Crater Lake, métamorphose des Cascades

Partis de San Francisco le mercredi 13 juillet 2016 en direction du Nord, et une étape à Klamath Falls après avoir avalé plus de 500 km de route, nous atteignons les premiers volcans de la chaîne des Cascades.
Cette chaîne longue de 1 100 km comprend treize volcans sur le territoire des Etats Unis. Dans leur écrin de verdure, ils paraissant paisibles et endormis pour toujours. Cependant, leur réveil peut être dévastateur avec une tendance « suicidaire », à se détruire pour quelque fois, mieux se reconstruire.
Au cours de ce stage de géologie, nous ne visiterons pas complètement tout ce petit monde d’agités, en effet, en deux jours, c’est vraiment une mission impossible. Il faudrait pour cela y consacrer beaucoup plus de temps et ce sera pourquoi pas, l’occasion d’y revenir un jour ?

Le mont Shasta, un géant de la chaîne

Le premier candidat sera le mont Shasta, un stratovolcan pointant son sommet à 4 317 m d’altitude et déjà aperçu deux jours auparavant, au travers des hublots de l’avion en approche de San Franscisco. Il représente le deuxième plus haut sommet des Cascades et  sa dernière éruption remonte à 1786. Son histoire est marqué par la destruction d’un ancien cône, à l’origine d’une gigantesque avalanche de débris qui a mis en mouvement quelques 45 km3 de matériaux. Au pied, le relief fait de petites collines, est essentiellement constitué par les dépôts provenant de cette avalanche de débris. Une caractéristique du site originale appelée « hummocks », et que l’on observe aussi sur les flancs du Saint Helens.
Sur son flanc Ouest, le Shastina est un cône dominant, correspondant à un dédoublement du volcan.

Volcan Shasta le deuxième plus haut sommet de la chaîne des Cascades
(Photo : André Laurenti)
Volcan Shasta en arrière plan et le Shastina à gauche
(Photo : André Laurenti)
Le relief de petites collines sur ses flans correspond aux dépôts d’avalanches de débris
(Photo : André Laurenti)

Parc national de Crater Lake

Plus loin, un autre site volcanique particulier attire notre attention et fait l’objet d’une visite prolongée. Il s’agit de « Crater Lake », un lieu remarquable situé à 2 100 m d’altitude. Tout autour de cette caldeira, une route permet d’accéder à plusieurs points d’observation et avoir des vues différentes sur ce site magnifique. A chaque arrêt, nous sommes envahis par des nués de mouches ressemblant étrangement à des moustiques, mais ça ne piquent pas.

Crater Lake fait parti de l’arc volcanique actif des Cascades
(Photo : André Laurenti)


Ce volcan s’inscrit dans le parc national de Crater Lake (645 km2) créé en 1902 et situé au Sud-Ouest de l’état de l’Oregon. Comme le Shasta, il fait partie de l’arc volcanique actif des Cascades, allant du Nord de la Californie à la Colombie-Britannique.
Cet alignement est la conséquence de la collision de deux plaques tectoniques, celle de Juan de Fuca s’enfonçant sous la plaque continentale Nord-américaine.  La croûte dense océanique plonge profondément à l’intérieur de la terre, sous le continent, générant des températures et des pressions élevées qui font fondre partiellement la roche solide sous-jacente et construisant en surface tout un chapelet de volcans.

Une caldeira de 8 à 10 km de diamètre
(Photo : André Laurenti)


Cette chaîne des Cascades représente une infime partie de l’immense complexe volcanique s’étendant tout autour du Pacifique appelé ceinture de feu. Les premiers volcans des Cascades apparaissent il y a environ 36 Ma. Mais les grands actuels sont plus récents et ont commencer à se former il y a moins de 2 Ma. C
e processus se poursuit encore de nos jours avec des volcans emblématiques qui se sont illustrés au cours du siècle dernier, comme le Lassen Peak (1914 – 1919) et le célèbre mont Saint Helens, marqué par son éruption catastrophique du 18 mai 1980.

Un paysage formé il y a moins de 7000 ans
(Photo : André Laurenti)

Comment un volcan est devenu un lac ?

