Java – Bali (Indonésie)

A la découverte des volcans gris – Juillet 2002

L’indonésien est le plus grand archipel au monde, il s’étale sur un arc de cercle de plus de 5 000 kilomètres entre la pointe nord de Sumatra à l’extrême Est d’Irian Jaya. Il comprend pas moins de 17 000 îles regroupant plus de 212 millions d’habitants, dont 115 millions se concentrent sur la seule île de Java soit 850 habitants au km2. Nulle part ailleurs qu’en Indonésie on ne trouve une plus grande densité de volcans. Ils sont très nombreux plus de 500 dont 128 sont toujours en activité. Ce volcanisme est la conséquence d’ une subduction expliquée par la convergence des plaques eurasiatique, indo-australienne et celle des Philippines. C’est le modèle d’un volcanisme gris dit de cordillère, particulièrement dangereux. Leur histoire est d’ailleurs jalonnée par de terribles catastrophes Pour ne citer que les plus importantes : l’éruption cataclysmale du Tambora en 1815 a provoqué la mort de 92 000 personnes, l’éruption du Krakatau en 1883 a provoqué l’explosion de l’île, générant un raz de marée dévastateur qui fit 36 000 morts. L’île de Java est véritablement la partie volcanique incontournable de l’archipel indonésien.

Après 17 h d’avion depuis Nice via Amsterdam et Kuala Lumpur en Malaisie, j’atterris enfin à Jakarta la capitale de l’Indonésie. Une véritable fourmilière de 9 M d’habitants.
En attendant l’arrivée des bagages, je fais la connaissance d’Odile et Yves, un couple de Grenoblois membre du Club Alpin. Pas question pour eux de rester à Jakarta, ils partent immédiatement en bus pour Bogor.
Il en est de même pour moi, je vais me diriger vers le volcan le plus proche. A peine sorti de l’aéroport, je prends le train pour la ville de Bandung, son altitude moyennement élevée offre une température beaucoup plus clémente que sur le littoral.

Le Papandayan

Au sud-est de Bandung se trouve un groupe de volcans dont le Galunggung qui a connu sa dernière éruption en 1982 et le Papandayan. Au petit matin un minibus volkswagen me conduit à Cisurupan situé au pied du Papandayan. Tout au long des 90 kilomètres qui séparent Bandung de Cisurupan, il est de coutume de rentabiliser au mieux le transport, alors le chauffeur racole et « entasse » les personnes récupérées tout au long du trajet. Nous atteindrons dans la souffrance des courbatures, le nombre de vingt cinq passagers à bord de ce bemo public, il est difficile même de voir défiler le paysage. Les déplacements dans ces conditions « extrême » sont certes pour nous européens inconfortables et inconscientes mais cela fait partie de la vie quotidienne locale et tout ce passe sans énervement, sans agressivité tout simplement dans cette bonne humeur qui caractérise en général les indonésiens et les indonésiennes.
Arrivée dans le petit village de Cisurupan, je change de moyen de locomotion, c’est sur une moto pétaradante que je ferai les dix derniers kilomètres restants jusqu’au départ du chemin pour le cratère Kawah Mas (cratère doré) du Papandayan.

Torrent fumant sortant du Papandayan. (Photo : André Laurenti)
Torrent fumant sortant du Papandayan.
(Photo : André Laurenti)
Je suis surpris de voir autant d'activité. (Photo : André Laurenti)
Je suis surpris par l’activité fumerollienne importante.
(Photo : André Laurenti)
L'intérieur de ce volcan est plutôt inquiétant. (Photo : André Laurenti)
L’intérieur de ce volcan est plutôt inquiétant.
(Photo : André Laurenti)


Le Papandayan (alt. 2 675 m) a une morphologie particulière, je suis surpris par l’activité fumerollienne très importante de ce volcan, avec des marmites de boue en ébullition, des vapeurs s’élèvent avec force de tous cotés. L’odeur de gaz y est insupportable, l’air est irrespirable, on sent le volcan vivre de toute part et cela a un peu quelque chose d’excitant. Autour de moi ça souffle, ça halète, ça siffle, des marmites de boue en ébullition sont concentrées dans son cratère ouvert vers l’est. L’état de ce volcan me rappelle des images d’un film de Maurice et Katia Krafft, les derniers instants d’un volcan prêt à entrer en éruption. Serai-je là, sur une véritable bombe à retardement ?

