Santorin : faut-il y chercher l’Atlantide ?

En juin 1994, un peu plus d’une décennie après le tour de Crète à dos de vélo en octobre 1982, je me rends cette fois-ci en compagnie de Ghislaine, sur l’île mythique de Santorin. Cette petite perle appelée aussi Thera en souvenir d’un héros grec, « Theras », colonisateur de l’île vers 1000 avant J.C., se nomme aussi Kallisté, signifiant la très belle. D’une superficie de 76 km2, Santorin fait partie de l’archipel Grec des Cyclades comprenant 34 îles dont 25 sont habitées et d’innombrables petits îlots rocheux.
Ce joyaux en forme de croissant ouvert vers l’Ouest, comprend cinq îles : l’antique Thera la plus grande, le minuscule îlot d’Aspronisi, et Thirasia décrivent un anneau discontinu autour de la caldeira envahie par la mer et au centre duquel se trouvent Palea et Nea Kameni (la vieille et la Nouvelle Brûlée) formant le nouveau volcan émergé culminant à 134 m d’altitude au dessus du niveau de la mer.
Les bords internes de ce croissant sont escarpés et s’élèvent de près de deux cent mètres en falaises colorées au dessus de la rade. C’est dans ce cadre grandiose que se sont établies les localités de Phira ou Fira (le chef lieu), Oia et Imerovigli, bâtis sur les couches de roches et de cendres volcaniques.

Phira un balcon dominant la caldeira où sommeille le volcan
(Photo : André Laurenti)

Vers le Nord et l’Est le relief s’abaisse en pente douce vers la mer Egée. Cette configuration est le résultat d’une activité volcanique quasiment ininterrompue depuis 650 000 ans, au cours de laquelle plusieurs volcans se sont formés et ont été partiellement démantelés par les puissances colossales.

Le volcanisme de l’arc égéen

Santorin fait partie de l’arc égéen comportant neuf ensembles volcaniques, s’étirant du Nord-Ouest au Sud-Est : Crommyonia, Aegena, Methana, Poros, Milos, Santorin, Kos, Yali et Nisyros.
Pour certains, ce volcanisme a débuté dès le Pliocène (3.9 Ma), mais la majorité serait du quaternaire. Trois de ces volcans ont connu des éruptions historiques et sont donc considérés comme potentiellement actifs : Methana ( IIIe siècle avant J.-C. d’après les écrits de Pausanias), Santorin (plusieurs éruptions dont la dernière en 1950), Nisyros possède une activité fumerolienne et a connu des éruptions phréatiques à la fin du XIXe siècle (2).
Non loin de Santorin, il existe en mer une vingtaine de petits « seamounts » (volcan sous-marin), dont le plus important est le « seamount Colombus », un volcan actif dont la dernière éruption remonte à 1650. Il se situe à 7 km au Nord-Est de Santorin et à une profondeur de 18 mètres seulement (2).
Après une première tentative avortée, le verra-t-on un jour sortir définitivement de l’eau ?
Parmi tous ces volcans, Santorin reste en haut du « heat parade » grâce à l’éruption cataclysmale survenue vers 1650 avant Jésus-Christ, devenue la plus célèbre et à laquelle on lui  attribut le déclin de toute une civilisation.

Le volcan Nea Kameni né en 1707
(Photo : André Laurenti)

L’histoire volcanique de Santorin

Depuis environ 650 000 ans, Santorin a connu une bonne douzaine de périodes éruptives. Au moins quatre d’entre elles ont provoqué l’effondrement du volcan avec la formation d’une caldeira. La première remonterait à 180 000 ans environ, la seconde a donné naissance à la caldeira de Skaros entre 67 000 et 55 000 ans, la troisième a créé la caldeira du Cap Riva avec l’effondrement du volcan de Skaros, il y a 18 000 ans. Et enfin, la dernière et la plus célèbre, l’éruption dite minoenne avec l’effondrement de l’île centrale en 1 650 ans av. J.C.
Cette dernière éruption majeure de l’histoire de Santorin et sans doute la mieux étudiée. Cependant, son âge demeure encore imprécis.  La datation des végétaux retrouvés sur place, donne 1 650 ans av. J.C. Par ailleurs, un pic d’acide sulfurique a été relevé dans les glaces du Groenland, il révèle un âge d’environ 1645 ans av. J.C.
Il existe plusieurs propositions sur la configuration de l’île avant l’éruption. Certains optent pour une île qui avait presque la même forme qu’aujourd’hui, un peu moins morcelée, avec une caldeira en partie ennoyée et une île centrale.

