Semeru (Java – Indonésie)

L’ascension du Semeru (3 676 m)

Le Semeru est un strato-volcan qui se situe dans la partie orientale de Java. Il représente le point culminant de cette île mais aussi l’un des volcans des plus actifs et des plus dangereux d’Indonésie. Il se distingue par sa forme conique quasi-parfaite et se caractérise par son activité strombolienne avec une explosion environ toutes les vingt minutes. Son ascension est considérée comme une classique de l’alpinisme.

Je rejoints à Yogyakarta Jean-Bernard, un équipier d’expédition de longue date, qui termine sa troisième année sabbatique à Java. En compagnie d’Atun son épouse Indonésienne, ils ont tous les deux profité de cette coupure pour élever leurs enfants à la campagne plus exactement à Madium, là où habitent les parents d’Atun. Au moment des préparatifs, je retrouve par hasard dans la rue, juste devant l’appartement de Jean-Bernard, Odile et Yves un couple que j’ai rencontré quelques jours auparavant à l’aéroport de Jakarta. Ils sont tous les deux membres du Club Alpin Français (C.A.F.) à Grenoble et sont très intéressés par l’ascension du Semeru. Widodo un jeune voisin indonésien souhaiterait également se joindre à notre groupe. A bord de la voiture de Jean-Bernard, nous quittons tous ensemble Yogyakarta pour faire étape chez les parents d’Atun à Madium. Situé au milieu des rizières, le site est agréable et reposant.

Nous laissons au petit matin Madium et nous arrivons au village de Ranopani (2 200 m) dans le courant de l’après midi. C’est d’ici que partent les ascensions pour le volcan Semeru, le point culminant de l’île de Java avec ses 3 676 m.
Nous trouvons un logement chez Tasrip, l’unique auberge rustique du village. Nous occupons notre temps à la préparation des sacs et des affaires et à glaner des informations sur l’activité du volcan. Tasrip nous dit que le Semeru est un volcan français car il est visité majoritairement par des randonneurs de ce pays.
Nous recrutons quatre porteurs qui nous acheminerons le matériel jusqu’au camp de base à plus de 3 000 m.
Avec Jean-Bernard, nous rendons visite au prêtre protestant du village. Il nous reçoit en compagnie de sa femme dans sa confortable maison. Puis peu après, un groupe de français revient du sommet. Il loge également chez Tasrip. Nous dînons tous ensemble et c’est aussi l’occasion de récolter un peu plus d’informations. La soirée se termine par la danse du cheval ou les acteurs entrent en trance en se réincarnant. A l’aide de décoction à base de plantes, les danseurs peuvent devenir incontrôlables.

Aux premières heures de la matinée lorsque le ciel est parfaitement dégagé, je me rends sur les berges silencieuses du petit lac de Ranopani situé à l’entrée du village. C’est l’unique endroit où le cône parfait du Semeru se dévoile. Au dessus des futés encore plongées dans l’ombre du matin, le sommet est depuis un moment, inondé de lumière. De là, le Semeru semble proche, très proche et pourtant il faudra toute une journée de marche pour arriver à son pied. Soudain, un champignon blanc s’élève depuis le cratère, le panache aussitôt déformé est emporté vers l’ouest par les vents d’altitude avant de s’estomper dans l’atmosphère.

Depuis le village de Ranopani, le géant de Java produit des explosions environ toutes les 20 mn. (Photo : André Laurenti)
Depuis le village de Ranopani, le géant de Java produit des explosions environ toutes les 20 mn.
(Photo : André Laurenti)

Le départ vers le Semeru reste au village un événement, comme lorsqu’une expédition part pour l’ascension d’un sommet difficile et dangereux. Quelque fois on n’en revient pas.Il n’y a pourtant pas de difficultés techniques mais il s’agit d’un volcan actif et un volcan demeure imprévisible.Le risque est donc bien réel.
Tasrip, sa femme, le prêtre et sa compagne, ainsi que quelques habitants sont là pour saluer le départ. Malgré l’isolement, ce peuple paisible a le sourire presque éternellement accroché au visage. Il a la mentalité dure et tendre des gens de montagne.D’abord discrets et observateurs, ils vous adoptent, puis vous apportent une confiance touchante. Au moment de partir, un léger frisson me traverse le dos comme si le volcan allait nous garder.
Nous passons au poste de contrôle du village signaler notre départ et signer le registre. La liste est longue et confirme ce que nous a dit Tasrip. Beaucoup de français viennent effectivement faire cette ascension. Mais nous ne serons pas les seuls, car en cette période de vacances scolaires les étudiants indonésiens en profitent pour faire des excursions. C’est d’ailleurs un plaisir de voir autant de jeunes faire de la randonnée. Moins bien équipés et entraînés, ils n’arriveront pas tous au sommet, mais l’essentiel n’est-il pas de se retrouver le soir au bivouac autour d’un bon feu de camp.

Le sentier commence par traverser en direction du sud-ouest, une campagne généreuse avec des choux, des poireaux et des oignons dopés à la cendre fertilisante du volcan sacré.
Puis, nous atteignons très vite le monde souverain d’une forêt humide exubérante avec ses fougères arborescentes, des arbres de haute futait. Au bout d’une dizaine de kilomètres, nous descendons légèrement vers le lac de Rano Kumbolo (2 400 m), un lieu paisible qui invite à se ressourcer.Nous marquons une pause délicieuse au bord de l’eau. Il était temps de reprendre des forces car la suite se complique avec le passage d’un col. La montée est longue et se fait tout en sous bois. Nous basculons ensuite vers une grande clairière envahie d’herbes hautes. Plus loin à 18 km du lac environ, nous atteignons la dernière clairière située au pied du volcan. Arcopodo, c’est là où viennent s’installer de nombreux randonneurs. Nous décidons de poursuivre jusqu’à la limite de la forêt. La pente à travers le sous bois est raide et par endroit ,on utilise les racines des arbres mises à nu par les pluies, pour se hisser.