Le Papandayan. (Photo : André Laurenti)
Le cratère Kawah Mas qui veut dire cratère doré, porte bien son nom.
(Photo : André Laurenti)
De nombreux petits cratère fument un peu partout. (Photo : André Laurenti)
De nombreux petits évents fument un peu partout.
(Photo : André Laurenti)
Le soufre décore de nombreuses petites bouches. (Photo : André Laurenti)
Le soufre décore de nombreuses petites bouches.
(Photo : André Laurenti)

Sa dernière éruption remonte en 1772, une avalanche de débris détruisit une quarantaine de villages faisant prés de 3000 victimes. Au cours de cette éruption, le Papandayan a perdu une partie de son sommet. Au cours de cette violente éruption une quarantaine de villages furent détruits faisant près de trois mille victimes. Depuis la végétation a colonisé toute la partie sommitale, ce qui ne donne pas l’impression d’être au cœur d’un volcan actif. Un torrent d’eau soufrée traverse le cratère et prend par endroit des couleurs vertes et jaunes. L’activité du Papandayan est actuellement réduite, malgré tout il fait partie des volcans les plus dangereux de Java.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
De petites aiguilles de soufre décorent les roches. (Photo : André Laurenti)
De petites aiguilles de soufre décorent les roches.
(Photo : André Laurenti)

Quatre mois après ma visite, le Papandayan est entré en éruption. En effet, le 11 novembre 2002 exactement six bouches propulsèrent un panache imposant de cendres et de vapeurs jusqu’à 1000 m hauteur. Le 13 novembre entre 3 et 5000 personnes furent évacuées. L’éruption laissa dans la caldeira un paysage gris, désolé et sans vie. Mais, la zone géo-thermale, devenue méconnaissable, se rétablit petit à petit.

(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le masque est nécessaire dans cet enfer. (Photo : André Laurenti)
Le masque est nécessaire dans cet enfer acide.
(Photo : André Laurenti)


Je quitte l’entre du Papandayan, et redescendant à Cisurupan, juste en face, le Gunung Cikuray impose fièrement ses 2821 mètres.

Le Gunung Cikuray impose fièrement ces 2821 mètres. (Photo : André Laurenti)
Le Gunung Cikuray impose fièrement ses 2821 mètres.
(Photo : André Laurenti)

J’arrive à Pangandaran une délicieuse halte de farniente située sur la côte sud entre Bandung et Yogyakarta. Ce village de pêcheur est l’un des rares endroits de Java où l’on trouve de belles plages. Un décor tropical nacré, parfumé, dépourvu d’électricité, ce qui fait encore plus son charme. Une rencontre éphémère rend encore plus sublime ce lieu de rêve savourant le temps d’une nuit, la douceur javanaise. Fugitive beauté sous cette nuit étoilée, j’en garderai à jamais la mémoire.

Il est difficile de s’arracher à ces moments si voluptueux, je reprends la route le cœur chiffonné, la tête vers un ailleurs. J’arrive malgré tout à trouver mon chemin qui me conduit au bout de plusieurs heures à Yogyakarta. Je retrouve Jean-Bernard mon fidèle équipier d’aventure. Nous avions réalisé en 1985 un périple de quatre mois à vélo dans la Cordillère des Andes.
Yogyakarta, est la véritable capitale politique et morale du pays, elle est connue aussi pour son marcher aux oiseaux. Dans ses rues je découvre la civilisation du becak, un cyclo pousse actionné par un conducteur haut perché sur sa selle. Ce véhicule à trois roues, a une caisse assez basse et des garde boue généralement décorés de scènes kitsch. On en compte ici plus de 12 000 sillonnant les rues de Yogya.
Cette ville est aussi le meilleur endroit pour les achats de batik. Le tissu est lavé pour ôter l’amidon puis on procède à un bain de couleurs dans le teint le plus clair. Ensuite, les parties qui devront rester de cette couleur sont recouvertes de cire par points de sorte qu’elle s’étende absorbée par le tissu. L’opération se répète teint par teint graduellement plus foncés jusqu’à la coloration du dessin entier, un travail de patience et de minutie.