Situation de l’île avant l’éruption minoenne
(Création : Androulakakis – Vougioukalakis (I.G.M.E.) )

L’éruption minoenne se serait décomposée selon les quatre phases suivantes :
– La première aurait débuté avec une éruption plinienne projetant un panache de 36 km de hauteur, recouvrant toutes les îles de ponces d’une hauteur maximale de 6 mètres (2).
– La seconde phase se distingue par de violentes explosions phréatomagmatiques provoquées par l’accès de l’eau de mer dans la bouche éruptive. Cette activité est à l’origine de déferlantes basales générant des dépôts de 12 mètres d’épaisseur (2).
– la phase trois correspond à la mise en place d’un tuf massif dont l’épaisseur atteint 55 mètres au bord de la caldeira. Cette phase est interprétée en termes de coulées de débris et de coulées pyroclastiques (2).
– Enfin la phase 4, la plus violente, correspond à des coulées pyroclastiques de nature ignimbritique sur 40 à 60 mètres d’épaisseur (2).

Les impressionnants dépôts de ponce
(Photo : André Laurenti)

Ces études ont conduit à une ré-évaluation du volume de magma émis à 60 km3 au lieu de 40 km3, ce qui pourrait représenter plus de 100 km3 de pyroclastites après vesiculation de la lave. Cette éruption pourrait ainsi être comparable à celle du Tambora (Indonésie) en 1815 (2).
Classé selon l’indice d’explosivité volcanique en VEI 7, l’éruption a sans aucun doute généré d’importantes anomalies climatiques.
Le déclenchement d’un tsunami reste encore une question débattue. Le volume de la caldeira formée à Santorin a été estimé 25 km3, moins important que le Krakatau avec un peu plus de 28 km3.  L’ampleur de la caldeira et de l’éruption a probablement généré un tsunami. Toutefois, l’existence d’une caldeira préalable à l’éruption moins ouverte que pour le Krakatau par exemple, a pu limiter les effets d’un tsunami. On ignore encore si l’effondrement de la caldeira a été brutal ou progressif.
En 2008, le débat est relancé avec la découverte de dépôts lié a un tsunami sur l’île de Crète, à Palaikastro.

Les îles Kameni

Depuis cette éruption paroxysmale, l’activité jusqu’à nos jours s’est concentrée à l’intérieur de la caldeira, là où émergent les îles de Kameni. Tout d’abord est apparue vers 46 – 47 av. J.C. Palea Kameni, puis Mikra Kameni entre 1570 et 1573. Plus tard, entre 1707 et 1711 apparaît Nea Kameni, puis une nouvelle éruption de 1866 à 1870 a réuni Mikra et Nea en soudant les deux îles.
Cette île culmine à 500 m au dessus du fond de la caldeira. Onze éruptions ont participé à la croissance de cette partie émergée et dont la toute dernière date de 1950 (2).

Carte géologique des îles Palea et Nea Kameni avec en gris Mikra Kameni
(Carte : Institut for the Study and Monitoring of  the Santorini Volcano )
A l’approche du volcan momentanément endormi
(Photo : André Laurenti)

Visite du volcan

En se rendant sur le volcan et au fur et à mesure que nous nous éloignons du petit port de Skala au pied de Phira, on distingue tout en haut de la caldeira la blancheur des petites maisons faisant penser à un manteau neigeux. Serait-ce une marque d’élégance ? un trait de maquillage de Kallisté pour se distinguer des autres îles ?

