Yellowstone : la palette de l’artiste (partie 1)

La découverte géologique de notre planète s’est poursuivie cette fois après la Namibie, sur la côte Ouest des États Unis d’Amérique. Un milieu extrêmement fascinant où la nature s’est exprimée sans limite.  Du 12 juillet au 7 août 2016, un stage a été proposé par l’association « Méta Odos » animé par Jean-Yves Jolivel, avec comme intervenants de qualité : Alain Gourgaud Professeur Émérite en géologie/volcanologie à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand et Christophe Noblet gérant de Géo-Explor et Géo formation, présent également au stage du Sultanat d’Oman.
Ce voyage nous a conduit inévitablement dans le célèbre parc national du Yellowstone. Un nom évocateur traduisant la couleur de la roche dans les affleurements de ses canyons. Mondialement connu, il s’agit du plus ancien parc protégé des États Unis depuis le 1er mars 1872. Il se situe sur un vaste plateau culminant à plus de 2 000 m d’altitude et se répartit sur trois états : le Wyoming à 91%, le Montana à 7,6% et l’Idaho à 1,4%. Le 8 septembre 1978, il a été intégré au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carte du parc du Yellowstone (Source : US)
Carte du parc du Yellowstone avec ses cinq entrées
(Source : U.S.G.S.)

Un supervolcan

Yellowstone est plutôt connu pour ses paysages d’une exceptionnelle beauté, et pourtant ! A partir des années 1960 des recherches géologiques ont mis en évidence que le site s’inscrit dans une gigantesque caldeira. Cet immense complexe hydrothermal, plus vaste que la Corse, avec ses 8 983 km2 conserve une grande collection de fonctionnalités hydrothermales dans une débauche de couleurs exubérantes. On dénombre pas moins de 300 geysers et environ 10 000 sources d’eau chaude et marmites de boue. Ce chaudron géant est animé par l’un des plus grands systèmes volcaniques actifs de la planète. En effet, il s’agit d’un volcan bouclier ignimbritique aux pentes faibles et doté d’une chambre magmatique de grande dimension. La topographie du site est ennoyée par des volumes d’ignimbrites très importants. Yellowstone est considéré comme étant un « supervolcan » c’est à dire un appareil qui a produit des volumes de matériel pyroclastique considérable, atteignant des milliers de km3 et ayant affecté le climat de la planète (2).

Porcelain Basin (Photo : André Laurenti)
« Porcelain Basin » dans le district des « Norris Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)

Les phases éruptives historiques majeures

L’histoire du volcanisme du Yellowstone se résume en trois phases éruptives majeures connues, comprises entre – 2 millions et – 600 000 ans.
La première a produit le tuf de « Huckleberry », il y a environ – 2.1 Ma avec un volume émis de 2 450 km3, comme si on recouvrait notre hexagone par 3,80 mètres de dépôts volcaniques. Cette méga-éruption a généré une caldeira de 75 à 95 x 40 à 60 km.
La seconde moins importante, a produit le tuf de Mesa Falls, il y a -1,3 Ma, éjectant 280 km3 de matière donnant une caldeira de 16 km de diamètre (Henry’s Fork Caldera).
Et enfin, la troisième a produit le tuf de Lava Creek, il y a – 640 000 ans avec un volume émis de 1 000 km3 plus modeste que la première, recouvrant tout de même de 1,6 mètres un territoire grand comme la France. Cette éruption a formé la caldeira actuelle grande de 85 x 45 km (2).
Depuis cette dernière grande éruption, il y a eu 23 petites éruptions dont la plus récente remonte à 70 000 ans.

Un milieu palpitant et bien vivant
(Photo : André Laurenti)

Sous le couvercle de la marmite

Avec un tel curriculum vitae, on a pourtant pas l’impression d’évoluer dans la caldeira d’un « supervolcan ». Hormis l’activité hydrothermale, on ne devine pas la présence de cône volcanique, mais plutôt un paysage verdoyant au relief tout en douceur. En fait, il faut plutôt voir ce qui sommeille sous le couvercle de cette gigantesque marmite. A l’aplomb du Yellowstone, le panache mantellique s’étale et affecte une grande zone. Depuis ce panache, le magma percole vers la surface et vient se stocker dans une chambre magmatique très alimentée, située sous une fine croûte comprise entre 8 et 10 km d’épaisseur seulement.  Dans ce réservoir bimodal on distingue tout en haut les rhyolites et le basalte en fond de cuve. Lors d’une éruption, c’est la rhyolite qui sortira en premier, les émissions de basalte marqueront la fin de l’éruption. Les relevés suggèrent que le volume du magma est de 15 000 km3, mais qu’il est pour l’essentiel cristallisé, seul 10 à 15 % du volume demeure fondus. Cette quantité serait toutefois suffisante pour générer une éruption d’intensité 8 sur l’échelle VEI (Volcanic Explosivity Index), mais il faudrait pour cela certaines conditions, notamment que la matière soit rassemblée au sommet de la cloche magmatique et qu’elle contienne suffisamment de gaz dissous pour devenir éruptif (2).

Structure profonde de Yellowstone
(Source : document pédagogique (2))
Paysage serein sur une marmite infernale
(Photo : André Laurenti)

Une caldeira sous surveillance

Toutefois, Yellowstone reste sous haute surveillance. Depuis le début des mesures en 1920, des déformations en surface sont régulièrement observées modifiant la topologie du terrain. En effet,  la caldeira définie comme étant résurgente, a connu un gonflement d’environ 1 m jusqu’en 1985, puis entre 1985 et 1995, une subsidence de 20 cm. A partir de 1996, le secteur du bassin hydrothermal de Norris a connu une surrection de 12 cm pendant que le reste de la caldeira connaissait une subsidence de 3 cm jusqu’en 2002-2003. Puis entre 2004 et 2006, la partie Nord-Ouest de la caldeira qui avait gonflé, a connu une subsidence de 8 cm pendant que la partie centrale a connu un gonflement de 16 cm et qui se poursuit encore aujourd’hui (2).
Malgré ces spasmes récurrents, les séismes et les phénomènes géothermiques, une éruption majeure n’est pas d’actualité, il est donc temps d’en profiter et de savourer pleinement ces paysages magiques.

La caldeira est surveillée régulièrement
(Photo : André Laurenti)

Norris Geyser Basin

Dans le parc du Yellowstone, nous débutons notre visite par « Norris Geyser Basin ». Il s’agit de la zone thermale la plus chaude et la plus changeante du site. Dans ce district figure le « Steamboat Geyser » le geyser actif parmi les plus hauts au monde, quand il le veut bien. On y découvre également des sources chaudes colorées et une vie microscopique dans l’un des environnements les plus extrêmes de la planète.
A partir du « Norris Museum » deux chemins partent en boucle et permettent de découvrir en sécurité ce lieu bien étrange.

« Steamboat Geyser » figure parmi les plus hauts geysers au monde, atteignant des hauteurs supérieures à 90 m, sa dernière grande éruption a eu lieu en 2005 et ignore la prochaine
(Photo : André Laurenti)
« Emerald Spring »
(Photo : André Laurenti)
Cistern Spring dans le site de Norris Geyser Basin (Photo : André Laurenti)
« Cistern Spring » se situe dans les « Norris Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)
Cistern Spring (Photo : André Laurenti)
Les débordements d’eau chaude et acide de « Cistern Spring » font mourir les pins tordus à proximité du bassin
(Photo : André Laurenti)

Dès les premiers pas, les odeurs piquantes et des vapeurs sifflantes nous plongent dans l’ambiance.  « Cistern Spring » et « Steamboat Geyser » attirent notre attention. Ce dernier qui se traduit par « geyser bateau à vapeur », est situé un peu plus en hauteur et serait relié en profondeur à « Cistern Spring ». Lors d’une éruption majeure du « Steamboat », l’eau du bassin de son voisin s’est drainée. En temps normal, Cistern possède une belle eau bleue qui se déverse  continuellement sur ses bords. Cette eau riche en silice se répand dans la forêt de pins tordus (pinus contorda) depuis 1965.  L’acide et la chaleur tuent les conifères, la végétation recule, mais celle-ci reprend très vite sa place dans les endroits où l’activité thermique a diminué ou disparu.

Black Pit Spring (Photo : André Laurenti)
« Black Pit Spring »
(Photo : André Laurenti)
L’eau grisâtre bouillonne dans cette marmite infernale
(Photo : André Laurenti)
Le fer, l'arsenic, le manganèse et l'aluminium se trouvent dans les dépôt d'Echinus Geyser hautement acide. Tout comme son voisin le Steamboat Geyser, il jaillit rarement (Photo : André Laurenti)
Le fer, l’arsenic, le manganèse et l’aluminium se trouvent dans les dépôts d’Echinus Geyser hautement acides. Tout comme son voisin le Steamboat Geyser, son activité est imprévisible
(Photo : André Laurenti)

Le bassin d »Echinus Geyser » est acide avec un pH de son eau allant de 3,3 à 3,6. Il  est assez paresseux, de 1878 à 1948 ce geyser a rarement été actif. Depuis, il fluctue selon son humeur, entre des périodes d’activité et de repos.  Il s’est manifesté assez régulièrement au cours des années 1990 en éclatant toutes les 35 à 75 mn, propulsant ses eaux entre 12 et 18 mètres de hauteur et invitant par la même occasion, les foules à son spectacle. A la fin de l’année 1998, ce geyser a modifié son activité devenant totalement imprévisible.

Plastic water
(Photo et titre : André Laurenti)
Perfect crater
(Photo et titre : André Laurenti)

Milieu extrême

« Norris Geyser bassin » est le district le plus chaud de Yellowstone. Les bassins contiennent des formes de vie primitives, des micro-organismes capables de résister dans des conditions extrêmes. Ils survivent à de fortes chaleur pouvant dépasser les 100° et aussi à un milieu très acide qui tuent instantanément la plupart des autres formes de vie. Ces bactéries thermophiles sont à l’origine de certaines couleurs étonnantes de ce site en perpétuelle métamorphose.

Hurricane Vent (Photo : André Laurenti)
« Hurricane Vent »
(Photo : André Laurenti)
Dans ce milieu la végétation est en souffrance (Photo : André Laurenti)
Dans ce milieu extrêmement acide, la végétation est en souffrance
(Photo : André Laurenti)
« Porcelain Basin »
(Photo : André Laurenti)
Résistance végétale
(Photo : André Laurenti)
A « Porcelain basin » les eaux de débordement sont souvent colorées par des minéraux et la présence d’algues
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

La palette de l’artiste

La couleur laiteuse du minéral déposé dans ce secteur a inspiré la désignation de bassin de porcelaine. Les particules de silice sont remontées à la surface par les eaux chaudes et se déposent sur les zones plates sous l’effet du refroidissement des eaux. Ce lieu palpitant est en perpétuel changement. Au fil des pas, je découvre cet immense tableau naturel, une palette où l’artiste puise et compose à sa guise cette œuvre scientifique.

Narines de porcelaine
(Photo et titre : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Dans un patchwork de couleur, le mini geyser projette des étincelles d’eau 
(Photo : André Laurenti)
Un peu partout des nuances de couleurs semblent artificielles
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Les dépôts de geyserite s’accumulent très lentement, moins de 2.5 cm par siècle. La geyserite la plus ancienne est de couleur grise, tandis que la plus récente est blanche.