Le Merapi

Ce soir nous irons dormir à la belle étoile sur le flanc du volcan Merapi, mais avant nous faisons un petit crocher à l’observatoire de Yogya.
Considéré comme l’un des volcans les plus dangereux au monde, le Mérapi qui signifie « rouge feu » dresse fièrement ses 2 911 m d’altitude à 30 km seulement de Yogyakarta. 1.3 million d’habitants vivent au pied, prêts à défier les tempêtes du volcan. Les villages et les terres de culture couvrent les pentes jusqu’à 1 500 m. Au delà le gouvernement a décrété une zone interdite. Les produits des volcans permettent l’incroyable fertilité des sols, à Java et Bali, deux récoltes de riz peuvent avoir lieu dans la même année. On raconte même qu’il suffit de planter un bâton dans la terre pour que des feuilles poussent ! Ainsi, cette population a appris a cohabiter avec le monstre de feu dans le calme et la sérénité. Le volcan est certes généreux, mais quelques fois il emporte des vies. Les dernières éruptions meurtrières datent de 1930 – 1931, faisant 1 400 victimes, celle aussi de 1954, qui fit 54 victimes et enfin celle de 2010 qui provoqua la mort de 350 personnes et fit 150 blessés.

Eruption année 2006. (Photo : Atun Borguetou)
Le volcan Mérapi
(Photo année 2006 : Atun Borguetou)


C’est un énorme dôme d’éboulis dans un cratère égueulé, qui ne cesse de gonfler sous l’action de la pression. Ses éruptions se caractérisent par des nuées ardentes « awan panas » en indonésien et qui veut dire nuage chaux. A ce volcan andésitique, le risque associé aux lahars (coulée de boue qui se forment lorsque des pluies abondantes tombent sur les dépôts de cendres), constitue une seconde menace naturelle importante pour les populations.

Eruption année 2006 (Photo : Atun Borguetou)
Eruption année 2006
(Photo : Atun Borguetou)

Le Volcanological Survey of indonesia (V.S.I.), établi en 1920 et chargé de la surveillance des volcans indonésiens, a toujours étudié le Merapi d’une façon prioritaire. Dès 1924, un séismographe y fut installé, puis un observatoire complet fut établi à Yogyakarta en 1952. Depuis 1985, il est appelé Merapi Volcano Observatory (M.V.O.) et a été renommé Volcanology Technical Research Center (V.T.R.C.) en décembre 1997. Les diverses collaborations internationales (France, USA, Japon, Allemagne,…) ont fait du Merapi l’un des volcans le mieux surveillé au monde.

Les nuées ardentes constituent un risque volcanique majeur. (Photo : André Laurenti)
Les nuées ardentes constituent un risque volcanique majeur.
(Photo : André Laurenti)

Jean-Bernard, sa belle famille et moi même, montons passer la nuit à la belle étoile au dessus de l’observatoire de Babadan.

L'observatoire de Babadan situé sur les flancs du volcan. (Photo : André Laurenti)
L’observatoire de Babadan situé sur les flancs du volcan.
(Photo : André Laurenti)

Les avalanches de blocs incandescents ne sont pas très importantes. Pour réaliser cette photo j’ai dû laisser l’appareil en pose durant une bonne partie de la nuit. Au petit matin je n’avais plus de pile.

Des avalanches de blocs incandescents se produisent régulièrement. (Photo : André Laurenti)
Des avalanches de blocs incandescents se produisent régulièrement.
(Photo : André Laurenti)

En redescendant nous traversons des forêts de bambous de taille impressionnante. Au loin, face au Merapi, le Sumbing et le Sundoro dressent leur cône imposant.

En face du Merapi se dressent les volcans Sumbing et Sundoro. (Photo : André Laurenti)
En face du Merapi se dressent les volcans Sumbing et Sundoro.
(Photo : André Laurenti)

A l’ombre des volcans s’est épanouie une longue histoire et une culture florissante symbolisée ici par le temple bouddhique de Borobodur. Non loin de Yogyakarta, cet admirable édifice construit en pierre volcanique a été recouvert de cendres lors de la formidable éruption du Merapi en 1006. Ce joyau du patrimoine mondial, illustre les 10 degrés de transmutation humaine nécessaire pour passer de la réalité au Nirvana.

Nous quittons Yogyakarta pour Madium, la ville natale d’Atun la compagne de Jean-Bernard. La famille d’Atun habite à la campagne légèrement à l’écart de la ville et il est agréable de se balader dans les rizières toute proches.
Nous quittons Madium au petit matin et arrivons au village de Ranopani (2 200m) dans le courant de l’après midi. C’est d’ici que partent les ascensions pour le volcan Semeru, le point culminant de l’île de Java avec ses 3 676 m.