Accostage sur le volcan
(Photo : André Laurenti)

Une fois débarqué, nous randonnons sur ce volcan, conscient d’évoluer sur une cocotte minute momentanément en sommeil. Dans la baie de Mikra Kameni s’échappent des fumerolles autour desquelles viennent se former de petits cristaux de soufre. En arpentant ce milieu minéral, je découvre au bord du sentier, une bombe craquelée en croûte de pain.

Bombe en croûte de pain
(Photo : André Laurenti)
Cristaux de soufre dans la baie de Mikra
(Photos : gauche Ghislaine Cougnot, droite André Laurenti)
La chapelle des pêcheurs a proximité des eaux chaudes de Palea Kameni
(Photo : André Laurenti)

La crise de 2011-2012

Le dispositif de surveillance déployé sur Santorin a permis de suivre une activité sismique qui a duré de janvier 2011 à avril 2012, inquiétant fortement les insulaires. Cette crise s’est manifestée par une forte augmentation de l’activité fumerolienne et par une activité sismique accrue avec plus de 800 séismes le long d’un axe NE-SW passant par Nea Kameni (2).
Selon les mesures à partir d’une vingtaine de stations de geolocalisation GPS, la caldeira se serait dilatée de 5 à 9 cm durant cette période. Le Géophysicien Andrew Newman, de l’institut de technologie de Géorgie à Atlanta, a estimé que ce regain d’activité était dû à une montée de magma : 14 millions de mètres cubes de magma auraient ainsi rempli une chambre magmatique située à quatre kilomètres de profondeur sous l’île (4).
L’alerte a été levée en avril-mai 2012, sans se solder par une éruption. (2)

Répartition des séismes de janvier 2011 à septembre 2012
(Carte)
En haut de la caldeira, les villages s’accrochent en bordure de falaise
(Photo : André Laurenti)

Une destination touristique

Santorin est devenu une destination privilégiée des croisiéristes. De nombreux bateaux viennent mouiller devant le petit port de Skala au pied de Phira, le chef lieu de l’île. Autrefois, la prospérité économique des insulaires était fondée surtout sur le commerce, une véritable plaque tournante de part sa position. De nos jours, l’économie de l’île repose exclusivement sur le tourisme. Pour accéder aux villages tout en haut de la falaise, plusieurs possibilités s’offrent aux visiteurs, ils ont le choix de monter à pied en gravissant environ 600 marches disposées en pas d’âne, ou encore à dos d’âne, et enfin pour les moins courageux, par téléphérique.

Le petit port de Skala
(Photo : André Laurenti)
Depuis le port de Skala, pour atteindre Phira un choix s’impose, soit à dos d’âne, ou bien à pied ou encore en téléphérique
(Photo : André Laurenti)

Depuis les bords de la caldeira, les couchers de soleil représentent l’attraction à ne pas manquer. Un lieu extraordinaire ou l’on vient applaudir un spectacle naturel.
Les villages regroupent de petites maisons blanches cubiques dominées parfois par les ailes de moulins et parmi lesquelles se distinguent de petites chapelles ornées des caractéristiques coupoles bleus.

A gauche la cathédrale de Phira, à droite un des nombreux campaniles de Santorin
(Photos : André Laurenti)
Le bleu et le blanc et quelques fleurs offrent un charme exceptionnelle
(Photo : André Laurenti)

En observant ces empilements de constructions disposés en amphithéâtre au bord de la vertigineuse caldeira, on pourrait se demander si les parcelles de terrains à bâtir de Phira sont verticales. Une véritable quête éperdue pour avoir une terrasse, une fenêtre, sur le volcan et profiter de l’instant de grâce, la douce lumière du soleil couchant.

Un étal pittoresque de fruits et de légumes dans une rue de Phira.
(Photo : André Laurenti)

De petites ruelles paraissant donner sur un cul-de-sac, conduisent à de surprenants croisements, bordés de boutiques pittoresques ou de terrasses servant de cour à l’habitation. A l’extrémité Nord-Ouest se dresse fièrement le magnifique village suspendu d’Oia embrassant un beau point de vue sur la caldeira. Un chemin en balcon longe la falaise et permet de relier Oia à Thira.