L'ascension du Semeru se fait en deux jours. (Photo : André Laurenti)
L’ascension du Semeru se fait en deux jours.
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons enfin sur un petit replat à plus de 3 000 m d’altitude, que nous investissons rapidement pour en faire notre camp. Vingt mètres plus haut, la végétation s’arrête brutalement. Un autre univers commence sans vie, celui de la cendre. La fraîcheur commence à nous saisir et les porteurs ne sont pas encore arrivés.

Le campement est installé à la limite de la forêt et des pentes désertiques du volcan. (Photo : André Laurenti)
Le campement est installé à la limite de la forêt et des pentes désertiques du volcan.
(Photo : André Laurenti)

La nuit a été courte. A 2 heures du matin, nous déjeunons et commençons l’ascension. Widodo, le collègue indonésien qui est venu de Yogyakarta pour faire l’ascension ne se sent pas de monter et préfère rester dormir au campement avec les porteurs.
La pente est raide et le sol instable.Nous avançons au rythme de deux pas en avant un pas en arrière. Très vite, je m’essouffle. J’avance à petits pas serrés en zigzagant entre les ravines qui lacèrent partout les flancs du cône. Je m’arrête un instant, puis repart, et aussitôt j’entends mon pouls battre dans les tympans. A l’aide d’un bâton, je cherche à taton les sols de meilleure portance sans trop perdre de vue les quelques jalons qui indiquent le passage théorique. Je suis la lueur des frontales de mes camarades qui s’éloignent de plus en plus de moi. Cette ascension me semble interminable et inhumaine. Petit à petit, le jour commence à poindre à l’horizon. Le sommet est à présent plus loin, je tiens le bon cap. Enfin, je rejoins Odile, Yves et Jean-Bernard devant le drapeau qui matérialise le final. Ils ont déjà vu une explosion et quelques incandescences.

Le sommet du Semeru est à 3 670 m d'altitude. (Photo : André Laurenti)
Le sommet du Semeru est à 3 670 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)

Tout autour, le décor est monochrome constellé de matériaux projetés par le volcan. La pente s’infléchit en direction du cratère actif. Une arête souligne l’ancien cratère, séparée du nouveau seulement par une petite combe. Un vent balaie sans relâche le sommet, le froid se fait vif, mais le soleil ne tarde pas à réchauffer l’atmosphère de ses rayons généreux.

On distingue à gauche le petit panache du volcan Bromo. (Photo : André Laurenti)
On distingue à gauche le petit panache du volcan Bromo.
(Photo : André Laurenti)
L'ombre de la forme caractéristique des volcans gris. (Photo : André Laurenti)
L’ombre de la silhouette caractéristique des volcans gris.
(Photo : André Laurenti)
Le bord de l'ancien cratère. (Photo : André Laurenti)
Le bord de l’ancien cratère.
(Photo : André Laurenti)

Soudain, un bruit sourd retentit. Un panache gris de cendres apparaît et s’élève en bourgeonnant et en se décuplant au dessus de nos têtes. Quelques projections atteignent l’extérieur des lèvres du cratère. Par prudence, nous attendrons d’autres explosions avant d’approcher davantage.

Un champignon de cendres s'élève dans le ciel. (Photo : André Laurenti)
Un champignon de cendres s’élève dans le ciel.
(Photo : André Laurenti)
Situé en contrebas, le cratère n'est pas visible et il est bien trop dangereux d'en approcher. (Photo : André Laurenti)
Situé en contrebas, le cratère n’est pas visible et il est bien trop dangereux d’en approcher.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Des projections atteignent la combe séparant le nouveau de l'ancien cratère. (Photo : André Laurenti)
Des projections atteignent la combe séparant le nouveau de l’ancien cratère.
(Photo : André Laurenti)
On ne peut pas aller au delà en raison des projections. (Photo : André Laurenti)
On ne peut pas aller au delà en raison des projections.
(Photo : André Laurenti)

Je savoure cette victoire personnelle comme une belle revanche sur une santé défaillante. Il règne un silence de cathédrale interrompu tout les quarts d’heure par le bruit sourd des explosions. A présent, un mélange de joie et d’apaisement m’envahit ; j’ai le sentiment d’avoir rempli une mission. Je reste immobile scrutant l’horizon. Au loin, on devine le volcan Bromo avec ses volutes de vapeur. Tout en bas, une mer de nuages dévore progressivement la forêt jusqu’au pied du volcan, laissant émerger comme des îles, le haut des collines.
Nous restons quelques heures avant de redescendre au campement et de retourner dans la journée à Ranopani. Nous arrivons le soir fatigués de ces deux journées éreintantes mais satisfaits de cette si belle randonnée.

Une réflexion au sujet de « Semeru (Java – Indonésie) »

  1. Ajaccio le 7/01/2017
    bonjour
    Nous sommes une famille (couple de 46 ans avec 2 garçons sportifs de 13 ans) assez habituée des voyages mais moins des treks.
    Votre post sur l’ascension du gunung semeru a attiré mon attention.
    Nous partons dans peu de temps en Indonésie pour 2 mois. Nous aimerions entreprendre une ascension avec nos 2 garçons, à partir de la ville de Malang, si possible avec une agence. Nous ne sommes pas grands sportifs mais avons une bonne condition physique.
    Que pensez vous de cette ascension ? serait elle à notre portée ?
    merci d’avance de vos conseils !
    claire

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