Voir le récit sur l’ascension du Semeru

Nous arrivons le soir fatigués de ces deux journées éreintantes, mais satisfait de cette belle ascension. La nuit fut réparatrice, si Jean-Bernard nous quitte, Odile, Yves et moi même poursuivons l’aventure à pied vers d’autres volcans. Nous retrouvons nos porteurs pour effectuer cette fois la liaison Ranopani, Cemoro Lawang en traversant l’immense caldeira du Tengger. Nous quittons les campagnes luxuriantes de Ranopani pour descendre dans la caldeira du Tengger grande par ses 11 km de diamètre et ses sept volcans.

Nous descendons dans l'immense caldeira de Tengger. (Photo : André Laurenti)
Nous descendons dans l’immense caldeira de Tengger.
(Photo : André Laurenti)
Le desert de sable volcanique de la caldeira de Tengger. (Photo : André Laurenti)
Le paysage lunaire de la caldeira de Tengger.
(Photo : André Laurenti)

La traversée du désert de sable volcanique ne représente pas vraiment de difficulté, seule la montée finale vers le village de Cemoro Lawang se fait un peu ressentir après l’ascension de la veille. Cette localité située sur le bord de l’immense caldeira est sans aucun doute le meilleur emplacement tout près des volcans.

La Batok à droite et le Bromo à gauche. (Photo : André Laurenti)
La Batok à droite et le Bromo à gauche.
(Photo : André Laurenti)

A 3h15 du matin c’est le réveil général, nous partons à 4h assister au lever du soleil depuis le mont Penanjakan à 2 702 m d’altitude. Le paysage apparaît par petites touches successives avec en toile de fond le Semeru que nous avons gravi. La caldeira de Tengger est parmi la plus belle au monde, seul un poète pourrait décrire cet enchantement. Au premier plan, le volcan Batok strié de profondes ravines à l’aspect d’un flanc renversé, à côté de ce gateau le cratère fumant du Bromo et tout au loin le Semeru.

Seul un poete pourrait en décrire cet enchantement. (Photo : André Laurenti)
Seul un poète pourrait en décrire cet enchantement.
(Photo : André Laurenti)
Au loin le Semeru nous lance un dernier signe. (Photo : André Laurenti)
Au loin le Semeru nous lance un dernier signe.
(Photo : André Laurenti)

Le Bromo (alt. 2 329 m) incarne le dieu Brahma, il est vénéré par le peuple hindouiste Tengger qui vit dans cette région montagneuse reculée. Chaque année la cérémonie du Kesada consiste à faire des offrandes au volcan. Deux cent cinquante marches sont à gravir pour atteindre le bord de son cratère. Ses colères, peu fréquentes peuvent faire des victimes, le 6 juin 2004 une éruption phréatique imprévisible a provoqué la mort de trois touristes et fait 7 blessés. Son cratère laisse échapper le panache blanc d’une activité fumerollienne permanente.

Le cône raviné du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le cône raviné du Bromo.
(Photo : André Laurenti)
Du haut des 250 marches on distingue le temple. (Photo : André Laurenti)
Du haut des 250 marches on distingue tout au fond le temple hindou.
(Photo : André Laurenti)
Le cratère du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le cratère du Bromo avec en tout arrière plan le flanc renversé du Batok.
(Photo : André Laurenti)
La bouche est (Photo : André Laurenti)
Le Bromo maquille sa bouche de soufre
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Le Batok depuis le cratère du Bromo. (Photo : André Laurenti)
Le Batok depuis le cratère du Bromo.
(Photo : André Laurenti)
Le temple hindou au pied du Batok. (Photo : André Laurenti)
Le temple hindou au pied du Batok.
(Photo : André Laurenti)

Nous partons le lendemain un peu plus vers l’est, plus exactement à Paltuding au pied du volcan Kawah Idjen. Les ascensions se succèdent, réveil à 4h pour un départ à 5h. A la lueur des frontale nous partons pour ce volcan qui culmine à 2 600 m d’altitude. Le sentier s’enfonce parmi de hautes herbes sèches et, après quelques kilomètres, attaque enfin les pentes du volcan. La poussière brune est désormais mouchetée de cailloux jaunes qui nous indiquent la route à suivre car c’est du soufre pur. Tout à coup, parmi la végétation devenue luxuriante, le bruit grandissant de crissements saccadés nous parvient et, au détour d’un virage, j’aperçois un Indonésien descendre rapidement le sentier en trottinant. Il porte sur ses épaules une palanche dont les deux paniers en bambou tressé plient sous le poids des blocs de soufre qu’ils contiennent et émettent ce bruit caractéristique. Le porteur disparaît bientôt, tout aussi promptement qu’il était apparu. Plus haut, un autre homme s’accorde un moment de repos, assis sur un rocher il fume une kretek, ces fameuses cigarettes parfumées au clou de girofle qui leur donne cette saveur inimitable. Torse nu, le pantalon en lambeaux brûlé par les gaz volcaniques, l’homme, maigrichon et de petite taille, ne parait pas fait pour ce travail pénible de mineur. Je ne parviens même pas à soupeser la palanche qu’il transporte… Des années de dur labeur lui ont complètement déformé les épaules. Le sentier devient plus raide et glissant. Bientôt, le vieil observatoire volcanologique du Kawah Idjen apparaît et, derrière lui, quelques baraques en bois. Nous atteignons sans encombre les bords du cratère, la végétation est brûlée par les gaz acides.

Sur le bord du cratère, la végétation est brulée par les gaz. (Photo : André Laurenti)
Sur le bord du cratère, la végétation est brulée par les gaz acides.
(Photo : André Laurenti)

Devant nous, un paysage surréaliste, le plus grand réservoir d’acide sulfurique et chlorhydriques au monde. Kawah Idjen signifie cratère vert, il a comme dimensions 700 m de long par 600, une profondeur de 200 m soit un volume de 36 millions de m3 d’acide. Nous descendons parmi des amas de blocs saupoudrés de poussières sulfureuses. L’odeur piquante et irritante du dioxyde de soufre nous assaille de plus en plus.

Le lac acide (Photo : André Laurenti)
Le plus grand réservoir d’acide sulfurique.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)


Deux navigations en canot pneumatique ont été effectuées les 7 et 10 décembre 1998 par le volcanologue Jacques-Marie Bardintzeff et Nicolas Hulot. Les mesures effectuées dans cette soupe de satan ont donné une température de 24,6 à 24,9 pour un pH de 0.45.

L'air est irrespirable. (Photo : André Laurenti)
La solfatare libère du dioxyde de soufre en abondance.
(Photo : André Laurenti)
Le lac. (Photo : André Laurenti)
Depuis 1968 des hommes exploitent le soufre.
(Photo : André Laurenti)
Exploitation du soufre (Photo : André Laurenti)
Ces tubes permettent de canaliser le soufre liquide.
(Photo : André Laurenti)
Les exploitants opèrent sans protection. (Photo : André Laurenti)
Les exploitants opèrent sans protection.
(Photo : André Laurenti)


Une solfatare manifeste une importante activité sur le bord sud du lac. Elle libère du dioxyde de soufre en abondance. Depuis 1968, une mine y a été ouverte. Un ingénieux système de tuyaux de 10m de long et de 50cm de diamètre, permet de canaliser le soufre liquide orange qui cristallise en masse jaune citron. Débité en grandes plaques, le soufre est alors porté à dos d’hommes. 200 forçats du soufre transportent des charges de 70 à 90 kg dans des paniers jusqu’à la pesé situé à 4 km de là, et cela tout en dénivelée. Ainsi, de cette manière 5 à 6 tonnes de soufre sont extraites chaque jour.

Les paniers peuvent atteindre 80 kg (Photo : André Laurenti)
Les paniers peuvent atteindre 70 à 90 kg
(Photo : André Laurenti)
La pesé située à environ 4 km du lieu d'extraction. (Photo : André Laurenti)
La pesé située à environ 4 km du lieu d’extraction.
(Photo : André Laurenti)
L'attente avant de connaitre le poids transporté. (Photo : André Laurenti)
L’attente avant de connaître le poids transporté.
(Photo : André Laurenti)
Un camion transportera le soufre à l'usine de traitement. (Photo : André Laurenti)
Un camion transportera le soufre à l’usine de traitement.
(Photo : André Laurenti)

Dans l’après midi, nous descendons dans la benne d’un camion au port de Banyuwangi point de passage pour atteindre celui de Gilimanuk sur l’île de Bali. Nous traversons sur un ferry vétuste le mince détroit de Bali. Sur Bali notre route se sépare, Odile et Yves poursuivront leur voyage plus à l’est.

Quant à moi, les vacances s’achèvent, j’en profite avant le retour en France de faire en solo l’ascension du Batur à 1 717 m. Il y a bien sûr plus haut avec le volcan Agung le plus élevé de Bali, pointant à plus de 3 000 m, mais je ne me sens pas de tenter l’aventure. Je me contente donc du Batur et de ses paysages. Il s’agit d’un complexe de cratères inscrits à l’intérieur de deux caldeiras, la première formée il y a 20 000 ans et la seconde il y a 50 000 ans. Le site renferme d’anciennes coulées de lave, un lac, et les traces des dernières éruptions de juillet 1999 et février 2000.