Vue imprenable depuis le chemin en corniche de Thira à Oia
(Photo : André Laurenti)
Le village de Oia
(Photo : André Laurenti)
Couché de soleil à Oia
(Photo : André Laurenti)

Les petites maisons creusées dans la roche, les escaliers, les murs décorés de petits cailloux, les ruelles pavées et les fleurs font le charme d’Oia. La vue sur le volcan et l’immensité de la caldeira prennent ici une autre dimension. Il y a deux plages à Oia, mais leur accès n’est pas possible en voiture. Pour se rendre à celle d’Armeni, là précisément ou se trouve le petit port, il faut descendre 300 marches. Pour les moins téméraires celle d’Ammandi comprend seulement 200 marches.
Sur Santorin, les églises et les chapelles sont nombreuse, on en dénombre pas moins de 350. Elles sont érigées pour la plupart, par des marins que le Saint Patron a sauvé d’une forte tempête ou d’un autre danger.

Chapelle suspendue sur les parois vertigineuses de la caldeira
(Photo : André Laurenti)
Le petit port de Oia
(Photo : André Laurenti)

Vers le centre de Santorin, Pyrgos représente la localité la plus élevée de l’île.
La vigne est encore présente sur les sols fertiles de l’île, elle se cultive d’une manière bien particulière. Elle est taillée à ras le sol et les pieds sont enroulés en forme de corbeille afin de les protéger du vent souvent présent.  Le secteur viticole de Pyrgos est devenu célèbre et réputé avec des coteaux très bien exposés donnant un vin de caractère vif et d’une puissance aromatique. Les cépages abandonnés après le séisme de 1956, ont été repris et on peut y déguster la production sur place.

Les vignes sont enroulées en forme de corbeille pour les protéger du vent
(Photo : André Laurenti)

Santorin n’est pas exclusivement volcanique. Le mont Profitis Ilias représentant le point culminant de l’île (alt. 566 m) et le mont Mesa, sont un ensemble sédimentaire composé de calcaire triasique, antérieur au volcanisme de Santorin. Nous sommes surpris d’y découvrir une timide source.
De Perissa un sentier s’élève dans la montagne et permet d’attendre les ruines de l’ancienne Phira. A partir de ce chemin, une petite piste accède à une chapelle lovée dans la paroi rocheuse. Derrière elle se trouve une grotte avec une fontaine.

La localité balnéaire de Perissa à une quinzaine de kilomètres au Sud-Est de Phira
(Photo : André Laurenti)

Le site d’Akrotiri

En 1967, l’archéologue grec, Spyridon Marinatos (1901 – 1974) a mis à jour les vestiges d’une cité détruite et enfouie vers 1500 av. J.-C. par l’éruption volcanique de Santorin. Les vestiges de cette civilisation originale, caractérisés par un habitat richement décoré de fresques, semblaient apporter une réponse à l’énigme de l’effondrement simultané de la civilisation minoenne vers le IIe millénaire av. J.-C. Marinatos suggérait également d’associer cette catastrophe, à la fameuse disparition de l’Atlantide décrite par Platon dans Critias et dans Timée.
En s’inspirant de l’éruption du Krakatau qui eut lieu en 1883 dans le détroit de la Sonde, Marinatos imaginait que le volcan de Santorin était une île ronde de 12 km de diamètre dominée par un cône de plus de 1000 m de hauteur. Mais plus tard, les investigations menées sur le terrain ont montré que plusieurs éruptions cataclysmales se sont produites bien avant. L’aspect de l’île lors de l’éruption minoenne était sans doute peu différente de la forme actuelle.
Lors de notre visite, on a pu observer des rues bordées de maisons aux toits en terrasse et s’élargissant au gré de placettes. Ces habitations comportent deux à trois niveaux dotées parfois de colombages, une technique sismo-résistante renforçant les murs de pierres ou de torchis. Les maisons disposaient de salles de bains reliaient à l’égout. De nombreuses jarres ont été exhumées de ce site recouvert de six à sept mètres de dépôts volcaniques, un peu analogue à ceux qui ont recouvert Pompéï et Herculanum.

Marinatos soutient que le processus s’était déroulé en deux étapes : un tremblement de terre aurait d’abord ravagé Santorin, puis la Crète aurait été victime des effets de l’éruption volcanique. Mais, la théorie de Marinatos a été remise en question par les volcanologues. La montée de magma avant l’éruption ne s’accompagne généralement que de séismes de faibles intensités. Les gaz et les fumées servirent d’avertissement aux habitants, ce qui explique l’absence de corps et d’objets précieux sur le site archéologique d’Akrotiri. L’explosion du volcan, la troisième depuis le début du pléistocène, se situerait entre 1700 et 1520 d’après les datations au carbone 14. Les cendres récupérées dans les glaces du Groenland invitent à placer la catastrophe vers 1645.
Toutefois, Akrotiri a bien été affecté par un ou plusieurs tremblements de terre destructeurs dont on ne sait pas s’ils sont lié à l’éruption. Ces séismes dont on voit les traces se sont probablement pas produits pendant la phase éruptive. En effets, les habitants ont eu le temps nécessaire de reconstruire leur maison. Par endroit, les gravats n’ont pas été enlevés, mais utilisés pour rehausser le niveau de la rue. Des nouvelles ouvertures ont été réalisées ainsi que des escaliers. On observe des traces sur les marches d’un escalier fendues en leur milieu et comprimées.

Le séisme de 1956

Quoiqu’il en soit, des séismes destructeurs peuvent se produire à Santorin sans que ce soit associé à une éruption volcanique. Le dernier important et destructeur remonte au 9 juillet 1956, cet événement de magnitude 7.8 a provoqué la mort de 48 personnes, 200 furent blessées et plus de 2000 maisons ont été détruites (1). L’épicentre était situé au Sud de l’île d’Amorgos. Cet événement a généré un tsunami avec une amplitude de progression de 20 m sur Amorgos, 13 m sur Folegandros et 10 m sur Astypalia.

Présence d’arcs de décharge sur le bâti ancien de Santorin
(Photo : André Laurenti)
A Oia, on peut encore y voir les traces de ce séisme
(Photo : André Laurenti)
Les villages forment un réseau serré de maisons
(Photo : André Laurenti)

Le volcan d’Akrotiri

Non loin du site archéologique, nous nous dirigeons vers le Sud-Ouest et atteignons le cap Mavrorachidi. De là, nous découvrons la partie érodée du cône de cendres représentant le volcanisme d’Akrotiri (522 000 à 451 000 ans)  qui a marqué le début de l’activité de Santorin. Ce site est plus connu des touristes sous le nom de Red Beach.

Cône et spatters formés au cap Mavrorachidi sur la péninsule d’Akrotiri
(Photo : André Laurenti)
Red beach : un ancien volcan
(Photo : André Laurenti)

Conclusion

Avec l’affinement progressif  des datations, on pourra probablement trouver une explication plus crédible aux énigmes suscitées par l’éruption de Santorin. La destruction des palais minoens sur l’île de Crète remonterait à 1700 ans av. J.C. antérieur à l’éruption de Santorin. Les traces de séismes observées sur le site archéologique d’Akrotiri avant réparation, pourrait correspondre à un même événement qui aurait également affecté les palais en Crête. Par ailleurs, des traces de tsunami  générées par l’éruption de Santorin ont bien été découvertes à Palaikastro en Crète, mais il faudra attendre d’autres investigations pour en mesurer l’ampleur. Toutefois, il semblerait que la disparition du peuple minoen ne découlerait pas directement de l’éruption.
Quant au mythe de l’Atlantide, est il une légende ou bien une réalité ? s’il est admis que la configuration de l’île avant l’éruption minoenne était presque comparable à celle d’aujourd’hui, cela remettrait en cause la disparition d’une grande partie de l’île. Il est vrai que, élucider ce mystère détruirait cette légende si connue et tant aimée à Santorin.
Mais le secret du continent disparu se cacherait il plutôt sur la côte Atlantique de l’Espagne, comme le suggèrent certains chercheurs et également Platon ? Serait-il le site de Tartessos, dans la zone deltaïque du fleuve Guadalquivir, au delà des colonnes d’Hercule ? (5) Cet endroit a en effet été impacté par le tsunami généré par le terrible séisme de Lisbonne de 1755. L’épicentre était en mer, au Sud-Ouest de Cap Saint-Vincent. Le site de Tartessos était donc en pleine trajectoire des vagues du tsunami comme il a probablement été lors d’un événement similaire beaucoup plus ancien.
Enfin, avec un indice d’explosivité volcanique (V.E.I.) estimé à VEI 7 sur une échelle de 8, l’éruption minoenne aurait produit 100 km3 de volume éjecté comparable à l’éruption du Tambora (10 avril 1815) en Indonésie. Comme pour le Tambora, cette éruption a sans aucun doute, généré d’importantes anomalies climatiques sur notre planète.