La palette de Porcelain Basin
(Photo : André Laurenti)

Quand la terre vibre à Yellowstone

Ces fluctuations du sol rappellent celles des champs Phlégréens de la baie de Naples, évoquées sur ce blog.
Chaque année, plus de mille séismes de faible magnitude sont enregistrés dans la caldeira. Le 30 mars 2014 un séisme de magnitude 4.7 a été détecté à seulement 6 km au Nord-Est de Norris Geyser Basin. Il s’agit de la plus forte secousse enregistrée depuis 1980 (2).
En juin 2017, le réseau sismique de l’Université de l’Utah a enregistré plus de 1170 séismes. Parmi cette séquence le plus fort a atteint le 16 juin, la magnitude de 4.4.
L’énergie d’un tremblement de terre peut entraîner des modifications dans le sol. Ainsi, ces changements sont susceptibles d’affecter l’approvisionnement en eau  des sources chaudes. La survenance d’un séisme peut détourner l’eau d’un bassin, l’amenant même à se tarir et également augmenter ou diminuer la température de l’eau. Après le tremblement de terre d’Hebgen lac le 17 août 1959, tous ces changements ont été observés dans divers endroits des bassins de geyser Firehole River. L’épicentre de ce puissant séisme de magnitude 7.3, a été établi à environ 50 km au nord-ouest de cette zone. Il a causé un glissement de terrain estimé a 80 millions de tonnes, tuant 28 campeurs installés le long du lac Hebgen.

Petites terrasses de geyserite
(Photo : André Laurenti)

Visite de Midway Geyser Basin

Le site actif de « Midway Geyser Basin » est le plus visité. Il regroupe « Turquoise Pool », « Opal Pool », et les deux immenses geysers l’Excelsior Geyser (90 mètres de diamètre)  et l’emblématique « Grand Prismatic Spring » (112 mètres de diamètre).

Dans les années 1880 « Excelsior Geyser » a jailli en rafales entre 15 à 90 m de haut. La violence de l’éruption a formé le cratère déchiqueté actuel et a rompu système d’alimentation souterrain du geyser, provoquant l’arrêt des éruptions à partir de 1890. Excelsior devient une simple source chaude.
Le 14 septembre 1985, Excelsior reprend un peu de vigueur avec un jaillissement de 9 m de hauteur. Il est impossible de prévoir quand la prochaine éruption puissante de ce geyser se produira.

« Excelsior Geyser » dans le district de « Midway Geyser Basin »
(Photo : André Laurenti)

Bien que ses éruptions sont irrégulières, Excelsior a un débit constant avec plus de 15 000 litres d’eau à 93° par minute, une eau que se déverse en contre bas dans la rivière Firehole.

L’eau de l’Excelsior se déverse dans la rivière Firehole.
(Photo : André Laurenti)

Le Grand Prismatic profond de 37 mètres, représente la plus grande source chaude de Yellowstone et la troisième du monde. Plusieurs milliers de litres montent des profondeurs de la terre toutes les minutes. Les années précédentes, il était possible d’avoir une vue d’ensemble sur cette merveille en prenant un peu de hauteur. Le chemin qui conduit à un balcon dominant le Prismatic  a été fermé au public en 2016 pour des raisons de travaux.

Le Grand Prismatic est profond d’environ 37 mètres
(Photo : André Laurenti)
Plusieurs milliers de litres montent des profondeurs du « Grand Prismatic » chaque minute
(Photo : André Laurenti)
Le Grand Prismatic Spring vu du sol
(Photo : André Laurenti)
Heureusement « Google » est là pour voir de plus haut
(Source : Google Maps 2016)

Le « Grand Prismatic spring » reste la source chaude la plus remarquable, la plus vaste dans une débauche de couleurs, une splendeur presque irréelle.

Un milieu qui se respecte

Les zones actives sont généralement bien aménagées, mais elles sont de plus en plus fréquentées par de trop nombreux touristes. Malgré les recommandations, les accidents surviennent quand même et le seront probablement davantage. L’année 2016 a vu la disparition dramatique d’un jeune homme de Porthland, en voulant quitter les chemins aménagés, il a chuté dans un bassin, son corps s’est entièrement dissous dans les eaux acides d’une des marmites des « Norris Geyser basin »(1).

A suivre : voir la partie 2

Sources documentaires :

1 – Lascar Olivier – « Il tombe dans une source acide de Yellowstone : son corps est entièrement dissous » – Sciences et Avenir – publié le 9 juin 2016.

2 – Gourgaud Alain, Noblet Christophe, Jolivel Jean-Yves – Découverte géologique de l’ouest des USA – document pédagogique 2016 – 179 pages

Sultanat d’Oman

Stage de géologie au Sultanat d’Oman

C’est au début de l’année 2014 que Thierry, accompagnateur de randonnées à thème géologique au club de Mouans-Sartoux et membre de L.A.V.E., m’a fait connaître l’existence de l’association Meta Odos. Au programme de cette année figurait entre autre, « les ophiolites de Chypre et le volcanisme de Santorin », mais ce voyage qui m’intéressait tout particulièrement, était déjà complet. Un second, prévu au Sultanat d’Oman était également bouclé, lorsqu’à la dernière minute, une place s’est libérée. J’ai aussitôt saisi cette occasion, heureux d’y retrouver l’ami Thierry, ce proche voisin grassois rencontré pour la première fois sur les coulées de lave à Hawaii.
Ainsi, du 1er au 15 mars 2014, me voilà embarqué pour un stage de géologie au Sultanat d’Oman. Le groupe est d’un niveau élevé avec comme principaux intervenants : Hervé Bertrand du laboratoire de Géologie de Lyon, Christophe Noblet de Géo-Explor, sans oublier la participation de Barrie Bolton venu d’Australie, Urs Scharer (professeur de géologie à l’université de Nice) et Bouloton Jacky (géologue à l’université de Clermont Ferrand). Ce périple long de 2 700 km dont 500 environ de piste, nous a permis d’observer les différentes couches géologiques provenant d’une lithosphère océanique, venue s’échouer au nord de Mascate, il a de cela 80 Ma. Nous avons pu examiner les structures des principales unités, crustales et mantelliques de ce plancher océanique dans le jabal Al Akhdar et aussi de découvrir le désert de sable de Wahaybah jusqu’à la hauteur de l’île Masirah au sud de la capitale.

Pour agrandir la carte cliquer sur le petit carré en haut à droite

La corniche de Muttrah à Mascate la capitale d'Oman. (Photo : André Laurenti)
La corniche de Muttrah à Mascate la capitale d’Oman.
(Photo : André Laurenti)
L'agglomération de Mascate regroupe environ 1 090 797 habitants (année 2008) (Photo : André Laurenti)
L’agglomération de Mascate regroupe 1 090 797 habitants (année 2008)
(Photo : André Laurenti)

Présentation générale

Le Sultanat d’Oman est un pays du Moyen Orient situé au sud-est de la péninsule Arabique. Il s’étend sur 1 760 km et représente une superficie de 309 500 km2, soit environ la moitié de notre hexagone. Peuplé par 3 154 000 habitants (10,2 habitants au km2), sa situation méridionale forme un véritable trait d’union entre l’Inde et l’Afrique. Du nord au sud-est, là, où la plupart des villes sont situées comme Mascate la capitale, Matrah et Suhar, le relief se fait très montagneux, dominé par le Jabal Shams à 3 075 m d’altitude. La partie centrale occupée par une vaste plaine désertique est constituée par les dunes de sable de Wahaybah tandis qu’au sud-ouest commence le grand désert de l’Ar Rub’ al Khali formant la frontière avec l’Arabie Saoudite. Quant à son littoral, il est baigné par le golfe d’Oman au nord-Est et la mer d’Arabie au sud-est. Le territoire Omanais est bordé par les Émirats arabes unis au nord, l’Arabie saoudite à l’ouest et le Yémen au sud-ouest.
Oman s’est fait connaître au sein du sport cycliste par l’organisation chaque année en début de saison, du tour d’Oman. Cette compétition se déroule sur six jours avec l’arrivée d’une étape en montagne. L’ascension décisive du Jabal Al Akhdar a vu la victoire de l’italien Vincenzo Nibali en 2012 et en 2016.

Vincenzo Nibali (Photo : André Laurenti)
Vincenzo Nibali
(Photo : André Laurenti)

La Grande Mosquée du Sultan Qaboos

Nous prenons la route en direction de Sohar, mais à environ 35 km de Mascate, un arrêt s’impose pour visiter la Grande Mosquée. Cet édifice imposant se situe proche de la localité de Bawshar. Les travaux de construction commencèrent en 1995, elle fut inaugurée le 4 mai 2001. Atteignant une superficie de 416 000 m2, elle peut accueillir jusqu’à 20 000 fidèles. A l’intérieur, dans la grande salle de prière, un lustre spectaculaire réunissant 1 122 ampoules, mesure 8 mètres de diamètre pour une hauteur de 14 m et pèse la bagatelle huit tonnes.

La Grande Mosquée (Photo : André Laurenti)
La Grande Mosquée avec l’un des minarets haut de 45 m
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les pierres utilisées pour la construction furent importées d’Inde et taillées à Mascate
(Photo : André Laurenti)
Le projet est l’œuvre de deux architectes, l'un omanais et l'autre londonien (Photo : André Laurenti)
Le projet est l’œuvre de deux architectes, l’un omanais et l’autre londonien
(Photo : André Laurenti)
L'impressionnant lustre de 8 tonnes (Photo : André Laurenti)
L’impressionnant lustre de huit tonnes
(Photo : André Laurenti)

Nous reprenons la route en longeant le littoral et atteignons la ville de Sohar, le point le plus au nord de ce voyage. Cette citée fut fondée au IIIe millénaire avant J.C., ses principales attractions sont le souk en bordure de mer et sa forteresse. Sohar possède un excellent marché aux poissons. Nous en profitons pour acheter quelques pièces que l’on fait découper sur place pour le repas du soir.

Le marché aux poissons de Sohar (Photo : André Laurenti)
Le marché aux poissons de Sohar
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous poursuivons une quinzaine de kilomètres plus loin, jusque dans le lit du wadi al Jizzi. A cet endroit, figure un affleurement remarquable à ne pas manquer, une folle exubérance du monde.

Les dessous intimes de notre planète

La destination d’Oman est un véritable lieu mythique des géologues de la planète, c’est le seul pays au monde dont la partie Nord de son territoire est en grande partie recouverte par l’échouage du plancher océanique lié à la fermeture de la mer Téthys. Ce charriage comprend une partie du manteau supérieur, la croûte océanique et la couverture des dépôts sédimentaires. Des couches internes de notre planète inaccessibles et non visibles par l’homme.
Une dorsale océanique est une frontière délimitée par la divergence (l’écartement) de deux plaques tectoniques, elle se situe sous l’eau à environ 2 500 m de profondeur et constituée d’une chaîne de volcans formée précisément par cet écartement.
Il y a 100 Ma, l’expansion océanique de la Téthys est contrôlée par une dorsale rapide séparant les plaques de l’Eurasie et de l’Arabie, similaire à l’actuelle dorsale Est Pacifique.
Entre 100 et 95 Ma, un changement géodynamique inverse le mouvement des deux plaques, ainsi débute un long voyage de rapprochement. Il y a 80 Ma la nappe ophiolitique, au lieu de plonger et disparaître par subduction dans le manteau comme dans la plupart des cas, a choisi plutôt l’air libre en venant s’échouer sur la marge continentale Arabique par obduction.
Ce charriage à la manière d’un bulldozer d’un plancher océanique, s’est donc effectué à partir d’un mouvement progressif de fermeture du golfe d’Oman, rapprochant l’Eurasie de l’Arabie. Ce trésor géologique hors du commun, est très prisé pour ses affleurements les mieux conservés d’ophiolites qui s’étirent sur environ 500 km de long dans le jabal Al Akhdar. La lithologie des affleurements en place de cet échouage permet de visualiser les dessous intimes de notre planète, habituellement imprenables.

Grâce au climat désertique, les conditions d’affleurements sont optimales et constitue une exceptionnelle école de géologie à l’air libre, une véritable aubaine évitant de plonger à des profondeurs presque inaccessibles sous un océan pour en étudier les formations.

Sur le lieu mythique des géologues du monde entier (Photo : André Laurenti)

« Géotimes » un lieu mythique des géologues

Nous remontons le wadi Jizzi et atteignons les premiers affleurements remarquables. Des amoncellements de laves en coussin (pillow-lavas) et aussi en forme de doigts, de gants, se dressent devant nous. Nous nous trouvons au pied du célèbre affleurement « Geotimes » nommé ainsi pour avoir fait la une du magazine scientifique dans les années 70. Ces laves formées à une profondeur de 3 300 m dans le golfe d’Oman, comportent des craquelures de rétraction lié au refroidissement de surface au contact de l’eau, ou encore présentent pour les pillow une prismation radiale. On peut également observer une première génération de basaltes, c’est à dire la lave vomie sur la fissure océanique, traversée par une deuxième génération de basalte plus clair, avec des dykes aux bordures figées.

Le célèbre affleurement « Geotimes » dans le wadi Jizzi. Photo : André Laurenti)
Le célèbre affleurement « Geotimes » dans le wadi Jizzi.
Photo : André Laurenti)

Trois épisodes volcaniques (tous trois basaltiques) ont été reconnus au toit de l’ophiolite, respectivement V1, V2 et V3 de bas en haut. Les laves V1, les plus abondantes, forment 1000 à 1500 mètres de pillow-lavas. Ces laves ont été alimentées par le complexe filonien à l’axe de la paléodorsale lors de l’expansion océanique. Les laves V2 ne sont pas présentes partout. Leur épaisseur atteint 1000 mètres. Elles se présentent également en pillow-lavas et en coulées massives. Elles se distinguent des laves V1 par leur couleur verdâtre et reposent directement sur les laves V1 ou n’en sont séparés que par une mince couche de terres d’ombre (retombées des fumeurs noirs). A l’affleurement Geotimes, on peut observer deux dykes nourriciers des laves V2 recoupant les pillow-lavas V1. Les laves V3 sont plutôt localisées et constituent d’épaisses coulées massives bien prismées sur 200 mètres d’épaisseur. Elles sont séparées des laves V2 par un épisode sédimentaire de 15 à 30 mètres d’épaisseur.

Détail d'un pillow lava (lave en coussin) pillow à prismation radiale. (Photo : André Laurenti)
Détail d’un pillow lava (lave en coussin) pillow à prismation radiale.
(Photo : André Laurenti)
Lave en forme de doigts de gants comportant des craquelures de rétraction (en croûte de pain) lié au refroidissement avec le contact de l'eau. (Photo : André Laurenti)
Lave en forme de doigts de gants comportant des craquelures de rétraction (en croûte de pain) lié au
refroidissement avec le contact de l’eau.
(Photo : André Laurenti)

Cette croûte océanique a été poussée pendant près de 20 Ma à des centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. L’échouage se poursuit encore de nos jours, mais pour l’instant ce mouvement n’a pas encore connu de collision continentale. Dans 2 Ma, une chaîne montagneuse naîtra et les ophiolites seront comprimées, déstabilisées, renversées et deviendront un peu comme celles du massif de Chenaillet dans les Alpes qui ont été transportées et hissées à 2 500 m d’altitude sur les hauteur du Col du Montgenèvre.

A l’ombre du fumeur noir

Lors de la deuxième nuit, le campement est dressé au pied d’un ancien fumeur noir dont nous faisons l ‘ascension (Latitude 24°190477 – Longitude 56° 528007). Lors de son obduction la lithosphère océanique a charrié avec elle comme par magie, ce qui fut jadis une source hydrothermale située à 2 300 mètres sous l’océan et l’a déposée sur le continent, comme c’est le cas ici pour la colline de Zuha, véritable amas sulfuré correspondant à l’accumulation de plusieurs fumeurs. La durée de vie d’une cheminée peut-être de plusieurs décennies ou siècles. Lors de sa création sous l’eau, il y a 100 Ma, le panache chargé en minéraux a constitué un monticule polymétallique composé de particules métallifères riches en manganèse.

La colline de Zuha représente le vestige d'un fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
La colline de Zuha représente le vestige d’un fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
En prenant de la hauteur on découvre l'étendu aride de la région. (Photo : André Laurenti)
En prenant de la hauteur,depuis ce fumeur noir, on découvre l’étendue très aride de la région.
(Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet du fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet du fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
Au sommet du fumeur noir. (Photo : Thierry De Gouvenain)
Au sommet du fumeur noir.
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Campement (Photo : André Laurenti)
Campement au pied du fumeur noir
(Photo : André Laurenti)
La nuit tombe au pied du fumeur noir, l'acacia du désert se détache en ombre chinoise. (Photo : André Laurenti)
La nuit tombe au pied du fumeur noir, l’acacia du désert se détache en ombre chinoise.
(Photo : André Laurenti)
Au premier plan le nappage de roche noire est appelé « terre d'ombre ». (Photo : André Laurenti)
Au premier plan le nappage de roche noire est appelé « terre d’ombre ».
(Photo : André Laurenti)
Montagne prismée, on peut observer dans ce site les 3 phases V1-V2-V3, des affleurements uniques sur un endroit réduit. (Photo : André Laurenti)
Montagne prismée, on peut observer dans ce site les 3 phases V1-V2-V3, des affleurements uniques sur un endroit réduit.
(Photo : André Laurenti)
De bas en haut on peut voir des basaltes très altérés, au dessus des radiolarites et le tout recouvert par un nappage de « terre d'ombre ». (Photo : André Laurenti)
De bas en haut on peut voir des basaltes très altérés, au dessus des radiolarites
et le tout recouvert par un nappage de « terre d’ombre ».
(Photo : André Laurenti)

Dans les environs de ce fumeur, on a pu remarquer un nappage noir de roche appelé « terre d’ombre » riche en métaux. Il s’agit d’accumulation des retombées du panache hydrothermal déposée à distance. Ces terres d’ombre recouvrent une couche de radiolarites, une strate sédimentaire qui renferme des radiolaires, c’est à dire des petites coques siliceuses d’organismes de taille comprise entre 1 mm et 1 cm vivant dans les mers chaudes et qui ont été protégées de toute dissolution par ces dépôts de « terre d’ombre ».

Terre d'ombre au premier plan face au fumeur noir. (Photo : André Laurenti)
Terre d’ombre au premier plan face au fumeur noir.
(Photo : André Laurenti)
Nature morte (Photo : André Laurenti)
Nature morte sur terre d’ombre
(Photo : André Laurenti)

Le complexe filonien

Après avoir vu les différents épanchements superficiels de cette dorsale rapide (lave et le nappage des fumeurs noirs), il est intéressant de voir ce qu’il y a en dessous, de voir l’intérieur de cette véritable usine chimique de recyclage des roches, avec avant tout, les passages par lesquels va se faufiler la lave et qu’on appelle le complexe filonien, mais comment se forment-ils ?. Par étirement des deux plaques océaniques, l’épais couvercle de basalte du réservoir magmatique va se fissurer verticalement sur une zone de faiblesse et laisser le passage au magma qui va remonter en surface et donner des pillow lavas. Au bout de quelques temps, l’éruption va s’arrêter, le basalte se fige dans la fissure, il devient un filon et en même temps un point dur. Mais ce n’est pas terminé, si on étire une seconde fois, il va se reformer une fissure, parallèlement à la première, et souvent même à côté. Si l’on répète cette opération plusieurs fois, l’espace compris entre le réservoir et les pillows superficiels sera constitué d’un cortège de filons ou de dykes côte à côte. Là encore, nous avons eu l’occasion d’observer tout cela à l ‘air libre sans avoir à entrer dans les entrailles de la terre. Nous observons dans ce wadi un réseau de dykes verticaux, placés les uns contre les autres, caractéristiques de ceux que l’on peut voir sur un axe d’accrétion d’une dorsale rapide standard (10 cm / an) et qui vont nourrir à la surface les coulées.

Complexe de dykes en feuillet d'ordre métrique à droite enraciné dans les gabbros. (Photo : André Laurenti)
Complexe de dykes en feuillet d’ordre métrique à droite enraciné dans les gabbros.
(Photo : André Laurenti)

Poursuivons notre plongée à l’air libre en suivant les filons vers le bas. Ces derniers nous conduisent directement dans la chambre magmatique qui se trouve dans la lithosphère, l’ultime palier dans lequel vient se stocker le magma avant sa sortie en surface.

Le moho du wadi Far

Cet étonnant voyage dans les entrailles de la terre nous fait découvrir à présent le Moho, une limite mise en évidence par Andrija Mohorovicic en 1909, comprise entre 8 et 10 km de profondeur sous les croûtes océaniques et qui correspond à la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre, c’est à dire l’endroit où l’on observe des modifications brutales de la vitesse de propagation des ondes sismiques. Dans le wadi Far à 3,5 km au sud de la localité Al Abyad, le Moho se présente comme une limite généralement nette entre la base de la croûte terrestre gabbroïque et le manteau. La croûte située au dessus du moho comprend des piles de gabbros lités, en dessous du moho figure la dunite et plus bas l’harzburgites. (lat : 23° 26.603’N – long : 57° 39.432’E)

Le wadi Haymiliyah (Photo : André Laurenti)
Le wadi al Haylayn peu après le village du même nom
(Photo : André Laurenti)
Les gabbros lités à alternance de lits clairs et sombres dans le wadi Haymiliyah. (Photo : André Laurenti)
Les gabbros lités à alternance de lits clairs et sombres dans le wadi al Haylayn.
(Photo : André Laurenti)
Le Moho constitue la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre (limite de la partie sombre avec les gabbros supérieurs) (Photo : André Laurenti)
Le Moho constitue la discontinuité sismique entre le manteau supérieur et la croûte terrestre (limite de la partie sombre avec les gabbros supérieurs)
(Photo : André Laurenti)

Le manteau d’Oman est constitué principalement de harzburgites, auxquelles s’associent parfois des dunites, ainsi que des pyroxénites. On observe au sein de ce manteau trois principaux types de filons :

  • 1) des filons de gabbros réactifs, aux limites floues avec la péridotite : ils représentent le collectage in situ des gouttelettes de magma

  • 2) des filons de gabbros intrusifs, aux bords francs : ils correspondent aux zones de transfert du magma en route vers la chambre magmatique

  • 3) des filons plus tardifs traduisent des circulations de fluides hydrothermaux. Les filons réactifs et intrusifs se forment respectivement au niveau du manteau asthénosphérique (T>1150°C) et lithosphérique (T<1150°C.

La remontée de magma à travers le manteau peut se faire de deux manières : d’une part par fracturation hydraulique avec un magma qui ouvre sa voie en fracturant la péridotite par la pression qu’il exerce à la pointe de la colonne de liquide. D’autre part par écoulement poreux : le magma percole entre les joints de grains de la péridotite (notamment créés par la dissolution des pyroxènes de la harzburgite).

Les pods de chromite

Au cours de ce voyage nous avons pu échantillonner dans une carrière très serpentinisée, quelques morceaux de chromite, principal minerai de chrome. On dénombre environ 500 pods de chromite au sein de l’ophiolite d’Oman, qui ont été exploités de façon artisanale. Dans l’excavation que nous avons pu voir, environ 700 tonnes y ont été extraites. La chromite cristallise précocement, autour de 1 200°C, avant l’olivine, à partir du magma basaltique, dans des chenaux de transfert de magma au sein de la zone de transition. Ce minéral très dense (d=5) précipite à la verticale des chenaux et sédimente lorsqu’il rencontre un obstacle (zones en baïonnette des chenaux).

Après cette exploration anatomique de notre planète, un moment de tourisme nous remet les pieds sur terre. Nous faisons une halte dans la petite ville de Nakhal baignée par le wadi Ar Raqueem et dominée par l’imposant Fort. De forme irrégulière, cet édifice a été bâti sur le rocher dont il épouse le profil pour se préserver des envahisseurs.

Le fort de Rustaq (Photo : André Laurenti)
Le fort de Nakhal
(Photo : André Laurenti)

Le Wadi Bani Awf

Peu après la localité de Nakhal, nous empruntons la piste en direction du Jabal Shams (la montagne du soleil) situé tout en haut d’un plateau. Ce secteur montagneux est lacéré par de profondes vallées et de canyons étroits. Dans sa première partie, la piste évolue le long de la rivière, se faufilant dans une gorge aux parois escarpées jusqu’au village pittoresque de Bilad Sayt. Cette localité nichée dans l’étreinte protectrice des montagnes, conserve son charme et le sens de la solitude rurale. Le choix d’implantation sur le flanc d’un éperon, permet de laisser libre les espaces plats pour les cultures et pour sa traditionnelle palmeraie. Ce patchwork de champs accentue la beauté du site, bien à l’écart de l’agitation et du stress des villes.
La piste se fait plus cahoteuse et s’élève dans la montagne vers un autre village situé à l’écart de cette voie de communication et que l’on domine un peu plus haut.

La piste qui mène à Jabal Shams (Photo : André Laurenti)
La piste mène à Jabal Shams (la montagne du soleil)
(Photo : André Laurenti)
Village (Photo : André Laurenti)
Village de Bilad Sayt situé sur le versant Nord-Est des monts Hajar
(Photo : André Laurenti)
La piste poursuit son ascension dans un paysage minéral et aride. (Photo : André Laurenti)
La piste poursuit son ascension dans un paysage minéral et aride, tout en bas la vallée profonde d’où nous venons.
(Photo : André Laurenti)

Le 8 mars, après une nuit dans un bungalow de Jebel Shams à environ 2000 mètres d’altitude, nous partons randonner au petit matin dans le canyon de Jabrin. Il s’agit d’une véritable entaille profonde dans le djebel Akhdar, le principal massif des monts Hajar et dont le point culminant est le djebel Shams (alt. 3075 m). Un sentier de bergers fleurte tout le long avec le ravin vertigineux, dans un décor minéral impressionnant et tourmenté d’une rare beauté. De corniches en balcons, il conduit à un village abandonné où il se termine en cul de sac. Ce lieu anciennement habité, s’appelle As Sab. Les habitations sont accrochées dans l’anfractuosité du rocher comme un véritable défi à la vie, avec à ses pieds des terrasses de culture dégringolant jusqu’au bord d’un vide à couper le souffle. Les maisons simples faites de pierre et de pisé en partie écroulées, se fondent discrètement dans la la roche. Ce lieu typique était alimenté par une source, dont une vasque est encore présente au dessus du village, poursuivant sa course dans le canyon de wadi Nakhr.

Départ du sentier pour le grand Canyon. (Photo : André Laurenti)
Départ du sentier pour le grand Canyon.
(Photo : André Laurenti)
Le cours d'eau tout au fond donne une idée de la profondeur du canyon. (Photo : André Laurenti)
Le cours d’eau tout au fond donne une idée de la profondeur du canyon.
(Photo : André Laurenti)
Au fond du canyon, la flèche indique la position du village. (Photo : André Laurenti)
Au fond du canyon, la flèche indique la position du village.
(Photo : André Laurenti)
On devine les planches de culture en terrasse. (Photo : André Laurenti)
On devine les planches en forme d’escalier des cultures en terrasse.
(Photo : André Laurenti)
Le village abandonné (Photo : André Laurenti)
Le village abandonné d’As Sab abrité par des barres rocheuses
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En descendant de la montagne, nous retrouvons les petites oasis et ses villages pittoresques au charme oriental.

Au dessus de la palmeraie, un ancien village se fait discret. (Photo : André Laurenti)
Au dessus de la palmeraie, un ancien village se fait discret.
(Photo : André Laurenti)

Nous faisons étape ce soir à Tanuf, une localité située au pied du djebel Akhdar entre Al Hamra et Nizwa. A proximité de notre campement est implanté l’ancien village en ruine qui fut bombardé par la Royal Air Force britannique en 1957 pour mettre fin à un mouvement de révolte.

Village (Photo : André Laurenti)
L’ancien village de Tanuf
(Photo : André Laurenti)
Les ruines de Tanuf (Photo : André Laurenti)
Les ruines de Tanuf
(Photo : André Laurenti)

Dans la localité de Bahla, a été construit à la fin du XVIIe siècle Jabreen Castel. Cet édifice se différencie des autres forts par le fait qu’il n’a pas été construit en période de guerre, mais plutôt en temps de paix. Ce palais de forme rectangulaire comprend trois niveaux flanqués de deux tours à chaque extrémité en diagonale, et possède à l’intérieur de nombreuses salles destinées aux repas, aux audiences, aux réunions, il y a aussi une bibliothèque et des salles de classe.

Le fort (Photo : André Laurenti)
L’imposant Jabreen Castel
(Photo : André Laurenti)
Fort (Photo : André Laurenti)
Cet édifice a été construit à la fin du XVIIe siècle
(Photo : André Laurenti)

Plus loin dans la vallée, nous atteignons Nizwa la perle de l’islam, la ville la plus visitée d’Oman. Elle représente le cœur du pays avec ses forts, ses cités mystérieuses abandonnées, ses habitations empilées comme des contreforts soutenant la montagne.

Ville (Photo : André Laurenti)
Ancien village avec ses maisons empilées comme des contreforts soutenant la montagne
(Photo : André Laurenti)
L'oasis (Photo : André Laurenti)
La grande oasis de Nizwa
(Photo : André Laurenti)

Des dunes à la mer d’Arabie

Le voyage se poursuivit ensuite vers des terrains moins chaotiques, au relief plus doux. Nous voici dans le désert de Ramlat al Wahaybah, l’un des plus grands champs de dunes à l’Est du pays. Les dunes s’étendent à perte de vue, un sable ocre perturbé par la présence de quelques dromadaires, mais ou règne une grande solitude auquel vient s’ajouter le silence absolu si caractéristique du désert. Cette étendue de sable d’environ 80 km de large par 200 km de longueur, est tout de même habitée par trois mille bédouins éleveurs de chèvres et de dromadaires, malgré un soleil de plomb.

A la limite des premières dunes, c'est le réveil (Photo : André Laurenti)
A la limite des premières dunes, c’est le réveil
(Photo : André Laurenti)
A la recherche d'une inspiration. (Photo : Thierry De Gouvenain)
A la recherche d’une inspiration
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Ondulation (Photo : André Laurenti)
Les dunes se colore à l’aube et au crépuscule
(Photo : André Laurenti)
On ne sait jamais, une panne et si vite arrivée ! (Photo : André Laurenti)
On ne sait jamais, une panne et si vite arrivée !
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Après la traversé du désert, une halte s'impose au garage du coin pour gonfler les pneus (Photo : André Laurent)
Après la traversée du désert, une halte s’impose au garage du secteur pour gonfler les pneus
(Photo : André Laurenti)
Nous atteignons la mer d'Arabie accueillis par des enfants (Photo : André Laurenti)
Nous atteignons la mer d’Arabie sous les regards amusés des enfants
(Photo : André Laurenti)
Nous atteignons enfin la mer d'Arabie (Photo : André Laurenti)
Un peu de bois ramassé au bord des pistes, permettra de faire quelques grillades
(Photo : André Laurenti)
L'astre disparaît petit à petit (Photo : André Laurenti)
L’astre s’enfonce petit à petit dans la mer d’Arabie
(Photo : André Laurenti)

Le littoral au Sud-Est de Mascate est très varié avec ses plages de sable et ses criques. Al Wasta Governate est une vaste zone composée de marais salants et de crêtes rocheuses, c’est là où nous avons choisi de nous poser. Le long du littoral, la plage est souvent accessible par des pistes quelquefois précédées par des bancs de sable dont il faut se méfier. Entre la route et la plage, des cabanes de pêcheurs souvent délabrées sont dispersées. Après la traversée du désert, nous plantons nos tentes sur de petites dunes, à deux pas de la mer. Une écharpe de sable blanc borde à n’en plus finir l’eau turquoise et claire de la mer d’Arabie. La plage s’endort, bercée par le doux ressac des vagues, telle une mélopée composée d’amertume et d’amour.

Paysage surprenant par rapport à ceux que nous avons vu jusqu'à présent (Photo : André Laurenti)
Paysage surprenant par rapport à ceux que nous avons vu jusqu’à présent
(Photo : André Laurenti)
(photo : André Laurenti)
(photo : André Laurenti)

Non loin de la plage, de petites étendues de sel affleurent, témoin d’un climat aride avec des taux élevés d’évaporation. Ces sebkhas sont couverts de croûtes de sel craquelées et hérissées. La région est surtout connue pour ses zones humides, elle représente un sanctuaire pour la faune avec en particulier des flamants roses, des hérons et autres oiseaux, grands amateurs de micro organismes.

Les micro organismes qui colorent l'eau constituent une friandise pour les oiseaux. (Photo : André Laurenti)
Les micro organismes qui colorent l’eau constituent une friandise idéale pour les oiseaux.
(Photo : André Laurenti)
Croûte de sel (Photo : André Laurenti)
Formation de croûtes de sel (sebkha)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : Thierry De Gouvenain)
(Photo : Thierry De Gouvenain)
Bonne pêche ! (Photo : André Laurenti)
Bonne pêche !
(Photo : André Laurenti)
Les boutres, embarcations emblématiques du pays Photo : André Laurenti)
Les boutres, embarcations emblématiques du pays
Photo : André Laurenti)

Raz al Jinz représente l’un des sites de nidification des tortues de mer. Après avoir parcouru des milliers de kilomètres, les tortues viennent pondre sur la plage. Il faudra ensuite attendre cinquante jours pour voir sortir les bébés. C’est à ce moment que va commencer le voyage le plus dangereux de leur vie jusqu’à la mer en évitant les nombreux prédateurs. 1 à 2 seulement sur 1000 atteindront le grand bleu.
A la tombée de la nuit et avec quelques volontaires, nous descendons sur une plage pour tenter de voir ces tortues. Nous découvrons des traces sur le sable, mais pas de tortue.

L'une des plages (Photo : André Laurenti)
L’une des plages où viennent pondre les tortues
(Photo : André Laurenti)
A défaut de tortues (Photo : André Laurenti)
A défaut de tortues
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons le port pittoresque de la ville de Sour. Cette ville de 67 000 habitants est située au sud de la capitale.

la phare marque l'entrée du port de Sour (Photo : André Laurenti)
Le phare marque l’entrée du port de Sour
(Photo : André Laurenti)

Plissement en forme d’œil

Non loin de Sour, au détour d’un virage dans une gorge étroite, se dessine dans les strates épaisses de calcaire, une structure circulaire surprenante, un plissement de roche ressemblant à un énorme œil . Il s’agit de couches sédimentaires formées il y a environ 250 millions d’années (Permien) au fond de l’océan de la Téthys. Comme pour les ophiolites, ces roches ont été poussées sur le continent et pliées par des forces colossales. Le calcaire chauffé par les pressions exercées et les roches sus-jacentes, l’on rendu plus malléable, plus élastique, permettant d’être plié comme de la pâte à modeler, donnant ainsi cette forme d’œil.

L'oeil (Photo : André Laurenti)
Un plissement en forme d’œil
(Photo : André Laurenti)

Cet autre exemple extrêmement tourmenté, montre là encore, le plissement exercé sur la roche. Celle-ci a été pliée par la pression énorme et mise en rotation autour de 270 ° dans le sens des aiguilles d’une montre.

Plissement en rotation de la roche
(Photo : André Laurenti)
Autre plissement spectaculaire (Photo : André Laurenti)
Autre plissement spectaculaire d’un secteur extrêmement tourmenté
(Photo : André Laurenti)

Un peu plus loin, nous observons des schistes vieux de 300 Ma. Il s’agit d’un calcaire à haute teneur en argile ou en silice qui ont subi d’énormes pressions, provoquant une recristallisation de la roche.

Schiste de 300 Ma (Photo : André Laurenti)
Schiste de 300 Ma
(Photo : André Laurenti)

Le voyage au Sultanat d’Oman se termine le long des côtes rocheuses d’émeraude que d’admirables criques pénètrent.

La côte (Photo : André Laurenti)
La côte rocheuse pénétrée par d’admirables criques
(Photo : André Laurenti)

Près de Bandar Khayran, la mangrove Al Khayran est l’une des plus importantes de la région avec ces arbres qui vivent dans un milieu salé. La végétation dense fournit un abri idéal pour les poissons, les écrevisses et les oiseaux.

La mangrove Al Khayran (Photo : André Laurenti)
L’épaisse mangrove Al Khayran
(Photo : André Laurenti)

Références :

Les sources de cet article proviennent du fascicule remis à chaque participant. La majorité des documents présentés proviennent du Laboratoire de Tectonophysique de l’Université de Montpellier avec comme auteurs : Adolphe Nicolas et toute son équipe, notamment Emmanuel Ball.

Namibie, un fascinant monde à l’envers

Du 1er au 17 avril 2016 l’association «Meta Odos Formations» a proposé un stage de géologie en Namibie avec comme intervenant : Olivier Bourgeois professeur de géologie au laboratoire de Planétologie de l’Université de Nantes. Ce périple de plus de 4 200 km en majorité de piste, a permis de se plonger au cœur d’une histoire géologique qui s’étend sur plus de deux milliards d’années. Nous avons pu observer le magmatisme lié à la rupture continentale, la géomorphologie des zones arides et l’orogenèse précambrienne.

Windhoek la capitale (Photo : André Laurenti)
Windhoek la capitale
(Photo : André Laurenti)

Située en Afrique australe, la Namibie fait frontière au sud et à l’est avec l’Afrique du Sud, un peu plus haut et toujours à l’est avec le Bostwana et la Zambie, puis au nord avec l’Angola. Son territoire de 825 418 km2, presque une fois et demi la France, abrite seulement 2 millions d’habitants. La langue officielle est l’anglais, mais il existe plus de vingt langues parlées par les différentes ethnies. La république de Namibie est un état indépendant depuis mars 1990, elle est à une nuit de vol de l’Allemagne dont elle fut une ancienne colonie de 1884 à 1915. Il n’y a qu’une heure de décalage entre la France et la Namibie, mais dès le lendemain de notre arrivée, hémisphère sud oblige, nous sommes passés à l’heure d’hiver.
La capitale Windhoek qui veut dire « coin du vent », regroupe environ 325 800 habitants, elle est implantée au centre du pays à 1 700 m d’altitude.


Carte de l’itinéraire, cliquer sur le rectangle blanc en haut à droite pour agrandir
(Carte : Google maps)

Un monde à l’envers

En arrivant en Namibie, il faut d’abord s’habituer à rouler à gauche et à prendre les giratoires dans le bon sens. Mais ce n’est pas tout, la température surprend également avec des 40 ° à l’intérieur des terres à 1500 m d’altitude et plus on se rapproche de l’océan, plus il fait froid. Il y a aussi le relief qui habituellement se forme par soulèvement comme dans les Alpes, ce n’est pas le cas en Namibie où celui-ci se forme par érosion, par creusement dans les immenses plateaux.
Le terme de « pass » signifie dans l’esprit d’un européen, un col, un passage entre deux montagnes reliant deux vallées, des obstacles très recherchés par le cyclotouriste et collectionneur de cols que je fus. En Namibie les cols sont peu nombreux et le « pass » correspond très souvent au franchissement d’un relief creusé par l’érosion, c’est à dire une descente jusqu’au point bas d’un cours d’eau et sa remontée sur le plateau, bref un « pass » en négatif.

Un relief creusé par l'érosion dans les immenses plateaux (Photo : André Laurenti)
« Moon Landscape » : un relief creusé par l’érosion dans les immenses plateaux qui se perdent à l’horizon
(Photo : André Laurenti)

Une longue aventure commence en Namibie

Après une nuit dans l’avion, nous débarquons vers 6h30 sur le tarmac de l’aéroport international Hosea Kutako de Windhoek. Le levé de soleil embrase progressivement l’unique piste. Une fois les démarches administratives réglées, nous embarquons dans un mini-bus affrété par notre loueur de véhicules pour la capitale, située à l’ouest à environ une cinquantaine de kilomètres. Très vite au cours du trajet, nous sommes mis dans l’ambiance avec déjà quelques clichés africains, des cous de girafes dépassant une maigre végétation, un peu plus loin quelques singes.
Le groupe prend possession des cinq véhicules, nous serons rejoint en soirée par un sixième équipage. Peu après, nous nous dirigeons vers un supermarché effectuer le ravitaillement. Nous profitons ensuite d’être au centre ville pour déjeuner et déambuler quelques instants dans la zone piétonne de la capitale. C’est l’occasion de découvrir exposés au beau milieu de la « Post Street mall », des fragments de la météorite de Gibeon tombée à proximité de la localité qui porte le même nom au sud du pays. Les fragments se sont éparpillés sur une zone elliptique de 275 km par 100 km et sa masse connue avant l’impact était de 26 tonnes.

Les fragments de la météorite de Gibeon (Photo : André Laurenti)
Les fragments de la météorite de Gibeon exposés sur « Post Street mall » dans la capitale
(Photo : André Laurenti)

C’est enfin le départ pour une longue aventure à travers le pays. Nous circulons en direction du nord, le long des déformations tectoniques du graben (fossé d’effondrement) de Windhoek formé au Crétacé à l’ère tertiaire. Il est bordé par des affleurements du socle métamorphique du précambrien. Plus au nord à gauche, pointe le Mont Etjo (2 082 m d’altitude) constitué par des grès rouges du Permo-Trias que nous découvrirons demain dans le Waterberg. On y observe aussi au passage, les buttes témoins d’Omatako (2286 m d’altitude) en forme de deux tétons et constitués de basalte du jurassique.
Nous quittons la piste B1 pour prendre à droite la C22 en direction d’Okakarara, la nuit tombe et plus loin à gauche à la lueur des phares nous atteignons le lieu de la première étape. Après 340 km depuis l’aéroport, le petit convoi s’immobilise dans notre premier camping à la ferme dénommé Hamakari. Peu éloigné de la localité d’Otjiwarango, « Hamakari Guest Farm » représente un point idéal pour des excursions vers le plateau sauvage du Waterberg .

Dimanche 3 avril : le parc du Waterberg – 315 km

A une cinquantaine de kilomètres du camping, nous pénétrons dans le parc national du Waterberg. D’une superficie de 405 km², ce parc a été déclaré réserve naturelle en 1972.
Une randonnée permet de nous hisser tout en haut de parois verticales constituées de grès rouges, à environ 1 700 m d’altitude. Dans ces rochers, il faut rester vigilant car il y a des serpents, Olivier en a vu un qui s’est glissé sous un roc. Au terme de l’ascension, nous découvrons en guirlande sur les branches d’un arbuste, une longue mue en deux morceaux. Olivier la décroche méticuleusement et l’enroule autour d’un carton pour l’apporter à sa fille passionnée de serpents. Depuis ce belvédère, une vue panoramique embrasse la vaste savane du Kalahari qui s’étend à perte de vue de façon poignante. Il s’agit d’un ancien désert sur lequel une végétation arborescente a poussé.

La vaste plaine du Kalahari vue depuis le plateau du Waterberg (Photo : André Laurenti) (
La savane du Kalahari vue depuis le plateau du Waterberg
(Photo : André Laurenti)
Le grés rouge du plateau de Waterberg (Photo : André Laurenti)
Le grès rouges du plateau de Waterberg
(Photo : André Laurenti)
La mue d'un serpent découvert dans un arbre. (Photo : André Laurenti)
La mue d’un serpent découverte dans un arbre et tenue par Jean-Yves à gauche et Olivier.
(Photo : André Laurenti)
Accouplement de sauterelles. (Photo : André Laurenti)
Accouplement de criquets.
(Photo : André Laurenti)

Le Waterberg est une caractéristique géologique importante et spectaculaire dans le paysage. Ce relief tabulaire se dresse au dessus des plaines du Kalahari entre 1650 et 1700 mètres d’altitude. Le Waterberg est une relique de l’érosion d’une enveloppe de grès datant de 180 Ma, qui couvrait une grande partie de la Namibie. Ce grès continental est oxydé par la présence de fer et la porosité de la roche accentue son érosion sous forme de sable rouge, c’est ce qui colore le sol de la plaine du Kalahari.
Au pied du Waterberg, une mission s’est installée pour protéger la tribu de Herero. Ce site a été tristement marqué par l’histoire. En effet, c’est dans les contreforts du Waterberg que le peuple Herero a perdu au début du XXe siècle, la dernière bataille contre les allemands . Empêchés d’accéder aux sources par ces derniers, ce peuple a été contraint de fuir dans le Kalahari et aussi vers l’actuel Botswana. Des milliers ont été tués par les Allemands et beaucoup d’entre eux ont perdu la vie dans le désert du Kalahari en raison du manque de nourriture et d’eau, mais aussi par des sources qui ont été empoisonnées, d’autres sont morts dans des camps de concentration, les prémices de ce que l’on connaîtra plus tard en Europe.
Nous reprenons la route et traversons les interminables étendues plates du Kalahari et arrivons en fin de journée au camping d’Okaukuejo, situé à 17 km de l’entrée sud du parc national d’Etosha.
Un étang éclairé tout proche du camping permet de voir s’abreuver les animaux pendant la nuit. Ce soir, une famille de rhinocéros patauge dans l’eau. La Namibie abrite 95 % de la population mondiale de rhinocéros noirs.

Un rhinocéros vient s'abreuver au point d'eau. (Photo : André Laurenti)
La nuit les animaux viennent s’abreuver au point d’eau.
(Photo : André Laurenti)

Lundi 4 avril : Le parc national d’Etosha – 280 km

En ce lundi 4 avril nous pénétrons tôt le matin dans le parc national d’Etosha (grand vide). D’une superficie de 22 270 km2, il représente le deuxième plus grand parc de la Namibie. La présence de nombreux points d’eau a permis à une grande variété d’animaux de s’installer en toute quiétude devenant un véritable paradis de la faune sauvage. Il a été recensé pas moins de 114 mammifères et 340 oiseaux.
A l’intérieur de ce parc se trouve le PAN, une véritable porte ouverte sur le vide. Il s’agit en fait d’un immense bassin salé de 4 800 km2 ouvert à l’Est vers le Kalahari. A la saison des pluies, le pan d’Etosha se recouvre d’eau et attire d’importantes colonies de flamants roses. Sur ses bords, une croûte d’altération dure appelée « calcrète », correspond à un dépôt typique des régions désertiques. A l’inverse de nos massifs calcaires, l’eau saturée de minéraux dissous dans le sol, va de bas en haut en exsurgence. La nappe phréatique en pression et en pente vers le centre du pan, crée des puits artésiens. L’eau une fois à la surface du sol, dépose des minéraux formant une croûte fine de calcaire à la surface en s’évaporant.

Le pan d'Etosha (Photo : André Laurenti)
En arrière plan le pan d’Etosha, un immense bassin salé de 4 800 km2
(Photo : André Laurenti)

Chacun part librement au hasard des pistes et des différents recoins pour découvrir la faune locale. Nous y découvrons avec enchantement les zèbres et les springboks, l’antilope la plus commune dont le nom a inspiré la célèbre équipe de rugby à XV de l’Afrique du Sud, sans oublier aussi les gnous, les Oryx appelés l’antilope du désert, les grands koudous, les autruches, bref toute la grande panoplie des animaux d’Afrique.

Famille de zèbre (Photo : André Laurenti)
Famille de zèbres de Burchell
(Photos : André Laurenti)

Le springbock (Photo : André Laurenti)
Le springbock qui a inspiré la célèbre équipe de rugby à XV d’Afrique du Sud
(Photos : André Laurenti)

Namibie

L'autruche commune (Photo : André Laurenti)
L’autruche commune
(Photos : André Laurenti)

NamibieNamibie

Le kori bustard (Photo : André Laurenti)
L’outarde kori, l’oiseau le plus lourd au monde et capable de voler
(Photo : André Laurenti)
L'oryx ou gemsbok est aussi l'emblème de la Namibie (Photo : André Laurenti)
L’oryx ou gemsbok est aussi l’emblème de la Namibie
(Photo : André Laurenti)
Les gnous bleus à queue noire (Photo : André Laurenti)
Les gnous bleus à queue noire
(Photo : André Laurenti)
L'impala peut sauter des distances de plus de 10 m. (Photo : André Laurenti)
L’impala peut sauter des distances de plus de 10 m.
(Photo : André Laurenti)
L'éléphant (Photo : André Laurenti)
L’éléphant
(Photo : André Laurenti)

Vers midi, nous avons comme point de ralliement le poste d’Halali situé au centre du parc, à mi-chemin entre Okaukuejo et Namutoni, au pied d’une colline de dolomite. Mais à midi tout le monde n’est pas là, certains seront retardés par un troupeau d’éléphants occupant carrément le milieu de la piste.
En fin de journée, nous sortons à l’Est du parc par la « Von Lindequist Gate » et poursuivons la piste encore une cinquantaine de kilomètres, jusqu’à la ferme « Sachsenheim ».

La girafe (Photo : André Laurenti)
La girafe
(Photos : André Laurenti)

Namibie

Namibie

Mardi 5 avril : Sachsenheim farm – Opuwo – 425 km

Nous poursuivons l’itinéraire vers le nord-est en direction d’Oshakati, la capitale de l’Ovamboland. Peu avant d’arriver dans la ville, un véhicule de police nous intercepte. Les agents nous donnent quelques consignes de vigilance afin d’éviter les vols. Ils informent leurs collègues de notre arrivée dans la ville.
Nous arrivons au couché du soleil au camping situé sur les hauteurs de la ville d’Opuwo.

Couché de soleil sur les hauteurs de Opuwo (Photo : André Laurenti)
Couché de soleil sur les hauteurs de Opuwo
(Photo : André Laurenti)

Mercredi 6 avril : Opuyo – les chutes d’Epupa – 185 km

Nous passons quelques heures chez le peuple rouge des Himbas à proximité de la localité d’Opuyo dans le désert du Kaokoland (terre lointaine). Chaque famille vit dans un enclos délimité par une palissade en bois pour protéger les troupeaux des animaux prédateurs. A l’intérieur, des huttes servent d’abris à la communauté et d’autres sont destinées au stockage des céréales. Les Himbas continuent à préserver leur style de vie traditionnel. Les femmes à la poitrine dénudée s’enduisent la peau et les cheveux d’une crème réalisée à partir de graisse animale et de la poudre d’hématite pour se protéger du soleil ardent et des insectes.

Une femme Himba et son enfant dans la ville d'Opuwo (Photo : André Laurenti)
Une femme Himba et son enfant dans la ville d’Opuwo
(Photo : André Laurenti)
Mode de transport (Photo : André Laurenti)
Transport en commun à Opuwo
(Photo : André Laurenti)
Chez les Himbas (Photo : André Laurenti)
Chez les Himbas
(Photo : André Laurenti)
Coiffure des Himbas (Photo : André Laurenti)
Coiffure caractéristique du peuple Himba
(Photo : André Laurenti)
Enfants Himbas (Photo : André Laurenti)
Une petite fille Himba tient dans ses bras son petit frère
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

L’habitat et lieu de vie des Himbas se résument à des choses simples, à l’essentiel permettant la vie, une hutte coiffée d’un toit de chaume et un foyer.

L'habitat Himbas (Photos : André Laurenti)
L’habitat Himbas
(Photos : André Laurenti)

Un arrêt permet d’observer des calcaires métamorphisés (marbre), un peu plus loin la halte s’impose pour admirer le premier baobab. A partir de là, ils feront parti du paysage jusqu’au terme de l’étape.

Le premier baobab (Photo : André Laurenti)
Le premier baobab
(Photo : André Laurenti)

En fin de journée, nous arrivons aux chutes d’Epupa dans l’extrême nord de la Namibie, une oasis surprenante à la frontière avec l’Angola. Un sentier le long du cours d’eau permet d’admirer les cataractes avant la tombée de la nuit.

Les chutes d'Epupa à la frontière de l'Angola (Photo : André Laurenti)
Les chutes d’Epupa à la frontière de l’Angola
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Epupa (Photo : André Laurenti)
Epupa
(Photo : André Laurenti)
La journée se termine sur les berges du fleuve (Photo : André Laurenti)
La journée se termine sur les berges du fleuve Epupa
(Photo : André Laurenti)

Petit à petit, l’oasis s’enveloppe de crépuscule. Au cours de la nuit, un orage éclate, la pluie n’est pas très forte, mais ce sont surtout les rafales de vent qui se font redoutables. Une bourrasque friponne soulèvera suffisamment une tente pour en faire tomber la petite échelle d’accès. Les palmiers s’agitent, des palmes desséchées se décrochent et tombent au sol. L’une d’entre elles endommagera un de nos réchauds. Plus de peur que de mal, le calme revient très vite et chacun s’endort paisiblement.

Jeudi 7 avril : Epupa – Opuwo – Khowarib campsite – 345 km

Nous quittons le camping à 7h30 et refaisons le chemin à l’envers jusqu’à Opuwo. Grâce à la pluie de la nuit, la piste se fait moins poussiéreuse et à certains endroits l’eau a même fait son apparition dans les rivières, nous obligeant à effectuer un passage à gué pour franchir l’une d’elle.

Passage à gué (Photo : André Laurenti)
Passage à gué de notre convoi
(Photo : André Laurenti)
L'eau est une aubaine pour les troupeaux. (Photo : André Laurenti)
L’eau est une aubaine pour les troupeaux.
(Photo : André Laurenti)

Après une halte à Opuwo nécessaire au ravitaillement, nous poursuivons le périple vers le sud à travers le Kaokoland jusqu’à Warmquelle, une chaîne précambrienne. D’un site à l’autre, les heures de conduite dans un paysage uniforme sont parfois longues et monotones. Les vastes étendues plates recouvertes d’une maigre végétation vibrent sous la chaleur, les distances impressionnantes sans le moindre virage invitent à ne pas se laisser gagner par le sommeil.
Nous dormirons à « Khowarib campsite » sur les bords de la rivière Hoanib, à l’abri d’un magnifique défilé.

Un petit caméléon (Photo : André Laurenti)
Le lézard agama acueleata
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 8 avril : Khowarib – Igowati – 350 km

Peu après Palmwag, nous abandonnons la piste C 43 pour prendre la C 40. L’itinéraire se fait de plus en plus montagneux jusqu’à franchir le premier col, le « Grootberg pass ». Durant la montée nous avons pu apercevoir les trapps basaltiques d’Etendeka qui se sont formés à la fin du Jurassique (130 Ma), lors de l’ouverture de l’océan Atlantique Sud par rupture du paléo-continent Gondwana.

Les formations basaltique (Photo : André Laurenti)
Les formations basaltique d’Etendeka
(Photo : André Laurenti)

Contrairement aux couches géologiques extrêmement tourmentée des Alpes, en Namibie l’ordre géologique est respecté. Ainsi reposant sur le socle précambrien du Damara, on trouve d’abord des sédiments glacières et interglaciaires du carbonifère à l’époque où l’Afrique se trouvait au niveau du Pôle Sud, ensuite les grès d’Etjo du jurassique et enfin les fameux trapps d’Etendeka.