La caldeira du Batur est occupé par un lac. (Photo : André Laurenti)
La caldeira du Batur est occupé par un lac.
(Photo : André Laurenti)

Le Batur est d’escalade très facile. Le sol est chaud par endroit, et les fumerolles nombreuses. J’atteins le sommet au levé du soleil. Les singes profitent des premiers rayons de soleil pour se réchauffer. Au sud-est le mont Agung 3 142 m apparaît juste derrière le mont Abang.

Le levé du soleil tout en haut du Batur. (Photo : André Laurenti)
Le levé du soleil tout en haut du Batur.
(Photo : André Laurenti)
Le gunung Agou. (Photo : André Laurenti)
Le mont Agung 3 142 m en arrière masqué par le mont Abang.
(Photo : André Laurenti)
Sur les flancs du volcan. (Photo : André Laurenti)
Sur les flancs du volcan.
(Photo : André Laurenti)
Les cratères du Batur. (Photo : André Laurenti)
Les cratères du Batur.
(Photo : André Laurenti)
Le Batur le dernier volcan de ce voyage. (Photo : André Laurenti)
Le Batur le dernier volcan de ce voyage.
(Photo : André Laurenti)

Bali est l’île bénie des dieux, elle respire encore le charme et la beauté face à l’invasion touristique, ainsi les balinais conservent leur calme et leurs coutumes. Quel plaisir de voir, au petit matin, hommes et femmes déposer leurs offrandes devant leur demeure et décorer de fleurs les marches des habitations. Après ses nombreuses ascensions, il est temps de savourer la douceur des rizières verdoyantes, celles-ci dessinent de jolies courbes où danse la lumière.

Les balinais ont un calendrier de fêtes très chargé, dont certaines sont dédiées aux volcans. Ces montagnes incarnent les forces du bien, les forces de la vie, ils sont aussi à l’origine du monde. A l’opposé, la mer est le domaine des forces du mal, des ancêtres et de la mort. A Kuta une cérémonie anime la ville. Le gamelan, orchestre de gongs, cymbales et tambours, accompagne la procession. Tous ont revêtu leur tenue de cérémonie sarung brun foncé ou noir, chemise noire ou veste blanche pour certains turban noir ou jaune, ceinture sacrée jaune. En cette occasion, un agneau sera sacrifié sur l’océan indien à l’abri des regards.

Ainsi s’achève ce tout premier voyage en Indonésie, sur cette plage de Kuta très fréquentée par les surfeurs australiens, Kuta qui fut tristement célèbre trois mois plus tard, par le double attentat le 12 octobre 2002.

Semeru (Java – Indonésie)

L’ascension du Semeru (3 676 m)

Le Semeru est un strato-volcan qui se situe dans la partie orientale de Java. Il représente le point culminant de cette île mais aussi l’un des volcans des plus actifs et des plus dangereux d’Indonésie. Il se distingue par sa forme conique quasi-parfaite et se caractérise par son activité strombolienne avec une explosion environ toutes les vingt minutes. Son ascension est considérée comme une classique de l’alpinisme.

Je rejoints à Yogyakarta Jean-Bernard, un équipier d’expédition de longue date, qui termine sa troisième année sabbatique à Java. En compagnie d’Atun son épouse Indonésienne, ils ont tous les deux profité de cette coupure pour élever leurs enfants à la campagne plus exactement à Madium, là où habitent les parents d’Atun. Au moment des préparatifs, je retrouve par hasard dans la rue, juste devant l’appartement de Jean-Bernard, Odile et Yves un couple que j’ai rencontré quelques jours auparavant à l’aéroport de Jakarta. Ils sont tous les deux membres du Club Alpin Français (C.A.F.) à Grenoble et sont très intéressés par l’ascension du Semeru. Widodo un jeune voisin indonésien souhaiterait également se joindre à notre groupe. A bord de la voiture de Jean-Bernard, nous quittons tous ensemble Yogyakarta pour faire étape chez les parents d’Atun à Madium. Situé au milieu des rizières, le site est agréable et reposant.

Nous laissons au petit matin Madium et nous arrivons au village de Ranopani (2 200 m) dans le courant de l’après midi. C’est d’ici que partent les ascensions pour le volcan Semeru, le point culminant de l’île de Java avec ses 3 676 m.
Nous trouvons un logement chez Tasrip, l’unique auberge rustique du village. Nous occupons notre temps à la préparation des sacs et des affaires et à glaner des informations sur l’activité du volcan. Tasrip nous dit que le Semeru est un volcan français car il est visité majoritairement par des randonneurs de ce pays.
Nous recrutons quatre porteurs qui nous acheminerons le matériel jusqu’au camp de base à plus de 3 000 m.
Avec Jean-Bernard, nous rendons visite au prêtre protestant du village. Il nous reçoit en compagnie de sa femme dans sa confortable maison. Puis peu après, un groupe de français revient du sommet. Il loge également chez Tasrip. Nous dînons tous ensemble et c’est aussi l’occasion de récolter un peu plus d’informations. La soirée se termine par la danse du cheval ou les acteurs entrent en trance en se réincarnant. A l’aide de décoction à base de plantes, les danseurs peuvent devenir incontrôlables.

Aux premières heures de la matinée lorsque le ciel est parfaitement dégagé, je me rends sur les berges silencieuses du petit lac de Ranopani situé à l’entrée du village. C’est l’unique endroit où le cône parfait du Semeru se dévoile. Au dessus des futés encore plongées dans l’ombre du matin, le sommet est depuis un moment, inondé de lumière. De là, le Semeru semble proche, très proche et pourtant il faudra toute une journée de marche pour arriver à son pied. Soudain, un champignon blanc s’élève depuis le cratère, le panache aussitôt déformé est emporté vers l’ouest par les vents d’altitude avant de s’estomper dans l’atmosphère.

Depuis le village de Ranopani, le géant de Java produit des explosions environ toutes les 20 mn. (Photo : André Laurenti)
Depuis le village de Ranopani, le géant de Java produit des explosions environ toutes les 20 mn.
(Photo : André Laurenti)

Le départ vers le Semeru reste au village un événement, comme lorsqu’une expédition part pour l’ascension d’un sommet difficile et dangereux. Quelque fois on n’en revient pas.Il n’y a pourtant pas de difficultés techniques mais il s’agit d’un volcan actif et un volcan demeure imprévisible.Le risque est donc bien réel.
Tasrip, sa femme, le prêtre et sa compagne, ainsi que quelques habitants sont là pour saluer le départ. Malgré l’isolement, ce peuple paisible a le sourire presque éternellement accroché au visage. Il a la mentalité dure et tendre des gens de montagne.D’abord discrets et observateurs, ils vous adoptent, puis vous apportent une confiance touchante. Au moment de partir, un léger frisson me traverse le dos comme si le volcan allait nous garder.
Nous passons au poste de contrôle du village signaler notre départ et signer le registre. La liste est longue et confirme ce que nous a dit Tasrip. Beaucoup de français viennent effectivement faire cette ascension. Mais nous ne serons pas les seuls, car en cette période de vacances scolaires les étudiants indonésiens en profitent pour faire des excursions. C’est d’ailleurs un plaisir de voir autant de jeunes faire de la randonnée. Moins bien équipés et entraînés, ils n’arriveront pas tous au sommet, mais l’essentiel n’est-il pas de se retrouver le soir au bivouac autour d’un bon feu de camp.

Le sentier commence par traverser en direction du sud-ouest, une campagne généreuse avec des choux, des poireaux et des oignons dopés à la cendre fertilisante du volcan sacré.
Puis, nous atteignons très vite le monde souverain d’une forêt humide exubérante avec ses fougères arborescentes, des arbres de haute futait. Au bout d’une dizaine de kilomètres, nous descendons légèrement vers le lac de Rano Kumbolo (2 400 m), un lieu paisible qui invite à se ressourcer.Nous marquons une pause délicieuse au bord de l’eau. Il était temps de reprendre des forces car la suite se complique avec le passage d’un col. La montée est longue et se fait tout en sous bois. Nous basculons ensuite vers une grande clairière envahie d’herbes hautes. Plus loin à 18 km du lac environ, nous atteignons la dernière clairière située au pied du volcan. Arcopodo, c’est là où viennent s’installer de nombreux randonneurs. Nous décidons de poursuivre jusqu’à la limite de la forêt. La pente à travers le sous bois est raide et par endroit ,on utilise les racines des arbres mises à nu par les pluies, pour se hisser.

L'ascension du Semeru se fait en deux jours. (Photo : André Laurenti)
L’ascension du Semeru se fait en deux jours.
(Photo : André Laurenti)

Nous arrivons enfin sur un petit replat à plus de 3 000 m d’altitude, que nous investissons rapidement pour en faire notre camp. Vingt mètres plus haut, la végétation s’arrête brutalement. Un autre univers commence sans vie, celui de la cendre. La fraîcheur commence à nous saisir et les porteurs ne sont pas encore arrivés.

