 16 au 17 décembre 2014.
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne
(Photo : André Laurenti)
Les manifestations des volcans rouges sont incontestablement les plus fascinantes. (Photo : André Laurenti)
Les manifestations des volcans rouges sont incontestablement les plus fascinantes.
(Photo : André Laurenti)
"Fleur de lave" (Photo : André Laurenti)
« Fleur de lave »
(Photo : André Laurenti)
La lave conserve sa chaleur et sa fluidité en s'écoulant en grande partie dans des tunnels que les spécialistes appellent "plomberie magmatique". L'incandescence apparaît uniquement sur les fronts de coulées. (Photo : André Laurenti)
La lave conserve sa chaleur et sa fluidité en s’écoulant en grande partie dans des tunnels que les spécialistes appellent « plomberie magmatique ». L’incandescence apparaît uniquement sur les fronts de coulées.
(Photo : André Laurenti)
La lave s'étire, se déchire formant des pointes et des écailles de roche. (Photo : André Laurenti)
La lave s’étire, se déchire formant des pointes et des écailles de roche.
(Photo : André Laurenti)
Ces laves basaltiques avoisinent une température de 1 000°. (Photo : André Laurenti)
Ces laves basaltiques avoisinent une température de 1000°.
(Photo : André Laurenti)
Les coulées de lave ne tuent pas, on a le temps de fuir, cependant elles détruisent tout sur leur passage. (Photo : André Laurenti)
Les coulées de lave ne tuent pas, on a le temps de fuir, cependant elles détruisent tout sur leur passage.
(Photo : André Laurenti)
La coulée se refroidit rapidement au contact de l'air, une croûte superficielle isotherme se forme conservant la lave plus fluide à l'intérieur. (Photo : André Laurenti)
La coulée se refroidit rapidement au contact de l’air, une croûte superficielle isotherme se forme conservant la lave plus fluide à l’intérieur.
(Photo : André Laurenti)
Langue de lave (Photo : André Laurenti)
Langue de lave
(Photo : André Laurenti)
La coulée s'est pétrifiée sur la piste alternative qui permettait d'atteindre le village de Portela. (Photo : André Laurenti)
La coulée s’est pétrifiée sur la piste alternative qui permettait d’atteindre le village de Portela.
(Photo : André Laurenti)

Quel est le devenir pour cette communauté d’agriculteur ?

L’activité explosive en perte de vitesse lors de notre visite le 19 décembre, a repris vers la mis janvier 2015 avec des émissions de cendre, les coulées de lave se sont poursuivies. Quant aux gaz, au cours de cette dernière semaine de décembre, les émissions de dioxyde de soufre (SO2) allaient de 1 500 à 3 000 t / j, ils sont nettement inférieur aux taux relevés en début d’éruption allant de 8 000 à 11 000 t /j. Les dégâts matériels sont considérables, une équipe d’évaluation et de coordination de catastrophe des Nations Unies rapporte que 1 076 personnes sont toujours déplacées. Les localités de Portela et Bangaeira ont été détruits à 100 % et 444,7 hectares de terres ont été envahies par la lave, dont au moins 120 hectares de terres agricoles.

Le village de Portela a pratiquement disparu sous la lave (Photo : André Laurenti)
Le village de Portela a pratiquement disparu sous la lave
(Photo : André Laurenti)
Le point d'émission de lave se situe à environ 3,5km du village de Portela. (Photo : André Laurenti)
Le point d’émission de lave se situe à environ 3,5km du village de Portela.
(Photo : André Laurenti)
Environ 500 maisons ont été détruites à Cha das caldeira. (Photo : André Laurenti) (Photo : André Laurenti) (Photo : André Laurenti)
Environ 500 maisons ont été détruites à Cha das caldeira.
(Photo : André Laurenti)
Les viticulteurs ont perdu une grande partie de leur production. (Photo : André Laurenti)
Les viticulteurs ont perdu une grande partie de leur production.
(Photo : André Laurenti)
Les habitants ont hissé sur les hauteurs du village, les biens qu'ils ont pu sauver. (Photo : André Laurenti)
Les habitants ont hissé sur les hauteurs du village, les biens qu’ils ont pu sauver.
(Photo : André Laurenti)

Beaucoup de sinistrés veulent retourner à Chã das Caldeiras qui malgré le danger, représente le grenier de l’île de Fogo avec son sol riche en sel minéraux. Les autorités avaient en projet la réalisation d’un parc et les effets dramatiques de cette éruption risque désormais de compromettre le retour des habitants. Toutefois, on parle de la reconstruction après la fin de l’éruption. Le Premier Ministre du Cap-Vert, venu célébrer Noël avec les sinistrés de Portela et Bangaeira, a indiqué la nécessité de mobiliser toute la société civile de Fogo et écouter les experts nationaux et internationaux, pour reconstruire Chã das Caldeiras. En attendant, les familles de nos deux guides ont tout perdu lors de cette éruption et espère revenir s’installer dans ce lieux dont la fertilité du sol représentait leur unique ressource . Les guides, par leurs contacts avec les touristes, espèrent apporter une aide complémentaire, pour cela, ils ont créé une association que l’on peut contacter à l’adresse suivante : caminhodeterra@gmail.com

La lave poursuit sa progression en mettant le feu aux cultures. (Photo : André Laurenti)
La lave poursuit sa progression en mettant le feu aux cultures.
(Photo : André Laurenti)
Vendredi 19 décembre, les coulées ont détruit la cave d'Edwin Lopes, ainsi que des cultures de vigne, de manioc et de haricots. (Photo : André Laurenti)
Vendredi 19 décembre, les coulées ont détruit la cave d’Edwin Lopes, ainsi que des cultures de vigne, de manioc et de haricots.
(Photo : André Laurenti)
Tourbillon de poussière provoqué par la chaleur au sol dégagée par les coulées de lave. (Photo : André Laurenti)
Tourbillon de poussière provoqué par la chaleur au sol dégagée par les coulées de lave.
(Photo : André Laurenti)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *