Les monts du Cantal

La 30eme A.G. de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) s’est tenue du 14 au 16 mai 2016 à la station de Super Lioran dans le Cantal. En compagnie de Jacques Drouin, un ami de longue date, nous avons occupé au maximum ce week-end en effectuant quelques randonnées au cœur du massif volcanique cantalien, l’un des plus vastes strato-volcans d’Europe.

Le puy Griou (Photo : André Laurenti)
Le puy Griou culmine à 1 690 m d’altitude
(Photo : André Laurenti)

La porte du Lion

La première balade a eu pour point de départ le lavoir de Lagoutte près de la localité de Thiézac. Un chemin bucolique traverse les vertes campagnes de la vallée de la Cère encore très humide par les pluies de la veille. Peu après, le chemin s’élève pour atteindre le hameau de Niervèze. De là, on y découvre l’architecture préservée de la chaumière traditionnelle de Granier, ainsi qu’un four à pain, un bâti exceptionnel du XVII et XVIIIe siècle. Plus loin, blotti au fond d’un vallon ombragé, l’un des cinq moulins qui existaient autrefois le long du ruisseau de Niervèze.
Nous pénétrons dans une hêtraie et arrivons sous les falaises du chaos de Casteltinet. Au pied des parois, d’énormes blocs rocheux s’amoncellent. Nous entamons une descente un peu glissante et arrivons devant la porte du Lion.

La chaumière traditionnelle au hameau de Nièrvèze (Photo : André Laurenti)
La chaumière traditionnelle au hameau de Niervèze
(Photo : André Laurenti)
Le moulin sur le ruisseau de Niervèze (Photo : André Laurenti)
Le moulin restauré sur le ruisseau de Niervèze
(Photo : André Laurenti)

Dans ce site chaotique, les glaciers en se retirant ont provoqué la décompression des roches, formant ces détachements en bloc, de brèches volcaniques. Certains rochers revêtent des formes curieuses donnant cette arche de pierre appelée porte du Lion.

La porte du Lion (Photo : André Laurenti)
La porte du Lion façonnée dans des brèches volcaniques
(Photo : André Laurenti)

Le Pas de Cère

La balade nous mène dans la localité de Vic-sur-Cère rendue célèbre pour ses thermes. Nous effectuons une randonnée dans les gorges du Pas de Cère. Cet ancien verrou glaciaire de la vallée de Cère représente l’un des sites emblématiques du Carladès. La rivière tumultueuse s’est frayée un passage dans la gorge étroite et ombragée. Le sentier s’élève dans une forêt de hêtres pour atteindre le belvédère de la cascade de la Roucolle.

La Cère (Photo : André Laurenti)
La rivière Cère
(Photo : André Laurenti)
La chute (Photo : André Laurenti)
La cascade de la Roucolle
(Photo : André Laurenti)
La Cère (Photo : André Laurenti)
Les gorges de la Cère
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Le puy Griou

Le choix du jour s’est porté sur le puy Griou situé dans la zone centrale de ce stratovolcan. Nous partons du col de Font de Cère (alt. 1289 m) et longeons dans un premier temps l’une des pistes de ski de Super Lioran, puis le bois de combe Nègre. En face de la combe, pointe fièrement le Téton de Vénus (alt. 1669 m).

Des névés sont encore présents, au loin le Téton de Vénus (alt. 1669 m) (Photo : André Laurenti)
Les névés sont encore présents, au loin pointe le Téton de Vénus (alt. 1669 m)
(Photo : André Laurenti)

Nous atteignons assez rapidement le col de Rombière (alt. 1549 m). Le sentier se fait plus doux et prend la direction du sud-ouest jusqu’au pied du Griou.

Le puy Griou à gauche et (Photo : André Laurenti)
Le puy Griou à gauche et à droite le Griounou
(Photo : André Laurenti)

Nous attaquons les pentes plus sévères de cette pyramide de phonolite. Le puy Griou se situe au centre d’un stratovolcan complètement démantelé par l’érosion fluviale et glacière. Pas tout jeune, il se serait formé il y a 6 Ma environ.
Depuis son sommet, un panorama magnifique permet de distinguer au Nord-Ouest le puy Mary (alt. 1783m) et au Sud-Est le Plomb du Cantal (alt. 1855 m).

Le puy Marie (Photo : André Laurenti)
Le puy Mary (alt. 1783 m)
(Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet avec à gauche le Peyre-Arse (alt. 1806 m) et à droite le Téton de Vénus (Photo : André Laurenti)
Panorama depuis le sommet avec à gauche le Peyre-Arse (alt. 1806 m) et à droite le Téton de Vénus
(Photo : André Laurenti)

Après le sommet, nous contournons par le Nord la montagne en empruntant un sentier très agréable qui s’enfonce en partie dans une belle forêt de hêtres. Nous bouclons ainsi ce circuit en regagnant le point de départ.

Le sentier s'enfonce dans une hêtraie (Photo : André Laurenti)
Le sentier s’enfonce dans une hêtraie
(Photo : André Laurenti)
Au pied du Griou quelques jonquilles (Photo : André Laurenti)
Au pied du Griou des jonquilles marquent le printemps
(Photo : André Laurenti)
A l'Est, on distingue le Plomb du Cantal (Photo : André Laurenti)
Au Sud-Est, on distingue sur une ligne de crête un petit mamelon, il s’agit du Plomb du Cantal (alt. 1855 m)
(Photo : André Laurenti)

Le Plomb du Cantal

Pour ce dernier jour, nous partons par le GR 400 depuis le col de Prat de Bouc (alt. 1396 m) à l’est du Plomb du Cantal. La météo bien fraîche est au beau fixe. Un petit torrent d’argent serpente dans les pâturages au grand bonheur des troupeaux.

Cours d'eau (Photo : André Laurenti)
Au pied du Plomb du Cantal, un petit torrent serpente dans les pâturages
(Photo : André Laurenti)

La montée régulière longe le vallon du Lagnon. le sentier bien exposé au soleil traverse malgré tout quelques névés.

La vallée (Photo : André Laurenti)
La crête domine le Rau de Livemade au Sud
(Photo : André Laurenti)
Les premières anémones (Photo : André Laurenti)
Les premières anémones
(Photo : André Laurenti)

Nous finissons par atteindre ce qui représente le point culminant des Monts du Cantal avec ses 1855 m d’altitude. Le Plomb du Cantal est le point le plus élevé des restes de ce que fut l’un des plus grands strato-volcans d’Europe avec ses 2500 km2. Eteint depuis 3 Ma, sa hauteur estimée dépassait largement plus de 3000 m d’altitude et était plus gros que l’Etna actuel. Né il y a environ 13 millions d’années, il s’est édifié puis détruit entre 8,5 et 7 Ma. Durant la période comprise entre 7,5 et 6,5 Ma, s’ensuit la mise en place des intrusions phonolitiques. Il terminera sa vie par une activité basaltique et basanitique entre 5,5 et 4,5 Ma.

Depuis le sommet s'étend un magnifique panorama (Photo : André Laurenti)
Depuis le sommet s’étire une belle ligne de crête dominant la vallée de la Cère
(Photo : André Laurenti)
On distingue le Puy Griou à droite et le Puy Mary (Photo : André Laurenti)
On distingue le Puy Griou en contrebas à droite et le Puy Mary
(Photo : André Laurenti)
Terminons cet agréable séjour avec des fleurs (Photo : André Laurenti)
Terminons ce bien agréable séjour auvergnat avec des fleurs
(Photo : André Laurenti)

Etna – l’éruption de 2001

L’éruption du 17 juillet au 8 août 2001

Je n’oublierai jamais d’avoir assisté en spectateur privilégié au paroxysme du 24 juin 2001 offert par cet intermittent de spectacle hors du commun. Un show progressif de trois heures sans rappel qui s’est ensuite renouvelé à intervalles irréguliers jusqu’au matin du 17 juillet, avec les mêmes caractéristiques, signant par la même occasion son 17eme et dernier paroxysme de l’année 2001.
Mais l’Etna n’avait pas dit son dernier mot, il a décidé d’un poing rageur de marquer à sa manière le début du XXIe siècle.
Le 13 juillet, les appareils de surveillance s’affolent soudainement, des milliers de secousses sont enregistrées par les stations. Des symptômes bien différents de ceux précédant les paroxysmes, ils annoncent sans doute une activité beaucoup plus importante. En effet, le 19 juillet vers 22h30, le verdict tombe, un imposant panache s’élève tout à coup du Piano del Lago à 2500 m, un cône est en train de naître. Des flots de lave s’échappent aussi d’une fracture à 2100 m juste derrière la station sud de Sapienza. Ce n’est pas tout, au total sept points d’émissions plus ou moins importants situés sur la rift zone Nord et Sud marqueront cette éruption mémorable.

Carte des coulées de l'éruption 2001 réalisée par Gilbert Mahoux et front d'une coulée avec en arrière plan l'activité du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Carte des coulées de l’éruption 2001 réalisée par Gilbert Mahoux et le front d’une coulée avec en arrière plan l’activité du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

En route vers l’Etna

Je ne pensais pas revoir l’Etna de sitôt, je venais tout juste de reprendre mon travail et me voilà à nouveau en train de préparer mon sac et repartir en direction de la Sicile.
Depuis le 18 juillet l’activité a totalement changé et s’est considérablement amplifiée, à tel point que les autorités ont décrété l’état d’urgence.
Le déplacement vers la Sicile se fera cette fois en Land-Rover depuis le midi de la France en compagnie d’Elisabeth et Luc fondateurs de l’association Vulcain des amies de Maurice et Katia Krafft. La descente vers le sud a été, certes éprouvante, mais fort heureusement la récompense était au rendez-vous et valait bien ce sacrifice.

A notre arrivée sur les lieux, l'Etna semble en feu. (Photo : André Laurenti)
Dès notre arrivée, en montant depuis Zafferana, l’Etna fait feu de toutes parts, avec à gauche le panache généré par le « Sylvestri 4 », au centre l’activité du « Laghetto » et à droite le cône Sud-Est.
(Photo : André Laurenti)

Vendredi 27 juillet 2001

Très vite, nous prenons contact avec notre fidèle ami Giuseppe, « Pippo » pour les intimes, il est d’ailleurs, particulièrement sollicité depuis le commencement de l’éruption. A 18h nous nous réunissons dans son appartement d’Acireale. D’autres collègues, tous membres de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) sont au rendez-vous, dont Alain membre fondateur et secrétaire, Gilbert, Christian. Ils sont venus de toutes parts, tous impatients et prêts à partir vers de nouvelles aventures sur l’Etna. Le groupe de neuf personnes se répartit en trois véhicules et le petit convoie prend la direction de la station de Sapienza (Etna Sud) par la route de Zafferana. Nous nous heurtons à un premier barrage, seul Pippo a l’autorisation de passer. Certes, nous obtiendrons les papiers nécessaires le lendemain, mais ce soir là, il fallait coûte que coûte trouver une solution pour passer. Nous finissons par déjouer l’attention des carabiniers en contournant discrètement à pied par la forêt le barrage, et cela malgré la présence de chiens d’une propriété environnante qui, les bougres, nous avaient repéré et n’arrêtaient pas d’aboyer. Heureusement l’obscurité de la nuit nous rend peu visible. Après un véritable parcours de combattant, nous débouchons plus haut sur la route. Nous retrouvons enfin Pippo, il effectuera plusieurs voyages pour amener l’équipe au complet sur le site tant convoité.

Nous montons nous poster au nord-est du cratère Silvestri supérieur derrière la station de Sapienza. Le spectacle est saisissant, au dessus de nos têtes une fracture s’est ouverte dans la nuit du 17 au 18 juillet. Celle-ci forme une boutonnière appelée pour le moment « Silvestri 4 », elle se compose de trois bouches actives situées à environ 2150 m. Une bouche éructe sans cesse tandis que les deux autres se manifestent par intermittence. A partir de cette boutonnière un véritable torrent de feu descend tout droit, évoluant en fonction du relief, puis part vers l’ouest presque en angle droit, en contournant le cône du « Silvestri Supérieur » sur lequel nous nous trouvons.

La coulée émise par la boutonnière juste derrière la station sud de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
La coulée émise par la boutonnière juste derrière la station sud de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)
Le flot de lave contourne le cône du Sylvestri supérieur. (Photo : André Laurenti)
Le flot de lave contourne le cône du « Sylvestri supérieur ».
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la bouche supérieure. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne de la bouche supérieure de la boutonnière.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

La lave descend ensuite à l’est de la station de Sapienza, coupe la route 92 menant à Zafferana en passant très prêt de deux restaurants et dévale pleine pente le long du flanc ouest des cratères « Silvestri inférieurs » en direction du Sud.
Au niveau de la station, la coulée s’élargit sur un replat, elle atteint à cet endroit une cinquantaine de mètres de large.

La coulée a recouvert la route qui mène à zafferana depuis la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
La coulée a traversé la route 92 qui mène à zafferana depuis la station de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)
Le flot de lave descend en direction de la ville de Nicolosi dont on aperçoit les lumières. (Photo : André Laurenti)
Le flot de lave descend en direction de la ville de Nicolosi dont on aperçoit les lumières.
(Photo : André Laurenti)

Au bord de cette coulée on observe de nombreuses enclaves siliceuses et sableuses probablement arrachées au soubassement sédimentaire du volcan. Il s’agit de lambeaux de sable blanc pris dans la gangue de magma et vitrifiés sur une faible épaisseur au niveau de la zone de contact. Un bel échantillon enrichira ma collection de roches volcaniques.

Vision de la boutonnière depuis l'ouest de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Vision de la boutonnière depuis l’ouest de la station de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)

Le lendemain matin, à la station de Sapienza, d’importants moyens matériels sont entrés en action. Nous observons le balais incessant des engins de chantier, pelles mécaniques, percuteurs, bulldozers et camions. La protection civile et l’armée italienne s’affairent nuit et jour pour tenter de canaliser la lave en édifiant des digues de terre et de roche. Le but étant de protéger les bâtiments de la station en évitant que la coulée s’élargisse et les détruise. L’opération semble efficace, mais rencontre parfois des difficultés. En effet, par moment des débordements se produisent, des blocs incandescents viennent stopper leur course contre les murs des constructions, les pompiers veillent et arrosent la roche en fusion pour la refroidir et limiter les dégâts.

La protection civile et l'armé italienne travaillent nuit et jour pour canaliser la lave. (Photo : André Laurenti)
La protection civile et l’armée italienne travaillent nuit et jour pour canaliser la lave.
(Photo : André Laurenti)
La construction de digue pour détourner la lave semble efficace. (Photo : André Laurenti)
La construction d’une digue pour détourner la lave semble efficace.
(Photo : André Laurenti)
Les pompiers protègent les bâtiments de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Les pompiers protègent les bâtiments des débordements de la coulée canalisée.
(Photo : André Laurenti)

Sur un promontoire élevé à l’abri des coulées, de nombreuses chaînes de télévisions couvrent l’événement et attendent aussi l’entrée des coulées de lave dans Nicolosi. Si les médias présentaient une situation alarmiste, cela n’inquiétait pas trop les habitants. En effet, le front de lave ne progresse plus vraiment, il a atteint une zone plate et a tendance à se refroidir. Finalement la coulée stoppera sa course au bord des carrières à 4 km de la ville.

De nombreuses chaînes de télévision relatent l'événement. (Photo : André Laurenti)
De nombreuses chaînes de télévision relatent l’événement.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza sous le regard des caméras de télévisions.
(Photo : André Laurenti)

Situation au Piano del Lago

L’activité derrière la station de Sapienza n’est pas la seule, plus haut au Piano del Lago (alt. 2500 m) à la base du cône de la Cisternazza, de nombreuses fractures parallèles sont apparues et se dirigent en direction du sud traversant la piste et passant de chaque côté de la Montagnola. Le 17 juillet à 7h30 une forte secousse est ressentie à la station de Sapienza. Au même moment une nouvelle fracture s’ouvre au pied du Sudestino (cratère Sud-Est) à 3000 m en direction du Sud et libère des fontaines de lave. En fin d’après midi une nouvelle bouche se forme entre 2700 et 2800 m d’altitude rejetant des fragments de lave et d’importantes coulées de lave. Le 19 juillet, peu avant 18h, un cratère extrêmement explosif se forme. En trois jours d’éruption il atteindra une hauteur de 100 m, c’est celui qu’on appellera le « Laghetto ». Dans la nuit du 25 au 26 une ouverture se produit sur le flanc sud de ce cône, libérant la lave qui descend sur l’arrivée du téléphérique. La coulée s’appuiera sur le mur nord du bâtiment sans pénétrer à l’intérieur, brûlant une partie du toit. Elle continuera sa course et se séparera en deux bras dont l’un rejoindra la coulée générée par le Sylvestri 4. Le 28 juillet les puissantes explosions ont projeté des bombes de plusieurs m3 suffisamment loin pour atteindre le bâtiment du terminal du téléphérique endommageant sérieusement la construction.

Vue panoramique des points d'activité. (Photo : André Laurenti)
Vue panoramique des points d’activité avec à droite le Laghetto, à gauche les cratères sommitaux et au centre les coulées de lave fumantes.
(Photo : André Laurenti)

28 juillet montée au Laghetto

Cette après midi nous avons rendez-vous avec Pippo au restaurant la « Nuova Quercia », nous rejoignons aussi Boris Behncke volcanologue à l’I.N.G.V. de Catane. Boris accorde quelques interview à la presse et nous partons tous ensemble pour se rendre au Laghetto. Une équipe de télévision de la CNN est aussi de la partie soit un groupe de plus de quinze personnes. Nous nous rendons en voiture sur le site de l’observatoire d’astrophysique proche du cratère Monte Vetore à 1700 m d’altitude, juste en aval de la station de Sapienza. Nous nous préparons en chaussant les godillots de montagne, en mettant les guêtres et des gants de protection sans oublier le casque dans le sac à dos. Puis nous démarrons l’ascension à l’écart une fois de plus des carabiniers et avec plus de 1000 m de dénivellation. Boris et Pippo mènent la marche à une allure soutenue gravissant les pénibles coulées anciennes aux blocs instables et coupants. L’absence de chemin rend la montée peu aisée, si bien qu’à mi parcours l’équipe de télévision abandonne, plus haut d’autres personnes rebrousserons chemin. La montée n’est pas toujours directe, il faut tenir compte des coulées actives en les contournant. Après quelques brefs arrêts pour se restaurer notre groupe fortement réduit se trouve enfin en tête à tête avec un « Laghetto » en pleine forme.

Un cône de 100 m de hauteur s'est formé en trois jours d'éruption. (Photo : André Laurenti)
Un cône de 100 m de hauteur s’est formé en trois jours d’éruption.
(Photo : André Laurenti)
Ses explosions sont extrêmement violentes et font trembler le sol. (Photo : André Laurenti)
Ses explosions sont extrêmement violentes et font trembler le sol.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
On distingue les impacts des bombes sur le flanc du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Les éruptions en coup de canon sont extrêmement puissantes faisant vibrer le sol. Le choc d’une explosion fera d’ailleurs tomber ma gourde posée à même le sol. Par moment, en dehors du cratère actif au sud et au nord du cône, de violentes explosions phréatomagmatiques avec des jets cypressoïdes caractéristiques, projettent des blocs dans toutes les directions, prudence nous restons à distance. A l’emplacement du Laghetto, il n’était pas rare de voir se former à la fin du printemps, lors de la fonte des neiges un petit lac, d’où le nom de « Piano del Lago ». Ainsi, le magma montant vaporise ces eaux d’infiltration provoquant ce type d’explosions imprévisibles et dangereuses.

Activité phréatomagmatique au sud du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité phréatomagmatique au sud du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)
Panache noir caractéristique des éruptions phréatomagmatiques. (Photo : André Laurenti)
Panache noir et dense, caractéristique des éruptions phréatomagmatiques.
(Photo : André Laurenti)
Autre activité phréatomagmatique au nord du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Autre activité phréatomagmatique au nord du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Au cours de la nuit une activité strombolienne plus spectaculaire prend le relais.

Activité strombolienne sur le Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne sur le Laghetto.
(Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne au Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Activité strombolienne au Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Nous quittons les lieux tard dans la nuit, la descente dans les blocs instables est longue et harassante. En arrivant à notre véhicule, je n’ai même pas envie de manger, je me faufile directement dans mon duvet et m’endors aussitôt.
Au petit matin, je suis réveillé par une voix murmurant à peine « mais c’est André ? », il s’agit de connaissances de l’association Lave attirées eux aussi par les tribulations de l’Etna. Je me rends compte alors, que je me suis endormi carrément au beau milieu du chemin.

La Laghetto. (Photo : André Laurenti)
Le Laghetto en activité avec le terminal du téléphérique.
(Photo : André Laurenti)

Le soir nous choisissons le lieu pour dormir en fonction de la direction du panache de cendre, soit l’observatoire à l’ouest, soit le « Renard » à l’Est. Malgré ces précautions, tous les matins je me réveille recouvert de particules fines.
Le 31 juillet nous montons sur les coulées observer leur progression vers l’ouest.

Une petite coulée descend lentement vers l'ouest. (Photo : André Laurenti) (
Une petite coulée descend lentement vers l’ouest.
(Photo : André Laurenti)
Le front de la coulée avance par éboulement de blocs. (Photo : André Laurenti)
Le front de la coulée avance lentement par éboulements de blocs.
(Photo : André Laurenti)

L’activité semble enfin s’essouffler. A la station de Sapienza on a limité les dégâts et évité le pire.
Le 8 août l’Etna s’accorde une période de repos, mais jusqu’à quand ?
Malgré la saison estivale bien entamée, il faudra penser à la reconstruction notamment celle du téléphérique, de ses installations et réaménager aussi la station de Sapienza bien embarrassée par l’épaisseur de lave la traversant et qui a modifiée la topographie.

La station de Sapienza a évité le pire. (Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza a évité le pire.
(Photo : André Laurenti)
Les cabanes de souvenirs ont eu chaud. (Photo : André Laurenti)
Les cabanes de souvenirs ont eu chaud.
(Photo : André Laurenti)
Les coulées ont léché le restaurant "la Capannina". (Photo : André Laurenti)
Les coulées ont léché le restaurant « la Capannina ».
(Photo : André Laurenti)
Le restaurant a été légèrement touché. (Photo : André Laurenti)
Le restaurant a été légèrement touché.
(Photo : André Laurenti)

Au cours de cette éruption, la lave a recouvert une superficie d’environ 5,5 km2 soit trente millions de m3 de magma. Le trafic aérien a également été perturbé par les nuages de cendre, l’aéroport international de Catane a été fermé à plusieurs reprises.

Etna – l’éruption de 2002

Quand l’Etna se fâche

Après un an et trois mois de répit l’Etna, l’un des volcans le plus actif d’Europe, s’est à nouveau réveillé dimanche 27 octobre 2002. Alors qu’il avait menacé l’an passé, les constructions de la station de Sapienza sur la partie sud du volcan, le Mongibello comme l’appelle les siciliens, s’est acharné cette fois-ci sur son versant nord, détruisant presque toutes les infrastructures d’accueil de la station de Piano Provenzana. Face à l’ampleur de la situation, à l’issue d’une réunion extraordinaire du conseil des ministres, le gouvernement italien a déclaré aussitôt l’état d’urgence dans la région.

Le versant nord de l'Etna (Photo : André Laurenti)
Le versant nord de l’Etna
(Photo : André Laurenti)

Réveil brutal au nord de l’Etna

Tout a commencé très tôt le dimanche 27 octobre, il était deux heures du matin exactement, lorsque la terre se met subitement à trembler, plusieurs secousses ébranlent les hôtels et les restaurants de la petite station de Piano Provenzana située sur le versant Nord-Est de l’Etna. Tout le monde est réveillé et s’inquiète, les secousses se poursuivent à une cadence plus rapprochée. Sans tarder les carabiniers arrivent en urgence et procèdent immédiatement à l’évacuation générale. Un groupe de seize français qui se trouvait à ce moment là dans la station de ski, en a été quitte pour une grande frayeur. Les pensionnaires évacuèrent aussitôt en hâte l’hôtel en abandonnant leurs affaires sur place. A 3 h 08 le trémor provoque l’ouverture d’une fissure et l’apparition immédiate de fontaines de lave en amont à 2300 mètres d’altitude, tout proche de la station. Quatre bouches éruptives s’activent progressivement le long de cette fracture longue d’un kilomètre environ. La première se situe dans la zone appelée « Coccinelle », la deuxième au niveau du Monte Corvara et les deux autres à proximité des Monti Umberto et Margherita. Les différents bras de lave se rejoignent pour former alors une grande coulée qui envahit aussitôt la station. Le bâtiment de l’école de ski de fond est détruit ainsi que deux hôtels, cinq restaurants et toutes les cabanes de souvenirs. De cette station construite fin 60 début 70, seul subsiste le restaurant Provenzana épargné par la lave, mais il a tout de même subi de graves dégâts par l’activité sismique. Un front de lave de 200 mètres de large progresse entre 100 et 150 mètres à l’heure, dévaste ensuite la magnifique forêt de pins Laricio.
Pendant ce temps là, sur le flanc Sud, une autre fracture parallèle à celle de 2001 s’est ouverte à 2800 m d’altitude environ, au Piano del Lago, formant une boutonnière alimentée par trois bouches. Cette activité génère des fontaines de lave et un panache spectaculaire de cendre. Comme en 2001 l’Etna se déchaîne à nouveau.

Récit de visite

Vendredi 1er novembre soit, cinq jours après le commencement de l’éruption de l’Etna, Jacques, sa femme Monique, Luc fondateur de l’association Vulcain et membre de l’association L.A.V.E., Jean-Max et moi même, arrivons tardivement vers 23h sur les pentes de l’Etna.

Nous débarquons au port de Palerme et prenons la route pour l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Nous débarquons au port de Palerme à 19h et prenons aussitôt la route pour l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

En cette veille de week-end, et sous un ciel constellé d’étoiles, l’espace pour camper est restreint, en amont de Nicolosi des barrages mis en place par les carabiniers empêchent de se rendre à la station sauf autorisation. Aussi, il est bien difficile de trouver un emplacement tranquille à l’écart du réseau routier, le moindre recoin est discrètement occupé par des aventuriers en quête d’une idylle sicilienne. L’Etna posséderait-il des vertus cachées qu’on ignore ? quoi qu’il en soit, nous ne dévoilerons pas ces lieux intimes que la montagne des montagnes elle seule, garde en secret. Nous installons finalement le campement dans les carrières situées au dessus de la petite ville de Nicolosi à 600 mètres d’altitude.
L’activité du volcan est encore importante sur le versant sud, une colonne incandescente d’une hauteur considérable s’échappe du nouveau cône adventif.

Samedi 2 novembre 2002

Au petit matin, en passant la tête à travers l’ouverture de la tente et dans la fraîcheur ambiante de ce mois de novembre, le spectacle est saisissant. Nous sommes tous surpris par l’ampleur du panache qui se dirige fort heureusement vers le Sud-ouest et nous épargne des retombées désagréables de cendre.

Vision depuis notre campement de l'éruption de novembre 2002. (Photo : André Laurenti)
Vision depuis notre campement de l’éruption de novembre 2002.
(Photo : André Laurenti)

Après avoir obtenu les autorisations à la mairie de Nicolosi et bavardé avec quelques connaissances venus pour la circonstance, nous nous rendons à la station de Sapienza. A côté de nous, un autre groupe accompagné par le volcanologue de renom Jacques-Marie Bardintzeff se prépare, notre ami Gilbert fait parti de ce séjour organisé par Terra Incognita. Nous débutons vers 11 h la longue ascension par la piste des 4 x 4. Elle s’élève brutalement au dessus de la station de Sapienza jusqu’à l’ancienne arrivée de la « Funivia ». Grâce à Jacques-Marie et Gilbert, nous faisons la connaissance de Patrick Allard, volcanologue au CEA. Il nous apprend que l’éruption est en baisse de régime, avec l’arrêt total sur le versant Nord et au Sud des coulées pratiquement stoppées pour l’instant.

Préparatif à la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Préparatifs à la station de Sapienza devant le refuge du Club Alpin Italien et le départ du téléphérique.
(Photo : André Laurenti)

Le bouleversement considérable du secteur causé par l’éruption de 2001, a entraîné une modification de son tracé, celui-ci est désormais plus pentu. En contre bas, la station de Sapienza refait peau neuve, elle efface petit à petit les stigmates de la précédente éruption, mais reste dubitative sur son avenir. Qui sortira vainqueur de ce combat mythique entre l’homme qui « construit » et le volcan qui applique sa loi volcan ? Mais, on peut aussi se poser la question, qui des deux est le véritable bâtisseur en matière de développement durable ?

Après l'éruption de 2001, la station de Sapienza est en plein travaux. (Photo : André Laurenti)
Après l’éruption de 2001, la station de Sapienza est en plein travaux.
(Photo : André Laurenti)

La liaison routière vers Zafferana coupée par la coulée de 2001 a été rétablie, et un immense parking est en cours d’aménagement, il sera consolidé par d’imposants murs de soutènement. Mais tout cela reste au conditionnel, si bien sûr, l’Etna le tolère…

Nous nous acheminons petit à petit vers l'éruption. (Photos : Jacques Faure)
Nous nous acheminons petit à petit vers l’éruption.
(Photos : Jacques Faure)
Jacques saisit les moments forts. (Photo : André Laurenti)
Jacques saisit les moments forts de cette éruption.
(Photo : André Laurenti)
Un panorama peu commun. (Photo : André Laurenti)
Devant nous un panorama hors du commun, une petite croix blanche dépasse à peine la couche de cendre, en 1999 elle était à plus de 2 mètres au dessus du sol.
(Photo : André Laurenti)

Tout en haut et à l’extrémité de la piste, le bâtiment de la « Funivia » a subi l’an passé, les assauts répétés des coulées de lave. Il a été entièrement dévasté par une langue de de lave qui a pénétré à l’intérieur de l’édifice.

Arrivée du téléphérique détruit par l'éruption de 2001. (Photo : André Laurenti)
Le terminal du téléphérique a été détruit par l’éruption de 2001.
(Photo : André Laurenti)
Le bâtiment a été dévasté par l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Le bâtiment a été dévasté par l’Etna.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Black and white Il n'est pas rare qu'un chien vous suive sur l'Etna. (Photo : André Laurenti)
« Black and white »
Il n’est pas rare qu’un chien errant vous accompagne sur l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons enfin sur les lieux, heureux de se retrouver ensemble devant ce si beau spectacle qu’une fois de plus l’Etna nous offre. Jean-Max pour qui c’est sa première éruption, n’en croit pas ses yeux. Fidèle équipier de mon club de cyclotourisme, c’est aujourd’hui son véritable baptême du feu. Sportif endurant et montagnard à l’occasion, il reste fasciné par ces moments forts et intenses, il a d’ors et déjà décidé de renouveler l’expérience. Lui aussi vient d’être contaminé par ce virus inguérissable.

Au bord du chemin la Madone veille. (Photo : André Laurenti)
Au bord du chemin la Madone veille.
(Photo : André Laurenti)

Au cours d’une pose, devant nous se trouve à peine dépassant du sol, une croix blanche. Luc se souvient de l’avoir photographier en 1999, elle était à plus de 2m au dessus du sol. Il est vrai que le paysage a sacrément changé dans ce secteur.

L'éruption est qualifiée de vulcanienne. (Photo : André Laurenti)
Pour les volcanologues Jean-Claude Tanguy et Jacques-Marie Bradintzeff que nous avons rencontrés sur place, le dynamisme strombolien est devenu vulcanien, c’est à dire plus de gaz et des cendres plus fines.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Cendre et bombes tombent abondamment sur le cône voisin de gauche, le Monte Frumento Supino
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
L'éruption Photos : André Laurenti
En 3 jours d’éruption la ville de Catane a reçu 2,5 kg de cendre par mètre carré
Photos : André Laurenti
A plusieurs reprises l'aéroport de Catane sera fermé à cause du nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
A plusieurs reprises l’aéroport de Catane a été fermé à cause du nuage de cendres.
(Photo : André Laurenti)
Le soleil couchant est masqué par le nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
Le ciel flamboie, le soleil couchant est masqué par le sombre nuage de cendres.
(Photo : André Laurenti)

Les projections extrêmement denses sous la forme d’une colonne éruptive très haute, fusent à plus de 400 mètres de hauteur. L’incandescence est visible de jour mais elle est souvent masqué par le panache et les jets de cendres noires situés au premier plan.

Les fontaines de lave sont masquées par l'épais nuage de cendres. (Photo : André Laurenti)
Les fontaines de lave sont masquées par les émissions de cendre.
(Photo : André Laurenti)
Le spectacle est saisissant. (Photo : André Laurenti)
Le spectacle est saisissant.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Selon l’I.N.G.V. de Catane, à l’intérieur du cratère se trouve trois bouches bien distinctes. La première située au sud-est comporte une activité fumerollienne. La seconde placée au nord-est produit les magnifiques fontaines de lave. Et enfin la troisième, positionnée au sud-ouest, se manifeste par des explosions phréato-magmatiques avec des gerbes cypressoïdes très caractéristiques.
Contrairement à l’an passé, le bruit de l’éruption n’est pas fort, il est plutôt comparable à celui du ressac de la mer. Quant à la coulée de lave qui prenait la direction il y a quelques jours, de l’Osservatorio Astrofisico di Piano Vetore, celle-ci n’est plus alimentée.
Nous établissons de 17 heures jusqu’à 20 heures, notre poste d’observation tout en haut du Laghetto, ce tout jeune cône formé lors de l’éruption de 2001 et que j’ai vu naître. A sa naissance, il était beaucoup plus excité et surtout extrêmement plus bruyant que son voisin dont on ignore pour le moment le nom, mais au bout de vingt jours il s’est très vite calmé. Patrice Visieloff une connaissance fou aussi de volcan et rencontré juste au pied du cône, se joint à nous. Le vent petit à petit change de direction et commence à nous amener les cendres fines du panache. Nous levons le camp et redescendons à Sapienza.

L'éruption vue depuis le cône du Laghetto. (Photo : André Laurenti)
L’éruption vue depuis le cône du Laghetto.
(Photo : André Laurenti)

Dimanche 3 novembre

Nous remontons tous les quatre sur la fracture sud. Le vent a changé de direction et emporte le panache de cendre en direction du sud-est au dessus du Laghetto. Nous nous installons cette fois ci, au sud du cône, sur une coulée de lave encore tiède de quelques jours à peine. Un dépôt de cendre suffisamment épais constitue un matelas confortable et fait le bonheur de tous. La chaleur naturelle du sol permet de résister au froid piquant de l’altitude. Rien de comparable avec nos montagnes des Alpes, ici nous nous offrons le luxe d’avoir le chauffage par le sol, un confort très appréciable que l’humble randonneur ne peut pas négliger. En grattant légèrement la couche de cendre la température augmente jusqu’à se brûler les doigts, Jacques en profite pour faire chauffer avec les moyens du bord l’eau nécessaire à la confection d’un bon café, toujours bienvenue dans des conditions extrêmes. Les explosions sont toujours aussi fournies, les projections arrosent le cône du Frumento Supino. Des fuseaux noirs encre, jaillissent dans le ciel en une succession de relais, similaires au fonctionnement des fusées pyrotechniques à plusieurs étages. Ils se détachent parfaitement sur les énormes panaches blancs de vapeur qui s’élèvent en arrière plan, des cratères sommitaux. Le brouillard envahi le site et retire par intermittence son rideau théâtral. Soudain, une odeur de caoutchouc brûlé se fait sentir, aussitôt chacun vérifie ses affaires, ses chaussures, rien pourtant d’anormal. Je réalise enfin qu’il s’agit de mon pied photo un peu trop enfoncé dans le sol pour une meilleure stabilité.
En fin de journée le brouillard est définitivement levé offrant ainsi un éclairage magnifique sur la scène. C’est le moment pour approcher d’un peu plus près le cône actif. Soudain à la tombé de la nuit, lors d’une explosion plus soutenue, une bombe arrive dans notre direction. Elle est dans un premier temps audible, chacun scrute le ciel sans succès, inquiets, angoissés, le bruit se rapproche, elle apparaît enfin. Elle tombe à une dizaine de mètres à côté d’un groupe de personnes distant d’une cinquantaine de mètres de nous, en amont. Tout le monde se replie en arrière dans le calme. Deux ou trois autres projectiles tomberont peu après, à leur emplacement. Nous reculons nous aussi. A trois reprises de petits éclairs zèbrent le panache sombre. Ils sont chacun suivis par une petite déflagration parfaitement audible. Un phénomène bien connu, lié à la décharge violente d’électricité statique provoquée par les frottements entre elles, des cendres volcaniques.

Le ciel se dégage enfin ! (Photo : André Laurenti)
Le ciel se dégage enfin !
(Photo : André Laurenti)
Le rencontre de l'eau et du magma provoque des éruptions cypressoides caractéristiques. (Photo : André Laurenti)
La rencontre de l’eau et du magma provoque des éruptions caractéristiques de forme cypressoïde.
(Photo : André Laurenti)

Lundi 4 novembre

Alors que l’activité se poursuit toujours sur la fracture sud, nous nous rendons vers le secteur nord par la route de Mareneve qui démarre depuis le village de Fornazzo. Trois jeunes de l’équipe scientifique de « Vulcania » dont Fabrice se joignent à notre petit groupe ainsi que Patrick Barois que nous rencontrons sur place.
La route est coupée par la lave à proximité de l’intersection avec celle qui monte à la station de Piano Provenzana.

La coulée a coupé la route desservant la station nord de Piano Provenzane. (Photo : André Laurenti)
La coulée a coupé la route desservant la station nord de Piano Provenzana.
(Photo : André Laurenti)

Juste avant de faire un tour d’horizon du site, nous ressentons trois ou quatre secousses qui trahissent une montée probable de magma.
Tout autour de la coulée la forêt de pins semble avoir résisté grâce à l’intervention de l’homme. Le jour même de l’éruption des équipes du Corpo Forestale, des Vigile del Fuoco et de la protection civile aidés par des hélicoptères bombardiers d’eau et des canadairs, ont tenté de réduire la propagation des incendies. Seule l’épaisse couche d’humus se consume encore, laissant s’échapper de-ci de-là, de petites fumées. Chose étonnante, on peut observer dans le sous bois, la présence de gros trous béants d’où part un réseau de petites galeries. Il s’agit en fait, d’emplacements de souches et de leurs racines qui se sont consumées petit à petit dans le sol. Des hélicoptères bombardiers d’eau continuent à arroser copieusement certains foyers épars. La coulée s’est divisée en deux bras l’une a pris la direction de la Contrada Pitarrone ou elle s’est arrêtée. L’autre branche au débit plus fort et d’une largeur de 400 mètres, s’est dirigée vers Linguaglossa, elle est passée derrière le Monte Crisimo à environ 1 150 mètres d’altitude, elle a stoppé sa progression le mardi 5 novembre 2002.

L'immense coulée a ouvert son passage dans la magnifique forêt de pins laricchio. (Photo : André Laurenti)
L’immense coulée toute fumante a ouvert son passage dans la magnifique forêt de pins Laricio.
(Photo : André Laurenti)

Nous tentons une approche de la station en empruntant la piste forestière à hauteur du refuge du Club Alpin Italien de Monte Baracca. En restant à niveau nous arrivons sans problème au bout de 45 minutes de marche au départ des téléskis. Le désastre est total, nous traversons la coulée encore tiède, pour mieux examiner la situation. Les bâtiments situés au départ des véhicules tout terrain ont totalement disparu ensevelie sous la coulée. Cette fois l’Etna n’a pas laissé d’ultimatum, pas même le temps suffisant à la communauté qui l’habite pour réagir, comme il l’avait fait l’an passé à la station de Sapienza. Sans aucun prélude, il a brusqué ses impulsions.
L’endroit est méconnaissable, seul l’hôtel restaurant édifié à proximité du téléski a été épargné par la lave, mais a subi d’importants dégâts à cause des séismes et aussi par le feu. Il fait office de point de repère dans ce paysage de désolation nappé d’une carapace monochrome. Une odeur de gaz domestique invite à rester vigilant.

Le seul bâtiment épargné a été complètement délabré par les secousses. (Photo : André Laurenti)
Le seul bâtiment épargné a été complètement ébranlé par les secousses.
(Photo : André Laurenti)
Des odeurs de gaz nous invitent à prendre du large, en arrière plan la coulée encore fumante. (Photo : André Laurenti)
Des odeurs de gaz nous invitent à prendre du large, en arrière plan la coulée encore fumante.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Une cascade de lave a totalement enseveli les bâtiments de la station. (Photo : André Laurenti)
La cascade de lave a enseveli à jamais les bâtiments de la station.
(Photo : André Laurenti)

Mardi 5 novembre

Nous ne sommes à présent plus que trois, Monique et Jacques sont partis rejoindre la famille à Messine. En empruntant la route de Mareneve par Linguaglossa, et peu avant d’arriver à la coulée qui barre la chaussée, des déformations importantes ont endommagé la voie. Sur une cinquantaine de mètres environ, toute une zone a été comprimée, la glissière métallique de sécurité est pliée à deux endroits, et le mur de soutènement du talus situé en face, a été littéralement soulevé.

Au cours de cette éruption de nombreux séismes se sont produits, décalant ici la chaussée. (Photo : André Laurenti)
Au cours de cette éruption de nombreux séismes se sont produits, cisaillant et décalant ici la chaussée d’une trentaine de centimètres.
(Photo : André Laurenti)
Ce mur de soutènement a été endommagé. (Photo : André Laurenti)
Ce mur de soutènement a subi de sérieux dommages.
(Photo : André Laurenti)

Nous essayons à présent d’atteindre par le village vacances de Mareneve, la fracture qui est à l’origine de cette coulée dévastatrice. Nous atteignons la station sans avoir malheureusement, la possibilité d’aller plus loin. La température a chuté, le ciel est de plus en plus sombre, et une pluie glaciale vient de faire son apparition. Nous faisons demi tour.

Luc et Jean-Max dans ce paysage de désolation. (Photo : André Laurenti)
Luc et Jean-Max dans ce paysage de désolation.
(Photo : André Laurenti)

Nous nous dirigeons à présent vers Santa Venerina pour se rendre compte des effets causés par l’activité sismique sur le bâti. En effet, le mardi 29 octobre à 11 h 10 heure locale, une secousse d’une magnitude de 4.4 sur l’échelle de Richter a été localisé dans la zone de « Contrada Pomazzo » au nord-ouest de Milo et a agité toute la province de Catane. Elle a été ressenti par les habitants des localités de Zafferana Etnea, Milo, Pedara et Nicolosi. Ce tremblement de terre qualifié comme étant d’origine tectonique, a provoqué de nombreux dégâts surtout à Santa Venerina. Des centaines de bâtiments ont été plus ou moins endommagés et les écoles ont été fermées. Des répliques ont suivi dans la soirée dont la plus forte a atteint la magnitude de 4.1. Plus d’un millier de personnes durent quitter leurs logements et campèrent sous des tentes de la Protection Civile.

Fissures en croix au droit des ouvertures, une pathologie caractéristique des séismes. (Photo : André Laurenti)
A Santa Venerina, fissures en croix au droit des ouvertures, une pathologie caractéristique des sollicitations sismiques sur les bâtiments.
(Photo : André Laurenti)
Autre dommage. (Photo : André Laurenti)
Autre dommage.
(Photo : André Laurenti)

L’ampleur des dégâts est liée à la faible profondeur du foyer sismique, mais il dépend aussi de la vétusté de certains édifices et de l’absence de liaison entre les structures rigides et les panneaux de remplissage des constructions. Ces séismes sont probablement provoqués par des ruptures et des glissements sur de petites failles ou fractures, lors de la mise en pression de la chambre et des conduits magmatiques, ou par de petites déstabilisations du flanc du volcan. La dimension de ces failles qui s’activent sont de l’ordre de quelques centaine de mètres maximum et les magnitudes obtenues ne peuvent excéder 4 à 5 comme cela a d’ailleurs été le cas à Santa Venerina .
Nous retournons à Sapienza sur le versant sud de l’Etna. Le froid est piquant et durant la nuit, la neige fera son apparition.

Depuis la plaine le spectacle est impressionnant. (Photo : André Laurenti)
Depuis la plaine le spectacle est impressionnant.
(Photo : André Laurenti)

Durant cette éruption le panache de cendre a copieusement saupoudré toute la région, suivant la direction des vents. C’est certes une aubaine pour les cultures, mais quelques fois ennuyeux pour les habitants dont la poussière pénètre partout.

On hésite pas à employer les grands moyens avec ce "chasse cendre". (Photo : André Laurenti)
On hésite pas à employer les grands moyens avec ce « chasse cendre ».
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Notre land nous a permis d’accéder en tous lieux particulièrement sur les pistes du versant nord. (Photo : André Laurenti)
Notre land nous a permis d’accéder en tous lieux particulièrement sur les pistes du versant nord.
(Photo : André Laurenti)

Mercredi 6 novembre

Ce matin, pour notre dernier jour et comme il est de tradition en Sicile, l’Etna s’est fait une beauté, il a revêtu son costard blanc et noir pour saluer notre départ. Il a une bonne mine le bougre et une fière allure avec sa pipe allumée. L’activité coté sud se poursuit sans baisse de régime et toujours avec des explosions phréato-magmatiques que nous distinguons parfaitement bien à la jumelle depuis le parking de l’hôtel Corsaro.

Au cours de la nuit la neige a fait son apparition. (Photo : André Laurenti)
Au cours de la nuit la neige a fait son apparition.
(Photo : André Laurenti)

Mais nous ne pouvons pas partir comme ça, nous avons encore une mission à mener, celle d’aller voir la fracture nord. Nous nous rendons à Linguaglossa puis à Mareneve, et nous accédons en Land Rover, à la piste qui mène au pied du cône adventif du Monte Nero, cela représente environ treize kilomètres. Nous gagnons un temps précieux car la météo est à nouveau défavorable. Arrivés au départ du sentier, et au bout d’une trentaine de minutes de marche nous atteignons la fameuse fracture nord celle qui est responsable de la destruction de Piano Provenzana. Tout autour c’est le chaos le plus total. Pour avoir randonné l’an passé dans le secteur, je ne reconnais plus du tout les lieux, tout est bouleversé. Le sol est jonché de matériaux éjectées par les fontaines de lave. Dans leur chute, elles ont effeuillé les branches de plusieurs petits bosquets, transformant les arbustes en véritables squelettes desséchés. Dans ce paysage meurtri, pas un souffle de vie ne subsiste.

Au pied du Monte Nero les fumerolles sont présentes. (Photo : André Laurenti)
Au pied du Monte Nero les fumerolles sont présentes.
(Photo : André Laurenti)
Spectacle de désolation sur la fracture nord. (Photo : André Laurenti)
Spectacle de désolation sur la fracture nord.
(Photo : André Laurenti)

Les scories crissent et s’effritent sous nos pas comme si nous marchions sur des cristaux de glace. Je grimpe sur un petit mamelon qui surplombe la fracture. Tout à coup, je ressens une secousse. Luc et Jean-Max en contre bas, se sont aperçus de rien. Soudain un bruit imperceptible de cailloux qui s’éboulent captive notre attention, nous retenons notre souffle pour mieux écouter. Sur une longueur de cinquante mètres environ, des petits cailloux dégringolent un talus. Aussitôt sur une même longueur, des volutes de vapeur s’en échappent. Sans hésiter un instant, nous reculons rapidement, un dernier regard derrière nous, fausse alerte, tout s’est arrêté, le calme sinistre est revenu.
Nous ne pourrons malheureusement pas visiter en détail toute la fracture, le brouillard enveloppe une fois de plus le site. Nous quittons ce paysage endeuillé pour regagner le LandRover. Nous descendons dans un sous bois sur un tapis de feuilles de rouille automnale avant d’atteindre une clairière déjà blanchie par les flocons de neige. Encore une suprême coquetterie de l’Etna avant notre départ.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Notre mission s’est achevée là, satisfait d’avoir pu mener à bien l’ensemble des observations prévues. Pour cela, nous remercions très sincèrement les autorités locales de nous avoir accordé l’accès à toutes les zones réglementées.

Sur le bateau qui nous mène de Palerme à Gêne, nous nous remémorons un à un les souvenirs de ce rêve éphémère, une sorte de nostalgie nous envahie. Nous appréhendons déjà de retrouver cette société qui nous sépare chacun de notre côté, alors que l’Etna lui, a tant fait pour tous nous réunir. Nous ne pouvons pas rester insensible à sa formidable vocation de rassembler et d’accueillir toute cette foule de passionnés, d’assoiffés de nature, d’amateurs de choses simples, d’amoureux de la vie…

L'évolution (Photo : André Laurenti)
Situation en août 2014 de cet immense plateau où se sont édifiés le Laghetto en 2001 et le Monte Barbagallo en 2002 et 2003
(Photo : André Laurenti)

Après notre visite l’éruption s’est poursuivi jusqu’au 28 janvier 2003 au soir. A cette date toute activité sismique a cessé au niveau de la fracture éruptive, avec une baisse constante des émissions de SO2. Depuis ce jour, la lave a également cessé de couler. La fin de l’éruption qui aura donc commencé le 27 Octobre 2002 s’est terminée officiellement le 28 Janvier 2003 à 22h40 après 94 jours d’activité. Plus tard, il a été décidé d’appeler cette boutonnière le « Monte Barbagallo ».

A notre ami

Nous dédions cette page à notre regretté Jacques qui nous a quitté trop vite et dont les cendres ont été dispersées sur ce volcan qu’il affectionnait tant.

Etna 2014

Cet été là, la température n’a rarement atteint voire même dépassé les 30° sur la Côte d’Azur à l’exception d’une semaine de chaleur au mois de juin à l’occasion d’ailleurs, de l’assemblée générale de l’association L.A.V.E. à Murol dans le département du Puy de Dôme. Pour les vacances, je souhaitais partir dans le Piémont italien découvrir les différentes vallées de montagne et leurs villages pittoresques, mais en vain la météo tournait tous les jours à l’orage. Les semaines estivales défilaient à grand pas, sans le moindre changement, gardant toujours ce même temps médiocre.
Loin d’ici, en Sicile, l’Etna me tend les bras, une éruption est en cours et voilà peut-être une occasion de se faire une petite effusion, mais arriverai-je à temps ?
Depuis 2003 je n’étais plus retourné sur celui que les siciliens appellent le « Montgibello » la montagne des montagnes, et quand on a vécu à son chevet ses impressionnants sauts d’humeur, on finit par s’attacher à cet être vivant et puis je dois l’avouer, l’Etna me manquait terriblement.
C’est enfin décidé, en ce mardi 18 août je m’envole de Nice vers Genève, puis plein sud direction la Sicile. Après avoir contourné par l’ouest le volcan, l’avion se pose sur le tarmac de l’aéroport de Catane Fontanarossa.

La ville de Catane avec au fond l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Avant de toucher le sol, les premiers immeubles de Catane avec au fond l’Etna.
(Photo : André Laurenti)
L'aéroport de Catane-Fontanarossa et en arrière plan l'Etna. (Photo : André Laurenti)
L’aéroport de Catane-Fontanarossa et en arrière plan le géant d’Europe.
(Photo : André Laurenti)

Très vite je récupère le véhicule de location et me dirige vers le camping de Nicolosi situé sur le versant sud de l’Etna à environ 700 m d’altitude, au pied des célèbres « Monti Rossi ». Ces deux cônes ont une histoire, ils se sont formés en 1669 lors d’une grande éruption parmi la plus destructrice connue de ce volcan. Une coulée a parcouru 17 km jusqu’à la mer détruisant une quinzaine de localités dont une partie de la ville de Catane. C’est la survenance de ce type d’éruption en basse altitude et donc très proche de lieux habités que l’on redoute le plus sur l’Etna.
La végétation composée essentiellement de résineux, enveloppe les deux tétons, elle a malheureusement été détruite en partie par un incendie.

Les Monti Rossi (Photo : André Laurenti)
Les « Monti Rossi » à l’origine de la grande éruption destructrice de 1669
(Photo : André Laurenti)

La température est caniculaire avec plus de 37°, j’installe ma tente sous la pinède et me rends sans perdre de temps en altitude, à la station de Sapienza sur le versant sud de l’Etna. A 2 000 mètres c’est plus agréable, l’air est davantage respirable. Depuis l’éruption de 2001, le parking de la station a été entièrement réaménagé et adapté à la nouvelle topographie, il est par la même occasion devenu payant.
Pour ceux qui n’ont pas peur de marcher, on peut toutefois stationner aux alentours, par exemple à proximité de l’hôtel restaurant le Corsaro. J’en profite pour aller me désaltérer à l’Esagone et rendre visite à l’incontournable Dominique. Avec son compagnon, ils tiennent cet établissement faisant office de bar, de restaurant et de boutique de souvenirs. Dominique m’apprend que depuis le 15 août, il y a maintenant trois jours, l’Etna s’est remis au repos. Pas de chance, mais qu’importe le beau temps semble bien installé, ce qui présage de belles randonnées durant les jours à venir.

La station de Sapienza sur le versant sud de l'Etna à 2000 m d'altitude. (Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza sur le versant sud de l’Etna à 2000 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)
La station de Sapienza avait été coupée par une large coulée alimentée par la boutonnière des Silvestri et par le cône du Laghetto à 2800 m. (Photo : André Laurenti)
En juillet 2001 la station de Sapienza avait été coupée par une large coulée alimentée par la boutonnière formée en amont des « Silvestri Superiori » et par le cône du « Laghetto » situé à 2800 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)
La coulée de 2001 coupant la route menant à Zafferana vue depuis le sylvestri inférieur avec en arrière plan les lumières de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
La coulée de 2001 coupant la route menant à Zafferana avec en arrière plan les lumières de la station de Sapienza sur le flanc sud de l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

La Schiena dell’ Asino

Le point de départ de la balade du jour, se trouve à 1 850 m d’altitude, au carrefour de la route Sapienza / Zafferana (SP 92) et celle de San Nicola menant à Nicolosi et Pedara. La piste s’élève tout d’abord dans une forêt de pins Laricio issus d’un reboisement décidé par les autorités du Parc de l’Etna. Plus haut, les arbres disparaissent, le chemin atteint un plateau colonisé par une végétation naturelle composée de coussins épineux appelés astragale de siculus. Le sentier termine sa course à environ 2 070 m d’altitude, au bord des remparts de l’impressionnant Val del Bove. De là, on embrasse un étrange panorama sur cette vaste dépression uniforme, grise de matière dominée par le cône Sud-Est. Un lieu idéal pour observer les éruptions et les coulées qui descendent dans ce gigantesque réceptacle. L’Etna fait l’objet d’une surveillance au quotidien. A cet endroit, plusieurs webcams sont installées, parmi lesquelles celle de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.). On y trouve aussi des stations de détection.

Les appareils de surveillance du volcan (Photo : André Laurenti)
Les appareils de surveillance du volcan
(Photo : André Laurenti)
Le cône Sud-Est le plus actif, domine le Val del Bove. (Photo : André Laurenti)
Le cône Sud-Est le plus actif, domine le Val del Bove.
(Photo : André Laurenti)
Le nouveau cône du Sud-Est. (Photo : André Laurenti)
A droite et semblant dépasser son petit frère, le nouveau cône du Sud-Est.
(Photo : André Laurenti)
Un magnifique dyke sur le chemin de retour. (Photo : André Laurenti)
Un magnifique dyke sur le chemin de retour.
(Photo : André Laurenti)

Tout en bas, partout les orgueilleux cônes presque tous façonnés dans le même moule, se sont édifiés sans limite en pattés de cendres. L’Etna n’en fait-il qu’à sa tête ? obéit-il à une règle de construction ? on peut le supposer, car la plupart de ses cônes adventifs, pas moins de 250 tout de même, ne sont pas construits n’importe où, ils se situent le long de la Rift zone Nord et la Rift zone Sud, deux lignes imaginaires formant un V dont la pointe part des cratères sommitaux.

Silvestri supérieur

En montant de Zafferana, au dernier virage avant d’arriver à la station de Sapienza, je gare la voiture et prends la direction des « Silvestri Supérieurs ». J’ai encore en souvenir l’éruption spectaculaire de la boutonnière formée en 2001 au dessus des « Monti Calcarazzi » et dont les coulées avaient rapidement descendu les pentes et couper la route de la station. La remontée de magma avait déposé tout au long de la coulée, des blocs de lave avec des inclusions de sable blanc provenant sans doute du soubassement du volcan. J’en avais d’ailleurs ramené un échantillon remarquable.

La boutonnière théatre d'une éruption spectaculaire de 2001. (Photo : André Laurenti)
La boutonnière théâtre d’une éruption spectaculaire en juillet 2001.
(Photo : André Laurenti)

Serra della Concazze

Après un bivouac improvisé sur les hauteurs de Fornazzo à environ 1 150m d’altitude, je prends la route de Mareneve et me rends au refuge Citelli. A droite un chemin ombragé démarre du virage juste avant d’arriver au parking. A partir d’une borie en pierre de lave, je prends le chemin de droite. Peu après les arbres laissent la place à une végétation composée de buissons épars. L’itinéraire poudreux de cendre monte parallèlement le long d’une coulée ancienne, la pente est sévère mais bien balisée. Au bout de cette difficulté, le sentier reste à plat et rejoint le bord impressionnant du Valle del Bove dominé par le cratère Sud-Est. Ce belvédère situé à environ 2 000 m d’altitude, a servi de lieu d’observation à de nombreux passionnés lors de la toute dernière éruption de Juillet 2014.

Le site surplombe l'impressionnant Val del Bove. (Photo : André Laurenti)
Le site surplombe l’impressionnante Valle del Bove.
(Photo : André Laurenti)
Le cône Sud-Est (Photo : André Laurenti)
Le cône Sud-Est
(Photo : André Laurenti)

Le chemin descend en longeant les parois du Valle del Bove, puis dévale au font d’une conque ou l’on peut voir un tunnel de lave ajouré, la grotte « di Serracozzo ». C’est la coulée générée par l’éruption de 1971 sur le versant Est de l’Etna qui a formé ces galeries. Une fois à l’intérieur de la plus grande, une ouverture dans le toit offre un éclairage naturel. On y observe aussi sur les parois, des rayures laissées par la lave.

Mini tube de lave (Photo : André Laurenti)
Mini tube de lave
(Photo : André Laurenti)
Et son intérieur. (Photo : André Laurenti)
Et son intérieur.
(Photo : André Laurenti)
A proximité se trouve un tunnel de lave plus important avec à gauche son entrée et à droite l'intérieur. (Photos : André Laurenti)
A proximité se trouve un tunnel de lave plus important avec à gauche son entrée et à droite l’intérieur.
(Photos : André Laurenti)

Le chemin se poursuit sur un relief vallonné traversant des bosquets de hêtre, de bouleaux et de pins avant de se terminer au refuge Citelli (alt. 1730 m).

Monti Sartorius (1667 m)

A quelques centaines de mètres du refuge Citelli, se trouve le départ du chemin pour se rendre aux « Monti Sartorius ». Dès les premiers pas, le sentier s’enfonce sous les ombrages tendres et frémissants d’un petit bois de bouleaux (betula aetnensis). J’apprécie la verdure de ce feuillage léger et cet instant me ravit. Machinalement, je caresse délicatement la fine écorce d’un fût tout blanc, telle une peau, sans l’ombre d’une moindre superstition, même si en « touchant du bois » on se mettrait en contact avec le dieu du feu comme on l’imaginait dans la Grèce ancienne. A défaut de cœurs gravés, le bouleau semble porter fièrement d’une manière redondante un « tatouage » bien particulier sur son écorce. S’agit-il d’une appartenance ? d’une vénération en vers son hôte tolérant ? Cette silhouette de volcan symbolique, admirablement représentée, est en tous les cas bien surprenant dans ce petit monde ramifié.

Le chemin s'enfonce dans un petit bois de bouleaux. (Photo : André Laurenti)
Le chemin s’enfonce dans un petit bois de bouleaux (betula aetnensis) .
(Photo : André Laurenti)
Un tatouage surprenant (Photo : André Laurenti)
La silhouette d’un volcan sur l’écorce de bouleau, un « tatouage » bien surprenant
(Photo : André Laurenti)
S’agit-il d’un signe d’appartenance à son hôte Etna ?
(Photo : André Laurenti)

L’intérêt géologique du secteur est représenté par l’impressionnante coulée de lave de 1865 à l’origine des Monti Sartorius qui se caractérisent par un alignement typique de cônes éruptifs. Le nom de Sartorius a été donné en la mémoire du géologue allemand Sartorius von Waltershausen qui fut le premier à avoir cartographier les plus importantes éruptions de l’Etna.
Elisée Reclus (1830 – 1905) sous sa casquette de géographe et de géologue, publia un article dans la revue des deux mondes racontant ainsi que « dans la nuit du 30 au 31 janvier 1865, la paroi céda sous l’effort des laves ; quelques mugissements souterrains se firent entendre, de légères secousses agitèrent toute la partie orientale de la Sicile, et la terre se fendit sur une longueur de deux kilomètres et demi au nord de la Serra delle Concazze, l’un des grands contre-forts orientaux de l’Etna. C’est par cette fissure, ouverte sur un plateau en pente douce, que les laves comprimées se firent jour à grand fracas vers la surface ».
L’activité explosive de cette éruption se termina le 10 juin et la fin des émissions de lave le 28 juin, 1865.
Depuis le haut de la boutonnière, le ciel d’une telle pureté permet d’apercevoir au loin le relief de la Calabre et plus près le Stromboli coiffé de son petit panache oblique comme les plumes d’un « Bersagliere ».

Piano Provenzana

Je me rends ce matin à la station Nord de Piano Provenzana, sur les lieux de l’éruption de 2002. Le volcan a déversé ici son épaisse matière mortifère ouvrant une large percée à travers de ce que fut jadis une belle forêt de pin Laricio. Depuis plusieurs décennies ces arbres trônaient fièrement sur ce sol qu’ils maintenaient humide et fertile par l’humus produit. Les humeurs du volcan n’étaient pas trop leur affaire. Aujourd’hui, il en est autrement, l’ombre a disparu, désormais les saisons se préparent sans eux, sans leur belle apparence. La lave les a anéanti, dénudé, la sève ne coule plus, les cernes se sont racornis à jamais. De grands squelettes blancs sont allongés sur la noirceur du sol, d’autres, comme un défi, dressent encore leur cime fantomatique vers le ciel sans l’espoir d’une résurrection.

De grands squelettes blancs sont allongés sur la noirceur du sol (Photo : André Laurenti)
De grands squelettes blancs sont allongés sur la noirceur du sol
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
D'autres, comme un défi, dressent encore leur cime fantomatique vers le ciel sans l'espoir d'une résurrection. (Photo : André Laurenti)
D’autres, comme un défi, dressent encore leur cime fantomatique vers le ciel sans l’espoir d’une résurrection.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Pourtant, non loin de ce « génocide végétal », l’optimisme renaît, dans ce chaos hirsute devenu paisible, la vie avec son appétit de reconquête, reprend déjà sa place. Il faut après tout, accepter ce nouveau nappage comme un cadeau de cette terre maternelle.

La coulée de 2002 n'a pas épargné les installations humaines. (Photo : André Laurenti)
La coulée de 2002 n’a pas épargné les installations humaines.
(Photo : André Laurenti)

Sur le cratère Haroun Tazieff

Aujourd’hui, le temps est vraiment radieux et parfaitement idéal pour prendre encore plus de la hauteur en direction du « Piano del Lago ». Aux premières heures d’ouverture de la « Funivia dell’Etna », je prends un billet aller simple de téléphérique pour m’épargner la longue ascension sans trop d’intérêt. Des bus 4×4 montent beaucoup plus haut, mais les prestations n’offrent pas la liberté de pouvoir redescendre à pied. Avec ce ciel pur, je souhaite prendre mon temps et profiter pleinement de cette journée exceptionnelle. Dès l’arrivée juste en dessous de la Montagnola, la température est plus fraîche. Je poursuis la montée à pied jusqu’au terminal des bus 4×4 à hauteur de la Torre del filosofo située à 2800 m d’altitude.

Le cône monogénique du Laghetto né en 2001 (Photo : André Laurenti)
Le cône monogénique du Laghetto (alt. 2672 m) né en 2001
(Photo : André Laurenti)

Je passe à l’ouest du cône monogénique du Laghetto (alt. 2 672 m) que j’ai vu naître en juillet 2001, il y a déjà treize ans. L’année suivante, nous nous sommes postés tout en haut de son cratère pour observer la formation de la boutonnière du Barbagallo. Le paysage s’est complètement transformé depuis mon tout premier passage à cet endroit en juin 1996.
J’arrive à un nouveau col formé au sud par le Barbagallo et au nord par le flanc de la partie sommitale de l’Etna. C’est ici que s’arrêtent les bus 4×4, c’est également le point de départ des groupes pour se rendre aux cratères sommitaux depuis la cabane des guides installée ici à cet effet.
Je monte sur la crête de la boutonnière titubant sous les rafales d’un vent d’ouest dominant. D’en haut on distingue bien le nouveau cratère Sud-Est et l’ancien qui font souvent l’actualité. La boutonnière sur laquelle je me trouve, orientée nord sud, est constituée de deux grands cratères. Le premier au sud, est de forme ovale long d’environ 265 m dans sa plus grande dimension, il comprend deux évents et porte le nom de Barbagallo en souvenir de Vincenzo Barbagallo chef des guides de Nicolosi qui a consacré sa vie à faire connaître les volcans.

Le cratère Barbagallo né en 2002 / 2003 (Photo : André Laurenti)
Le cratère Barbagallo né en 2002 / 2003 (alt. 2825 m)
(Photo : André Laurenti)

Le second, d’un diamètre d’environ 215 m et dans lequel on distingue trois bouches, a eu l’honneur de recevoir le nom en septembre 2011 d’ Haroun Tazieff. Je suis heureux de m’y trouver et savoure ce délicieux moment.

Le cratère Harun Tazieff (Photo : André Laurenti)
Le cratère nord de la boutonnière a été dénommé Haroun Tazieff en septembre 2011
(Photo : André Laurenti)
Une bombe projetée par le cratère Haroun Tazieff, en arrière plan les cônes Sud-Est ancien et nouveau à droite (Photo : André Laurenti)
Bombe projetée sur le bord du cratère Haroun Tazieff et en arrière plan les cônes Sud-Est : l’ancien et le nouveau à droite
(Photo : André Laurenti)

Sur le chemin du retour, je contourne la Montagnola par l’Est. Puis je longe la Valle del Bove, cette vaste dépression de 5 km de large environ, se prolonge jusqu’à la mer. En forme de fer à cheval, elle est délimitée au nord, à l’ouest et au sud par des parois rocheuses dressées comme des remparts et sert souvent de réceptacle aux coulées provenant des cratères sommitaux.

Valle del Bove dont l'origine serait un énorme glissement de flanc (Photo : André Laurenti)
Valle del Bove dont l’origine serait un énorme glissement de flanc
(Photo : André Laurenti)

Une longue descente dans les cendres me mène au dessus d’une autre boutonnière, celle formée en 2001 au dessus des « Silvestri Superiori » (alt. 2001 m).

 

Sulawesi (Indonésie)

En septembre 2005, c’est le retour en Indonésie mais cette fois pour découvrir l’archipel de Sulawesi plus connu sous le nom des Célèbes. Située entre Bornéo et les Moluques, la Sulawesi est traversée par l’équateur, le climat y est relativement chaud.

Jeannine, Maurice et moi même faisons connaissance de John qui sera notre guide durant 15 jours.

Pour se dégourdir les jambes, nous débutons le voyage par une promenade dans le parc de loisir de Bantimurung, riche en variété de papillons. C’est aussi un excellent endroit pour savourer un instant de fraîcheur.

En fin d’après midi c’est en pirogue que nous naviguons sur le lac Tempe, une belle balade qui nous mène dans un village de pêcheurs constitué de maisons flottantes. Des maisons à la dérive formant un village sans nom.

Au bout de deux jours nous entrons en pays Toraja, la région chère à John.

Le pays Toraja se prête merveilleusement à la balade de village à village, entre les rizières et dans des paysages magnifiques.

Les maisons torajas sur pilotis appelées Tongkonan, aux toits de bambou arqué, ressembleraient aux bateaux sur lesquels les Torajas arrivèrent en Sulawesi depuis probablement l’Indochine il y a 2000 ans avant JC. Leur riche décoration reflète la position sociale des propriétaires. Sur ce poteau qui symbolise le mât du navire, on cloue les cornes des bêtes abattues, un signe de richesse.

Ce peuple refoulé vers l’intérieur des terres par les nouveaux arrivants étaient encore chasseurs de têtes il y a quelques décennies. Les Torajas sont fiers avenants et gais.

Randonner sur cette terre, c’est l’occasion d’entrer en contact avec les habitants, dans leurs occupations quotidiennes et de voir combien ils vivent en harmonie avec la nature. On voit ici comment le bambou est utilisé.

Le peuple de chrétien animiste serait arrivé ici, chassé par les Bugis de religion islamistes, ils ont donc appris à cultiver et sont devenus d’excellents fermiers cultivateurs sachant utiliser la moindre parcelle de terrain. La civilisation Toraja comprend selon les estimations entre 300 000 et 600 000 personnes disséminées sur 3 500 km2 environ.

La randonnée est aussi l’occasion de rencontrer les enfants. Curieux ils accourent sur notre passage et vous saluent en criant « Hello mister » ils rajoutent parfois « Gulagula » qui veut dire bonbons.

Chez le peuple Toraja, le moindre évènement inauguration d’une maison, mariage etc… est l’occasion pour organiser une cérémonie. A cet occasion des dizaines de cochons enfermés dans des cages en bambou attendent d’être sacrifiés.

Dans la tradition Torajanais, les obsèques sont des cérémonies les plus honorées. L’ordre successoral est assez étrange : l’héritage n’échoit pas aux descendants, mais aux parents qui assurent au mieux le bien être du défunt, ou qui sacrifiera le plus de buffle lors des funérailles.

Au cours d’une cérémonie on construit des maisons, on réalise des extensions destinées à accueillir les invités. Au centre de la place sont sacrifiés les buffles dont l’importance détermine le bien être dans l’au-delà.

Quelques mois après cette cérémonie, une 2ème fête a lieu au cours de laquelle on érige un mannequin de bois Tau-Tau à l’effigie du défunt. Les ossements sont placés dans un catafalque derrière de petites portes de bois dans la roche. Les Tau-Tau prennent place au balcon et veillent sur les vivants.

Les défunts les plus riches seront portés dans une niche taillée dans une paroi rocheuse. Le mort sera entouré de toute sorte d’objet qui l’aura accompagné durant sa vie. Cela peut -être par exemple un paquet de cigarettes si le défunt était un fumeur.

Rantepao est en quelque sorte la capitale du pays Toraja.

Avec sa tour eiffel.

Nous quittons le pays Toraja pour nous rendre à Manado au nord de la Sulawesi, chez le peuple des Minahasa, le pays des gens souriants.

Sans tarder nous embarquons pour l’île de Bunaken, une île réputée dans toute l’Asie pour la beauté et la richesse exceptionnelle de ses fonds marins.

A bord d’un trimaran local nous nous rendons dans le parc national de Tongkoko. C’est l’occasion de voir des macaques, des kalaos et surtout d’apercevoir l’un des plus petits mammifères de la planète le tarsius.

La Sulawesi était entre le XVI et le XVII ème siècle renommée à travers le monde comme étant le fournisseur d’épices. Noix muscade et clous de girofle embaument les rues des villages.

C’est enfin l’approche des volcans qui commence et mon envie grandissante de fouler les terrains volcaniques. Sur les flancs du gunung Mahawu les cendres ont mis de la force dans la terre.

Ce strato-volcan surplombe la ville de Tomohon au centre du pays Minahasa. Les dernières éruptions ont eu lieu en 1952 – 1958 et 1977.

Depuis le bord du cratère on distingue 100 mètres plus bas un petit lac d’acide vert pâle, des marmites bouillonnantes, des solfatares et quelques faibles fumerolles qui sont émises sur son pourtour. Avec John nous descendons jusqu’à la terrasse qui surplombe le cratère, juste pour approcher de plus prêt.

En fin d’après midi c’est l’embarquement à bord d’un ferry traditionnel, plutôt rustique, pour 7 h de traversée qui nous mène sur l’île se Siau encore plus au nord et très proche des Philippines.

Le marché de Ulu est très pittoresque avec des fruits inconnus à peau de serpent et autre.
En Indonésie il n’y a pas de sots métiers, ici ce casseur de cailloux passe son temps à l’aide d’une massette à calibrer des cailloux destiné au soubassement de route etc…

Le petit village d’Ulu est situé au pied d’un volcan actif le Karangetang qui culmine à 1 782 mètres. L’accès au Karangetang n’est pas facile, nous montons jusqu’à 730 m d’altitude où nous installons les tentes dans la forêt.

L’extrême de la chaleur humide qui vous engourdit vous liquéfie dès le matin. Nous sommes obligés de rester couvert en raison des plantes et surtout de bêtes venimeuses.

Depuis que nous sommes sur cette île nous n’avons pas pu voir le sommet toujours enveloppé de nuage. L’accès au sommet est impossible par ici, cette seule voie d’accès est très risquée car elle emprunte le couloir dans lesquels descendent fréquemment les coulées de lave et aussi les nuées ardentes.

En janvier 2001 ce volcan a connu une activité explosive, le 28 janvier une coulée pyroclastique a dévalé les pentes sur plus de 1 500 m. Le 2 juin 2000 3 touristes ont été tués par une nuée ardente et en 1992 six habitants qui récoltaient des clous de girofle ont été tués aussi par une nué ardente.

On a vraiment le sentiment d’être sur une bombe à retardement dont on voit fumer la mèche sans en connaître la longueur.

En 45 mn de traversée en simple barque à moteur, nous débarquons sur l’île de Mahorok et Manung Pitaeng. Nous passerons la nuit à la belle étoile sur ce bout de terre appelé aussi l’île aux pirates.

De retour à Manado nous visitons le lac Linow étrangement coloré par les gaz sulfuriques dont d’innombrables bulles viennent éclater à la surface de l’eau

Java – Bali (Indonésie)

A la découverte des volcans gris – Juillet 2002

L’indonésien est le plus grand archipel au monde, il s’étale sur un arc de cercle de plus de 5 000 kilomètres entre la pointe nord de Sumatra à l’extrême Est d’Irian Jaya. Il comprend pas moins de 17 000 îles regroupant plus de 212 millions d’habitants, dont 115 millions se concentrent sur la seule île de Java soit 850 habitants au km2. Nulle part ailleurs qu’en Indonésie on ne trouve une plus grande densité de volcans. Ils sont très nombreux plus de 500 dont 128 sont toujours en activité. Ce volcanisme est la conséquence d’ une subduction expliquée par la convergence des plaques eurasiatique, indo-australienne et celle des Philippines. C’est le modèle d’un volcanisme gris dit de cordillère, particulièrement dangereux. Leur histoire est d’ailleurs jalonnée par de terribles catastrophes Pour ne citer que les plus importantes : l’éruption cataclysmale du Tambora en 1815 a provoqué la mort de 92 000 personnes, l’éruption du Krakatau en 1883 a provoqué l’explosion de l’île, générant un raz de marée dévastateur qui fit 36 000 morts. L’île de Java est véritablement la partie volcanique incontournable de l’archipel indonésien.

Après 17 h d’avion depuis Nice via Amsterdam et Kuala Lumpur en Malaisie, j’atterris enfin à Jakarta la capitale de l’Indonésie. Une véritable fourmilière de 9 M d’habitants.
En attendant l’arrivée des bagages, je fais la connaissance d’Odile et Yves, un couple de Grenoblois membre du Club Alpin. Pas question pour eux de rester à Jakarta, ils partent immédiatement en bus pour Bogor.
Il en est de même pour moi, je vais me diriger vers le volcan le plus proche. A peine sorti de l’aéroport, je prends le train pour la ville de Bandung, son altitude moyennement élevée offre une température beaucoup plus clémente que sur le littoral.

Le Papandayan

Au sud-est de Bandung se trouve un groupe de volcans dont le Galunggung qui a connu sa dernière éruption en 1982 et le Papandayan. Au petit matin un minibus volkswagen me conduit à Cisurupan situé au pied du Papandayan. Tout au long des 90 kilomètres qui séparent Bandung de Cisurupan, il est de coutume de rentabiliser au mieux le transport, alors le chauffeur racole et « entasse » les personnes récupérées tout au long du trajet. Nous atteindrons dans la souffrance des courbatures, le nombre de vingt cinq passagers à bord de ce bemo public, il est difficile même de voir défiler le paysage. Les déplacements dans ces conditions « extrême » sont certes pour nous européens inconfortables et inconscientes mais cela fait partie de la vie quotidienne locale et tout ce passe sans énervement, sans agressivité tout simplement dans cette bonne humeur qui caractérise en général les indonésiens et les indonésiennes.
Arrivée dans le petit village de Cisurupan, je change de moyen de locomotion, c’est sur une moto pétaradante que je ferai les dix derniers kilomètres restants jusqu’au départ du chemin pour le cratère Kawah Mas (cratère doré) du Papandayan.

Torrent fumant sortant du Papandayan. (Photo : André Laurenti)
Torrent fumant sortant du Papandayan.
(Photo : André Laurenti)
Je suis surpris de voir autant d'activité. (Photo : André Laurenti)
Je suis surpris par l’activité fumerollienne importante.
(Photo : André Laurenti)
L'intérieur de ce volcan est plutôt inquiétant. (Photo : André Laurenti)
L’intérieur de ce volcan est plutôt inquiétant.
(Photo : André Laurenti)


Le Papandayan (alt. 2 675 m) a une morphologie particulière, je suis surpris par l’activité fumerollienne très importante de ce volcan, avec des marmites de boue en ébullition, des vapeurs s’élèvent avec force de tous cotés. L’odeur de gaz y est insupportable, l’air est irrespirable, on sent le volcan vivre de toute part et cela a un peu quelque chose d’excitant. Autour de moi ça souffle, ça halète, ça siffle, des marmites de boue en ébullition sont concentrées dans son cratère ouvert vers l’est. L’état de ce volcan me rappelle des images d’un film de Maurice et Katia Krafft, les derniers instants d’un volcan prêt à entrer en éruption. Serai-je là, sur une véritable bombe à retardement ?

Le Papandayan. (Photo : André Laurenti)
Le cratère Kawah Mas qui veut dire cratère doré, porte bien son nom.
(Photo : André Laurenti)
De nombreux petits cratère fument un peu partout. (Photo : André Laurenti)
De nombreux petits évents fument un peu partout.
(Photo : André Laurenti)
Le soufre décore de nombreuses petites bouches. (Photo : André Laurenti)
Le soufre décore de nombreuses petites bouches.
(Photo : André Laurenti)

Sa dernière éruption remonte en 1772, une avalanche de débris détruisit une quarantaine de villages faisant prés de 3000 victimes. Au cours de cette éruption, le Papandayan a perdu une partie de son sommet. Au cours de cette violente éruption une quarantaine de villages furent détruits faisant près de trois mille victimes. Depuis la végétation a colonisé toute la partie sommitale, ce qui ne donne pas l’impression d’être au cœur d’un volcan actif. Un torrent d’eau soufrée traverse le cratère et prend par endroit des couleurs vertes et jaunes. L’activité du Papandayan est actuellement réduite, malgré tout il fait partie des volcans les plus dangereux de Java.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
De petites aiguilles de soufre décorent les roches. (Photo : André Laurenti)
De petites aiguilles de soufre décorent les roches.
(Photo : André Laurenti)

Quatre mois après ma visite, le Papandayan est entré en éruption. En effet, le 11 novembre 2002 exactement six bouches propulsèrent un panache imposant de cendres et de vapeurs jusqu’à 1000 m hauteur. Le 13 novembre entre 3 et 5000 personnes furent évacuées. L’éruption laissa dans la caldeira un paysage gris, désolé et sans vie. Mais, la zone géo-thermale, devenue méconnaissable, se rétablit petit à petit.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le masque est nécessaire dans cet enfer. (Photo : André Laurenti)
Le masque est nécessaire dans cet enfer acide.
(Photo : André Laurenti)


Je quitte l’entre du Papandayan, et redescendant à Cisurupan, juste en face, le Gunung Cikuray impose fièrement ses 2821 mètres.

Le Gunung Cikuray impose fièrement ces 2821 mètres. (Photo : André Laurenti)
Le Gunung Cikuray impose fièrement ses 2821 mètres.
(Photo : André Laurenti)

J’arrive à Pangandaran une délicieuse halte de farniente située sur la côte sud entre Bandung et Yogyakarta. Ce village de pêcheur est l’un des rares endroits de Java où l’on trouve de belles plages. Un décor tropical nacré, parfumé, dépourvu d’électricité, ce qui fait encore plus son charme. Une rencontre éphémère rend encore plus sublime ce lieu de rêve savourant le temps d’une nuit, la douceur javanaise. Fugitive beauté sous cette nuit étoilée, j’en garderai à jamais la mémoire.

Il est difficile de s’arracher à ces moments si voluptueux, je reprends la route le cœur chiffonné, la tête vers un ailleurs. J’arrive malgré tout à trouver mon chemin qui me conduit au bout de plusieurs heures à Yogyakarta. Je retrouve Jean-Bernard mon fidèle équipier d’aventure. Nous avions réalisé en 1985 un périple de quatre mois à vélo dans la Cordillère des Andes.
Yogyakarta, est la véritable capitale politique et morale du pays, elle est connue aussi pour son marcher aux oiseaux. Dans ses rues je découvre la civilisation du becak, un cyclo pousse actionné par un conducteur haut perché sur sa selle. Ce véhicule à trois roues, a une caisse assez basse et des garde boue généralement décorés de scènes kitsch. On en compte ici plus de 12 000 sillonnant les rues de Yogya.
Cette ville est aussi le meilleur endroit pour les achats de batik. Le tissu est lavé pour ôter l’amidon puis on procède à un bain de couleurs dans le teint le plus clair. Ensuite, les parties qui devront rester de cette couleur sont recouvertes de cire par points de sorte qu’elle s’étende absorbée par le tissu. L’opération se répète teint par teint graduellement plus foncés jusqu’à la coloration du dessin entier, un travail de patience et de minutie.

Le Merapi

Ce soir nous irons dormir à la belle étoile sur le flanc du volcan Merapi, mais avant nous faisons un petit crocher à l’observatoire de Yogya.
Considéré comme l’un des volcans les plus dangereux au monde, le Mérapi qui signifie « rouge feu » dresse fièrement ses 2 911 m d’altitude à 30 km seulement de Yogyakarta. 1.3 million d’habitants vivent au pied, prêts à défier les tempêtes du volcan. Les villages et les terres de culture couvrent les pentes jusqu’à 1 500 m. Au delà le gouvernement a décrété une zone interdite. Les produits des volcans permettent l’incroyable fertilité des sols, à Java et Bali, deux récoltes de riz peuvent avoir lieu dans la même année. On raconte même qu’il suffit de planter un bâton dans la terre pour que des feuilles poussent ! Ainsi, cette population a appris a cohabiter avec le monstre de feu dans le calme et la sérénité. Le volcan est certes généreux, mais quelques fois il emporte des vies. Les dernières éruptions meurtrières datent de 1930 – 1931, faisant 1 400 victimes, celle aussi de 1954, qui fit 54 victimes et enfin celle de 2010 qui provoqua la mort de 350 personnes et fit 150 blessés.

Eruption année 2006. (Photo : Atun Borguetou)
Le volcan Mérapi
(Photo année 2006 : Atun Borguetou)


C’est un énorme dôme d’éboulis dans un cratère égueulé, qui ne cesse de gonfler sous l’action de la pression. Ses éruptions se caractérisent par des nuées ardentes « awan panas » en indonésien et qui veut dire nuage chaux. A ce volcan andésitique, le risque associé aux lahars (coulée de boue qui se forment lorsque des pluies abondantes tombent sur les dépôts de cendres), constitue une seconde menace naturelle importante pour les populations.

Eruption année 2006 (Photo : Atun Borguetou)
Eruption année 2006
(Photo : Atun Borguetou)

Le Volcanological Survey of indonesia (V.S.I.), établi en 1920 et chargé de la surveillance des volcans indonésiens, a toujours étudié le Merapi d’une façon prioritaire. Dès 1924, un séismographe y fut installé, puis un observatoire complet fut établi à Yogyakarta en 1952. Depuis 1985, il est appelé Merapi Volcano Observatory (M.V.O.) et a été renommé Volcanology Technical Research Center (V.T.R.C.) en décembre 1997. Les diverses collaborations internationales (France, USA, Japon, Allemagne,…) ont fait du Merapi l’un des volcans le mieux surveillé au monde.

Les nuées ardentes constituent un risque volcanique majeur. (Photo : André Laurenti)
Les nuées ardentes constituent un risque volcanique majeur.
(Photo : André Laurenti)

Jean-Bernard, sa belle famille et moi même, montons passer la nuit à la belle étoile au dessus de l’observatoire de Babadan.

L'observatoire de Babadan situé sur les flancs du volcan. (Photo : André Laurenti)
L’observatoire de Babadan situé sur les flancs du volcan.
(Photo : André Laurenti)

Les avalanches de blocs incandescents ne sont pas très importantes. Pour réaliser cette photo j’ai dû laisser l’appareil en pose durant une bonne partie de la nuit. Au petit matin je n’avais plus de pile.

Des avalanches de blocs incandescents se produisent régulièrement. (Photo : André Laurenti)
Des avalanches de blocs incandescents se produisent régulièrement.
(Photo : André Laurenti)

En redescendant nous traversons des forêts de bambous de taille impressionnante. Au loin, face au Merapi, le Sumbing et le Sundoro dressent leur cône imposant.

En face du Merapi se dressent les volcans Sumbing et Sundoro. (Photo : André Laurenti)
En face du Merapi se dressent les volcans Sumbing et Sundoro.
(Photo : André Laurenti)

A l’ombre des volcans s’est épanouie une longue histoire et une culture florissante symbolisée ici par le temple bouddhique de Borobodur. Non loin de Yogyakarta, cet admirable édifice construit en pierre volcanique a été recouvert de cendres lors de la formidable éruption du Merapi en 1006. Ce joyau du patrimoine mondial, illustre les 10 degrés de transmutation humaine nécessaire pour passer de la réalité au Nirvana.

Nous quittons Yogyakarta pour Madium, la ville natale d’Atun la compagne de Jean-Bernard. La famille d’Atun habite à la campagne légèrement à l’écart de la ville et il est agréable de se balader dans les rizières toute proches.
Nous quittons Madium au petit matin et arrivons au village de Ranopani (2 200m) dans le courant de l’après midi. C’est d’ici que partent les ascensions pour le volcan Semeru, le point culminant de l’île de Java avec ses 3 676 m.

Voir le récit sur l’ascension du Semeru

Nous arrivons le soir fatigués de ces deux journées éreintantes, mais satisfait de cette belle ascension. La nuit fut réparatrice, si Jean-Bernard nous quitte, Odile, Yves et moi même poursuivons l’aventure à pied vers d’autres volcans. Nous retrouvons nos porteurs pour effectuer cette fois la liaison Ranopani, Cemoro Lawang en traversant l’immense caldeira du Tengger. Nous quittons les campagnes luxuriantes de Ranopani pour descendre dans la caldeira du Tengger grande par ses 11 km de diamètre et ses sept volcans.

Nous descendons dans l'immense caldeira de Tengger. (Photo : André Laurenti)
Nous descendons dans l’immense caldeira de Tengger.
(Photo : André Laurenti)
Le desert de sable volcanique de la caldeira de Tengger. (Photo : André Laurenti)
Le paysage lunaire de la caldeira de Tengger.
(Photo : André Laurenti)

La traversée du désert de sable volcanique ne représente pas vraiment de difficulté, seule la montée finale vers le village de Cemoro Lawang se fait un peu ressentir après l’ascension de la veille. Cette localité située sur le bord de l’immense caldeira est sans aucun doute le meilleur emplacement tout près des volcans.

La Batok à droite et le Bromo à gauche. (Photo : André Laurenti)
La Batok à droite et le Bromo à gauche.
(Photo : André Laurenti)

A 3h15 du matin c’est le réveil général, nous partons à 4h assister au lever du soleil depuis le mont Penanjakan à 2 702 m d’altitude. Le paysage apparaît par petites touches successives avec en toile de fond le Semeru que nous avons gravi. La caldeira de Tengger est parmi la plus belle au monde, seul un poète pourrait décrire cet enchantement. Au premier plan, le volcan Batok strié de profondes ravines à l’aspect d’un flanc renversé, à côté de ce gateau le cratère fumant du Bromo et tout au loin le Semeru.

Seul un poete pourrait en décrire cet enchantement. (Photo : André Laurenti)
Seul un poète pourrait en décrire cet enchantement.
(Photo : André Laurenti)
Au loin le Semeru nous lance un dernier signe. (Photo : André Laurenti)
Au loin le Semeru nous lance un dernier signe.
(Photo : André Laurenti)

Le Bromo (alt. 2 329 m) incarne le dieu Brahma, il est vénéré par le peuple hindouiste Tengger qui vit dans cette région montagneuse reculée. Chaque année la cérémonie du Kesada consiste à faire des offrandes au volcan. Deux cent cinquante marches sont à gravir pour atteindre le bord de son cratère. Ses colères, peu fréquentes peuvent faire des victimes, le 6 juin 2004 une éruption phréatique imprévisible a provoqué la mort de trois touristes et fait 7 blessés. Son cratère laisse échapper le panache blanc d’une activité fumerollienne permanente.

Le cône raviné du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le cône raviné du Bromo.
(Photo : André Laurenti)
Du haut des 250 marches on distingue le temple. (Photo : André Laurenti)
Du haut des 250 marches on distingue tout au fond le temple hindou.
(Photo : André Laurenti)
Le cratère du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le cratère du Bromo avec en tout arrière plan le flanc renversé du Batok.
(Photo : André Laurenti)
La bouche est (Photo : André Laurenti)
Le Bromo maquille sa bouche de soufre
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le Batok depuis le cratère du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le Batok depuis le cratère du Bromo.
(Photo : André Laurenti)
Le temple hindou au pied du Batok. (Photo : André Laurenti)
Le temple hindou au pied du Batok.
(Photo : André Laurenti)

Nous partons le lendemain un peu plus vers l’est, plus exactement à Paltuding au pied du volcan Kawah Idjen. Les ascensions se succèdent, réveil à 4h pour un départ à 5h. A la lueur des frontale nous partons pour ce volcan qui culmine à 2 600 m d’altitude. Le sentier s’enfonce parmi de hautes herbes sèches et, après quelques kilomètres, attaque enfin les pentes du volcan. La poussière brune est désormais mouchetée de cailloux jaunes qui nous indiquent la route à suivre car c’est du soufre pur. Tout à coup, parmi la végétation devenue luxuriante, le bruit grandissant de crissements saccadés nous parvient et, au détour d’un virage, j’aperçois un Indonésien descendre rapidement le sentier en trottinant. Il porte sur ses épaules une palanche dont les deux paniers en bambou tressé plient sous le poids des blocs de soufre qu’ils contiennent et émettent ce bruit caractéristique. Le porteur disparaît bientôt, tout aussi promptement qu’il était apparu. Plus haut, un autre homme s’accorde un moment de repos, assis sur un rocher il fume une kretek, ces fameuses cigarettes parfumées au clou de girofle qui leur donne cette saveur inimitable. Torse nu, le pantalon en lambeaux brûlé par les gaz volcaniques, l’homme, maigrichon et de petite taille, ne parait pas fait pour ce travail pénible de mineur. Je ne parviens même pas à soupeser la palanche qu’il transporte… Des années de dur labeur lui ont complètement déformé les épaules. Le sentier devient plus raide et glissant. Bientôt, le vieil observatoire volcanologique du Kawah Idjen apparaît et, derrière lui, quelques baraques en bois. Nous atteignons sans encombre les bords du cratère, la végétation est brûlée par les gaz acides.

Sur le bord du cratère, la végétation est brulée par les gaz. (Photo : André Laurenti)
Sur le bord du cratère, la végétation est brulée par les gaz acides.
(Photo : André Laurenti)

Devant nous, un paysage surréaliste, le plus grand réservoir d’acide sulfurique et chlorhydriques au monde. Kawah Idjen signifie cratère vert, il a comme dimensions 700 m de long par 600, une profondeur de 200 m soit un volume de 36 millions de m3 d’acide. Nous descendons parmi des amas de blocs saupoudrés de poussières sulfureuses. L’odeur piquante et irritante du dioxyde de soufre nous assaille de plus en plus.

Le lac acide (Photo : André Laurenti)
Le plus grand réservoir d’acide sulfurique.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)


Deux navigations en canot pneumatique ont été effectuées les 7 et 10 décembre 1998 par le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff et Nicolas Hulot. Les mesures effectuées dans cette soupe de satan ont donné une température de 24,6 à 24,9 pour un pH de 0.45.

L'air est irrespirable. (Photo : André Laurenti)
La solfatare libère du dioxyde de soufre en abondance.
(Photo : André Laurenti)
Le lac. (Photo : André Laurenti)
Depuis 1968 des hommes exploitent le soufre.
(Photo : André Laurenti)
Exploitation du soufre (Photo : André Laurenti)
Ces tubes permettent de canaliser le soufre liquide.
(Photo : André Laurenti)
Les exploitants opèrent sans protection. (Photo : André Laurenti)
Les exploitants opèrent sans protection.
(Photo : André Laurenti)


Une solfatare manifeste une importante activité sur le bord sud du lac. Elle libère du dioxyde de soufre en abondance. Depuis 1968, une mine y a été ouverte. Un ingénieux système de tuyaux de 10m de long et de 50cm de diamètre, permet de canaliser le soufre liquide orange qui cristallise en masse jaune citron. Débité en grandes plaques, le soufre est alors porté à dos d’hommes. 200 forçats du soufre transportent des charges de 70 à 90 kg dans des paniers jusqu’à la pesé situé à 4 km de là, et cela tout en dénivelée. Ainsi, de cette manière 5 à 6 tonnes de soufre sont extraites chaque jour.

Les paniers peuvent atteindre 80 kg (Photo : André Laurenti)
Les paniers peuvent atteindre 70 à 90 kg
(Photo : André Laurenti)
La pesé située à environ 4 km du lieu d'extraction. (Photo : André Laurenti)
La pesé située à environ 4 km du lieu d’extraction.
(Photo : André Laurenti)
L'attente avant de connaitre le poids transporté. (Photo : André Laurenti)
L’attente avant de connaître le poids transporté.
(Photo : André Laurenti)
Un camion transportera le soufre à l'usine de traitement. (Photo : André Laurenti)
Un camion transportera le soufre à l’usine de traitement.
(Photo : André Laurenti)

Dans l’après midi, nous descendons dans la benne d’un camion au port de Banyuwangi point de passage pour atteindre celui de Gilimanuk sur l’île de Bali. Nous traversons sur un ferry vétuste le mince détroit de Bali. Sur Bali notre route se sépare, Odile et Yves poursuivront leur voyage plus à l’est.

Quant à moi, les vacances s’achèvent, j’en profite avant le retour en France de faire en solo l’ascension du Batur à 1 717 m. Il y a bien sûr plus haut avec le volcan Agung le plus élevé de Bali, pointant à plus de 3 000 m, mais je ne me sens pas de tenter l’aventure. Je me contente donc du Batur et de ses paysages. Il s’agit d’un complexe de cratères inscrits à l’intérieur de deux caldeiras, la première formée il y a 20 000 ans et la seconde il y a 50 000 ans. Le site renferme d’anciennes coulées de lave, un lac, et les traces des dernières éruptions de juillet 1999 et février 2000.

La caldeira du Batur est occupé par un lac. (Photo : André Laurenti)
La caldeira du Batur est occupé par un lac.
(Photo : André Laurenti)

Le Batur est d’escalade très facile. Le sol est chaud par endroit, et les fumerolles nombreuses. J’atteins le sommet au levé du soleil. Les singes profitent des premiers rayons de soleil pour se réchauffer. Au sud-est le mont Agung 3 142 m apparaît juste derrière le mont Abang.

Le levé du soleil tout en haut du Batur. (Photo : André Laurenti)
Le levé du soleil tout en haut du Batur.
(Photo : André Laurenti)
Le gunung Agou. (Photo : André Laurenti)
Le mont Agung 3 142 m en arrière masqué par le mont Abang.
(Photo : André Laurenti)
Sur les flancs du volcan. (Photo : André Laurenti)
Sur les flancs du volcan.
(Photo : André Laurenti)
Les cratères du Batur. (Photo : André Laurenti)
Les cratères du Batur.
(Photo : André Laurenti)
Le Batur le dernier volcan de ce voyage. (Photo : André Laurenti)
Le Batur le dernier volcan de ce voyage.
(Photo : André Laurenti)

Bali est l’île bénie des dieux, elle respire encore le charme et la beauté face à l’invasion touristique, ainsi les balinais conservent leur calme et leurs coutumes. Quel plaisir de voir, au petit matin, hommes et femmes déposer leurs offrandes devant leur demeure et décorer de fleurs les marches des habitations. Après ses nombreuses ascensions, il est temps de savourer la douceur des rizières verdoyantes, celles-ci dessinent de jolies courbes où danse la lumière.

Les balinais ont un calendrier de fêtes très chargé, dont certaines sont dédiées aux volcans. Ces montagnes incarnent les forces du bien, les forces de la vie, ils sont aussi à l’origine du monde. A l’opposé, la mer est le domaine des forces du mal, des ancêtres et de la mort. A Kuta une cérémonie anime la ville. Le gamelan, orchestre de gongs, cymbales et tambours, accompagne la procession. Tous ont revêtu leur tenue de cérémonie sarung brun foncé ou noir, chemise noire ou veste blanche pour certains turban noir ou jaune, ceinture sacrée jaune. En cette occasion, un agneau sera sacrifié sur l’océan indien à l’abri des regards.

Ainsi s’achève ce tout premier voyage en Indonésie, sur cette plage de Kuta très fréquentée par les surfeurs australiens, Kuta qui fut tristement célèbre trois mois plus tard, par le double attentat le 12 octobre 2002.

Hawaii (Etats Unis)

Cap sur Hawaii

Décembre 1999 – janvier 2000

Récit de : André Laurenti – voyage effectué avec « Aventure et Volcans »

L’archipel d’Hawaii représente le cinquantième état des États Unis et le plus méridional. Il se situe à 3 900 km au sud-ouest de San Francisco en plein océan Pacifique. Comportant plus de 120 îles, elles sont à 100% d’origine volcanique, elles évoluent selon la théorie des points chauds.
On a l’habitude de voir se former les volcans sur les frontières de plaques, dans des zones de subduction, ou bien sur des dorsales ou encore sur des zones de rift. C’est ce qu’on appelle le volcanisme interplaque. Hawaii c’est différent, on a à faire à un volcanisme original qui se manifeste au centre d’une plaque, c’est un volcanisme intraplaque qu’on appelle points chauds ou « hot spot ». Les îles Hawaii font toute partie d’une immense chaîne de volcans qui a débuté dans la fosse du Kamtchatka et s’étire sur plus de 6 000 km. Ce gigantesque chapelet comprend la chaîne Hawaii longue de 3 500 km et la chaîne des îles Empereur 2 500 km. Il a fallu plus de 70 MA pour ériger cet archipel. Pendant les 22 premiers millions d’années la chaîne des îles Empereur s’est formée selon une direction Nord – Sud. Un changement de direction est visible à partir de 45 MA. Les îles s’alignent désormais suivant un axe Sud-Est Nord-Ouest. Cette usine à volcans poursuit son travail, le tout dernier s’appelle le Loihi, il est encore sous-marin à – 925 m.

(Carte réalisée par : André Laurenti)
(Carte réalisée par : André Laurenti)

Actuellement, il est admis que ces points chauds ont leur source à une profondeur d’environ 2 900 km. Cette alimentation fixe perfore comme un chalumeaux la croûte terrestre qui dérive vers le nord-ouest, entraînant dans le temps tout le chapelet d’îles. Ainsi le volcan qui s’éloigne du point chaud sera définitivement déconnecté et cessera donc son activité. Pour l’heure, seule « Big Island » possède une activité volcanique. Elle se concentre au sud-ouest de la ville principale d’Hilo. Quant au tout dernier rejeton, le Loihi pas encore visible, il est très proche de la grande île. Une fois sortie de l’eau, il grandira comme les autres et probablement viendra se souder à « Big Island ».

Avec le traditionnel collier de fleurs autour du cou et les voitures à rallonge, on baigne tout de suite dans l'ambiance. (Photo : André Laurenti)
Avec le traditionnel collier de fleurs autour du cou et les voitures à rallonge, on baigne tout de suite dans l’ambiance.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Honolulu une capitale cosmopolite et touristique
(Photo : André Laurenti)

Hawaii… un nom qui fait rêver, une destination mythique surtout pour les amateurs de surf et de vagues géantes.
Après vingt heures de vol depuis l’hexagone via Los Angeles, l’arrivée dans la nuit moite à l’aéroport d’Honolulu sur l’île d’Oahu « l’île capitale », est déjà une promesse de bonheur. Avec le traditionnel collier de fleurs autour du cou et les voitures à rallonge, on baigne tout de suite dans l’ambiance. Honolulu est en quelque sorte la vitrine de l’Hawaii moderne, une capitale cosmopolite et touristique, une forêt de buildings face aux plages de Waikiki. Pourtant, cette célèbre plage n’est pas la plus belle, ni la plus surprenante.

Honolulu est en quelque sorte la vitrine de l'Hawaii moderne. (Photo : André Laurenti)
Honolulu est en quelque sorte la vitrine de l’Hawaii moderne.
(Photo : André Laurenti)
A l'est d'Honolulu, le volcan "Diamond head" tête de diamant. Il offre depuis son sommet un magnifique panorama sur Waikiki et la côte sud d'Oahu. (Photo : André Laurenti)
A l’est d’Honolulu, le volcan « Diamond head » tête de diamant. Il offre depuis son sommet un magnifique panorama sur Waikiki et la côte sud d’Oahu.
(Photo : André Laurenti)
Hawaii est avant tout le pays du surf. (Photo : André Laurenti)
Hawaii est avant tout le pays du surf.
(Photo : André Laurenti)

Pour ma part, j’ai un penchant pour la plus grande des îles, Big island appelée aussi l’île aux orchidées. Elle est à elle seule, un sanctuaire où la nature en action s’offre dans toute son authenticité, au regard des passionnés. Elle est peu touchée par le tourisme, ce qui constitue déjà un atout majeur, elle est recouverte en partie d’une végétation luxuriante et pour couronner le tout, c’est elle qui a le privilège de concentrer l’activité volcanique de tout l’archipel, un véritable paradis pour les volcanophiles.

Sur la côte ouest de Big Island, les vestiges d'un ancien cratère s'ouvre vers le Pacifique, la plage d'un aspect verdâtre est constellée d'olivine. (Photo : André Laurenti)
Sur la côte ouest de Big Island, les vestiges d’un ancien cratère s’ouvre vers le Pacifique, la plage d’un aspect verdâtre est constellée d’olivine.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

A vingt minutes de vol d’Honolulu l’avion se pose sur la piste de l’aéroport d’Hilo, la ville principale située sur la côte est de Big Island. Enchâssée dans sa baie, la ville est protégée des colères du Pacifique par de puissantes digues érigées à la suite d’un tsunami dévastateur le 1er avril 1946. Sur cette île, l’homme n’est pas maître, il est simplement toléré par la Déesse Pelé (déesse du Feu). Pour certaines communautés de l’île, cette divinité est bien plus qu’un mythe. Les légendes la décrivent comme une femme tantôt jeune et belle, tantôt très laide. Mais au travers des différentes représentations et des œuvres d’art que l’on peut découvrir, la beauté semble l’emporter. Son doux visage apparaît et ses cheveux se mêlent au flot de lave impétueux.
Autour de la ville, une forêt dense et verdoyante apporte fraîcheur et luxuriance. On y trouve de nombreuses espèces comme : l’arbre des voyageurs, le coconuts et les énormes banians.

Tunnel de lave. (Photo : André Laurenti)
Tunnel de lave.
(Photo : André Laurenti)

Mauna Kea

A l’ouest, au dessus de la cité trône un géant, le volcan Mauna Kea, qui veut dire la montagne blanche. Le Mauna Kea avec son voisin immédiat le Mauna Loa représentent les plus hauts sommets de la planète (on parle ici de hauteur et non d’altitude). Ils se sont édifiés tous les deux sur le socle à environ 5 000 m de profondeur et émergent à 4 230 m au dessus du niveau de l’océan. Ces majestueux colosses du Pacifique dépassent donc les 9 000 m de hauteur auxquels il faut encore ajouter environ 8 000 m d’édifice qui s’enfoncent sous son propre poids à l’intérieur de la plaque Pacifique. On imagine difficilement les quantités de matériaux qui ont été éjectés et qui ont permis d’édifier de pareils géants. Le relief de ces appareils appelés « volcan bouclier » se caractérise par de faibles pentes (6° à 10° environ), générées par des sortes d’hémorragies successives de lave extrêmement fluide qui s’écoule sur les flancs, plutôt que par des projections de bombes qui ont tendance à former des cônes aux parois plus raides.

Au dessus de la ville d'Hilo trône un géant, le volcan Mauna Kea, qui veut dire la montagne blanche. (Photo : André Laurenti)
Au dessus de la ville d’Hilo trône un géant, le volcan Mauna Kea, qui veut dire la montagne blanche.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Les Hawaïens ont longtemps hésiter à s’aventurer sur le Mauna Kea, car une légende raconte que les dieux qui l’habitent changent tous les intrus en pierre. Malgré cela, au sommet, l’air est pur et offre un site idéal pour l’observation du ciel. De nombreux observatoires ont ainsi été édifiés tout en haut de ce volcan définitivement éteint (sa dernière éruption remonte à 3 500 ans). Quelques uns des télescopes les plus précis et parmi les plus puissants du monde dont le télescope Keck d’un diamètre de 10 mètres, y ont été installés et sont visibles de loin.
Entre le Mauna Kea et le Mauna Loa s’étend un vaste plateau aride, le Pohakuloa, il est traversé par une route qui relie Waimea à Hilo.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Mauna Loa

Si une belle route permet d’atteindre facilement le Mauna Kea, ce n’est pas le cas pour se rendre sur le Mauna Loa qui reste malgré tout un volcan actif. Nous établirons notre campement à 3 400 mètres d’altitude, il n’est pas aisé de trouver dans cet univers minéral, un sol confortable pour planter sa tente. Ici les confortables matelas herbeux ne font pas partie du paysage.
Le lendemain nous atteignons le sommet. Une immense caldeira ovale longue de 5 km par 2.5 km de large s’étend devant nous, la dernière éruption date seulement de 1984.

Appareil de surveillance placé sur le Mauna Loa, au loin on remarque le Mauna Kea avec sa forme caractéristique des volcans bouclier. (Photo : André Laurenti)
Appareil de surveillance placé sur le Mauna Loa, au loin on remarque le Mauna Kea avec sa forme caractéristique des volcans bouclier.
(Photo : André Laurenti)
On devine les coupoles tout en haut du Mauna Kea. (Photo : André Laurenti)
On devine les coupoles tout en haut du Mauna Kea.
(Photo : André Laurenti)
Un étrange enchevêtrement de lave. (Photo : André Laurenti)
Un étrange enchevêtrement de lave.
(Photo : André Laurenti)

Pu’u’o’o

A des altitudes plus raisonnables nous nous sommes rendus au pied du volcan Pu’u’O’o. Au bout de 4 h de marche d’approche dans une forêt humide, sur un sol parfois boueux et glissant, nous atteignons la limite entre la végétation luxuriante et les champs de lave. Le campement sera installé en lisière de forêt.
Sur ces étendues nues et arides de lave refroidie, la vie pourtant tenace, peine à se développer. Le terrain est plus propice sur les volcans explosifs dont les cendres généreuses constituent un véritable « pot belge » pour la végétation. Dans le cas présent, les laves fluides ont tendance à « bétonner » le sol. Il faudra attendre plusieurs décennies pour que la nature reprenne le dessus de cet environnement agressif.

Quelques fougères commencent à coloniser cet environnement agressif. (Photo : André Laurenti)
Quelques fougères commencent à coloniser cet environnement agressif.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Afin d’échapper à la vigilance des rangers, nous prévoyons de faire l’ascension du Pu’u’O’o en fin de journée. Dans cette plaine envahie par la lave coupante comme du verre et jonchée de bois mort, le terrain est extrêmement chaotique. Pour retrouver notre chemin, nous prenons le soin de baliser l’itinéraire à l’aide de petites lampes clignotantes. En l’absence de relief, Yasmin prend soin d’attacher les balises au bout de tiges de bois qu’il choisit. Pour évoluer sur ces champs de lave, la prudence est recommandée, il ne faut surtout pas courir. Constituée par couches successives la présence de vide rend le sol très instable. Sans arrêt, les dalles s’effondrent sous notre propre poids comme sur une couche de neige croûtée, sauf que les bords sont très coupants. Plusieurs mètres carrés peuvent subitement s’affaisser de cinquante centimètres et parfois plus.

En l'absence de relief, Yasmin prend soin d'attacher les balises au bout de tiges de bois qui nous guideront lors de notre retour de nuit. (Photo : André Laurenti)
En l’absence de relief, Yasmin prend soin d’attacher les balises au bout de tiges de bois qui nous guideront lors de notre retour de nuit.
(Photo : André Laurenti)

Dès que nous atteignons les pentes du volcan, le sol est différent et possède une meilleure portance, la progression devient plus rapide. Par endroit, des coulées prennent curieusement un aspect cartonné et offre agréablement souplesse et confort.
Le Pu’u’O’o à la particularité de posséder parfois dans son cratère, un lac de lave. Des heures d’observations nous ont permis d’apercevoir malgré un dégazage important, des incandescences au pied des parois, mais pas de lac.

Les laves fluides ont tendance à "bétonner" le sol. Il faudra plusieurs décennies pour que la nature reprenne le dessus. (Photo : André Laurenti)
Les laves fluides ont tendance à « bétonner » le sol. Il faudra plusieurs décennies pour que la nature reprenne le dessus.
(Photo : André Laurenti)
On distingue le panache du volcan Pu'u'O'o. (Photo : André Laurenti)
On distingue le panache du volcan Pu’u’O’o.
(Photo : André Laurenti)
Il est difficile de progresser dans cette débacle de blocs de lave. (Photo : André Laurenti)
Il est difficile de progresser dans cette débacle de blocs de lave.
(Photo : André Laurenti)

Une petite brise rabat soudain le nuage de gaz sur le groupe. Je sens par intermittence la tiédeur du nuage de gaz et la fraîcheur humide du brouillard qui commence à s’installer. Vers deux heures du matin nous entamons le retour vers le campement. Cependant, l’épaisseur du brouillard empêche de distinguer le balisage, chacun scrute dans une direction à la recherche d’une lueur, mais en vain. Nous nous asseyons et attendons que les vapeurs se dissipent. Soudain, Yasmin s’écrit, « c’est dans cette direction ». Le groupe se remet en marche et petit à petit nous récupérons les lampes et arrivons enfin au campement.

La cratère Halema'uma'u, la maison du feu éternel. (Photo : André Laurenti)
La cratère Halema’uma’u, la maison du feu éternel.
(Photo : André Laurenti)

Sur les coulées du Kilauea

Mais le summum de ce voyage à Hawaii a été le réveillon de Noël sur les coulées de lave du Kilauea. Sur la route de Kalapana nous prenons le temps d’observer les « Lava street », vestige d’une forêt dont les arbres ont été pétrifiés dans la lave. Les coulées extrêmement fluides ont enrobé de basalte les fûts, progressivement le bois prisonnier s’est consumé laissant un vide à l’intérieur. Le niveau de la coulée comme une rivière en crue, a ensuite baissé, laissant émerger les troncs transformés en statues de pierre.

Aiguilles de soufre à proximité du Kilauea. (Photo : André Laurenti)
Aiguilles de soufre à proximité du Kilauea.
(Photo : André Laurenti)
Les vestiges d'une forêt dont les arbres ont été pétrifiés, moulés dans la lave. (Photo : André Laurenti)
Les vestiges d’une forêt dont les arbres ont été pétrifiés,
moulés dans la lave.
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons enfin au point de départ du chemin qui nous mènera jusqu’aux coulées du Kilauea. Ce volcan en activité permanente depuis 1983, comprend une grande caldeira elliptique de 5,5 km de long par 3,2 km de large à l’intérieur de laquelle se trouve le pit cratère appelé Halemaumau, la maison de la déesse Pelé.
Il faudra compter huit heures de marche aller retour pour gagner ce dont on a tant désiré et ce sera sans regret.
Nous avons pris le soin d’ajouter quelques gourmandises bien françaises à nos rations. Elles prennent une saveur incomparable à l’endroit où nous nous trouvons.
Foi gras, Sauternes, terrine de Provence pour le palais, et draperies incandescentes de lave pour le plaisir des yeux.
Bref, l’annonce d’un troisième millénaire en pleine surchauffe et cela en valait la peine.

Nous passerons les réveillons de Noël et du jour de l'an à contempler les oeuvres de la déesse Pelé, la déesse du feu. (Photo : André Laurenti)
Nous passerons les réveillons de Noël et du jour de l’an à contempler les oeuvres de la déesse Pelé, la déesse du feu.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Tortue de lave. (Photo : André Laurenti)
Tortue de lave.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Pour le réveillon du jour de l’an rebelotte, plus de dix heures de marche permettent d’évoluer sur les champs de lave encore rougeoyante en dessous. A travers les fractures des dalles de lave Pahoehoe j’aperçois l’incandescence. Je pense aussitôt aux conséquences si le plancher sur lequel nous nous trouvions s’effondrait. Mais pas le temps de songer à cela, ni de s’attarder et encore moins de faire du surplace, car nous sommes alertés par une odeur de caoutchouc brûlé, en effet, les semelles des chaussures commencent à fondre. Maintenant nous sommes là, il faut gérer les imprévus et aller au plus vite et surtout rester extrêmement vigilant. Dans ce milieu, on est très vite déshydraté, les trois litres d’eau transportés dans le sac à dos seront nécessaires pour affronter la chaleur climatique, ajouter à celle du sol.
Vers minuit cinq, sous les sirènes d’un bateau de croisière qui s’était positionné au large pour admirer le spectacle (de loin), la déesse Pelé se manifeste pour nous offrir le spectacle inoubliable d’une coulée impressionnante. Un véritable torrent de lave surgit soudain devant nous, d’une extrême fluidité. Après tout comment pourrait-on expliquer des phénomènes éruptifs aussi démesurés autrement que par les caprices d’une déesse, d’une divinité redoutée symbole de la jeunesse et de la beauté.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Une fois de plus il ne faut pas rompre avec les bonnes habitudes, pour ce remettre des émotions foie gras, Sauternes, mais aussi des saucisses et des côtelettes rôtis sur la lave, quel luxe ! Une merveille pour régaler le palais et surtout un cadre unique qu’aucun restaurant au monde ne vous propose.