Le campement est installé à la limite de la forêt et des pentes désertiques du volcan. (Photo : André Laurenti)
Le campement est installé à la limite de la forêt et des pentes désertiques du volcan.
(Photo : André Laurenti)

La nuit a été courte. A 2 heures du matin, nous déjeunons et commençons l’ascension. Widodo, le collègue indonésien qui est venu de Yogyakarta pour faire l’ascension ne se sent pas de monter et préfère rester dormir au campement avec les porteurs.
La pente est raide et le sol instable.Nous avançons au rythme de deux pas en avant un pas en arrière. Très vite, je m’essouffle. J’avance à petits pas serrés en zigzagant entre les ravines qui lacèrent partout les flancs du cône. Je m’arrête un instant, puis repart, et aussitôt j’entends mon pouls battre dans les tympans. A l’aide d’un bâton, je cherche à taton les sols de meilleure portance sans trop perdre de vue les quelques jalons qui indiquent le passage théorique. Je suis la lueur des frontales de mes camarades qui s’éloignent de plus en plus de moi. Cette ascension me semble interminable et inhumaine. Petit à petit, le jour commence à poindre à l’horizon. Le sommet est à présent plus loin, je tiens le bon cap. Enfin, je rejoins Odile, Yves et Jean-Bernard devant le drapeau qui matérialise le final. Ils ont déjà vu une explosion et quelques incandescences.

Le sommet du Semeru est à 3 670 m d'altitude. (Photo : André Laurenti)
Le sommet du Semeru est à 3 670 m d’altitude.
(Photo : André Laurenti)

Tout autour, le décor est monochrome constellé de matériaux projetés par le volcan. La pente s’infléchit en direction du cratère actif. Une arête souligne l’ancien cratère, séparée du nouveau seulement par une petite combe. Un vent balaie sans relâche le sommet, le froid se fait vif, mais le soleil ne tarde pas à réchauffer l’atmosphère de ses rayons généreux.

On distingue à gauche le petit panache du volcan Bromo. (Photo : André Laurenti)
On distingue à gauche le petit panache du volcan Bromo.
(Photo : André Laurenti)
L'ombre de la forme caractéristique des volcans gris. (Photo : André Laurenti)
L’ombre de la silhouette caractéristique des volcans gris.
(Photo : André Laurenti)
Le bord de l'ancien cratère. (Photo : André Laurenti)
Le bord de l’ancien cratère.
(Photo : André Laurenti)

Soudain, un bruit sourd retentit. Un panache gris de cendres apparaît et s’élève en bourgeonnant et en se décuplant au dessus de nos têtes. Quelques projections atteignent l’extérieur des lèvres du cratère. Par prudence, nous attendrons d’autres explosions avant d’approcher davantage.

Un champignon de cendres s'élève dans le ciel. (Photo : André Laurenti)
Un champignon de cendres s’élève dans le ciel.
(Photo : André Laurenti)
Situé en contrebas, le cratère n'est pas visible et il est bien trop dangereux d'en approcher. (Photo : André Laurenti)
Situé en contrebas, le cratère n’est pas visible et il est bien trop dangereux d’en approcher.
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
(Photo : André Laurenti)
Des projections atteignent la combe séparant le nouveau de l'ancien cratère. (Photo : André Laurenti)
Des projections atteignent la combe séparant le nouveau de l’ancien cratère.
(Photo : André Laurenti)
On ne peut pas aller au delà en raison des projections. (Photo : André Laurenti)
On ne peut pas aller au delà en raison des projections.
(Photo : André Laurenti)

Je savoure cette victoire personnelle comme une belle revanche sur une santé défaillante. Il règne un silence de cathédrale interrompu tout les quarts d’heure par le bruit sourd des explosions. A présent, un mélange de joie et d’apaisement m’envahit ; j’ai le sentiment d’avoir rempli une mission. Je reste immobile scrutant l’horizon. Au loin, on devine le volcan Bromo avec ses volutes de vapeur. Tout en bas, une mer de nuages dévore progressivement la forêt jusqu’au pied du volcan, laissant émerger comme des îles, le haut des collines.
Nous restons quelques heures avant de redescendre au campement et de retourner dans la journée à Ranopani. Nous arrivons le soir fatigués de ces deux journées éreintantes mais satisfaits de cette si belle randonnée.