Les trapps (Photo : André Laurenti)
Les trapps d’Etendeka formant la couche supérieure du relief tablé
(Photo : André Laurenti)

Nous terminons la journée dans le camping d’Igowati proche de la localité de Khorixas. Comme chaque soir Jean-Yves et quelques personnes cuisinent pour tout le monde des repas simples et nourrissants. Sous une impressionnante voie lactée, c’est à chaque fois un banquet digne d’une fin d’album d’Astérix, des moments d’une exquise convivialité animés par l’intarissable Annie, sans oublier François et Alain. Le tout, arrosé par des breuvages d’Afrique du Sud et bien d’autres potions magiques qui après tout, aideront à bien dormir.

Un petit lézard (Photo : André Laurenti)
Rencontre avec un petit lézard
(Photo : André Laurenti)

A chaque arrêt géologique, les passants nous saluent amicalement, parfois des enfants et des femmes nous entourent. Plus loin, à l’ombre d’un acacia un vieil homme gémissant vient quémander des médicaments pour atténuer la douleur de son dos. Dans un autre lieu, une jeune femme nous offre des pastèques. Tout s’exprime à travers la douceur d’un geste, la tendresse d’un regard. Cette Afrique me traverse et m’imprègne de ses couleurs, de ses paysages, des rires et de la gentillesse des habitants.

Tendresse d'un regard (Photo : André Laurenti)
Tendresse d’un regard
(Photo : André Laurenti)

Samedi 9 avril : les Vingerklip – Twyfelfontein – 195 km

Nous arrivons dans la vallée étonnante de l’Ugad qui est déjà un avant goût de la Monument Valley aux Etats Unis. Les Vingerklip qui se dressent comme des forteresses, sont les restes géologiques des terrasses fluviatiles du fleuve Ugad. Le cours d’eau a entaillé le paysage il y a des millions d’années ne laissant plus que les terrasses actuelles. Ces butes témoins représentent un grand livre ouvert, montrant les différentes couches de conglomérat. Le Finger rock en équilibre tout en haut d’une colline dresse son doigt de 35 mètres de hauteur, son sommet est à 929 m d’altitude.

Les (Photo : André Laurenti)
Les Vingerklip des terrasses fluviatiles du fleuve Ugad
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
le doigt (Photo : André Laurenti)
Le Finger rock haut de 35 m
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Paysage (Photo : André Laurenti)
Panorama de cette vallée de l’Ugad
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

En fin de journée, nous atteignons une autre merveille, le site archéologique de Twyfelfontein qui veut dire source douteuse. Il faut plutôt entendre une source douteuse par sa capacité et non par sa qualité.

L'entrée du site (Photo : André Laurenti)
L’entrée du site de Twyfelfontein
(Photo : André Laurenti)
Les grès rouges sur lesquels s'est développé l'art rupestre (Photo : André Laurenti)
Les grès rouges sur lesquels s’est développé l’art rupestre
(Photo : André Laurenti)

Accompagné d’un guide, nous partons découvrir des gravures et peintures rupestres. On peut y admirer une importante concentration avec plus de 2 500 pétroglyphes répertoriés, datant de 3 000 à 6 000 ans et réalisés sur des abris en grès rouges par les Khoikhoi, des chasseurs cueilleurs assimilés au groupe ethnique des Bushmens et plus tard par des éleveurs. Ils représentent la faune locale, mais aussi des empreintes d’animaux et des pas d’hommes.

L'art rupestre (Photo : André Laurenti)
Le site archéologique de Twyfelfontein
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Après le site archéologique, le guide nous amène non loin de là, observer un troupeau d’éléphants autour d’un point d’eau. Une quinzaine d’individus composés d’adultes et d’éléphanteaux s’en donnent à cœur joie dans les eaux saumâtres de l’étang.
Nous passerons la nuit au camping d’Aba Huab Campsite.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Dimanche 10 avril : les trapps d’Etendeka – Skeleton Coast – Mile 108 – 300 km

Nous retraversons les trapps d’Etendeka en se rendant vers Torra Bay, nous faisons halte au pied d’un imposant rocher qui n’est autre qu’une dune fossile. En regardant de près, on y observe les fines strates de sable et leurs directions dictée par les vents dominants. Tout autour, l’érosion a façonné des paysages de montagnes tronconiques.

L'érosion est l'oeuvre de ces paysages (Photo : André Laurenti)
Ce rocher n’est autre qu’une dune fossile
(Photo : André Laurenti)
<center>Palmwag dans le Damaraland (Photo : André Laurenti)
Depuis la dune fossile, le paysage de Palmwag dans le Damaraland
(Photo : André Laurenti)

En descendant progressivement vers le littoral, on longe le « Koigab river », au loin, on commence à apercevoir un banc de brume au dessus de l’océan provoqué par la confrontation des courants froids du Bengale qui remonte la côte et l’air chaud de l’intérieur des terres. Nous atteignons la plate-forme littorale avec ses plages soulevées, un arrêt s’impose dans le delta de l’Uniab.

La plateforme littorale (Photo : André Laurenti)
La plate-forme littorale dans le delta de l’Uniab
(Photo : André Laurenti)
Un bras du delta de l'Uniab (Photo : André Laurenti)
Un bras du delta de l’Uniab et en arrière plan les brumes de l’océan.
(Photo : André Laurenti)

Le fleuve éphémère de l »Uniab coule seulement quelques jours par an. Un paysage de dunes s’affiche agrémenté par de petits étangs d’eau saumâtre bordés par des roseaux, un petit paradis pour les oiseaux. En descendant en direction de l’océan, on atteint le point haut d’une rupture de pente (knickpoint). Ce bras de l’Uniab tombe brutalement dans une gorge abrupte, un indice témoin d’un soulèvement du littoral océanique.

L'Uniab tombe brutalement dans une gorge abupte (Photo : André Laurenti)
L’Uniab s’enfonce brutalement dans une gorge abrupte
(Photo : André Laurenti)
Smoke on the water (Photo : André Laurenti)
« Smoke on the water »
(Photo : André Laurenti)

Nous parcourons à présent le littoral le long de la « Skeleton Coast » la côte des squelettes dont le nom s’inspire des nombreux ossements de baleines et des épaves des navires échoués signalées d’ailleurs, par des panneaux. On imagine aisément l’ambiance fantomatique sur cette plage avec ses brumes océanes.

La côte des squelettes (Photo : André Laurenti)
La côte des squelettes
(Photo : André Laurenti)

Nuit dans un camping sur la plage au lieu dit « Mile 108 ». La température est fraîche, veste et bonnet sont de sortie. Le feu allumé pour les grillades est vraiment appréciable.

Lundi 11 avril : Mile 108 – Brandberg White Lady – 255 km

Après quelques dizaines de kilomètres, l’arrêt s’impose au Cape Cross. Le navigateur portugais Diogo Cao a fait ériger une croix de pierre en 1486 marquant ainsi le point le plus au sud jamais atteint par les navigateurs européens. Ce cap abrite une importante colonie d’otaries à fourrure estimée à plus de 100 000 individus. L’atmosphère est nauséabonde, mais vaut tout de même le déplacement. Le gouvernement namibien autorise encore entre juillet et novembre, le massacre des jeunes otaries pour la fourrure. Malgré des vagues d’indignations de la part des organisations de protection des animaux, des dizaines de milliers de têtes sont abattus chaque année sur les plages namibiennes.

La population d'otarie à fourure du Cap Cross (Photo : André Laurenti)
La population d’otarie à fourrure du Cape Cross
(Photo : André Laurenti)
Le ténor du groupe (Photo : André Laurenti)
Le ténor du groupe
(Photo : André Laurenti)
Petit bonjour amical (Photo : André Laurenti)
Petit bonjour amical
(Photo : André Laurenti)
Leurs petites oreilles les différencient des phoques (Photo : André Laurenti)
Leurs petites oreilles les différencient des phoques
(Photo : André Laurenti)

Nous regagnons l’intérieur des terres et retrouvons la chaleur. La piste contourne de loin le massif du Brandberg.

Notre petit convoi s'immobilise pour une lecture de paysage (Photo : André Laurenti)
Notre petit convoi s’immobilise pour une lecture géologique
(Photo : André Laurenti)
Des paysages toujours aussi surprenant (Photo : André Laurenti)
Des paysages toujours aussi surprenant
(Photo : André Laurenti)

Nous passerons la nuit au camping de « Brandberg White Lady, situé au pied du massif du Brandberg en plein cœur du Damaraland.

Camping (Photo : André Laurenti)
Camping de Brandberg White Lady au petit matin
(Photo : André Laurenti)


Le Brandberg signifie « montagne de feu » en raison de sa couleur pourpre en fin de journée, ce pluton correspond à une intrusion granitique à l’époque où le sud de l’Afrique connaissait une importante activité volcanique souterraine. Ces formations représentent d’anciennes chambres magmatiques remontées lors de l’ouverture de l’Atlantique
entre 135 et 125 Ma. Le massif émerge de 2000 m au dessus d’un paysage extrêmement plat et a été révélé par l’érosion. La vue par satellite de ce pluton est d’ailleurs surprenante, ce massif ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre soit environ 450 km2. Ce relief accessible et la présence de l’eau ont fait un lieu de rencontre des Bushmens qui ont marqué leur passage à travers l’art rupestre.

Vue de satellite, le massif du Brandberg ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre (Source : Google maps)
Vue de satellite, le massif du Brandberg ressemble à un énorme furoncle de 28 km de diamètre
(Source : Google maps)

Mardi 12 avril : Brandberg – Spitzkoppe – 140 km

Au petit matin, nous randonnons dans le vallon du Tsisab situé à l’intérieur de ce massif du Brandberg. A l’entrée du vallon, des roches noires semblent différentes du reste, elles sont pourtant de même composition, mais avec une patine plus sombre qu’on appelle le vernis du désert. Nous montons progressivement en direction de la fameuse « White Lady » la Dame Blanche. Je fais le vide autour de moi et me concentre sur le rythme patient de mes pas porté par le souffle un peu court. Le long du sentier, quelques arbres ont été sérieusement malmenés. On raconte qu’un troupeau d’éléphants du désert a occupé le site au mois de novembre dernier et ces animaux se sont un peu défoulés sur la végétation.

La végétation a été (Photo : André Laurenti)
Quelques arbres ont été malmenés par des éléphants
(Photo : André Laurenti)

Un peu plus haut sur la droite, on aperçois le Konigstein « pierre du roi », il s’agit du point culminant de la Namibie avec ses 2573 m d’altitude. Le chemin emprunté est aussi celui du sommet, mais nous nous arrêterons bien avant, au lieu dit la Dame Blanche.

Le sommet (Photo : André Laurenti)
Tout au fond à droite le point culminant de la Namibie, le Konigstein à 2573 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Là, on y découvre des peintures rupestres. Cette vallée est un lieu spirituel du peuple bushmen, il y aurait environ 45 000 dessins répartis sous les nombreux abris sous roche. La Dame Blanche peinte il y a 2 000 ans, est la représentation la plus célèbre et mystérieuse de ce sanctuaire de l’art rupestre. Elle a suscité beaucoup d’interprétations et de controverses comme sur bien d’autres sites de ce type. Cet ancien peuple des lieux organisait des cérémonies rituelles destinées à de nombreuses causes notamment à la guérison et à faire pleuvoir. Pendant les danses rituelles, les sorciers portaient autour des chevilles des grelots fabriqués à partir de cocons d’insectes. Ils utilisaient aussi la queue des antilopes comme chasse-mouches. Ces danses duraient plusieurs heures et impliquaient beaucoup d’individus qui chantaient et applaudissaient.