En cette journée du 14 juillet, nous ne verrons certes pas de feux d’artifices, mais nous travaillerons l’imaginaire pour tenter de se représenter ce que fut cette éruption cataclysmale. Pour aider à cela, nous écoutons religieusement les explications d’Alain, détaillant les différentes phases de cette colossale éruption à l’origine du paysage actuel. On a du mal à imaginer la puissance du phénomène, l’énergie déployée pour en venir à un tel résultat. Une éruption brève dans le temps d’un effet continue, mais que fera-t-il demain ?
Il y a environ  400 à 500 000 ans, les éruptions répétées au cours de sa vie de volcan, ont édifié progressivement le mont Mazama. L’altitude de ce stratovolcan  a été estimée entre 3 500 et 3 600 m.
Couche après couche, les coulées de lave et les projections se sont accumulées. Cet empilement sera aussi façonnés par les différentes périodes glacières.
La plus violente éruption, celle qui est à l’origine du paysage actuel, s’est produite il y a moins de 7 000 ans (6 845 ans). Cette éruption a été précédée d’événements précurseurs. En effet, quatre dômes disposés en demi cercle ont commencé a se mettre en place moins de 200 ans avant le cataclysme.  Lors d’une première phase, un évent central a propulsé vers le ciel d’énormes colonnes pliniennes répandant de grandes quantités de ponce et de cendres à des centaines de kilomètres, au Wyoming, au Nevada et en Colombie-Britanique. Puis, après un élargissement de la cheminée, mise en place d’ignimbrites. En fin de première phase, un premier effondrement de la caldeira survient. En deuxième phase, des évents multiples le long d’une faille bordière émettent des ignimbrites d’un volume estimé à 20 km3 qui s’ajoutent au 30 km3 en première phase. La violence de l’éruption vide progressivement la chambre magmatique, créant un énorme vide sous l’édifice. Les parois du réservoir ne pouvant plus supporter le poids du volcan, celles-ci s’affaissent petit à petit. Au final, l’éruption s’est clôturée par un nouvel effondrement atteignant plus de 1000 m d’ampleur totale, modifiant totalement le paysage en formant cette profonde caldeira.

Avec ses 594 m de profondeur, Crater Lake est parmi les lacs les plus profond des Etas Unis
(Photo : André Laurenti)

Cette éruption, 42 fois plus puissante que celle du Saint Helens en 1980, aurait atteint l’Indice d’Explosivité volcanique (V.E.I.) de 6 sur une échelle de 8, de quoi provoquer des perturbations climatiques.
Des siècles de pluie et de neige ont ensuite fini par remplir cette dépression fermée de 8 à 10 km de diamètre, créant le lac actuel d’une profondeur maximale de 594 m, faisant de Crater Lake, l’un des lacs le plus profond des Etats Unis.

Une éruption 42 fois plus puissante que le Saint Helens en 1980
(Photo : André Laurenti)

Crater Lake, l’île du Sorcier

A l’Ouest du lac figure une petite île dénommée Wizard Island, l’île du Sorcier, dotée d’un petit cratère à 2116 m d’altitude, 234 m au dessus du plan d’eau qui se trouve à 1882 m. Depuis l’éruption majeure, le volcanisme post-caldeira peu important, s’est limité à ce modeste cône andésitique, formé il y a environ 6 000 ans.
Plus à l’Ouest (à droite photo ci-dessous), entre l’île et la paroi de la caldeira, dans la zone appelée « Fumerole Bay », une activité hydrothermale rappelle que le volcan n’est pas vraiment éteint.
Au Nord du lac un autre cône appelé Merriam, n’est pas visible, car il est située à moins 148 m du plan d’eau.

L’île au Sorcier avec son petit cratère sommital situé à 234 m du plan d’eau
(Photo : André Laurenti)

Pinnacles Overlook

La route « Pinnacles Road » longeant le canyon Sand Creek, permet de voir les dépôts de ponce sous forme surprenante d’aiguilles. Lors de leur mise en place les couches de ponce en refroidissant ont libéré des vapeurs et des gaz au travers d’évents qui sous l’action chimique et la chaleur, cimentèrent et soudèrent les conduits. L’érosion faisant disparaître les parties tendres non consolidées, elle laisse à nos yeux ces aiguilles plus résistantes. Dans ce canyon, on distingue nettement les formations de ponces de couleur claire surmontées de cendres fines plus sombres d’une épaisseur de trois mètres.

Une caractéristique géologique avec cette formation ponceuse en aiguille
(Photo : André Laurenti)
A droite on distingue bien la couche claire de ponce et les cendres grises au dessus
(Photos : André Laurenti)

Des témoins de la grande éruption

Les traditions orales des tribus locales sont très proches des détails géologiques connus de l’éruption, ce qui laisse supposer que les peuplades anciennes ont été témoins de l’événement. Après l’éruption, la région est devenue un site rituel important avec des cérémonies.  Des activités privées existent encore aujourd’hui, comme elles le sont depuis des générations.
A l’occasion de fouilles, des archéologues ont découvert sous une couche de cendres du mont Mazama, 75 sandales dans une grotte près de Fort Rock, en Oregon. Cette découverte confirme bien que les peuples ancestraux ont été témoins de la grande éruption.

Après ces paysages époustouflants et des images plein les mirettes, nous passerons la nuit dans la ville de Portland et ferrons le 15 juillet, un aller retour au célèbre volcan Saint Helens.

Autres récits de ce même voyage réalisé en juillet 2016 :
Yellowstone : 1ère partie
Yellowstone : 2eme partie
Yellowstone : 3eme partie

Sources documentaires :
1 – Gourgaud Alain, Noblet Christophe, Jolivel Jean-Yves – Découverte géologique de l’ouest des USA – document pédagogique 2016 – 179 pages
2 – Documentation du parc