Source documentaire :

1 – Guide des volcans d’Europe et des Canaries – Krafft M. Larouzière F.D. – editions Delachaux et Niestlé – année 1999

2 – Volcanisme de Santorin – Hervé Bertrand – voyage d’étude 2014 de l’association Méta odos

3 – L’Histoire n° 178 – juin 1994

4 – Ferard Emeline – Article du Gentside Découverte – « Un volcan sous haute surveillance en Grèce » – 14 mars 2012 – www.maxisciences.com

5 – Freund Richard – documentaire de la chaîne National Géographie – mars 2011

Saint-Pierre de la Martinique

L’éruption de la Pelée

En juin 2013, en compagnie d’Elisabeth, Luc et Denis, de l’association Vulcain, nous débarquons en Martinique pour se rendre compte de visu de la terrible catastrophe qui a marqué le début du XXe siècle.

En cette matinée du 8 mai 1902, l’histoire compta désormais un nouveau Pompéi. En effet, vers 8h00 du matin la ville de Saint-Pierre ainsi qu’une flottille de bateaux furent anéanties par une nuée ardente dévalant la Montagne Pelée. La capitale commerciale de la Martinique est complètement détruite, en quelques secondes des milliers de vies ont été supprimées, des familles décimées. La presse de l’époque fait le rapprochement avec l’éruption du Krakatoa en août 1883 qui a couté la vie à quarante mille personnes.
Volcan mythique, la Montagne Pelée qui domine cette ville de Saint-Pierre de ses 1 397 m, semble à présent bien endormie, mais pour combien de temps encore… ! L’épais manteau végétal qui l’enveloppe aujourd’hui, offre peu de repère pour entreprendre une lecture géologique.
Louis-Auguste Sylbaris, dit Cyparis prisonnier dans un cachot, n’est peut-être pas le seul survivant de la catastrophe, mais sa fortune le conduit à être présenté comme tel dans le cadre d’une attraction du cirque américain Barnum. Il est aujourd’hui indissociable des représentations liées à la catastrophe de 1902.
L’emplacement du cachot au pied du Morne Abel, sa position presque adossée au mur de clôture Est, ses murs épais et les rares ouvertures orientées à l’opposé du volcan ont protégé le cachot de l’effet de souffle dû à l’explosion du 8 mai 1902 et ont évité au prisonnier un contact direct avec une entrée massive de gaz brûlants.
Dans une lettre du docteur Pichevin on pouvait lire ceci : « 200 secondes ont suffi à anéantir Saint-Pierre et sa région, 25 000 âmes détruites de Sainte Philomène au Carbet, plus rien, rien. C’est le désert ou le silence encore plus absolu d’une immense nécropole, pas le plus petit cri d’oiseau ».
« Notre Dame de Bon Port » fut érigée en 1870, elle fut renversée lors de l’éruption qui détruisit Saint-Pierre.
Les habitants de Saint-Pierre avaient certes, bien constaté le réveil du volcan, mais avaient accepté de rester dans la ville. La population ne percevait pas la Montagne Pelée comme nous pouvons le faire aujourd’hui.
La ville protégée par les mornes et vallées qui la séparaient du volcan semblait être hors de porté des humeurs du volcan.