Peintures (Photo : André Laurenti)
Quarante cinq mille peintures sont réparties sous les abris sous roche
(Photo : André Laurenti)
La qualité des peintures est remarquable (Photo : André Laurenti)
La qualité des peintures est remarquable
(Photo : André Laurenti)
La Dame Blanche "White Lady" est la peinture la plus célèbre du site (Photo : André Laurenti)
La Dame Blanche « White Lady » est la peinture la plus célèbre du site
(Photo : André Laurenti)

Ce massif du Brandberg si particulier a été classé patrimoine mondial par l’UNESCO le 3 octobre 2002 dans la catégorie nature et culture.
Nous poursuivons l’aventure et faisons route vers un camping du Spitzkoppe, un autre site aussi extraordinaire.
Ce soir nous dormirons dans une chambre de luxe hors du commun, pourtant loin des hôtels et des clubs med, nous dormirons en plein cœur d’une chambre magmatique. Tout le monde n’a pas la chance de passer la nuit dans un endroit pareil, d’autant plus qu’habituellement ces gigantesques réservoirs de volcans sont des zones souterraines et pourtant….

Les (Photo : André Laurenti)
Le massif du Spitzkoppe est remarquable
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Chaque soir, c’est un ravissement que de contempler la voie lactée dans son poudroiement d’étoiles. Au firmament scintille la croix du Sud. La lune, simple apostrophe au début du voyage, gonfle progressivement sa voile au fil des jours.

Mercredi 13 avril : Spitzkoppe – Welwitschia – 175 km

Au petit matin, l’énergie de l’aube frémit, les premiers rayons de soleil enroulent les crêtes de son écharpe de lumière. La chambre tout doucement, s’illumine de braises.

La chambre s'illumine (Photo : André Laurenti)
La chambre tout doucement s’illumine de braises
(Photo : André Laurenti)

Au sein du Damaraland, le massif du Spitzkoppe culmine à 1728 m d’altitude et forme un paysage d’une incroyable beauté. Tout comme le Brandberg, il s’agit aussi d’un pluton granitique correspondant à une chambre magmatique mise en place au jurassique. C’est encore l’érosion qui a mis à jour cet ancien réservoir à magma souterrain, en dégagent progressivement son enveloppe sédimentaire. En apparaissant à l’air libre, les roches magmatiques plus résistantes que les sédiments qui l’entouraient, se sont petit à petit décomprimées et fracturées (thermoclastie). C’est alors qu’a débuté un lent processus de désagrégation mécanique des roches sous l’effet des variations de températures, mais aussi par la présence de sel (haloclastie). Ce dernier en cristallisant exerce une pression importante et favorise aussi une érosion grain à grain voir même par desquamation. Les vents ont également un fort pouvoir abrasif et vient accentuer ce travail de desquamation et contribue à polir les arrêtes, façonnant le paysage actuel.

L'arche du Spitzkoop (Photo : André Laurenti)
L’arche du Spitzkoppe
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous randonnons dans ces roches rouges à la découverte d’arches et de ces formes en boule, une folle exubérance d’un monde cyclopéen obtenues par altération tropicale du granite.
Un peu plus loin, un chemin de câble permet de nous hisser en haut du massif et atteindre des abris sous roche où apparaissent des
gravures rupestres.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Un personnage dans les rochers donne une échelle de ce site
(Photo : André Laurenti)
Lézard (Photo : André Laurenti)
Lézard multicolore
(Photo : André Laurenti)


On peut voir aussi dans ce massif, le daman, un petit mammifère qui réside à l’année dans les rochers du Spitzkoppe. Ils ont la particularité d’avoir quatre doigts aux pattes avant et trois à l’arrière. Ces doigts sont protégés par des sabots excepté un doigt à l’arrière qui possède une griffe. On repère sa présence par ses déjections blanchâtres sur les parois.

Les damans sont des petits mamifères plantigrades (Photo : André Laurenti)
Les damans sont des petits mammifères plantigrades
(Photo : André Laurenti)
Les damans vivent dans les rochers dans lesquels ils se protègent du soleil (Photo : André Laurenti)
Les damans vivent dans les rochers où ils se protègent des ardeurs du soleil
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous quittons ce lieu magique et faisons route vers le Welwitschia Drive. La welwitschia mirabilis est une plante aux feuilles métriques qui résiste aux conditions extrêmes. On recense environ 6000 spécimens dans le désert du Namib, les plus vieux auraient 2000 ans. La plus grande plante possède des feuilles de 2 m de large et de plus de 6 m de longueur.
L’étape du jour se termine au Camping rustique dans le « Welwitschia Drive ».

La plante (Photo : André Laurenti)
La welwitschia mirabilis
(Photo : André Laurenti)

Jeudi 14 avril : Welwitschia – Amagama River camp – 390 km

Nous retrouvons le littoral atlantique avec une halte à Walvis Bay, la baie des baleines. Cette ville portuaire de 85 000 habitants est un point stratégique pour le commerce maritime du pays, c’est l’unique endroit sur la façade Atlantique, pouvant accueillir un port en eau profonde.
Une grande colonie de flamants roses attirée par les salines, s’offre en spectacle.

Les flamants roses (Photo : André Laurenti)
Les salines de Walvis Bay attirent Les flamants roses
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nous nous arrêtons à Solitaire, un lieu dit complètement isolé composé de trois maisons. Ce curieux endroit servant de lieu d’exposition à des carcasses de véhicules et de pièces mécaniques de toute sorte, était un unique poste d’essence. De nos jours, il y a une épicerie et même un hôtel, mais pas davantage.
La journée se termine à l’Agama River camp.

Les précipitations à Solitaire (Photo : André Laurenti)
Les précipitations à Solitaire
(Photo : André Laurenti)
Sur la route de (Photo : André Laurenti)
Sur la piste de Sesriem
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 15 avril : Amagama River Camp – Sossusvlei – 310 km

Le départ se fait à 6h45 au lever du soleil avec comme destination Sesriem. De là, une route goudronnée longue d’une soixantaine de kilomètres, nous conduit au départ d’une piste ensablée permettant d’atteindre Sossusvlei, 2 à 3 km plus loin. Nous dégonflons les pneus, et c’est parti pour un passage assez chaotique longeant le lit d’une rivière qui vient se perdre dans le sable.

Aux portes de (Photo : André Laurenti)
Les portes de Sossusvlei au cœur du désert du Namib
(Photo : André Laurenti)

Nous voici enfin au cœur du désert du Namib, fin prêt pour une promenade à pied parmi les dunes de Sossusvlei et de Dead Vlei. Le sable provient du fleuve Orange faisant frontière naturelle au sud du pays, entre la Namibie et l’Afrique du Sud. Ces dunes sont longitudinales et orientées Nord-Sud, une disposition dictée par la somme vectorielle des vents. Le sous sol renferme des dunes fossiles de 3Ma, une datation effectuée à partir des œufs d’autruches découverts dans ces formations.
Le soleil est déjà fort, des vagues de sable ondulent sur les flancs des dunes. Chaque pas me rappelle le sable du Tassili et cette sagesse du désert. Blottis dans une cuvette bordée de hautes dunes, un ancien marais asséché nappe d’argile blanche le fond plat. Un paysage irréel sorti d’une œuvre de Salvador Dali. Autrefois, ce marais était alimenté par une rivière et avait permis à des acacias de pousser. Mais, comme un désert est une nature vivante, les dunes ont entouré le marais et ont fait obstacle à toute arrivée d’eau. Ainsi, les arbres sont morts il y aurait de cela 900 ans, noircis par un soleil implacable, le climat extrêmement sec les protège de toute décomposition.

Les dunes (Photo : André Laurenti)
Les dunes de Sossusvlei situées dans le parc national de Namib-Naukluft
(Photo : André Laurenti)
Dunes (Photo : André Laurenti)
Le site de Dead Vlei avec ses acacias morts
(Photo : André Laurenti)
Dune (Photo : André Laurenti)
Dunes oranges caractéristiques du Namib
(Photo : André Laurenti)
L'argile prismée (Photo : André Laurenti)
L’argile prismée formant le fond de l’ancien marais
(Photo : André Laurenti)

Une partie du groupe part à l’assaut d’une dune, moi je préfère arpenter cette argile craquelé, tourner autour de chaque arbre pour figer encore plus ce paysage fascinant. Je m’aventure sur la crête d’une dune plus modeste pour voir un autre marais asséché. Entre ciel et sable je marche d’un pas lent en canard, le flanc moins exposé aux ardeurs du soleil est davantage porteur. Seul dans mes pensées, je m’évade au royaume de l’imaginaire, j’inscris dans le sable des traces éphémères. Le vent qui soudain se lève me ramène à la réalité. Sur le chemin du retour, les petits grains de sable dansent sous le souffle chaud du vent. En haut de la grande dune, j’aperçois les silhouettes des collègues, les premiers commencent à descendre.

Paysage (Photo : André Laurenti)
Paysage irréel de Dead Vlei
(Photo : André Laurenti)

Non loin de l’entrée du parc se trouve le canyon de Sesriem, où des siècles d’érosion ont incisé une gorge étroite, une véritable entaille dans le sol. L’eau de la rivière Sesriem y est présente uniquement lors des rares périodes où la pluie tombe sur les monts Naukluft. Les galets imbriqués et inclinés les uns contre les autres indiquent le sens du courant de type torrentiel. Nous descendons dans cette gorge étroite qui plonge jusqu’à 30 à 40 m plus bas. L’ombre appréciable à cette heure de la journée, apaise les ardeurs du soleil. Les parois montrent clairement les couchent des différentes crues.

Le canyon de Sesriem (Photo : André Laurenti)
Le canyon de Sesriem
(Photo : André Laurenti)

Nous reprenons la route en direction du Spreetshoogte Pass, où nous passerons notre dernière nuit sur le flanc d’une colline dominant une vaste plaine. Nos hôtes du camping nous ont confectionné un délicieux repas sous les étoiles, à base d’oryx et de légumes.

Samedi 16 avril : Spreetshoogte – Windhoek – 180 km

La piste vers Windhoek marque la fin du voyage, pas de tente à monter ce soir, nous passerons la nuit dans l’avion d’Air Namibia qui nous ramènera à Franckfort.
Jusqu’où l’association Méta Odos va t-elle nous conduire ? Elle nous a déjà permis de nous projeter en limite du Moho et du manteau, de gravir un fumeur noir au Sultanat d’Oman, de dormir dans une chambre magmatique en Namibie, va t-elle nous conduire un jour jusqu’au noyau ? à suivre…

THE END (Photo : André Laurenti)
THE END
(Photo : André Laurenti)

A voir

La vidéo avec Muriel Robin qui s’est rendue chez les Himbas dans le cadre de l’émission « En terre inconnue«