Le front en mouvement d'une coulée se dessine sous la forme de doigts de lave. (Photo : André Laurenti)
Le front en mouvement d’une coulée se dessine sous la forme de doigts de lave.
(Photo : André Laurenti)
Une coulée a gagné la forêt humide qui finit par se dessécher et s'embraser comme un fétu de paille. (Photo : André Laurenti)
Une coulée a gagné la forêt humide qui finit par se dessécher et s’embraser comme un fétu de paille.
(Photo : André Laurenti)
Coulée de lave de type Pahoehoe, un terme hawaiien qui signifie satiné. Elle est caractérisée par une surface lisse, vitreuse, extrêmement coupante, prenant des formes de draperies... (Photo : André Laurenti)
Coulée de lave de type Pahoehoe, un terme hawaiien qui signifie satiné. Elle est caractérisée par une surface lisse, vitreuse, extrêmement coupante, prenant des formes de draperies…
(Photo : André Laurenti)
ou bien comme ici des laves cordées. (Photo : André Laurenti)
ou bien comme ici des laves cordées.
(Photo : André Laurenti)

L’Haleakala

Nous changeons d’île pour se rendre sur celle de Maui célèbre pour le surf. Nous atteignons le petite ville de Lahaina qui signifie « soleil cruel ». Bien entendu, on ne peut pas évoquer Hawaïi sans penser au surf et aux vagues géantes. Sur l’île de Maui se déroulent des compétitions importantes.
L’Haléakala est le nom que l’on donne au volcan situé à l’est de Maui et dont le nom signifie « la maison du soleil ». Cet appareil s’inscrit dans un grand parc national qui porte son nom. Ce vaste volcan, couvre une superficie de 1 470 km2 et culmine à 3 055 m d’altitude. Une route monte en lacets jusqu’au sommet. En arrivant, à droite se trouve le Puu Ulaula, la colline rouge qui abrite un observatoire construit par la Nasa. A gauche s’ouvre le cratère sommital de l’Haléakala, une grande dépression maintes fois remodelée de 3,5 à 12 km et profond de 860 m. Nous y descendons en compagnie de Yasmin. Au passage nous découvrons un petit cône volcanique appelé le Ka Lu’uoka’oo. Ce volcan a commencé à s’édifier il y a 1,5 à 2 MA et sa croissance a duré quelques 600 000 ans. La dernière éruption de l’Haléakala remonte à 1790, mais il n’est pas dit qu’il n’est pas un sursaut d’humeur dans les prochains siècles.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le petit cône volcanique appelé le Ka Lu'uoka'oo. (Photo : André Laurenti)
Le petit cône volcanique appelé le Ka Lu’uoka’oo.
(Photo : André Laurenti)
L'immense caldeira de l'Haleakala sur l'île de Maui. (Photo ; André Laurenti)
L’immense caldeira de l’Haleakala sur l’île de Maui.
(Photo ; André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Cette dépression est l’un des rares sites de l’archipel dont l’écosystème n’a pas été bouleversé par l’introduction d’espèces animales et végétales étrangères. C’est le paradis d’une plante appelée « les sabres d’argent ». Cette espèce endémique peut atteindre 2,40 m et fait partie de la famille des tournesols. La croissance de cette plante prend de cinq à vingt ans. Elle fleurit ensuite une seule fois entre juin et octobre puis elle meurt. Cette plante a failli disparaître, victime de la voracité des chèvres. Aujourd’hui sauvé, c’est la fleur emblématique d’Hawaii.

Le caldeira de l'Haleakala est le paradis d'une plante appelée "les sabres d'argent". (Photo ; André Laurenti)
Le caldeira de l’Haleakala est le paradis d’une plante appelée « les sabres d’argent ».
(Photo : André Laurenti)

Stromboli 2014

Visite du 25 août 2014

Stromboli est un volcan en constante activité depuis la plus haute antiquité. Son activité se caractérise par ses manifestations explosives presque constantes depuis environ 2 500 ans. Les historiens du temps d’Auguste et de Tibère parlaient d’un volcan qui ne se reposait jamais. Cette activité dite  »strombolienne » donne ainsi son nom à tous les volcans de la planète possédant ce même type manifestation. Par contre, la production de coulées laviques est beaucoup moins fréquente sur ce volcan, les deux dernières se sont produites en 1985 et du 28 décembre 2002 à la fin juillet 2003. Ces coulées parfois spectaculaires, se trouvent normalement confinées dans la vaste dépression en forme d’amphithéâtre, dans laquelle s’est mis en place un énorme cône de déjection appelé  »Sciara del Fuoco » la cicatrice de feu. C’est dans ce véritable toboggan de 750 m de hauteur que dégringolent les bombes projetées et autres produits éruptifs vomis par l’activité volcanique. Depuis le 6 août 2014, l’activité a changé, les explosions ont laissé place à des coulées de lave échappées d’une bouche qui s’est formée à 650 m d’altitude, en dessous des traditionnelles bouches actives. Cette phase pourrait durer quelques semaines, comme se fut le cas en 2002-2003 (6 mois d’effusion) et en 2007 (34 jours).

La Sciara del Fuoco un véritable tobogan de 750 m de hauteur. (Photo : André Laurenti)
La Sciara del Fuoco un véritable tobogan de 750 m de hauteur.
(Photo : André Laurenti)

Dès mon arrivée sur l’île, je me dirige vers la petite vitrine de l’I.N.G.V. (Institut National de Géophysique et de Volcanologie) installée proche du quai d’embarcation. Peut-on encore voir des coulées ? se sont-elles stoppées ?. Le personnel me rassure et me confirme en me montrant les caméras thermiques, que l’on peut effectivement observer des coulées. Soulagé par cette nouvelle, je déambule dans les petites ruelles de San Vicenzo avant de prendre tranquillement le chemin en direction de la Sciara del Fuoco.

Eglise de San Vincenzo. (Photo : André Laurenti)
Eglise de San Vincenzo.
(Photo : André Laurenti)
Ruelle de San Vincenzo. (Photo : André Laurenti)
Ruelle de San Vincenzo.
(Photo : André Laurenti)
Après Piscità le vrai chemin pour le volcan commence. (Photo : André Laurenti)
Après Piscità le vrai chemin pour le volcan commence.
(Photo : André Laurenti)
La pointe Labronzo. (Photo : André Laurenti)
La pointe Labronzo.
(Photo : André Laurenti)

Au large à environ 1 600 m du rivage, pointe hors des flots le sombre îlot basaltique de « Strombolicchio », le petit Stromboli. Il s’agirait d’un neck de 200 000 ans environ, témoin d’un cône adventif du volcan contemporain du paléo-Stromboli. Ce donjon naturel de lave compacte de 43 m de hauteur, aux faces verticales, abrite sur son sommet un phare.

Strombolicchio à 1600 m du rivage de Stromboli. (Photo : André Laurenti)
Strombolicchio situé à 1 600 m du rivage est un neck andésito-basaltique.
(Photo : André Laurenti)
Strombolicchio (Photo : André Laurenti)
Strombolicchio
(Photo : André Laurenti)

En cette journée du 25 août, la montée sur les flancs du volcan reste limitée à la côte 290 m, pour aller au-delà, (entre 400 et 450 m) il faut être accompagné d’un guide, les ascensions au sommet sont désormais suspendues jusqu’à nouvel ordre.

Des petites boules de lave dégringolent la "Sciara del fuoco". (Photo : André Laurenti)
Des petites boules de lave dégringolent la « Sciara del Fuoco ».
(Photo : André Laurenti)

Au gré de la montée je fini par sortir des hautes herbes. L’un des guides rencontré sur le chemin, me donne son accord pour atteindre la côte 450 m, la hauteur idéale où le front d’une coulée s’arrêtait ce jour là et se poursuivait ensuite en avalanche de blocs. Aucune activité explosive ne se manifestait depuis les cratères habituels. Tout en bas, la mer se pare d’or, un bateau commence à se positionner.

Un navire se positionne pour le spectacle de nuit. (Photo : André Laurenti)
Un navire se positionne pour le spectacle de nuit.
(Photo : André Laurenti)

Malheureusement, à la tombée de la nuit, au moment où le spectacle devenait le plus intéressant, il a fallu regagner la côte réglementaire de 290 m. Une décision motivée par un risque d’incendie. Etant donné que la coulée se situe pratiquement contre la paroi qui borde la  »Sciara del fuoco », les autorités locales ont estimé qu’il y avait un risque important d’incendie. Les coulées pourraient mettre le feu à la végétation très sèche en cette période et avec l’appui d’un vent favorable, cela rendrait la situation compliquée, surtout avec le grand nombre de touristes venus voir le spectacle.

Les coulées deviennent plus visibles à la tombée de la nuit. (Photo : André Laurenti)
Les coulées deviennent plus visibles à la tombée de la nuit.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
En amont, la coulée reste bien alimentée. (Photo : André Laurenti)
En amont, la coulée reste bien alimentée.
(Photo : André Laurenti)

Les Galapagos : le laboratoire de la vie

Fabuleux laboratoire de la vie

Récit de voyage en Équateur du 26 août au 16 septembre 2006, par André Laurenti avec la participation d’Alain et Martine Hennebuisse

Situé en plein Pacifique, à un millier de kilomètres de la côte équatorienne, l’archipel au nom mythique des Galapagos se compose d’un ensemble de 19 îles principales et 42 îlots ou récifs, totalisant une superficie qui n’excède pas les 8 000 km2. Il doit son nom « Galapagos » aux nombreuses tortues, l’animal symbole qui peuple ces îles.
Ce territoire constitue une subdivision de l’Équateur depuis 1832 et depuis 1978, il est inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. La capitale Puerto Baquerizo Moreno, se situe sur l’île de San Cristobal, la plus orientale de toute.
Cinq îles ont une surface qui dépasse les 500 km2. Ce sont les îles : Isabela la plus grande, Santa Cruz, Fernandina, San Salvador et San Cristobal. Les autres sont nettement plus petites et sont ainsi dénommées : Santa Maria, Marchena, Espanola, Pinta, Baltra, Santa Fé, Pinson, Genovesa, Rabida, Seymour, Wolf, Tortuga, Bartolomé et Darwin.
Les Galapagos sont le résultat d’un volcanisme de point chaud de type hawaïen qui se caractérise par la création d’édifices imposants en forme de bouclier, couronnés par de grandes caldeiras. Ce chapelet d’îles nées de l’océan se situe sur la plaque de Nazca laquelle se déplace vers l’est en raison de 3 à 6 cm par an, en s’enfonçant progressivement sous la plaque continentale sud américaine.

Carte représentant notre itinéraire. (Carte réalisée par André Laurenti)
Carte représentant notre itinéraire.
(Carte réalisée par André Laurenti)

L’île San Cristobla

Le 7 septembre 2006 nous quittons à 3 heures du matin Riobamba pour nous rendre à l’aéroport de Guayaquil. Le trajet représentera plus de cinq heures de transport en bus sur une route extrêmement sinueuse dans sa première partie. Ensuite le relief s’est éclipsé pour laisser la place à d’interminables exploitations de canne à sucre, de bananes et de cacao.
A 11 h 30 nous décollons de Guayaquil pour se poser 1 h 30 plus tard sur la piste du petit aéroport de Puerto Baquerizo Moreno situé à l’extrémité sud-ouest de l’île de San Cristobal. Un taxi nous conduit à l’hôtel Nortia situé au centre de la petite ville.
Le style architectural des habitations est identique à celui du continent, rien de bien séduisant simplement des structures en béton avec des agglos en remplissage. Une ou deux façades seulement sont enduites parfois décorées, les autres sont laissées inachevées. Le strict minimum suffit à l’équatorien le reste semble du superflu.
C’est sur cette île que le naturaliste anglais, Charles Darwin, mit pour la première fois les pieds le 15 septembre 1835. A bord du Beagle, il était parti d’Angleterre pour une expédition de 5 ans avec au programme, le Fitzroy, el Capitan et les Galapagos. Il explora les îles et rassembla les éléments pour écrire un livre qui révolutionna la science avec la théorie de l’évolution des espèces.
Le centre d’interprétation, situé près de Playa Mann, propose aux visiteurs des informations intéressantes sur l’île et les Galapagos en général.

La tortue terrestre l'animal symbole des Galapagos, peut vivre jusqu'à 150 ans. (Photo : André Laurenti)
La tortue terrestre l’animal symbole des Galapagos, peut vivre jusqu’à 150 ans.
(Photo : André Laurenti)
Le Fou à pattes bleues. (Photo : André Laurenti)
Le Fou à pattes bleues.
(Photo : André Laurenti)

Partout les lions de mer occupent par colonies les plages de la ville et parfois même ils montent la garde au milieu des passages. Les humains doivent alors se débrouiller pour les contourner, cela donne aux uns des souvenirs inoubliables et aux autres la possibilité de continuer la sieste paisiblement.
Dès le lendemain, une excursion en bateau nous emmène au nord ouest de Puerto Baquerizo au large de la baie Stephens. Sur l’itinéraire nous nous arrêtons dans une crique protégée par une île des rouleaux incessants du Pacifique. Ici la baignade permet de nager avec les lions de mer qui prennent plaisir à jouer. Avec un peu de chance on peut croiser également des tortues de mer.
Peu après nous nous rendons au pied du Rocher Kicker appelé également Lion endormi (Leon Dormido), un nom qui se rapporte souvent à la forme de îlot. Une paroi imposante de ce rocher volcanique se dresse sur plus de 140 m de hauteur, elle abrite une multitude de fous à pieds bleus et de frégates. Sur le chemin de retour nous jetons l’encre à proximité d’une plage de sable loin de toute activité humaine. Dans un éternel ressac les eaux limpides frangées d’écume viennent caresser quelques lions de mer qui se prélassent au soleil. Une plage sauvage que les nostalgiques des paradis perdus peuvent encore éprouver ce frisson inattendu.
Une panne de direction nous oblige à l’entrée du port de Puerto Baquerizo, à terminer en taxi des mers.

Les lions de mer (Photo : André Laurenti)
Les lions de mer
(Photo : André Laurenti)
A terre les lions de mer n'aiment pas trop être dérangés surtout à l'heure de la sieste, en revanche dans l'eau ils prennent plaisir à venir jouer avec vous. (Photo : André Laurenti)
A terre les lions de mer n’aiment pas trop être dérangés surtout à l’heure de la sieste, en revanche dans l’eau ils prennent plaisir à venir jouer avec vous.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

L’île de Santa Cruz

En ce samedi 9 septembre, nous embarquons à bord d’un petit bateau pour nous rendre à Santa Cruz. D’une capacité de 12 personnes nous serons en fait 23 et pas assez de gilet de sauvetage pour tout le monde. Après deux heures trente de traversée un peu agitée et bien arrosée depuis San Cristobal, nous débarquons enfin à Puerto Ayora la deuxième île des Galapagos au niveau superficie avec 986 km2, elle est également la plus peuplée.

L'entrée de Puerto Ayora à marée basse. (Photo : André Laurenti)
L’entrée de Puerto Ayora à marée basse.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Nommée jadis « Desinfatigable » cette île est déjà plus touristique que la précédente, les boutiques de souvenirs et les restaurants se succèdent mais les prix ne sont pas tout à fait les mêmes. Les constructions sont originales et décorées avec goût. Une route de 40 km la traverse du nord au sud franchissant un relief volcanique ancien pour gagner l’île de Baltra où se trouve l’aéroport. Le versant sud est plus verdoyant mais aussi souvent sous les nuages. Le flanc nord est beaucoup plus sec et davantage ensoleillé.
Au sud-ouest de Puerto Ayora se trouve « Bahia Tortuga » la Baie des Tortues. Il faut environ 45 minutes de marche pour s’y rendre depuis Puerto Ayora. Un sentier tracé dans un décor de western au milieu des cactus candélabres et de blocs de lave, relie le rivage de l’océan. Une bien belle plage de sable blanc éblouissante bordée par les rouleaux du Pacifique d’un côté et par une dune de l’autre. Mais le nec plus ultra se trouve à l’extrémité de la plage, derrière la dune, où une magnifique lagune s’étire à l’ombre des palétuviers.
Sur le parcours d’innombrables iguanes marins s’entassent sur les rochers. Leur peau se confonde avec les roches basaltiques, c’est un camouflage naturel pour échapper aux prédateurs.
Nous y découvrons également des pélicans et des fous à pieds bleus. Martine toujours la première à être dans l’eau, nous entraîne à une baignade très appréciable.

La baie des Tortues au sud-ouest de Puerto Ayora sur l'île de Santa Cruz. (Photo : André Laurenti)
La baie des Tortues au sud-ouest de Puerto Ayora sur l’île de Santa Cruz.
(Photo : André Laurenti)
L'iguane marin possède une peau plus sombre que l'iguane terrestre. (Photo : André Laurenti)
L’iguane marin possède une peau plus sombre que l’iguane terrestre.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Les iguanes dont la crête dorsale est hérissée d’écailles pointues sont inoffensifs, de temps en temps ils expulsent par leurs narines l’eau de mer qu’ils ont emmagasinée.
(Photo : André Laurenti)

Le jour suivant nous prenons un taxi pour aller visiter la partie haute de l’île. A sept kilomètres environ du petit village de Bellavista nous atteignons l’entrée d’un tunnel de lave. Sa traversée qui représente environ un demi kilomètre est éclairée dans sa longueur. Près de la sortie, la voûte s’abaisse et oblige à franchir quelques mètres à plat ventre.
Au sommet du col avant de basculer sur le versant nord, deux cratères profonds d’une trentaine de mètres appelés « Gemellos » découpent le sol à l’emporte pièce de chaque côté de la route.

Sortie d'un tunnel de lave. (photo : Alain Hennebuisse)
Sortie d’un tunnel de lave.
(photo : Alain Hennebuisse)

L’île Bartolomé

Nous poursuivons le 10 septembre notre visite avec au programme une excursion de la journée sur l’île de Bartolomé. La traversée prendra 2 h 30 et nous passerons au large du volcan Daphné Mayor. La promenade est loin d’être ennuyeuse. Une frégate suit imperturbablement à quelques mètres seulement au dessus de l’embarcation, tournant la tête de droite à gauche sans donner le moindre battement d’ailes. Nous surveillons attentivement la surface de l’eau et apercevons le saut étonnant des raies, mais encore l’aileron d’un requin, le passage de quelques dauphins et enfin le jet d’une baleine. Puis nous atteignons Bartolomé. Contrairement aux autres îles que nous avons vu jusqu’à présent, celle-ci est marquée par un volcanisme beaucoup plus récent. Nous débarquons sur une minuscule marche aménagée à même le rocher. Mais nous ne sommes pas seuls, le comité d’accueil est là pour nous recevoir, il est composé de quelques iguanes peu farouches et des crabes aux couleurs étonnantes qu’on croirait sortis tout « droit » d’une bande dessinée. Un sentier aménagé à l’aide de rondins et de platelage en bois facilite le déplacement. Au gré de la promenade, le paysage est constitué de laves de type « pahoehoe » avec de nombreux tubes de lave et de petits chenaux, bref toute la panoplie du volcan à magmas fluides. Au dessus du chemin des coulées dites « en tripes » ou en « boudin » couvrent le flanc du sommet et arbore des formes étranges. Un peu plus haut le sol est boursouflé de cônes de scories soudées de couleur brunâtre. La végétation est plutôt rare, seul quelques cactus pionniers colonisent ce désert minéral. Nous atteignons le sommet le plus élevé à 111 mètres au dessus du niveau de la mer. D’ici on découvre, une vue panoramique sur la baie de Sullivan, à nos pieds deux plages de sable doré soulignent l’isthme de Bartolomé, et sur la droite le pinacle Rock se dresse tel un menhir.

Le volcan Daphné Mayor est difficilement accessible par la mer à cause de ses parois abruptes. (Photo : André Laurenti)
Le volcan Daphné Mayor est difficilement accessible par la mer à cause de ses parois abruptes.
(Photo : André Laurenti)
Les fous à pattes bleues n'hésitent pas à nidifier au fond du cratère. (Photo : André Laurenti)
Les fous à pattes bleues n’hésitent pas à nidifier au fond du cratère.
(Photo : André Laurenti)
Vue panoramique sur la baie de Sullivan, l'isthme de Bartolomé au premier plan et l'île de San Salvador tout au fond. (Photo : André Laurenti)
Vue panoramique sur la baie de Sullivan, l’isthme de Bartolomé au premier plan et l’île de San Salvador tout au fond.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
L'isthme de Bartolomé et le Pinacle Rock. (Photo : André Laurenti)
L’isthme de Bartolomé et le Pinacle Rock.
(Photo : André Laurenti)
Les restes étranges d'un ancien volcan. (Photo : André Laurenti)
Les restes étranges d’un ancien volcan.
(Photo : André Laurenti)

Merveilleux et grandiose, il n’y a pas d’autres mots pour qualifier ce lieu naturel resté à l’état sauvage sans aucune trace de pollution, ni d’habitation. De là, la magie opère, d’autant plus quand le soleil fait ressortir les nuances des ocres de la roche. Ici, tout n’est que luxe, calme et volupté. Point de nuisances sonores. Juste une lointaine voix rauque d’un lion de mer mâle en plein ébat amoureux.
Nous retournons vers notre embarcation. Le guide nous conduit cette fois, sur la plage de l’isthme bordée de palétuviers à proximité du pinacle, un des sites le plus remarquable. Nous nous rapprochons du couple de lions de mer dont le mâle crie toujours. Sur les rochers, au pied du pinacle, une petite colonie insouciante dort paisiblement au soleil. Pendant ce temps sur les roches obscures des dizaines de crabes multicolores se déplacent au rythme du va-et-vient de l’océan.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)

Île Seymour Northe

Le 12 septembre, une dernière excursion nous mène cette fois sur l’île de Seymour Northe dont la superficie n’excède pas les 2 km2. Cette île sans relief reste inhabitée et protégée, elle est le lieu de nidification de nombreux oiseaux dont les frégates. Au cours de la parade nuptiale le malle gonfle son jabot rouge pour séduire la femelle. Appelée aussi vautour des mers, la frégate est incapable de se poser sur l’eau, aussi pour se nourrir elle n’hésite pas à subtiliser leur prise dans le bec des autres oiseaux.
Le 13 septembre, nous devons nous résigner à quitter cet archipel de rêves et ses beautés naturelles uniques au monde. Un taxi nous conduit au terminal terrestre « Desinfatigable ». Nous traversons une dernière fois l’île de Santa Cruz, et prenons le bac pour franchir le détroit d’Itabaca vers l’île de Baltra. Cette île formée par un plateau de basalte, est une ancienne base militaire américaine construite lors de la deuxième guerre mondiale pour protéger le canal de Panama, c’est là ou se trouve de nos jours l’aéroport. Nous décollons pour nous diriger vers Guayaquil, de là une longue remontée en bus nous conduira à Quito terme de ce voyage inoubliable.
Fabuleux laboratoire de la vie, les Galapagos ont su jusqu’ici conserver à l’image d’une bonne partie de l’Équateur, une nature brute et sauvage que l’homme doit respecter dans son pur état.

L'Iguane terrestre que l'on trouve en liberté sur l'île de Santa Cruz, peut atteindre 1,50 m de long. (Photo : André Laurenti)
L’Iguane terrestre que l’on trouve en liberté sur l’île de Santa Cruz, peut atteindre 1,50 m de long.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Iguanes marins, tous sont herbivores. (Photo : André Laurenti)
Iguanes marins, tous sont herbivores.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Frégate de l'île de Seymour Northe. (photo : André Laurenti)
Frégate de l’île de Seymour Northe.
(photo : André Laurenti)

Sources documentaires :

– Collin-Delavaud – le guide de l’Équateur et des îles Galapagos – Éditions la Manufacture

Remerciements :

A Olivier MERIC qui nous a concocté un délicieux programme sur les Galapagos,

Renseignements utiles :

L’agence « Chimboniño » créée par Olivier MERIC, un français vivant à Riobamba, propose des circuits variés et des itinéraires en fonction de vos passions. Le circuit de 6 jours proposé sur les Galapagos évite les incontournables croisières plus onéreuses et plus contraignantes.
Voici le site internet :
http://chimbonino.neuf.fr
Vous pouvez également contacter Olivier MERIC par courriel aux deux l’adresses suivantes :
chimbonino@neuf.fr
boulderdash@neuf.fr

L’Etna : les cendriers du cratère Sud-Est

Les cendriers de l’Etna – mars 1999

Il est 22 h 30, la sonnerie du téléphone retentit, « Luc à l’appareil, je viens d’avoir Pippo au téléphone, il y a une superbe coulée sur l’Etna, tu vois ce que je veux dire ? »
Le temps de prévenir le bureau et de boucler le sac à dos, deux jours après nous nous trouvons Luc en moi sur le tarmac de l’aéroport de Marseille Marignane. A 18h30 nous décollons pour Catane via Milan. Il est 23 h 30 nous voilà en phase d’atterrissage. A travers le hublot, malgré l’absence de repère, nous cherchons la coulée, mais en vain, elle est peut-être à droite de l’appareil. Soudain Luc s’agite « elle est là regarde » superbe, elle semble bien fournie et sa présence s’avère quelque part rassurante, car déjà nous savons que nous ne sommes pas venus pour rien. Fidèle à sa tradition l’Etna réserve toujours à ceux qui vont le fréquenter des souvenirs impérissables.
Dans le hall de l’aéroport Pippo et Jacques, tous deux délégués de l’Association Volcanologique Européenne, sont venus nous accueillir et nous conduire vers un hôtel d’Acireale, une petite ville proche de Catane.

Une météo compromettante

Dimanche 7 mars, pas une minute à perdre, nous prenons la direction de celui qu’on nomme également Mongibello « la montagne des montagnes ». Nous empruntons une succession de ruelles et de nombreux raccourcis que seul Pippo à le secret. Le véhicule s’immobilise enfin devant l’hôtel Corsaro à 2000m d’altitude, à proximité de la station de ski située sur le flanc sud de l’Etna. A l’extérieur le vent est glacial et déjà les nuages s’amoncellent. Au départ du télécabine, un petit écran renseigne sur le temps à l’arrivée. Le brouillard épais enveloppe tout le haut de la station, c’est la galère. A cette petite déception s’en ajoute peu après une seconde ; l’absence de visibilité et les rafales violentes de vent entraînent aussitôt la fermeture des remontés. Nous voilà donc bloqués à la station, les conditions météorologiques sont beaucoup trop mauvaises, nous décidons de renoncer.

Le cratère Silvestri inférieur à hauteur de la station de Sapienza. (Photo : André Laurenti)
Le cratère Silvestri inférieur à hauteur de la station de Sapienza.
(Photo : André Laurenti)

Nous consacrons alors la journée a l’exploration d’un tunnel de lave situé un peu plus bas, en bordure de route, sur d’anciennes coulées datant de 1792. Equipés chacun de frontales, nous remontons cette galerie sur une bonne centaine de mètres. A l’intérieur, suspendues à la voûte, d’adorables petites chauves-souris, toute ruisselantes de gouttelettes d’humidité, sont engourdies par la fraîcheur.

Les chauves souris de l'Etna. (Photo : André Laurenti)
Les chauves-souris de l’Etna.
(Photo : André Laurenti)

Au cours de l’après midi, nous nous rendons au Monte Pomiciaro puis dans la continuité, au Monte Zoccolaro pour observer de loin la coulée. De ce formidable belvédère on domine l’impressionnant Val del Bove qui sert en quelque sorte de réceptacle à de nombreuses coulées. Depuis hier soir, le débit de lave s’est considérablement réduit. Elle s’écoule en deux bras bien distincts à quelques centaines de mètres au dessus des Monti Centinari.
La chance n’est décidément pas au rendez-vous, peu de temps après, le brouillard enveloppe très rapidement tout le site, l’observation de nuit est compromise. Cette coulée devient l’attraction d’un nombreux public. Le Monte Zocolaro est pris d’assaut et n’aura pas suffisamment de place pour contenir cet afflux massif de curieux qui n’hésitent pas à se déplacer en famille. Et puis en Sicile, on ne perd surtout pas une occasion pour faire des affaires. C’est le cas de ce marchand de lampes électriques qui s’est installé juste au départ du chemin pour subvenir au besoin des étourdis.

De la glace au feu

Lundi 8 mars, si l’Etna, en ce début du mois de Mars, est encore couvert de neige, ce n’est pour nous qu’un attrait supplémentaire et un surcroît de matériel. Il s’agira pour ma part d’un événement exceptionnel, c’est en fait ma première coulée, alors Pippo propose pour marquer ce baptême du feu, d’apporter le nécessaire pour confectionner des cendriers de lave. J’accepte volontiers et ne refuse en aucun cas cet excédent de poids, même s’il me faudra rentrer complètement sur les rotules. Cette envie incommensurable de se retrouver face à face avec cette montagne magique, de vivre en direct l’un de ses enfantements ardents dont elle a le secret, servira j’en suis convaincu, de dopant efficace. Luc aussi était en manque, il avait un besoin inéluctable de fouler ce sol rugueux et sombre, de sentir ces odeurs si caractéristiques des volcans, de revoir ces paysages que la nature façonne continuellement. A l’appel de Pippo, Luc a craqué, il n’a pas hésité une seconde.
Nous abandonnons la voiture sur le vaste parking de la station de ski, à proximité du refuge Sapienza. Malgré à nouveau une météo annoncée défavorable pour la journée, le temps est pourtant clair et Pippo demeure très confiant. Seul Catane tout en bas est recouvert par un épais manteau nuageux.
Depuis la Montagnola (2 644 m) Pippo ouvre la marche d’un pas alerte, il est enfin dans son élément. L’Etna c’est en quelque sorte son jardin, il le respecte et je suis même persuadé qu’ils se font de temps à autre des confidences. Faut dire qu’ils se sont vue grandir tous les deux. En effet, dès son tout jeune âge, son père l’amenait parcourir les flancs de cette montagne qui n’en fini pas de se transformer. Pourquoi partir ailleurs, alors qu’ici, presque chaque année se façonne un paysage nouveau. Petit à petit la fascination l’emporta et aujourd’hui Pippo en a fait une véritable passion. A l’aide d’une lunette d’astronomie, depuis la terrasse de son appartement d’Acireale, il observe quotidiennement les moindres soubresauts de son complice. Le talent de photographe lui a également permis d’immortaliser une part d’histoire de ce géant d’Europe. Mais aujourd’hui tous ses amis posent la sempiternelle question : que deviendrait Pippo sans l’Etna ?

Le cône du Frumento Supino. (Photo : André Laurenti)
Le cône du Frumento Supino.
(Photo : André Laurenti)

Nous montons à un rythme régulier, le visage cinglé par des rafales de vent glacial. La neige crisse sous nos pas et s’accroche au moindre caillou qu’elle décore d’une dentelle joliment découpée et profilée par le vent d’ouest dominant. Derrière nous, en contrebas, elle souligne ou enveloppe d’un léger voile, quelques cônes adventifs qui constellent principalement les flancs sud et ouest du volcan. On en dénombre pas moins de 270.

Jacques avec son régime draconien qu’il s’est imposé en vue de partir sur les volcans indonésiens, semble facile. Le sacrifice commence à porter ses fruits et lui redonne force et motivation.

Nous atteignons enfin la Torre del Filosofo, la coulée n’est plus qu’à dix minutes de marche. C’est précisément là que le philosophe Empédocle natif d’Agrigente vers l’an 490 avant J.C., fit construire un observatoire. Il se retira en ces lieux pour mieux étudier l’Etna. Finalement, il se jeta dans le cratère du volcan, qui rejeta, dira t-on une de ses sandales.
Pippo appelle sa femme Magui par radio, pour lui communiquer notre position. Avec Monique l’épouse de Jacques, elles viennent tout juste de rentrer du marché et s’apprêtent à nous concocter un repas d’enfer pour le retour. Cela verse un peu du baume dans le coeur de chacun.
l’itinéraire devient dès à présent plus plat. Nous voici au pied du dernier né des quatre cratères sommitaux de l’Etna. Il s’est édifié en 1971 à la limite du « Piano del Lago ».
L’éruption d’octobre 1998 à février 1999 en a dressé un imposant cône de deux cent mètres environ de hauteur. Lors d’une visite le 8 mars 1999, le cône s’était auparavant fracturé, laissant s’échapper des volutes de vapeur et de gaz ainsi qu’un flot de lave à sa base. Cette nouvelle activité avait ainsi complètement stoppé l’éruption.

Le cratère Sud-Est fracturé sur son flanc sud. (Photo : André Laurenti)
Le cratère Sud-Est fracturé sur son flanc sud.
(Photo : André Laurenti)

Finalement nous arrivons sur les bords de ce chaos tant convoité. Avec prudence nous nous engageons sur ces laves certes refroidies mais âgées seulement de quelques semaines pour certaines et de quelques jours pour d’autres. La neige en a couvert d’ailleurs les bords fondant en dessous, minée par la chaleur des roches. Elle forme cependant des ponts fragiles qui s’effondrent sous notre poids et nous nous empêtrons dans des trous parfois profonds et irréguliers. Mais qu’importe nous arrivons sur trois magnifiques soupiraux au parois toute jaunies de soufre et surplombant le feu de la terre. Le flux lavique s’écoule silencieusement à l’intérieur d’une galerie. Le brassage de ce torrent de feu, fait sortir des gaz acides et une chaleur rayonnante si importante que la voûte du tunnel fond en stalactites de lave. Je contemple cette stupéfiante démonstration d’énergie que m’offre la terre. Jacques jongle avec la caméra et l’appareil photos, il tente de figer ces moments intenses.

Fenêtre au dessus d'un tunnel de lave. (Photo : André Laurenti)
Fenêtre au dessus d’un tunnel de lave.
(Photo : André Laurenti)

Nous avons la sensation de déambuler sur la carapace épaisse et sombre d’un pachyderme imaginaire. Un peu plus bas, la lave sort de son tunnel. A la sortie, elle étale son tapis ardent épais et lisse. Quelques mètres plus loin, elle prend déjà un aspect plus visqueux et métallisé en surface. Elle perd aussitôt de la vitesse, puis se contorsionne pour former au milieu du chenal, une succession de bourrelets cordés, tandis que sur les bords l’écume se dépose et forme des grattons constitués de petits blocs irréguliers dont les arêtes deviendront coupantes une fois refroidies.
Quel spectacle saisissant, à notre grande joie nous observons cette fusion atteignant des températures avoisinant les 1050°.
Pippo et moi sortons des sacs le matériel pour réaliser les cendriers. Puis nous nous incarnons tous les quatre durant quelques heures, dans la peau de Lucifer.

Prélèvement de lave au pied du cratère Sud-Est. (Photo : André Laurenti)
Prélèvement de lave au pied du cratère Sud-Est.
(Photo : Luc Thomas)
Pippo a plus l'habitude que moi, sans trop de protection, il saisit la lave rapidement. (Photo : André Laurenti)
Pippo a plus l’habitude que moi, sans trop de protection, il saisit la lave rapidement.
(Photo : André Laurenti)
D'un geste rapide la longue fourche est plongée dans la lave pour en saisir une boule. (Photo : André Laurenti)
D’un geste rapide la longue fourche est plongée dans la lave pour en saisir une boule.
(Photo : André Laurenti)
La boule en fusion est aussitôt déposée dans un moule en fonte (Photo : André Laurenti)
La boule en fusion est aussitôt déposée dans un moule en fonte
(Photo : André Laurenti)
Puis à l'aide d'une pince et d'une bonne paire de gants, la matière est ensuite travaillée pour obtenir la forme souhaitée. (Photo : André Laurenti)
Puis à l’aide d’une pince et d’une bonne paire de gants, la matière est ensuite travaillée pour obtenir la forme souhaitée.
(Photo : André Laurenti)

 

Peu après la sortie, des laves cordées commencent à se former. (Photo : André Laurenti)
Peu après la sortie, des laves cordées commencent à se former.
(Photo : André Laurenti)

D’un geste rapide nous plongeons à tour de rôle une longue fourche dans la lave pour saisir un échantillon. Toute rougeoyante nous déposons la boule en fusion dans un moule, puis à l’aide d’une grosse pince et une bonne paire de gants, Pippo la travaille jusqu’à lui donner la forme souhaitée.
Quel délicieux privilège que de pouvoir saisir cette roche à peine sortie des entrailles de la terre. L’âge des couches géologiques s’évaluent presque toujours en million d’années et là, nous manipulons de la roche d’âge zéro, plus jeune que soit, c’est vraiment formidable.
Au dessus de nos têtes, la partie supérieure de la fracture qui déchire le cône Sud-Est, laisse s’échapper des volutes de vapeur et de gaz. L’Etna contemple avec fierté son œuvre spectaculaire qui fascine les hommes depuis la mythologie antique.

Formation de lave cordée. (Photo : André Laurenti)
Formation de lave cordée.
(Photo : André Laurenti)

Tout comme moi, ce soir Pippo semble heureux, je saisie dans son regard une satisfaction non dissimulée. Le baptême a été oh combien réussi, d’ailleurs il se propose de devenir mon parrain et comme il me le fait remarquer, c’est tout à fait normal pour un sicilien…
La nuit commence à tomber, il est 18h30, nous quittons à regret ce lieu si magique et si captivant. Tout en bas, en guise de bouquet final, la constellation des lumières de Catane semble le refléter les étoiles de la voûte céleste.

Sur le chemin du retour une étoile filante traverse soudain le ciel et m’invite aussitôt à formuler un vœu. Sans hésiter une seconde, le souhait se porte sur le fascinant spectacle qu’offre les fontaines de lave et que seuls quelques volcans possèdent la recette, elles marqueront j’espère le prochain rendez-vous avec le feu de la terre.